PRIMS Full-text transcription (HTML)

DIALOGVE ENTRE VN PERE, ET SON FILS.

M.DC.LVIII.

A LONDRES, Par Daniel du Chemin, demeurant dans York Street, proche du Covent Gardin. 1688.

AV LECTEVR.

LEcteur quiconque tu ſois, qui par rencontre ou par curioſité porteras la veuë ſur ce Dialogue, entre vn Pere & ſon Enfant, Ie te prie de conſiderer, que tout ainſi qu'vne terre rude & mal façonnée ne peut produire que peu ou point de fruit, vn homme quin'a pas eſté formé par l'eſtude, ny poly par la conuerſation des hommes doctes, ne peut eſtre capable que de fort peu de choſe, & encore ce peu à quoy il s'applique porte les marques de ſa foibleſſe: Et cette conſideration te fera ſans doute juger que la lecture de cet ouurage, ne peut pas te don­ner aucune ſatisfaction, & par ma­niere de dire ne te peut apprendre qu'à begayer: Neantmoins ſi ta cu­rioſité l'emporte, & que tu vueilles ſçauoir quel a eſté noſtre entretien, tu trouueras que nous auons parlé de choſes hautes & ſaintes; ſçauoir de la Connoiſſance de Dieu, & de nous meſmes, de la grace qu'il nous a faite en donnant ſon Fils, ſon bien-aimé, & des moyens dont il s'eſt ſeruy pour nous attirer à ſa Communion, & à la participation de ſes graces: Et com­me la Parole de Dieu a eſté noſtre guide, nous nous ſommes entretenus de ſon excellence; A pres nous auons parlé de l'Egliſe Reformée, & de ſes Sacremens. De l'Egliſe Romaine, & & du danger qu'il y a de demeurer en ſa Communion; Et je m'aſſeure que tu ne ſeras pas marry d'auoir ſurmonté les difficultez que ton eſprit t'auoit ſuggeré. Au commencement tu trou­ueras ſans doute des rudeſſes en no­ſtre langage; Mais je te prie d'imiter la debonnaireté de Moyſe qui rece­uoit le poil de chevre de la main des pauures pour ſeruir à la conſtruction de l'ancien Tabernacle; Auſſi bien que les belles eſtoffes, & les riches preſens des oppulens; Que ſi tu es ſi dégouté que tu ne trouues choſe au­cune, qui puiſſe te contenter, je ne m'en eſtonneray pas; puis que mon propre fils s'en eſt ſi fort dégouté, que m'épriſant mes inſtructions, il m'a abandonné, s'eſtant precipité dans l'abyſme des erreurs de l'Egliſe Ro­maine, & c'eſtoit ce que je voulois éuiter, apres il s'eſt jette ſur moy, & pendant cinq ans, il m'a grandement troublé: Mais ayant reconu que ſelon le monde meſme il ne luy eſtoit pas fort auantageux de perſecuter ſon pere & ſa mere comme il a fait, il s'eſt reconcilié auec moy, & nous auons paſſé quelques années ſans trouble & ſans procez: Mais pourtant je n'ay jamais le diſpoſer de ſe reconcilier auec Dieu, & de reuenir en ſa ber­gerie: Ce qui m'a fait croire, que mon Dialogue ne pouuant à preſent luy eſtre agreable ny profitable: Et à cau­ſe de cela j'auois reſolu de le garder pour ſes ſoeurs. Que ſi contre mon attente il eſt expoſé en veuë, j'ay creu, Lecteur judicieux, qu'il eſtoit conue­nable de te donner cet auertiſſement, afin que tu le mettes en telle conſide­ration que tu jugeras eſtre à propos.

MES FILLES,

Ʋous ſçauez auec quel ſoin je me ſuis étudié d'éleuer voſtre frere en la connoiſſance de Dieu, & de ſoy­meſme; vous auez veu pendant quelques années, que je paſſois auec luy les matinées, partie des apres diſnées, & les ſoirées entieres: Mon but eſtoit de former ſon eſprit, afin qu'il fuſt plus capable, lors qu'il commenceroit de voir le monde, de fuïr les débauches, & de reſiſter aux atteintes qu'on pourroit luy donner pour la Religion. A cet effet, & pour d'autant plus engrauer en ſon eſprit les choſes que je luy auois en­ſeignées de viue voix, je les auois redigées par eſcrit en forme de Dia­logue; & pour l'obliger de le lire, je luy auois dedié par vne Epiſtre par­ticuliere, par laquelle je l'exhor­tois auec toutes les tendreſſes qu'vn pere peur auoir pour vn fils bien­aimé d'en faire ſon profit: Mais il eſt arriué que ce miſerable vio­lant les Loix diuines & humaines s'eſt reuolté contre Dieu, a foulé aux pieds les inſtructions que je luy auois données, s'eſt rendu vn per­ſecuteur violant, a incité les puiſ­ſances ſuperieures contre nous, & a fait tous ſes efforts pour vous en­traiſner en vne meſme ruïne. Mais Dieu qui eſt le Protecteur des af­fligez, vous a ſoûtenu par ſa Puiſ­ſance diuine, vous a donné vne ferme foy, par laquelle vous auez repouſſé les traits enflammez de cet eſprit malin, & en ſuitte vous a donné des maris fidelles & Chre­ſtiens qui ſont & ſeront vos appuys & conducteurs, dequoy je luy rends graces tres-humbles, & le ſupplie de tout mon coeur, qu'il luy plaiſe vous confirmer de plus en plus, & vous faire la grace de perſeuerer conſtamment auec Meſsieurs vos maris en la profeſsion de ſa veri­, & d'y éleuer auec ſoin & di­ligence vos enfans, prians conti­nuellement pour eux, et les forti­fians par bons exemples. Et d'au­tant que ce Dialogue contient plu­ſieurs inſtructions qui pourront vous ſeruir à cela; j'ay crû que puis que voſtre frere s'eſt rendu indigne de le poſſeder, je deuois vous le ­dier, et vous en faire vn preſent: Ie vous le donne donc, & vous ſup­plie de le lire ſoigneuſement, de le garder, & qui plus eſt de le laiſſer à vos enfans. Si mon pere m'euſt laiſſé quelque choſe de ſemblable, je l'euſſe chery & conſerué: Mais comme il eſt decedé en la fleur de ſon aage, que j'eſtois vn jeune en­fant, & que d'ailleurs j'ay paſſé par diuerſes mains, j'ay eſté pri­ de ce bien: Car je ne doute nul­lement que m'aymant, comme il m'aymoit, il n'ait laiſſé par eſcrit les preceptes qui m'eſtoient neceſſai­res, pour m'apprendre à bien viure. I'ay pourtant conſerué les inſtru­ctions qu'il m'auoit données de viue voix ſur le ſujet de la Religion, & par la grace de Dieu j'en ay toû­jours fait profeſsion ouuerte, non-obſtant les troubles & empeſche­mens qui m'ont eſté donnez par les ennemis de mon ſalut; Et finalement je vous ay mis en main ce precieux treſor & bon depoſt: De voſtre part vous l'auez receu agreablement, & vous en faites profeſsion ouuerte, dequoy je rends graces à Dieu. Jl y auoit apparence de croire que vo­ſtre frere en vſeroit de meſme, par­ce que j'auois pris grand ſoin de l'inſtruire: Neantmoins ce miſera­ble renonçant aux auantages que cette profeſsion luy euſt apportez, s'il euſt perſeueré, s'eſt reuolté con­tre Dieu: Et combien qu'il ſçeuſt que l'Egliſe en laquelle il auoit eſté nourry & éleué eſt la ſeule Arche dans laquelle il pouuoit eſtre con­ſerué & garenty du deluge de l'ire de Dieu, il s'eſt precipité, & à pre­ſent il court apres les inuentions hu­maines, apres les Dieux de paſte, de bois & de pierre, que la ſuper­ſtition a eſtablis; Et pour faire croi­re qu'il eſt bon Catholique Romain, il fait la guerre à Ieſus Chriſt, à ſa doctrine, & à ſes membres; ju­gez ce qu'il doit attendre, & quel­le ſera ſa fin s'il perſiſte. On me dit que je dois eſperer que Dieu le ramenera, & ſuſpendre mon juge­ment, je reſpons que je ne ſouhait­te rien tant: Mais lors que je con­ſidere qu'il s'eſt precipité de gayeté de coeur ſans ſujet & ſans raiſon, qu'il foule aux pieds les mouuemens du Saint Esprit, & la bonne ſe­mence qu'il auoit receuë, que plus il va, plus opiniaſtre il deuient: Ie ne puis que je ne diſe auec le Prophete au Pſeaume 139. Eternel, n'auroy-je pas en haine ceux qui te haïſſent, & ne ſerois-je pas despité contre ceux qui s'éleuent contre toy? La parenté charnelle eſt de peu d'im­portance, ſi le lien de l'eſprit ne s'y trouue; je ne laiſſe pas pourtant de prier Dieu qu'il luy faſſe miſericor­de, qu'il le déliure de l'eſprit d'er­reur & de menſonge qui le poſſe­de, & qu'il le rameine en ſa Ber­gerie, mais c'eſt choſe plus à deſi­rer qu'à eſperer. Quant à vous, mes Filles, qui aymez Dieu, & qui perſeuerez auec moy en la pro­feſsion de ſa verité; Ie vous prie au nom de Dieu de reconnoiſtre que ce n'eſt pas vn effet de vos forces naturelles, mais vn effet de ſa gra­ce. Prenez garde à l'exemple de voſtre frere, & conſiderez que c'eſt vne leçon que Dieu a eſcrite pour vous en groſſe lettre ſur le dos de voſtre prochain. Ne vous fiez donc pas en vos propres forces; mais de­mandez à Dieu pour vous & pour les voſtres le don de perſeuerance, & la grace de viure ſobrement, juſtement & religieuſement: Sou­uenez-vous que la Religion ne con­ſiſte pas ſeulement en paroles, ny en vne profeſsion exterieure; mais en la profeſsion d'vne vraye foy ou­urante par repentance et par cha­rité; Car ſi vous viuez ſelon la chair, dit l' Apoſtre Saint Paul, Rom. 8. verſ. 13. vous mourrez: mais ſi par l'Eſprit vous mortifiez les faits du corps, vous viurez. Ie prie Dieu qu'il luy plaiſe vous con­duire par ſa Parole, & par ſon Saint Esprit, vous, Meſsieurs vos marys, & vos enfans, qu'il vous faſſe la grace de viure longuement enſemble, en ſa crainte, & en ſon amour; Et lors que vous aurez paracheué voſtre courſe, qu'il re­çoiue vos ames en ſon repos, en attendant qu'il vienne juger les vi­uans & les morts, & qu'il vous introduiſe en corps & en ame en ſon Paradis; C'eſt, mes Filles, le ſou­hait & le deſir de

Voſtre Pere & meilleur Amy, BARON.
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DIALOGVE ENTRE VN PERE, & ſon Fils.

ARGVMENT.

Premiere demande faite à l'Enfant ſur la connoiſsance de ſoy-meſme, la ſuite fera voir que le Pere prend occaſion des réponſes de l'Enfant, de parler de la connoiſsance de Dieu, Pere, Fils & S. Eſprit; De traitter les poincts principaux de la Religion; De parler de la diuinité des ſaintes Eſcritures; De l'excellence de l'Egliſe Reformee & de ſes Sacremens; De la laideur de l'Egliſe Romaine, & du danger qu'il y a d'eſtre en ſa Communion.

LE PERE.

MON Fils. Comme Dieu s'eſt ſeruy de moy pour vous met­tre au monde, I'ay crû que je deuois2 auſſi vous apprendre, pourquoy eſt­ce qu'il vous y a mis; Et pour par­uenir à mon but, j'ay taſché de vous amener à la connoiſſance de Dieu & de vous meſme, & à vous apprendre ſelon ma portée, ce que Dieu eſt en ſoy, ce qu'il vous eſt, ce qu'il a fait pour vous, & ce qu'il veut que vous faſſiez pour luy eſtre agreable, parce qu'en la connoiſſance de ces choſes, & en l'obſeruation de ſes comman­demens conſiſte le bon-heur & la fe­licité de l'homme. Ie deſire donc en­tendre, ſi vous auez bien compris les inſtructions que je vous ay données ſur ce ſujet, ou pour vous y confir­mer, ou pour vous redreſſer s'il y a lieu. Commençons donc par la con­noiſſance de vous meſme, & dites moy ce que vous croyez de vous.

L'Enfant demande à Dieu ſon aſſiſtance, & 'en ſuitte reconnoit ſa pauureté naturelle par la tranſgreſsion d' Adam paruenuë ſur tous les hommes.

3LE FILS.

Mon Pere il ſeroit difficile & preſ­que impoſſible de parler comme il faut de la connoiſſance de nous meſ­mes, ſi nous n'auions appris à con­noiſtre Dieu: Mais comme vous m'auez inſtruit en l'vn & en l'autre de ces deux points, je taſcheray de vous ſatisfaire. A cét effet je prie Dieu qu'il me donne les lumieres neceſſaires, & la langue des bien appris, afin que je ne die choſe aucune, qui ne ſoit con­uenable à ſa gloire, & propre à noſtre edification.

Ie ſuis donc vn pauure petit garçon iſſu de la race corrompuë d'Adam par la generation naturelle, dénué de toute juſtice; Et comme Dauid par­lant de ſoy, diſoit au Pſeau. 51. verſ. 7. Qu'il auoit eſté formé en iniquité & échauffé en peché, je le dis auſſi de moy: De ſorte que comme le peché eſt entré au monde par la transgreſ­ſion4 d'Adam, & par le peché la mort, je ſuis naturellement ſous maledi­ction, & en la mort: car la mort eſt paruenuë ſur tous hommes, d'autant que tous ont peché en Adam. Rom. 5. verſ. 12.

Le P.

Comment cela eſt-il arriué, veu que Moyſe nous apprend que Dieu crea Adam à ſon image & ſem­blance, qu'il le benit, & que Dieu vit que tout ce qu'il auoit fait, eſtoit tres-bon, Geneſ. 1. verſ. 27. & 31.

Le F.

Le meſme Prophete nous ap­prend auſſi au chapitre ſuiuant du meſme liure, que Dieu ayant creé l'homme de la poudre de la terre, le fit en ame viuante, qu'il planta vn jar­din en Heden, qu'il y mit Adam pour le cultiuer, & qu'il luy permit de manger du fruit de tous les arbres du jardin, ſauf & excepté de l'arbre de Science de bien & de mal, duquel il luy parla en cette ſorte au verſ. 17. quant à l'arbre de Science de bien &5 de mal, tu n'en mengeras point: car dés le jour que tu en mengeras, tu mourras de mort; Comme s'il luy euſt dit, dés le moment que tu te détour­neras de mon obeïſſance, & que tu tranſgreſſeras mon commandement tu tomberas en mon indignation, & de ma colere en la mort eternelle. Et au chap. 3. il nous apprend, qu'Adam adherant à ſa femme qui auoit eſté ſeduite par le Diable ſous la forme du Serpent, tranſgreſſa le comman­dement de Dieu, mangea du fruit defendu, croyant par ce moyen par­uenir à vne plus haute connoiſſance, & ſe rendre égal à Dieu, que par ſa tranſgreſſion il attira ſur ſoy & ſur ſa poſterité, la mort corporelle & eter­nelle, & toutes les autres miſeres & calamitez, qui trauaillent l'homme pendant le cours de ſa vie, & que Dieu le chaſſa du Paradis terreſtre, & mit des Anges ſur le paſſage auec vne lame d'eſpée, ſe tournant çà & 6 pour luy en empeſcher l'entrée: de ſorte qu'au lieu de la communica­tion familiere qu'il auoit auec Dieu: Au lieu de la lumiere de l'entende­ment dont Dieu l'auoit honoré, & de la pureté en laquelle il auoit eſté creé, il s'éloigna de Dieu, & le Diable prompt & ſubtil s'empara de luy, ſe logea dans ſon coeur, luy creua l'oeil de l'entendement, l'enueloppa des tenebres d'erreur & d'ignorance, le lia des liens du peché, infecta de ce poiſon mortel toutes les parties de ſon corps & de ſon ame; En telle ſor­te que le coeur de l'homme a eſté du depuis vn repaire de Demons, & ſa malice eſt ſi grande que toute l'ima­gination des penſées de ſon coeur n'eſt autre choſe que mal en tout temps. Geneſ. 6. verſ. 5. Et partant je conclus comme en ma réponſe pre­cedente, que l'homme eſtant tel il eſt naturellement ſous malediction, & en la mort; puis que la mort a reigné7 depuis Adam; meſmes ſur les petits enfans; combien qu'ils n'ayent pe­ché à la façon de la tranſgreſſion d'Adam; parce qu'ils eſtoient en Adam, & que le peché d'Adam leur eſt imputé, comme s'ils l'auoient commis, Rom. 5. verſ. 12. & 14.

Le P.

Certes il y a dequoy s'eſton­ner de ce que noſtre premier pere, ri­che & heureux qu'il eſtoit, en ce qu'il poſſedoit celuy qui poſſede tout, s'eſt laiſſé ſeduire ſous vne ap­parence vaine & trompeuſe; Et d'au­tant plus qu'il n'ignoroit pas l'arreſt de mort que Dieu auoit prononcé contre luy en cas de rebellion.

Le F.

C'eſt vne marque infaillible du renuerſement de ſon eſprit, car s'il euſt connû l'eſtat heureux auquel il eſtoit, la felicité qu'il poſſedoit, & le malheur auquel il ſe precipitoit, il n'euſt eu garde d'écouter ſes enne­mis, ny de ſe reuolter contre ſon Createur: Mais ſi nous entrons en8 nous meſmes, nous trouuerons qu'il y a plus de ſujet de s'eſtonner de no­ſtre conduite: Car combien que nous ſoyons enuelopez ſous vne meſme ruïne, & que d'ailleurs nous enten­dions la Loy, qui foudroye vne ſe­conde condamnation à l'encontre de nous, nous ne laiſſons pas d'aller à trauers champs, comme ſi nous eſtions forcenez, de nous liguer auec le Diable pour faire la guerre à Dieu: Et ainſi deuons nous reconnoiſtre, & auouër que les enfans ont comblé la meſure de leurs peres, que nous ſom­mes plus méchans qu'eux, & en plus mauuais eſtat; puis que outre la tranſ­greſſion d'Adam, de laquelle nous ſommes coupables dés le ventre de nos meres, Eſaye 48. verſ. 8. nous ſom­mes encore ſous la malediction de la Loy par noſtre propre deſobeïſſance & par nos rebellions.

Le P.

Nous ſommes donc en vn mauuais eſtat: Mais noſtre mal eſt-il9 ſans remede?

Le F.

Ouy, du coſté des hommes; car puis que nous ſommes tous ſous malediction, & en la mort, il n'y a en nous ny vie, ny mouuement pour les choſes ſpirituelles; & par conſequent incapables de nous redreſſer: Mais Dieu qui eſt pitoyable, & miſericor­dieux, tardif à colere, abondant en gratuiré, conſola noſtre premier pe­re, & ſa poſterité par la promeſſe de la ſemence de la femme, qui deuoit briſer la teſte du Serpent, contenuë au chapitre 3. de la Geneſe verſ. 15. & nous deliurer de la tyrannie du Dia­ble, du peché, & de la mort, comme il l'a du depuis accomply.

Le Pere prend occaſion de la réponſe de l'En­fant pour l'amener à la ſeconde partie du 1er point, qui regarde la cōnoiſſance de Dieu.

Le P.

Cette doctrine concernant la redemption des hommes merite d'e­ſtre traittée plus au long, puis qu'il y10 va de la gloire de Dieu, & de noſtre ſalut, & c'eſt ce que nous ferons cy­apres, moyennant ſon aſſiſtance: Mais à preſent ſuiuons le but que nous nous ſommes propoſez. Et puis que vous auez parlé de l'eſtat de l'homme apres la creation, & de ſa cheute, venons à la ſeconde partie de noſtre premier poinct, qui eſt de la connoiſſance de Dieu. Et dites moy ce que vous croyez de Dieu?

De la connoiſſance de Dieu.

Le F.

IE crois auec tous les Chre­ſtiens, que Dieu eſt vne eſ­ſence eternelle, ſpitituelle, inuiſible & incomprehenſible diſtinguée en trois perſonnes, Pere, Fils & S. Eſprit: Le Pere ſource de la Diuinité, Crea­teur & Conſeruateur de toutes cho­ſes, viſibles & inuiſibles; Le Fils, ſa Parole, ſa Sageſſe eternelle par le­quel & pour lequel toutes choſes ont eſté creées; Le S. Eſprit procedant11 eternellement du Pere & du Fils, par lequel toutes choſes ſont conſeruées: Mais ces trois ne ſont qu'vn ſeul & meſme Dieu, tout-Puiſſant, tout-Sage, tout-Iuſte, tout-Miſericor­dieux, la Verité & la Sainteté meſme, 1. Jean chap. 5. Verſ. 7.

Objection du Pere ſur le ſujet de la connoiſſance de Dieu.

Le P.

Si Dieu eſt vne Eſſence eter­nelle, ſpirituelle, inuiſible & incom­prehenſible, comme il n'en faut nul­lement douter; Comment le pouuez vous connoiſtre, veu que vous eſtes finy, & que les Cieux des Cieux ne peuuent le comprendre, ou contenir, 2. Croniq. chap. 2. verſ. 6. &. 6. verſ. 18.

L' Enfant répond que Dieu ſe fait connoiſtre par ſes oeuures.

Le F.

Ie n'entens pas que nous puiſ­ſions comprendre ou enueloper ſous nos ſens la Majeſté infinie de Dieu, il faudroit eſtre hors du ſens pour auoir12 vne telle penſée. Mais je veux dire que Dieu eſtant comme il eſt tout-Puiſſant & tout Sage, ſe manifeſte, ſe donne à connoiſtré aux hommes par ſes oeuures; Car les choſes inuiſibles d'iceluy, à ſçauoir ſa Puiſſance eter­nelle, & ſa Diuinité ſe voyent comme à l'oeil par la creation du monde, eſtant conſiderées en ſes ouurages. Rom. 1. verſ. 20.

Autre objection ſur la connoiſſance de Dieu par ſes oeuures.

Le P.

Il ſemble pourtant que les oeuures de la creation, quoy que grandes & admirables, ne peuuent pas donner aux-hommes vne vraye connoiſſance de Dieu, telle que nous la deuons auoir pour l'aymer, l'hono­rer & ſeruir. Et de fait l'Apoſtre S. Paul nous apprend au meſme chapi­tre que vous venez d'alleguer aux quatre verſets ſuiuans, que combien que les hommes ayent connu Dieu par ſes oeuures, ils ne l'ont pas glorifié13 comme Dieu, & ne luy ont pas ren­du l'honneur, le ſeruice & l'obeïſ­ſance qui luy eſt deuë; ains ſont de­uenus vains en leurs diſcours, & leurs coeurs deſtituez d'intelligence ont eſté remplis de tenebres: ſe diſans eſtre ſages ſont deuenus fols, ont changé la gloire de Dieu incorrupti­ble à la reſſemblance & image de l'homme corruptible, & des oyſeaux, des beſtes à quatre pieds, & des repti­les; A raiſon dequoy auſſi Dieu les a liurez aux conuoitiſes de leurs coeurs: Il faut donc qu'il y ait quelque autre reuelation plus efficacieuſe.

Le F.

I'auouë que nous ne pouuons paruenir à la droite connoiſſance de de Dieu par les oeuures de la creation ſeulement: A cauſe de l'ignorance en laquelle nous ſommes tombez par la reuolte de noſtre premier Père. C'eſt pourquoy Dieu auſſi s'eſt mani­feſté aux Peres qui ont veſcu ſous la Loy de nature par diuerſes reuela­tions,14 & apparitions; Et du depuis il a ajouſté ſa Parole, par laquelle il nous fait connoiſtre, non ſeulement ce qu'il eſt en ſoy; mais auſſi ce qu'il nous eſt, ce qu'il a fait pour nous, & ce qu'il veut que nous faſſions pour luy eſtre agreables. Or cette Parole nous eſt abſolument neceſſaire pour nous amener à la droite connoiſſance de Dieu. Et de fait le Prophete Roy l'a bien jugé ainſi; Car apres nous auoir propoſé le liure de la nature au Pſeaume dix-neuf, & particuliere­ment les Cieux qui racontent la gloi­re de Dieu, l'ordre continuel des jours & des nuits qui preſchent ſa Majeſté, nous amene à la Parole de Dieu qu'il compare à vne lumiere, à vn guide: Et de vray la Parole de Dieu eſt vne lumiere qui nous conduit en noſtre pelerinage terrien. Ta Parole dit le Prophete au Pſeau. 119. verſ. 5. ſert de lampe à mon pié, & de lumie­re pour mon ſentier. Eſclairez donc15 par la Parole de Dieu, & conduits par le S. Eſprit, qui eſt le guide appro­priant les choſes ſpirituelles à ceux qui ſont ſpirituels, comme l'Apoſtre S. Paul nous l'apprend en ſa premiere aux Corinth. chap. 2. verſ. 13. les oeu­ures de la creation nous ſeruent pour nous amener à la connoiſſance de cét excellent ouurier, & nous font voir comme à l'oeil ſa Puiſſance eter­nelle, ſa Diuinité, ſa Sageſſe admira­ble, & ſa Bonté infinie.

Le P.

Puis que les oeuures de la crea­tion ne ſont pas ſuffiſantes pour nous amener à la droite connoiſſance de Dieu, & que ſa Parole nous eſt neceſ­ſaire; Voyons ce qu'elle nous enſei­gne de Dieu?

De la connoiſſance de Dieu par les liures de Moyſe.

Le F.

HElas! Comment pourray­je ſatisfaire à voſtre de­mande, & parler conuenablement de16 cette Majeſté infinie, moy qui ſuis vn pauure ignorant: Neantmoins puis que nous auons ſa Parole qui nous guide, je taſcheray de vous ſatisfaire: pour cét effet je ſuiuray ce flambeau pas à pas; Et je prie Dieu encor en cét endroit qu'il luy plaiſe me conduire en cette narration par ſon S. Eſprit. Moyſe ce grand & excellent Prophe­te, qui nous a deſcrit la naiſſance du monde, l'origine du Ciel & de la Terre, de la Mer & de toutes les cho­ſes qui y ſont, nous parle auſſi du Createur d'iceux, il le nomme Eter­nel Dieu, Geneſ. 2. verſ. 4.5. & ſui­uans. Et Dieu meſme parlant à Moy­ſe, qui luy auoit demandé ſon nom, luy dit au 3. de l'Exode verſ. 14. Ie ſuis celuy qui Suis, & tu diras aux enfans d'Iſraël, celuy qui s'appelle je Suis, m'a enuoyé vers vous. Et au verſet ſuiuant il expoſe luy meſme ſon nom en cette ſorte, tu diras ainſi aux en­fans d'Iſraël, l'Eternel, le Dieu de vos17 Peres, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Iſaac & le Dieu de Iacob m'a en­uoyé vers vous; C'eſt icy mon nom eternellement: Et Moyſe parlant à luy en ſon Cantique, qui eſt le Pſeau­me 90. luy diſoit, deuant que les montagnes fuſſent nées, & que tu euſſes formé la terre habitable, tu es le Dieu fort, meſme d'eternité juſ­ques en eternité: Et au premier cha­pitre de la Geneſe il nous apprend, mais confuſement, qu'en cette eſ­ſence eternelle il y a trois perſonnes, Sçauoir le Pere, la Parole & le ſaint Eſprit: Car au premier verſet il dit, Que Dieu crea au commencement le Ciel & la Terre; Au ſecond, que la terre eſtoit ſans forme & vuide, que les tenebres eſtoient ſur le deſſus de l'abyſme, & que l'Eſprit de Dieu ſe mouuoit au deſſus des eaux, Et au troiſiéme que Dieu dit, que la lumie­re fuſt; & ainſi aux verſets ſuiuans juſ­qu'au vingt-ſixiéme, diſtinguant par18 cét ordre les trois perſonnes de la ſainte Trinité, & nous repreſentant le Pere auteur & Createur de toutes choſes, le Fils qui eſt la Parole, la Sa­geſſe eternelle de Dieu, par lequel toutes choſes ont eſté creées; & le ſaint Eſprit qui ſe mouuoit ſur les eaux, comme pour les eſchauf­fer & faire eſclorre cette maſſe con­fuſe, afin d'en tirer ces belles & ex­cellentes creatures que nous voyons de nos yeux, & touchons de nos mains.

Apres auoir parlé de la creation du Ciel & de la Terre, & de toutes les choſes qui y ſont; Moyſe vient à la creation de l'homme, laquelle il ­crit d'vne façon bien difference; Car lors qu'il parle de la creation des au­tres choſes il dit, que Dieu dit que telle choſe ſoit, & elle fut; Mais lors qu'il vient à la creation de l'homme; Il introduit Dieu comme faiſant vne maniere de conſultation auec les au­tres19 perſonnes de la ſainte Trinité, pour nous apprendre que l'homme eſt la plus excellente creature qui ait eſté faite & creée, l'abregé & le ra­courcy de l'vniuers; faiſons l'homme, dit Dieu au vingt-ſixiéme verſet du meſme chapitre, à noſtre Image, ſe­lon noſtre reſſemblance, & qu'il ait ſeigneurie ſur les poiſſons de la mer, & ſur les oyſeaux des Cieux, & ſur le beſtail, & ſur toute la terre, & ſur tout reptile ſe mouuant ſur la terre. Et aux verſets ſuiuans il ajouſte, que Dieu crea l'homme à ſon image, qu'il le crea à l'image de Dieu, maſſe & femelle, qu'il les benit & leur donna ſeigneurie ſur toutes choſes, comme il auoit propoſé au verſet precedent.

Au chapitre ſecond le Prophete nous apprend que Dieu planta vn jar­din en Heden, qu'il y fit germer tout arbre deſirable à voir & bon à man­ger, & particulierement l'arbre de Vie, figure de noſtre Seigneur Ieſus20 Chriſt, pour renouueller l'homme en ſa caducité; Et l'arbre de Science de bien & de mal, figure de la Loy, qu'il y colloqua l'homme pour le cultiuer & pour le garder, qu'il luy permit de manger du fruit de tous les arbres du jardin, fors & excepté de l'arbre de Science de bien & de mal; duquel il luy defendit l'vſage ſur peine de mort, comme j'ay dit cy deuant: & au chapitre trois, il recite la cheute pitoyable d'Adam à la perſuaſion de ſa femme, qui auoit eſté ſeduite par le Diable ſous la forme du Serpent: & le jugement épouuentable que Dieu prononça contre tous ces criminels auec cette reſeruation en faueur de l'homme, qu'il le releueroit de ſa cheute, & qu'il le retireroit de ſa ruïne par le moyen d'vn Liberateur: Car c'eſt ce qui a eſté toûjours enten­du par la promeſſe de la ſemence de la femme contenuë au chap. 3. de la Ge­neſe verſ. 15. De ſorte que des Liures21 de Moyſe, nous pouuons recueillir que Dieu eſt vne eſſence Eternelle; Spirituelle, Inuiſible & Incompre­henſible, toute-Puiſſante, toute-Sainte, toute-Sage, toute-Iuſte, & toute-Bonne, qu'en cette Eſſence il y a trois persōnes, Pere, Fils & S. Eſprit, qui ne ſont qu'vn ſeul & meſme Dieu, comme j'ay dit cy-deuant, lequel s'eſt manifeſté & s'eſt fait connoiſtre aux hommes, tant par la creation du monde en general qu'il a tiré du neant luy donnant vn eſtre ferme & durable, que par la creation d'vn nō­bre innombrable de diuerſes creatu­res, auſquelles il a donné des proprie­tez & des vertus ſi excellentes qu'il eſt impoſſible de le comprendre, en­core moins de le reciter, les conſer­uant par la meſme puiſſance & ſageſ­ſe auec laquelle il les a creées, & en­core par la punition ſeuere qu'il fait des meſchans, & par la bonté & be­nignité dont il vſe continuellement22 & viſiblement enuers ceux qui luy ſont fideles & obeïſſans, ſuiuant la promeſſe qu'il leur en a faite en di­uers endroits de ſa Parole, & particu­lierement au chap. 34 de l' Exode verſ. 6. & 7. qui portent en termes exprez, qu'il eſt Pitoyable, Miſericordieux, tardif à colere, abondant en gratuïté & verité, gardant gratuïté en mille generations, oſtant l'iniquité, le for­fait & le peché.

Autre object on du Pere ſur le ſujet de la con­noiſſance de Dieu par les Liures de Moyſe.

Le P.

Ce que vous venez de dire eſt veritable, & doit eſtre tenu pour conſtant; Mais ſi nous n'auions d'au­tres lumieres que celles que les liures de Moyſe nous apportent, la connoiſ­ſance que nous aurions de Dieu par ſes eſcrits, nous donneroit plus de trouble que de conſolation. Car ſi d'vne part ils nous apprennent que Dieu eſt pitoyable, & miſericordieux: En meſme temps, au meſme chapitre23 & aux meſmes verſets que vous venez d'alleguer; Il ajoûte, que Dieu ne tient nullement le coulpable pour innocent, & qu'il punit ſeuerement les tranſgreſſeurs de ſes Loix, d'où s'enſuit que Dieu eſtant, comme il eſt, tout Puiſſant & tout-Iuſte, & nous pecheurs; Il faut neceſſairement que ſa Iuſtice ſoit ſatisfaite, & que la mort des pecheurs entreuienne: Car la juſtice de Dieu eſt vne volonté conſtante & eternelle de recompen­ſer les bons & punir les méchans qui luy eſt ſi naturelle, qu'elle eſt ce qu'il eſt, laquelle il ne peut par conſequent relaſcher, non plus que ceſſer d'eſtre ce qu'il eſt.

Par cette reſponſe & par la ſuiuante, l'Enfant fait voir que la doctrine Euangelique nous a apporté vne plus grande lumiere; en ce qu'elle nous apprend ce que Dieu a fait pour nous, & ce qu'il nous eſt à preſent.

Le F.

Les liures de Moyſe ne nous apprennent pas ſeulement, que Dieu24 eſt tout-Puiſſant & tout Iuſte; Mais auſſi qu'il eſt Pitoyable & Miſericor­dieux, qu'il oſte le forfait & l'iniquité, comme je viens de dire: Mais la do­ctrine Euangelique nous a apporté vne plus grande lumiere: Car elle nous fait voir, que la juſtice de Dieu a eſté pleinement ſatisfaite, que Dieu a puny l'homme, qu'il a exigé de luy vne ſatisfaction entiere, & neant­moins qu'il a exercé ſa miſericorde enuers les pauures pecheurs.

Le P.

Comment cela peut-il auoir eſté fait, veu que punir & pardonner ſont choſes contraires?

Le F.

Dieu a trouué en ſoy meſme par ſa Sageſſe infinie le moyen d'ac­corder ces contraires: Et de fait il les a accordez par des moyens admira­bles & incomprehenſibles à nos ſens: Mais il nous les a reuelez par la do­ctrine Euangelique. Car l'Euangile nous apprend que Dieu nous a tirez des abyſmes d'ombre de mort par25 l'homme qu'il auoit ordonné aupa­uant les ſiecles; Sçauoir par Ieſus Chriſt, lequel eſtant venu en chair au temps determiné par le Pere; s'eſt mis en noſtre place, s'eſt chargé de nos pechez, s'eſt exposé volontaire­ment pour nous, s'eſt offert ſoy meſ­me en ſacrifice viuant ſur la Croix pour faire l'expiation de nos pe­chez: Et Dieu le conſiderant comme noſtre pleige & garand, l'a froiſſé, l'a mis en langueur, a déployé ſur luy le coup effroyable de ſon ire, qui de­uoit tomber ſur nous: Et à nous, il nous impute ſon obeïſſance, le meri­te de ſon ſacrifice; & pour l'amour de luy nous a pardonné nos pechez: Et c'eſt en cette maniere qu'il a accordé ces contraires, puniſſant les pecheurs en la perſonne de celuy qui s'eſt fait homme pour ſauuer les hommes, toutesfois ſans participer à leur cor­ruption; & nous imputant à nous le merite de ſon ſacrifice par lequel il26 nous a acquis vne redemption eter­nelle; Et voila la lumiere que vous demandez & la ſatisfaction pour nos pechez.

Le P.

Comment ſe peut-il faire que nos pechez qui ſont grands & en grand nombre ayent eſté expiez par vn ſeul ſacrifice, & la Iuſtice de Dieu ſatisfaite, veu que pour produire vn tel effet, Dieu en auoit ordonné plu­ſieurs ſous l'Ancien Teſtament, & commandé de le reïterer, Exod. 29. verſ. 39. & 41.

De noſtre grande Sacrificature, & de l'excellence de ſon ſacrifice.

Le F.

CEla eſt tellement veritable que nous n'en deuons nul­lement douter, ſi nous ne voulons encourir le courroux de Dieu, & tomber derecher en ſon indignation. Et je m'en vais vous deduire le com­ment. Le grand Sacrificateur dont je vous parle eſt d'vne autre nature que27 ceux de l'ancienne Loy; d'autant qu'Aaron & ſes ſucceſſeurs eſtoient pris d'entre les hommes pour ſeruir au Tabernacle mondain; & leur re­preſenter par leurs ſacrifices charnels le ſacrifice ſpirituel de noſtre grand Sacrificateur: Et comme ils eſtoient pecheurs & mortels, ils eſtoient obli­gez d'offrir, premierement pour eux, & apres pour le peuple, & de reïterer leurs ſacrifices; par ce qu'ils ne pou­uoient purifier la conſcience de ceux pour leſquels ils eſtoient offerts: Car il eſt impoſſible que le ſang des tau­reaux & des boucs oſte les pechez. Mais cettuy-cy eſt le Saint des Saint, le Fils eternel de Dieu, ſeconde per­ſonne de la ſainte Trinité, noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt, le grand Sacrifi­cateur de la Nouuelle Alliance, qui eſt venu pour accomplir toutes les choſes qui auoient eſté predites de luy, & qui de fait les a accomplies par le ſacrifice de ſoy meſme: Car28 apres auoir eſté oinct du S. Eſprit, qui luy fut enuoyé du Ciel en forme viſi­ble d'vne Colombe, comme S. Mat­thieu nous l'apprend au chapitre ſe­cond de ſon Euangile verſ. 16. il ſe pre­ſenta pour nous chargé de nos pe­chez, s'offrit en ſacrifice viuant, & par le merité de ſon ſacrifice, qui eſt d'vn prix & d'vne valeur infinie, à cau­ſe de l'excellence de ſa perſonne, il a expié nos pechés, a fait propitiation pour les pecheurs ſuiuant la Prophe­tie de Daniel contenuë au chap. 3. de ſes Reuelations verſ. 24. a détruit le peché en ſa chair, & a mis fin à tout ce qui eſtoit figuré par le Tabernacle ancien, à tous les lauemens externes, & à tous les Sacrifices, a amené la Iu­ſtice des ſiecles, nous a reconciliez auec Dieu, & nous a deliuré de la ty­rannie de tous nos ennemis: En telle ſorte que nous n'auons plus beſoin de Sacrificateur, ny de ſacrifice, d'au­tant que par le merite du ſien il nous29 a conſacrez pour toûjours. Hebr. 10. verſ. 14. & par ſa Iuſtice nous fait ſub­ſiſter deuant la face de ſon Pere: Et de fait S. Paul parlant de ces choſes en ſa 2. aux Cor. chap. 5. verſ. 21. dit, que Dieu a fait celuy qui n'a point connû peché, eſtre peché pour nous, afin que nous fuſſions Iuſtice de Dieu en luy, paſſage admirable & tres-ex­cellent, puis qu'il comprend tout le Myſtere de noſtre Redemption.

Le P.

Ie ne doute nullement de cet­te verité: Mais comme dans le chapi­tre de l'Exode que vous venez d'alle­guer, il n'eſt fait aucune mention de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, ny de ſon ſacrifice, il faut de toute neceſſité qu'il y ait quelques paſſages qui nous apprennent deux choſes. L'vne que Dieu l'a appellé à la Sacrificature, & qu'il a approuué ſon Miniſtere; Et l'autre que de ſa part il a accepté vo­lontairement la charge de Sacrifica­teur, & que par ſon ſacrifice il a ſatis­fait30 la juſtice de Dieu, & nous a re­conciliez auec luy: Car ſans cela on pourroit impugner cette doctrine, & la mettre en doute: Et d'autant plus qu'Aaron & ſes ſucceſſeurs qui exer­çoiēt vne Sacrificature moins impor­tante, furent eſtablis par le comman­dement de Dieu, Exode 28. obtinrent témoignage que leur Miniſtere luy eſtoit agreable; En ce que Dieu fit deſcendte le feu du Ciel ſur leurs Sa­crifices pour les conſumer, manife­ſtant ſa gloire au peuple en leur pre­ſence. Leuitiq. 9.

L'Enfant ſatisfait, montre premierement, com­ment & par qui Ieſus Chriſt a eſtè appellé & eſtably Sacrificateur. Secondement qu'il a accepté volontairement la charge, qu'il s'en eſt dignement acquitté, & que par le ſacri­ce de ſon corps, il a fait l'expiation de nos pechez.

Le F.

Si noſtre Seigneur Ieſus Chriſt n'eſt point nommé dans les liures de Moyſe, il y eſt ſi bien deſigné, & ſon ſacrifice auſſi, qu'il eſt facile à le diſ­cerner:31 quoy qu'il en ſoit il appert par pluſieurs témoignages, que noſtre Souuerain Sacrificateur ne s'eſt point ingeré. Celuy qui luy auoit dit au Pſeau. 2. verſ. 7. C'eſt toy qui es mon Fils je t'ay aujourd'huy engendré, l'a appellé à la Sacrificature, lors qu'il luy a dit au Pſeau. 110. Le Seigneur a juré & ne s'en repentira point, Tu es Sacrificateur eternellement à la façon de Melchiſedec; Et ainſi vous voyez que c'eſt le Pere qui l'a appellé & eſtably, pour exercer la Sacrifica­ture, non à la façon d'Aaron, parce que Aaron & ſes ſucceſſeurs eſtoient pris d'entre les fils de Leuy, & par conſequent pecheurs & mortels obli­gez d'offrir premierement pour eux, & apres pour le peuple, comme je viens de dire: Mais à la façon de Mel­chiſedec, la plus illuſtre figure de Ieſus Chriſt qui ait eſté miſe en auant ſous le premier Teſtament repreſen­ d'vne façon admirable & extraor­dinaire32 en qualité de Roy, & de Sa­crificateur, non ſeulement comme vn Roy ordinaire, mais extraordinai­re; Sçauoir, Roy de Iuſtice & Roy de paix, Grand Sacrificateur, ſans pere, ſans mere, ſans genealogie, ſans commencement de vie & ſans fin de jours, & comme enuoyé de Dieu pour eſtre figure, & pour re­preſenter l'Eternité, la Sainteté de noſtre grand Sacrificateur, Iuſte, Saint, Innocent, ſans macule, ſeparé des pecheurs, & qui par conſequent n'auoit nul beſoin d'offrir pour ſoy; ains ſeulement pour nous, pour faire noſtre paix, & nous reünir auec Dieu; ce qui ſe rapporte fort bien à la Pro­phetie de Daniel contenuë au 26. verſ. du chap. 9. cy-deuant allegué, que le Chriſt ſeroit retranché, non pour ſoy, donc pour nous qui croyons en luy. De ſa part il a accepté & ac­comply la charge de Sacrificateur; Et de fait lors que le S. Eſprit l'introduit33 venant au monde, il le fait parler en cette ſorte à ſon Pere au Pſeau. 40. rapporté & interpreté par S. Paul au chap. 10. de l'Epiſtre aux Hebreux verſ. 5.6.7. & 8. Tu n'as point voulu ſacrifice, ny offrande, ny holocauſte pour le peché, & n'y as point pris plai­ſir; Mais tu m'as approprié vn corps, Me voicy, je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté. Or la volonté de Dieu eſtoit de ſauuer les hommes pecheurs par vn homme ſans peché: pour cét effet il falloit former cét homme d'v­ne façon extraordinaire. Car comme tous les deſcendans d'Adam par la voye ordinaire ſont ſoüillez, à cau­ſe de la corruption generale qui a infecté toute la nature, ils ne pou­uoient eſtre employez à ce grand Oeuure: C'eſt pourquoy auſſi Dieu à fait & formé cét Homme de la ſub­ſtance d'vne Vierge par l'operation du S. Eſprit ſuiuant la Parole adreſſée par le miniſtere de l'Ange à la Vierge34 Marie au chapiſtre premier de l'E­uangile ſelon S. Luc Verſ. 35. Le ſaint Eſprit, dit l'Ange à la ſainte Vierge, ſuruiendra en toy, & la vertu du Sou­uerain t'enombrera, dont cela auſſi qui naiſtra de toi, ſaint, ſera appellé le Fils de Dieu. Le ſaint Eſprit eſt donc interuenu; Mais d'vne façō ſpirituelle conuenable à ſa nature Diuine, & a formé ce corps de la ſubſtance de la ſainte Vierge, apres l'auoir purifiée & ſantifiée, Et dans ce corps Dieu a logé vne ame toute ſainte qu'il a en­richie de tous les dons ſpirituels: De ſorte que cét Homme celeſte a eſté fait le Temple de la Diuinité; Car le Fils eternel de Dieu, la Sageſſe eter­nelle du Pere l'a vny à ſa nature Diui­ne, ſans aucune confuſion de ſub­ſtances; En telle ſorte que Dieu eſt demeuré Dieu, & l'homme eſt de­meuré homme: Mais par cette vnion Dieu s'eſt fait homme, & l'homme eſt deuenu Dieu: Et de fait l'Apoſtre35 S. Paul au chap. premier de l'Epiſtre aux Coloſ. Verſ. 19 dit, Que le bon plaiſir du Pere a eſté que toute pleni­tude habitaſt en luy, plenitude d'hu­manité, plenitude de Diuinité; com­me il ſ'en explique au chap. ſecond de la meſme Epiſtre verſ. 9. quand il dit, que toute plenitude de Duini a habité en luy corporellement. Or cet homme ſaint a eſté offert a Dieu par le S. Eſprit, comme vne victime tres-ſainte, & lui meſme s'eſt preſenté volontairemēt pour nous, & en noſtre nō cōme noſtre frere aiſné, pour faire l'expiation de nos pechez par le ſacri­fice de ſon Corps, qu'il a offert à Dieu ſon Pere ſur la Croix; Acauſe dequoy auſſi il a eſté dit au chap. 9 de l'Epiſtre aux Hebre. v. 14. Qu'il s'eſt offert ſoy meſme ſans aucune tache par l'Eſprit eternel. Et Dieu le conſiderant, non comme ſon Fils, ſaint & bien aymé, mais comme noſtre pleige & garand, chargé de nos pechez, l'a froiſſé, l'a36 mis en langueur ſuiuant la Prophetie d'Eſaye contenuë au 53 de ſes Reuela­tions verſ. 10 afin qu'apres auoir mis ſon ame en oblation pour le peché, il ſe viſt vne grande poſterité, vn grand nombre de r'achettez, cette belle aſ­ſemblée d'Eſſeus dont l'Egliſe eſt compoſée, Et en ce combat penible & langoureux, la Diuinité n'a jamais abandonné l'humanité; Mais la toû­jours ſoûtenuë comme il l'auoit pro­mis au Pſeau 110. verſ. 5. Le Seigneur eſt à ta dextre il froiſſera tes ennemis au jour de ſa colere; Et de fait il a rom­pu les liens de la mort, s'eſt redreſſé ſoy meſme, a ſurmonté & deffait le Diable, le peché & la mort, les a me­nez en triomphe, & c'eſt en cette ma­niere & par le ſacrifice de ſon corps, qui eſt d'vn prix & d'vne valeur infinie comme j'ay dit qu'il a fait l'expiation de nos pechez, qu'il a pleinement ſatisfait la Iuſtice de Dieu, qu'il nous a deliurez tant de la malediction de37 la Loy, d'autāt qu'il l'a portée ſur ſoy, ſuiuant le paſſage du 3. des Galates verſ. 13. que de la tyrannie du Diable, du peché & de la mort, nous a ac quis vne Redemption eternelle, & nous a reconciliez auec Dieu; Car le bon plaiſir du Pere á eſté de reconcilier par luy toutes choſes à ſoy, ayant fait la paix par le ſang de la Croix d'iceluy Coloſs. 1. verſ. 19. & 20. Et Dieu a eu ſon obeïſſāce & ſon ſacrifice ſi agrea­bles, qu'il l'a ſouuerainement exalté, l'a couronné de gloire & d'honneur, l'a éleué ſur ſon trône, l'a fait ſeoir à ſa dextre és lieux Celeſtes pardeſſus toute Principauté & puiſſance, vertu & ſeigneurie, & pardeſſus tout nom qui ſe nomme, non ſeulement en ce ſiecle, mais auſſi en celuy qui eſt à venir, a aſſujetty toutes choſes ſous ſes pieds, luy a donné toute puiſſance au Ciel & en Terre, & l'a conſtitué ou donné pour eſtre Chef de l'Egliſe Ephez. 1 verſ. 20.21. & 22: Et pour l'a­mour38 de luy nous a pardonné nos tranſgreſſions, & nous communique ſes graces, comme j'ay dit cy-deuant, & ainſi voyons-nous que le Pere a ordonné & eſtably ſon Fils bien-aimé auec ſerment pour eſtre le Sacrifica­teur de la nouuelle alliance, & que le Fils aimant & aimé, eſt interuenu volontairement entre Dieu & nous, qu'il s'eſt aneanty, qu'il a reſpādu ſon ſang ſur la Croix pour nous, qu'il nous a reconciliez à Dieu ſon Pere par le ſang de la Croix, & nous a ouuert le Paradis: De ſorte qu'au lieu que l'en­trée des lieux ſaints eſtoit interdite au peuple qui viuoit ſous la Loy, & s'ils auoient veu quelque repreſentation extraordinaire de la Majeſté de Dieu ils en eſtoient effrayez & diſoient, comme Manoach au 13. des Iuges verſ. 22. Nous mourrons, car nous auons veu Dieu: Nous au contrai­re allons auec aſſeurance au trône de ſa grace, afin de trouuer grace,39 obtenir miſericorde, & pour eſtre aidez en temps opportun. Heb 4. v 16.

Le P.

Moyſe n'auoit garde de nous parler de ces choſes; parce qu'elles eſtoiēt couuertes & enuelopées ſous les ombres & figures de la Loy: Mais quand noſtre Seigneur eſt venu en chair, il les nous a reuelées & mani­feſtées par ſes Predications, par ſes Souffrances, par ſa Reſurrection, par ſon Aſcenſion au Ciel, & par le mi­niſtere de ſes ſeruiteurs, auſquels il a pour cét effet donné l'eſprit de Sa­pience & de reuelation: Et ainſi eſtant éclairé par ce meſme Eſprit, j'auouë que Ieſus Chriſt eſt noſtre grand Sacrificateur, qu'il a eſté legi­timement eſtably, qu'il s'eſt offert volontairement pour nous, que par ſon Sacrifice il a ſatisfait la Iuſtice de ſon Pere, & que par ſa Reſurrection ſuiuie de ſon Aſcenſion au Ciel, il nous a aſſeurez de l'amour de ſon Pere, & nous a mis en main comme40 vne quittance generale de toutes nos dettes: De ſorte que nous pouuons dire auec S. Paul, que comme la mort eſt paruenuë ſur tous les hommes par la tranſgreſſion d'Adam, ſemblable­ment auſſi par l'obeïſſance tres-par­faite de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, tous hommes ſont viuifiez, 1. Corint. chap. 15. verſ. 21. & 22.

Diſtinction faite par l'Enfant ſur l'applica­tion du merite de la Mort & Paſſion de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt.

Le F.

Il eſt vray que comme la Mort eſt par vn homme, auſſi la Reſurre­ction eſt par vn homme: Et que tout ainſi que tous hommes meurent en Adam, ſemblablement tous hom­mes ſont viuifiez en Ieſus Chriſt. Mais j'eſtime qu'il y a quelque diſtin­ction à faire ſur cette totalité; veu qu'il eſt euident que tous hommes ne ſont pas ſauuez, & qu'il y en a vn nombre infiny qui demeurent dans l'infidelité, leſquels par conſequent41 n'ont point de part au merite de la Mort & Paſſion de noſtre Seigneur, & ont leur portion auec les Diables. Cette totalité donc doit eſtre enten­duë & rapportée à la totalité des Eleus, qui ont eſté, qui ſont & qui ſeront appellez de tout pays & de toute langue à la connoiſſance de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, qui luy obeïſſent, & qui l'embraſſent pour leur Sauueur: Car c'eſt de ceux que l'Apoſtre parle en l'E­piſtre aux Epheſiens chap. 2. verſ. 5. & 6. quand il dit, que Dieu les a viui­fiez enſemble auec Chriſt, qu'il les a reſſuſcitez enſemble, & les a fait ſeoir enſemble és lieux celeſtes en Ieſus Chriſt, & pour leſquels noſtre Sei­gneur a fait cette belle & excellente priere enregiſtrée au 17. de S. Iean, en laquelle il proteſte à ſon Pere, qu'il ne le prie point pour le monde, c'eſt à dire pour les infidelles, dont je viens de parler, pour les hommes du mon­de42 qui ne croyent point en luy: Mais pour ceux qu'il luy a donnez, ils eſtoient tiens luy dit-il au verſ. 6. & tu me les a donnez, & aux verſets 7. & 8. il leur rend ce teſmoignagne qu'ils l'ont connu, & qu'ils ont crû en luy, ils ont connu que tout ce que tu m'as donné eſt de toy, car je leur ay don­ les paroles que tu m'as données, & ils les ont receuës, & ont vrayement connu que je ſuis yſſu de toy, & ont cru que tu m'as enuoyé, & au verſ. 9. Il ajouſte, je prie pour eux, je ne prie point pour le monde, lequel par conſequent eſt exclus & priué de la vie qu'il nous a meritée.

Le P.

Ie l'entens ainſi. Paſſons ou­tre, & entretenons nous ſur le ſujet de la nouuelle Alliance dont vous auez parlé en voſtre reſponſe prece­dente: Car ſans doute, le ſujet eſt ri­che & fructueux. Eſt ce l'Alliance que Dieu fit auec Noé apres le Delu­ge; car elle peut eſtre dite nouuelle43 ayant égard à celle qu'il auoit faite auec Adam dans le Paradis Terreſtre, ou bien eſt-ce celle qu'il fit auec les Iſraëlites apres qu'il les eut tirez de la captiuité d'Egypte, qui peut encor eſtre dite nouuelle au prix de celle qu'il auoit faite auec Noé.

Le F.

Non, mon pere, ce n'eſt ny l'vne ny l'autre, c'eſt vne Alliance beaucoup plus excellente, d'autant qu'elle eſt purement ſpirituelle & nous communique les biens ſpiri­tuels: Au lieu que les precedentes ne regardoient que les choſes tempo­relles; c'eſt pourquoy auſſi elles n'e­ſtoient fondées que ſur le ſang des boeufs & des boucs: Mais celle-cy eſt fōdée ſur le ſang de l'Agneau de Dieu.

Le P.

Qu'elle-eſt donc cette Allian­ce, & quels ſont les biens qu'elle nous promet?

Traitté de la nouuelle Alliance.

Le F.

L'Alliance dont je parle, eſt l'Alliance de Grace, que le44 S. Eſprit auoit predite par la bouche des Saints Prophetes, & les biens qu'elle nous promet, ſont des biens ſpirituels; Voicy comment les Pro­phetes en ont parlé. Les jours vien­nent, diſoit Ieremie au nom de l'E­ternel, que je traitteray vne Alliance nouuelle auec la maiſon d'Iſraël, & auec la maiſon de Iuda, non pas ſelon l'Alliance que je traittay auec leurs peres au jour que je les pris par la main pour les faire ſortir hors d'Egy­pte, laquelle ils ont enfrainte: Mais c'eſt icy l'Alliance que je traitteray auec la maiſon d'Iſraël; Apres ces jours-là, c'eſt à dire apres la manife­ſtation du Meſſie je mettray ma Loy au dedans d'eux, & l'eſcriray en leur coeur, & ils me ſeront peuple, & je leur ſeray Dieu, vn chacun n'enſei­gnera plus ſon prochain, ny vn cha­cun ſon frere, diſant, connoiſſez l'E­ternel: car ils me connoiſtront tous depuis le plus petit juſques au plus45 grand, d'autant que je pardonneray leurs pechez, & n'auray plus ſouue­nance de leurs iniquitez, Ieremie 31. verſ. 31.32.33. & 34. & encore je ſau­ueray mon troupeau, tellement qu'il ne ſera plus en proye; je ſuſciteray ſur mes brebis vn Paſteur qui les pai­ſtra, aſſauoir mon ſeruiteur Dauid, il les paiſtra, & luy meſme ſera leur Pa­ſteur; Mais moy l'Eternel je ſeray leur Dieu, & mon ſeruiteur Dauid ſera Prince entre icelles, & traitteray auec elles vne Alliance de paix, meſ­mes je les combleray de benedictiōs. Ezechiel 34. verſ. 22.23.24.25. & 26. Et au chap. 36. Dieu s'adreſſe luy meſ­me à ſes brebis, & leur fait vne deſ­cription ſommaire des biens qui ſui­uront ſa benediction, & qu'il vouloit leur communiquer en conſequence de cete Alliance de paix. Ie vous reti­reray d'entre les nations, & vous r'aſ­ſembleray de tout païs, leur dit-il aux verſets 24.25.26. & 27. & reſpandray46 ſur vous des eaux nettes & vous ſerez nettoyez. Ie vous netto yeray de tou­tes vos ſoüillures, & de tous vos dieux de fiente, & vous donneray vn coeur nouueau, & mettray dedans vous vn eſprit nouueau, & j'oſteray le coeur de pierre hors de voſtre chair & vous donneray vn coeur de chair, & mettray mon eſprit au dedans de vous, & feray que vous cheminerez en mes ſtatuts, & que vous garderez mes Ordonnances, & les ferez: Voila, mon Pere, l'Alliance dont je parle, & les biens qui nous ont eſté promis par icelle.

Le P.

Certes vous auez raiſon de di­re, que cette Alliance eſt plus noble, & plus excellente que les preceden­tes, puis que par icelle nous obte­nons les biens qui peuuent nous ren­dre eternellement heureux. Mais pourquoy dites-vous qu'elle eſt fon­dée ſur le ſang de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, & qu'il en eſt le Sacrifi­cateur?47 veu que les Prophetes qui l'ont predite, ne le propoſent pas pour Paſteur & pour Prince, & ne font aucune mention de Sacrifice, ny de Sacrificateur.

Le F.

Combien que Ieremie ny Eze­chiel ne faſſent aucune mention de ſacrifice ny de Sacrificateur, ſi eſt-ce que l'vn & l'autre doiuent eſtre ſous­entendus: d'autant qu'il s'agit du pardon des pechez, & qu'il ne ſe fait point de remiſſion des pechez ſans effuſion de ſang Hebreux 9. v. 22. Car comme Dieu eſt juſte & ſaint, il ne pouuoit pardonner les pechez que ſa Iuſtice n'euſt eſté premierement ſa­tisfaite par les raiſons que j'ay dedui­tes cy-deuant. Il falloit donc vne ſa­tisfaction precedente, & par conſe­quent vne victime. Vn Sacrificateur, Vn Moyenneur entre Dieu & les hommes pour reconcilier deux par­ties ſi contraires & eloignées d'vne diſtāce infinie par le peché de l'hom­me. 48Et d'autant que les hommes ny les Anges ne pouuoient combler cet abyſme, à cauſe que tous hommes ſont naturellement corrompus, & par conſequent ennemis de Dieu, & que les Anges quelques puiſſans qu'ils ſoient ne pouuoient produire vne ſa­tisfaction infinie, d'autant qu'ils ont eſté créez auſſi bien que nous: Ieſus Chriſt le bien aimé du Pere, par lequel & pour lequel ſōt toutes choſes, & ſur lequel s'eſt reposé l'eſprit de l'Eternel, l'eſprit de Sapience & d'intelligence, l'eſprit de cōſeil & de force, l'eſprit de Science & de la crainte de Dieu, com­me Eſaye nous l'apprend au chap. 11. de ſa Prophetie, eſt interuenu pour nous. Et cela d'autant qu'il auoit eſté ordonné du Pere pour eſtre le Media­teur de la nouuelle Alliance, le Sacri­ficateur des biens à venir Hebreux 9. verſ. 11. & 15. Ce diuin Sacrificateur donc voyant que ſon ouurage auoit eſté ruïné par l'artifice du Diable; &49 que tous lës hommes auoient eſté precipitez dans vne ruïne etetnelle. Et d'ailleurs ſçachant que la volonté de ſon Pere eſtoit de les reſtablir, eſt venu au monde pour accomplir cette volonté. I'ay pris plaiſir, diſoit il à ſon Pere, à faire ta volonté Pſeaume 40. verſ. 9. Et d'autant qu'il falloit mourir ſuiuant l'arreſt irreuocable prononcé dans le Paradis Terreſtre; Il s'adreſſe derechef à ſon Pere, Tu n'as point voulu ſacrifice, ny offrande pour le peché, luy dit-il, mais tu m'as appro­prié vn corps: Me voicy, je viens, afin de faire, ô Dieu, ta volonté, Hebr. 10. verſ. 5. & 8. Il a donc pris & vny noſtre nature humaine à ſa nature diuine, comme j'ay dit cy-deuant, afin de pouuoir mourir, s'eſt chargé de nos pechez ſans en eſtre entaché, d'au­tant qu'il eſt le Saint des Saints, la Sainteté tres-ſainte: & finalement s'eſt offert ſoy-meſme à Dieu pour nous ſur la Croix en ſacrifice viuant,50 Et par le merite de ſon ſacrifice déja ordonné deuant la fondation du monde. 1. Epiſtre de S. Pierre chap. 1. verſ. 19. & 20. a fait noſtre paix, nous a lauez & nettoyez en ſon ſang de tou­tes nos ſoüillures par l'operation du S. Eſprit, figuré & repreſenté par ces eaux nettes, dont Ezechiel a parlé, nous a rendus agreables à Dieu, & nous a merité les biens ſpirituels qui nous ont eſté promis par cette diuine Alliance, & ainſi pouuons nous dire auec verité, qu'il en eſt le Mediateur, la Victime, & le Sacrificateur.

Le P.

Il eſt vray; Mais nous pouuons ajoûter qu'il en eſt auſſi le Meſſager & le garand; le Meſſager, parce que c'eſt luy qui a parlé par la bouche des ſaints Prophetes qui nous l'ont de­noncé, & qui nous a annoncé la paix. L'eſprit du Seigneur eſt ſur moy, di­ſoit-il, au chap. 4. de S. Luc verſets 18. & 19. d'autant qu'il m'a oint, il m'a enuoyé pour euangelizer, aux pau­ures,51 pour guerir ceux qui ont le coeur froiſſé, pour publier deliurance aux captifs, & aux aueugles le recouure­ment de la veuë: pour enuoyer à de­liure ceux qui ſont foulez & publier l'an agreable du Seigneur; nous ap­prenant par ces paroles Euangeliques que c'eſt luy qui eſt le Roy de paix, qui eſt venu pour faire la paix entre Dieu & nous, & qui l'a faite en effet par le ſacrifice de ſon corps qu'il luy a offert ſur la Croix. Et le garand, pre­mierement parce que Dieu l'auoit ordonné de tout temps pour propi­tiation par la foy au ſang d'iceluy, Rom. 3. verſ. 24: Et ſecondement, parce qu'il nous a luy-meſme promis de nous donner la vie eternelle, qui eſt le but & la fin de cette Alliance ; Car la promeſſe du Pere, dit S. lean au chap. ſecond de ſa premiere verſ. 15. eſt la vie eternelle; Et noſtre Seigneur Ieſus Chriſt nous aſſeure au chap. 6. de l'Euangile ſelon S. Iean52 verſ. 40. que la volonté de ſon Pere eſt, que quiconque croit en luy ait la vie eternelle; Et partant ajoûte-t-il, ſur la fin du meſme verſet, le reſſuſci­teray-je au dernier jour. Or comme il eſt ſource de Vie & de Lumiere, le Tout-puiſſant & le Veritable, il ac­complira ce qu'il nous a promis, & dés-à preſent il nous forme & façon­ne à cette fin par la Predication de l'Euangile, par ſes Sacremens qui ſont comme les ſeaux & les arres de ſa promeſſe, & par ſon S. Eſprit, qu'il met au dedans de nous, afin qu'il eſloigne du noſtre, les doutes que l'ennemy de noſtre ſalut taſche d'y fourrer, qu'il nous affermiſſe en l'a­mour de Dieu, & en l'aſſeurance que nous auons qu'il accomplira ce qu il nous a promis; Et ainſi pouuons-nous dire qu'il eſt luy-meſme le Fonde­ment, le Moyenneur, la Victime, le Sacrificateur, le Meſſager, & le Ga­rand de cette diuine Alliance; Et par­tant53 éjoüïſſons nous en luy, & chan­tons luy cantiques de loüanges & d'a­ctions de graces. A toy donc qui nous as aymez, qui nous as lauez & rachetez par ton ſang, & nous as fait Roys & Sacrificateurs à Dieu ton Pere; A toy, diſ-je, qui as eſté mort, & qui es viuant aux ſiecles des ſiecles ſoit honneur & gloire à perpetuïté.

Or mon fils il me refte vne difficul­, ſur laquelle je deſire eſtre éclaircy. Sçauoir; Pourquoy eſt-ce que cette Alliance eſt dite nouuelle; Veu qu'el­le fut contractée dans le Paradis Ter­reſtre dés le moment qu'Adam eut peché, renouuellée auec Abraham quatre cens trente ans auparauant celle de Moyſe, comme l'Apoſtre S. Paul nous l'apprend au chap. 3. de ſon Epiſtre aux Gal. verſ. 17. Et que d'ail­leurs elle a produit ſon effet & ſa ver­tu enuers les Peres qui l'ont embraſ­ſée, qui ont regardé au ſang de l'A­gneau occis dés la fondation du mon­de,54 Apoc. 13. verſ. 6. Et de fait le S. Eſprit leur rend ce teſmoignage au chap. 11. de l'Epiſtre aux Hebreux, Que par foy ils ont obtenu teſmoi­gnage d'auoir eſté agreables à Dieu, & que combien qu'ils n'ayent veu l'entier accompliſſement des pro­meſſes, ils les ont veuës de loin, creuës & ſaluées, & ſont treſpaſſez en la foy auec vn plain contentement d'eſprit de l'aſſeurance de leur ſalut.

Le F.

Ie ſerois bien en peine de vous ſatisfaire; car je vois que le Prophete Ieremie la nomme nouuelle, & apres luy S. Paul, Vous eſtes venus, dit l'A­poſtre au 24. verſ. du 12. chap. de l'E­piſtre aux Hebreux, à Ieſus Media­teur de la nouuelle Alliance, & au ſang de l'aſperſion prononçant cho­ſes meilleures que celuy d'Abel, & au 20. verſ. du chapitre 13. de la meſme Eſpiſtre, il la nomme eternelle; ce qui ſemble eſtre bien contraire: Veu qu'en l'Eternité il n'y peut auoir de55 nouueauté: Neantmoins comme c'eſt le S. Eſprit qui a parlé par la bou­che de ces ſaints hommes, il faut te­nir l'vn & l'autre pour conſtant, & concilier à mon opinion ces paſſages en cette ſorte: Que Dieu ayant de­terminé de toute eternité d'enuoyer ſon Fïls Ieſus Chriſt, l'Agneau ſans tâche & ſans macule, pour eſtre pro­pitiation pour les Eleus: à cet eſgard elle peut eſtre dite eternelle, & par conſequent plus ancienne que celle de Moyſe: Mais elle peut auſſi eſtre dite nouuelle, ayant égard à la mani­feſtation de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt en chair: Et de fait l'Apoſtre S. Pierre apres auoir dit aux verſets 19. & 20. du chapitre 1. de ſa premiere, que Ieſus Chriſt eſt l'Agneau ſans tâche & ſans macule déja ordonné deuant la fondation du mōde, ajoûte ſur la fin du 20. verſet, mais manifeſté és derniers temps pour vous: Car en effect elle n'a pas eſté pleinement56 manifeſtée, qu'apres la venuë de no­ſtre Seigneur Ieſus Chriſt, & lors qu'il l'a luy-meſme publiée par ſes Predica­tions & par le miniſtere de ſes ſaints Apoſtres apres ſon Aſcenſion au Ciel: & ainſi j'eſtime qu'il n'y a point de danger de dire, que cette Alliance eſt eternelle & nouuelle: Eternelle ayant égard au decret de Dieu & aux auan­tages qu'elle a apporté aux anciens Peres, & nouuelle ayant égard à la publication d'icelle par noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt & fes Apoſtres.

Le P.

Ie le crois ainſi; toutesfois s'il eſt autrement, Dieu vueille nous le reueler par fon ſaint Eſprit, nous don­ner la vraye intelligence de ſa ſainte Parole, & nous rendre accomplis en toute bonne oeuure, faiſant en nous ce qui luy eſt agreable par Ieſus Chriſt, Hebr. 13. veſ. 21. Or mon fils puis qu'il a pleu à Dieu de traitter vne Alliance ſi auantageufe auec nous ſans exiger autre choſe de nous que57 l'obeïſſance: obeyſſons à ſa ſainte Pa­role, retenons ferme ſa diſcipline, perſeuerons conſtamment en la pro­feſſion de ſa verité, tenons nous fer­mes à Ieſus Chriſt, puis qu'il eſt no­ſtre tout, & prenez garde à ne vous pas éloigner, ou détourner de luy ſous quelque pretexte que ce foit: car ſi apres auoir receu cette grace, vous veniez à vous laiſſer ſeduire, & à vous ſouſtraire de luy, il n'y a point d'autre ſacrifice pour le peché, mais vne at­tente terrible du jugement de Dieu & vne ferueur de feu qui doit deuo­rer ſes aduerſaires, Heb. chap. 10. verſ. 26. & 27. Dieu par ſa ſainte grace qui a commencé cette bonne oeuure en nous, vueille la paracheuer, nous donner le don de perſeuerance, nous affermir & nous deliurer du malin, j'eſpere qu'il le fera, car il eſt fidele, Theſſal. 3. verſ. 3.

Au ſurplus vous auez mis en auant en parlant de la creation, vne propo­ſition58 à laquelle il eſt neceſſaire d'ap­porter quelque eſclairciſſement; car vous auez dit que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt eſt la Parole eternelle de Dieu, par laquelle toutes choſes ont eſté creées; Et toutesfois Moyſe qui nous a décrit la creation du mon­de ne s'en explique pas de la ſorte, il dit ſeulement aux deux premiers ver­ſets du premier chapitre de la Gene­ſe, que Dieu crea au commencement les Cieux & la Terre, que la terre eſtoit ſans forme & vuide, que les te­nebres eſtoient ſur le deſſus de l'abyſ­me, & que le S. Eſprit ſe mouuoit ſur le deſſus des eaux: Mais de la Pa­role eternelle de Dieu il n'en eſt fait aucune mention. Ie vois bien que Ieremie au 12. verſ. du 10. chapitre de ſes Reuelations dit, que Dieu a fait la terre par ſa vertu, qu'il a agencé le monde par ſa Sageſſe, & qu'il a eſten­du les Cieux par ſon intelligence; mais il ne parle point de Ieſus Chriſt,59 Dites moy donc comment eſt-ce que vous l'entendez, & appuyez voſtre dire de quelque paſſage de la Parole de Dieu?

Le F.

La Sageſſe de Dieu dont Iere­mie parle, eſt la ſouueraine Sapience que Salomon introduit au huictiéme des Prouerbes, s'écriant qu'elle a eſté engendrée deuant que les monta­gnes fuſſent aſſiſes, qu'elle eſtoit auec Dieu lors qu'il agençoit les Cieux, qu'il affermiſſoit les nuës, & qu'il mettoit ſon Ordonnance touchant la Mer, à ce que fes eaux n'outre paſſaſ­ſent les bornes d'icelle, c'eſt Ieſus Chriſt, la Parole, la Sapience eternel­le de Dieu, par lequel & pour lequel toutes choſe ont eſté creées; Et de fait S. Iean confirme cette verité; car au premier chapitre de ſon Euangile verſet 1. 2. & 3. Il parle en cette ſorte, Au commencement eſtoit la Parole, & la Parole eſtoit auec Dieu, & cette Parole eſtoit Dieu: toutes choſes60 ont eſté faites par icelle, & ſans icelle rien de ce qui a eſté fait, n'a eſté fait: au verſet 14. il ajoûte, que cette Parole a eſté faite chair, & qu'elle a habité en­tre nous; Au 17. il nōme cette meſme Parole Ieſus Chriſt, & au 34. il dit, que Ieſus Chriſt eſt Fils de Dieu. A pres luy S. Paul au premier des Hebr. verſ. 2. dit, que Dieu a parlé à nous en ce dernier temps par ſon Fils, que c'eſt par luy qu'il a fait les ſiecles: Au 3. verſet, que c'eſt le Fils qui ſoûtient toutes choſes; & au 10. verſet il rap­porte à Ieſus Chriſt ce qui eſt dit au Pſeau 102. verſet 26. Toy Seigneur as fondé la Terre, & les Cieux ſont les oeuures de tes mains. Et voila com­ment la Parole par laquelle toutes choſes ont eſté faites, eſt Ieſus Chriſt, le Fils eternel de Dieu, ſeconde per­ſonne de la ſainte Trinité, qui a pris noſtre nature dans le ventre de la Vierge Marie par l'operation du S. Eſprit, afin d'accomplir les promeſ­ſes61 faites aux Peres, & à leur poſte­rité.

Le P.

Apres ces teſmoignages il ne faut nullement douter que Ieſus Chriſt ne ſoit la Parole, la Sapience eternelle de Dieu, par lequel & pour lequel toutes choſes ont eſté faites. Me pourriez vous montrer, commēt, en quel lieu, & en quel temps cette Parole a eſté faite chair?

Du temps, du lieu, & de la maniere de la naiſſance de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt.

Le F.

LA Parole eternelle de Dieu fut faite chair au temps du Roy Herode ſous l'Empire d'Augu­ſte: car ce fut ſous le regne d'Hero­de que fut accomply la Prophetie du Patriarche Iacob contenuë au chap. 49. de la Geneſe verſ. 10. Ce Saint per­ſonnage declarant à ſes enfans ce qui leur deuoit arriuer apres ſa mort, predit auſſi le temps de la venuë de62 noſtre Seigneur Ieſus Chriſt en chair. Le Sceptre, leur dit-il, ne ſe de partira point de Iuda, ne le Legiſlateur d'en­tre ſes pieds juſqu'à ce que Silo vien­ne: Or par ce mot de Silo il enten­doit le Meſſie, qui eſt le Chriſt; car Silo & Meſſie ſont vne meſme choſe. Silo, à ce que j'ay appris, eſt vn mot Hebreu qui ſignifie pacifique, & Meſ­ſie en eſt vn autre, qui veut dire Oint; & ſont tous deux fort propres pour ſignifier la perſonne de noſtre Me­diateur. Ieſus Chriſt donc naſquit ſui­uant les Euangeliſtes, au temps du Roy Herode, que les Romains auoiēt eſtably, apres auoir ſubjugué la ludée à l'excluſion d'Hircanus qui eſtoit priſonnier entre les Parthes: Ie dis à l'excluſion d'Hircanus; parce qu'e­ſtant, comme il eſtoit, ſucceſſeur des Maccabées, & par conſequent de la Tribu de Iuda, il eſtoit legitime ſuc­ceſſeur de la Royauté. Herode au contraire eſtoit Iduméen; c'eſt pour­quoy63 auſſi apprehendant d'eſtre de­poſſedé par Hircanus apres ſon retour de ſa priſon prit ſa fille à femme; & par ce moyen appaiſa Hircanus; Mais luy ne pouuant s'aſſeurer fit tuër ſon beau-pere, & en ſuitte fit mourir ſa femme & les enfans iſſus de leur ma­riage. Ce qui donna ſujet à Auguſte de dire, qu'il aymeroit mieux eſtre le pourceau d'Herode que ſon fils: Fi­nalement il fit maſſacrer les ſeptante Senateurs, qui compoſoient le Senat, ou Sanedrin, par l'auis deſquels les affaires du Royaume eſtoient con­duites: de ſorte qu'il diſpoſa du Senat & de la Sacrificature à ſon plaiſir, y eſtabliſſant des Proſelites eſtrangers; & ainſi fut le Sceptre tranſporté hors de la famille de Iuda, le Legiſlateur fut oſté d'entre ſes pieds, & la Prophetie de Iacob fut accomplie; puis que Ieſus Chriſt naſquit au temps du Roy Herode ſuiuant les Euangeliſtes.

Quant au lieu de ſa naiſſance, Mi­chée64 auoit predit au deuxiéme verſet du ſixiéme chapitre de ſa Prophetie, qu'il naiſtroit en Bethleem; Et toy Bethléem, petite entre les milliers de Iuda, de toy me ſortira le conducteur ou dominateur de mon peuple; & nul ne reuoque en doute que Ieſus Chriſt ne ſoit en Bethléem.

Pour ce qui eſt de la maniere, elle ſe rapporte preciſement à ce qui en auoit eſté eſcrit par les Prophetes: car Ieremie en auoit parlé en cette ſorte au chap. 33. de ſa Prophetie verſ. 14. & 15. Voicy les jours viennent, dit le Prophete au nom de l'Eternel, que je mettray en effect la bonne Parole que j'ay prononcée: Or cette bonne Pa­role eſtoit la promeſſe de la ſemence de la femme faite à noſtre premier Pere, qui deuoit briſer la teſte du ſer­pent, & en laquelle ſeroient benites toutes les familles de la terre, renou­uellée à Abraham au chap. 22. de la Geneſe verſ. 18. & ratifiée à Iſaac chap. 6526. verſ. 4. Apres le meſme Prophete continuë ſon diſcours: En ce jour , dit-il, je feray germer à Dauid la ſe­mence promiſe, le germe de Iuſtice qui exercera jugemēt & Iuſtice. Eſaye au chap. 4. de ſa Prophetie verſ. 2. dit que ce germe de Iuſtice eſt le germe de l'Eternel, & au 14. verſet du chap. 7. il parle plus expreſſement, Voicy, vne Vierge ſera enceinte, & elle en­fantera vn fils, & on appellera ſon nom Emanuel, Dieu auec nous: Ce qui ne peut eſtre rapporté qu'à la Vierge Marie, qui eſtoit de la poſte­rité de Dauid, de la ſemence d Abra­ham, & à Ieſus Chriſt conceu du S. Eſprit; & partant Dieu & homme: A raiſon dequoy auſſi le meſme Pro­phete parlant de ſes deux natures au cinquiéme verſet du neuuiéme chap. dit, l'Enfant nous eſt , le Fils nous a eſté donné, l'empire a eſté poſé ſur ſon eſpaule, & on appellera ſon nom, l'Admirable, le Conſeiller, le Dieu66 fort & puiſſant, le Pere d'Eternité, le Prince de Paix; ce qui ne peut non plus conuenir à aucun autre qu'à noſtre Ieſus Chriſt vray Dieu & vray homme, venu au temps & en la ma­niere preſcripte & deſignée par les Prophetes.

Le P.

Il eſt vray que ces Propheties ne peuuent eſtre rapportées qu'à Ie­ſus Chriſt, & à la Vierge Marie; Et ainſi je tiens pour conſtant que Ieſus Chriſt eſt la ſemence promiſe, le ger­me de l'Eternel, vray Dieu & vray homme, le Prince de Paix, le Pere d'eternité, le Dieu fort & puiſſant; dont Eſaye auoit parlé. A preſent je voudrois entendre; Comment eſt-ce qu'il a briſé la teſte du ſerpent, & de quel ſerpēt, ſi c'eſt de celuy meſme qui ſeduiſit Eve ou de quelque autre.

Le F.

Pour ſatisfaire à voſtre deman­de, Ie ſuis obligé de vous dire encore en cet endroit, que ce fut le Diable qui ſeduiſit Eve ſous la forme du ſer­pent;67 à raiſon dequoy auſſi il eſt ap­pellé le grand dragon, le ſerpent an­cien au chap. 12. de l'Apoc. verſ. 9. Et de fait lors que le Souuerain Iuge pro. nonça contre ces criminels, Il diſtin­gua le Diable d'auec le ſerpent: car au 14. verſ. du 3 chap de la Geneſe, Il ordonna vne peine corporelle au Ser­pent; Tu ſeras maudit, luy dit-il, ſur toutes les beſtes des champs; Tu che­mineras ſur ton ventre & mangeras la poudre tous les jours de ta vie; Et c'eſt ce que nous voyons; car il va ſur ſon ventre & nous le conſiderons auec horreur comme l'inſtrument de no­ſtre ruïne. Mais à l'égard du Diable, il luy parla en cette ſorte au verſet ſui­uant; Ie mettray inimitié entre toy & la femme, qui eſt l'Egliſe, de laquel­le Eve eſtoit figure, entre ta ſemen­ce & la ſemence de la femme, c'eſt à ſçauoir entre les meſchans qui ſont proprement la ſemence du Diable. Matth. 13. verſ. 38. & 39. & Ieſus68 Chriſt qui eſt la ſemence de la femme & ſes rachetez. Icelle ſemence te bri­ſera la teſte & tu luy briſeras le talon; De ſorte que voila vne guerre decla­rée entre le Diable & les meſchans d'vne part, Ieſus Chriſt & ſon Egliſe de l'autre, qui a continué depuis & continuera juſqu'à ce que celuy qui l'a declarée, la faſſe ceſſer & ſonne luy meſme la retraitte; car le Dia­ble & les meſchans ont toûjours fait & feront la guerre à Ieſus Chriſt & à ſes Saints: Mais Ieſus Chriſt les a briſez, vaincus & défaits, les a preci­pitez du Ciel en terre en attendant qu'il vienne les enfermer dans le puits de l'abyſme ſuiuant ſa promeſſe con­tenuë au chap. 20. de l'Apoc. verſ. 10. & cependant il ſoûtient ſon Egliſe par ſa main puiſſante, l'aſſeure de la victoire en attendant qu'il l'a retire du combat, & qu'il l'intro duiſe en ſon Paradis pour la faire jouïr d'vn re­pos eternel; Et partant égayons nous69 & attendons en patience noſtre deli­urance qui eſt certaine & aſſeurée.

Le P.

Comment eſt-ce que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt a vaincre ſes ennemis: Veu que les Euangeliſtes ne nous apprennent pas qu'il ait eu des armées, comme Ioſué liberateur de l'ancien peuple; Et au contraire lors que S. Pierre voulut ſe ſeruir de l'eſpée, pour le defendre, il luy commanda de la remettre en ſon lieu auec menace. Matth. 26. verſ. 51. & 52.

Le F.

Comme les ennemis du peu­ple des luifs eſtoient charnels, Il fal­loit que leurs liberateurs fuſſent char­nels, leurs armes & leurs combats correſpondans à leur nature, & à la nature de leurs ennemis: Mais les en­nemis de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt & les noſtres, eſtans comme ils ſont ſpirituels, il a fallu que noſtre libera­teur fuſt Dieu & homme, ſes armes donc & ſes combats ont eſté correſ­pondans à ſa nature, & à la nature de70 ſes ennemis; ſa Sainteté tres-parfaite, ſa Parole puiſſante, ſes Miracles di­uins & extraordinaires, ſes Souffran­ces, ſa Mort, ſa Reſurrection & ſon Aſcenſion au Ciel, ſont les armes par leſquelles il les a vaincus, ſurmontez & menez en triomphe.

Le P.

C'eſt vne choſe difficile à com­prendre, que les ennemis de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt ayent eu le pou­uoir de le faire cloüer ſur vne Croix, de le faire mourir d'vne Mort maudite & ignominieuſe, & que de cet anean­tiſſement il ait ſe redreſſer, les vaincre & les emmener en triomphe: Deduiſez donc ces choſes par ordre, afin qu'elles ſoient bien entenduës & bien compriſes: Car elles ſont grande­ment importantes.

De l'aneantiſſement de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, de ſa Victoire, & de ſon Triomphe.

Le F.

I'Auouë que ces choſes ſont71 tres-importantes & difficiles à com­prendre au ſens de la chair: Et toutes­fois ceux qui ſont éclairez d'enhaut les comprennent facilement & les croyent fermement: Et d'autant plus que pour affermir noſtre foy, le S. Eſprit les auoit predites long-temps auparauant qu'elles ſoient arriuées; Car le Prophete Eſaye parlant de l'a­neantiſſement de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt au chap. 53. de ſes Reue­lations, auoit dit qu'il eſt le meſpriſé, le debouté d'entre les hommes, hom­me plein de douleurs, & ſçachant ce que c'eſt que langueur, qu'il a eſté mené à la tuërie comme vn agneau: Mais apres il ajouſte, qu'il a eſté en­leué de la force de l'angoiſſe, & de la condamnation; Finalement il s'écrie, qui racontera ſa durée? Car ſa vie eſt enleuée de la terre, pour nous ap­prendre que Ieſus Chriſt apres auoir ſouffert par les mains des iniques de­uoit reſſuſciter, eſtre enleué en gloi­re72 pour y viure & regner eternelle­ment. Et de fait le Prophete Roy par­lant de ſa victoire & de ſon triomphe au Pſea. 68. verſ. 19. dit, tu es monté en haut, & as mené captiue grāde multi­tude de captifs, & as donné dons aux hommes. Or les Euangeliſtes & les Apoſtres nous apprennent que tou­tes ces choſes ont eſté accomplies en Ieſus Chriſt, & par Ieſus Chriſt; Saint Paul particulierement & fort expreſ­ſement quand il dit au chapitre 2. de l'Epiſtre aux Philip. verſ. 6. & ſui­uans, que Ieſus Chriſt eſtant en for­me de Dieu, égal à Dieu s'eſt anean­ty ſoy meſme, ayant pris forme de ſeruiteur fait à la ſemblance des hom­mes, s'eſt abaiſſé ſoy meſme, & a eſté obeïſſant juſqu'à la mort de la Croix, pour laquelle cauſe ajoûte l'Apoſtre, Dieu l'a ſouuerainement éleué & luy a donné vn nom, afin qu'au nom de Ieſus tout genoüil ſe ploye, & que toute langue cōfeſſe que Ieſus Chriſt73 eſt le Seigneur, à la gloire de Dieu ſon Pere: Au moyen dequoy nous ne deuons pas douter de ſa Reſurrection glorieuſe, que Dieu ne l'ait couron­ de gloire & d'honneur, & qu'il ne l'ait conſtitué par deſſus toute Princi­pauté & Puiſſance, pour eſtre adoré des Anges & des hommes, à la honte & confuſion de ſes ennemis. Mais parce qu'il falloit commencer ce grand oeuure par ſon aneantiſſement, comme il nous l'a appris luy-meſme au 24. de S. Luc verſ. 16. quand il a dit, qu'il falloit que le Chriſt ſouf­friſt ces choſes, & que par ſes ſouf­frances il entraſt en ſa gloire; il s'eſt aneanty en telle ſorte, qu'il a voulu naiſtre dans vne eſtable, & eſtre cou­ché dans vne creche, pour nous fai­re connoiſtre qu'il eſtoit le meſpriſé, le debouté d'entre les hommes, ce­luy dont le Prophete auoit parlé, & c'eſt le premier acte de ſon anean­tiſſement: Mais en cet eſtat abject74 & contemptible, il a mis la terreur, l'effroy & l'eſpouuantement dans l'ef­prit d'vn Tyran qui vouloit le faire perir, pour nous apprendre qu'il eſt auſſi le Dieu fort & puiſſant; Et c'eſt à mon opinion, le premier effet de ſa force contre ſes ennemis. Apres s'e­ſtant retiré pour vn temps en Egypte, afin d'accomplir la Prophetie d'Oſée, comme S. Matth. nous l'apprend au chap. 2. de ſon Euangile verſ. 15. à ſon retour. Il s'eſt aſſujetty volontaire­ment à vne vocation baſſe & penible juſqu'à l'âge de trente ans, pour nous apprendre qu'il ſe rendoit pauure afin de nous enrichir, qu'il s'abaiſſoit pour nous éleuer. Pendant cet inter­ualle, il a eſté dans vne Meditation continuelle des ſouffrances qu'il de­uoit accomplir en Ieruſalem, com­me le S. Eſprit nous l'apprend au Pſe. 88. car aux verſ. 5. & 16. Il introduit noſtre Seigneur parlant à ſon Pere en cette ſorte; On m'a mis au rang de75 ceux qui deſcendent dans la foſſe, Ie ſuis deuenu comme l'homme qui n'a point de vigueur, le ſuis affligé, & comme rendant l'eſprit: dés ma jeu­neſſe j'ay ſouffert tes effrois & ne ſçais j'en ſuis, qui ne fut pas vn petit combat dans ſon eſprit: car de voir vne mort cruelle & ineuitable deuāt ſes yeux, vne mort maudite & igno­minieuſe, & demeurer ferme & con­ſtant, n'eſt pas vne petite eſpreuue: Neantmoins ayant ſurmonté tous les obſtacles, que la fragilité humaine luy pouuoit ſuggerer, il ſe diſpoſa d'aller en Ieruſalem, afin d'accomplir l'oeuure de noſtre redemption pour laquelle il auoit eſté appellé. Dés qu'il ſe preſente, & que par ſes Predi­cations & par ſon exemple il con­damne le vice, reprend les vicieux & appelle les hommes à la repentance & à la reformation, le voila enuiron­ d'ennemis, aſſailly de tous coſtez: le Diable l'attaque en ſa ſolitude au76 deſert, déploye ſes forces & toutes ſes ruſes, afin de le porter à la deffian­ce, à l'idolatrie, ou au deſeſpoir: mais le Seigneur demeura ferme & luy re­ſiſta en telle ſorte qu'il demeura vi­ctorieux, & par ſa Parole puiſſante & efficacieuſe le contraignit de s'enfuïr & ſe departir de luy: Mais quelque temps apres cet eſprit malin s'eſtant deguiſé & faiſant ſemblant de ſe vou­loir inſinuer par la confeſſion de ſon nom, afin de rendre ſa doctrine ſuſ­pecte; Noſtre Seigneur reconnoiſſant ſa malice, rejetta ſon teſmoignage, luy impoſa ſilence, & le chaſſa des corps dont il s'eſtoit emparé. Luc 4. verſ. 34.35. & 40. Les Phariſiens & Saduceens de leur part l'attaquerent pluſieurs & diuerſes fois s'efforçans de le ſurprendre, & de l'enlacer en paroles: Mais noſtre Seigneur qui eſt la Sapience & la Sageſſe eternelle du Pere les rendit confus & leur ferma la bouche; en telle ſorte qu'ils n'oſerent77 plus l'attaquer. Matth. 22. verſ. 46. finalement le Diable faiſant ſes der­niers efforts corrompit Iudas, luy mit au coeur de le trahir, incita les luifs de le mettre à mort: Et dautant qu'il eſtoit venu pour abolir le peché en ſa chair pour faire noſtre paix, & nous reconcilier auec ſon Pere par le ſacri­fice de ſon corps, & que pour ce teffet il falloit que la condamnation à mort prononcée contre nous fuſt execu­tée contre luy, comme j'ay dit cy-deuant, il abandonna ſon corps à ſes ennemis, & comme vn agneau ſouffrit & endura patiemment tous les outrages qu'ils luy voulurent faire: combien qu'il fuſt en ſon pou­uoir de les renuerſer par vne ſeule pa­role, comme il le leur auoit donné à connoiſtre peu de temps auparauant, Iean. 18. verſ. 6. bref il a eſté affligé dés ſa jeuneſſe; En telle ſorte que le ſaint Eſprit l'a comparé à vne perſon­ne qui rend l'eſprit, qui ne ſçait plus78 il en eſt à cauſe de ſon angoiſſe, Pſeaume 88. D'ailleurs le Prophete Eſaye auoit dit au 3. verſet du chapi­tre 53. cy-deuant allegué, qu'il eſtoit plein de douleurs, & ſçachāt que c'eſt que de langueur. Ces meſchans donc apres l'auoir foüetté & tourmenté en diuerſes ſortes le cloüerent ſur la Croix, & le reduiſirent en l'eſtat & en la condition des morts; & c'eſt le plus grand combat qu'il ait ſoû­tenu: car il falloit vaincre en mou­rant, & ſurmonter par ſon obeïſſan­ce, non ſeulement le diable, le peché & la mort; mais Dieu meſme qui exi­geoit de luy vn payement exact de toutes nos debtes: & certes il a bien fallu que la meſlée ait eſté rude & violente, puis que la terre en a trem­blé, que les pierres ſe ſont fonduës, que le Soleil en a eſté comme effrayé, & qu'il a caché ſa face pour ne pas voir ce triſte ſpectacle, le Saint, le Iuſte, le Roy de gloire, ſon Createur79 attaché ſur vne Croix, & mis au rang des mal-faiteurs, que le voile du Tem­ple s'eſt fendu depuis le haut juſqu'au bas, que les ſepulchres ſe ſont ou­uerts, que noſtre Sanſon meſme a ſué ſang & eau, qu'il a eſté ſi fort angoiſ­ſé, qu'il a auoüé que ſon ame eſtoit ſaiſie de triſteſſe iuſqu'à la mort; qu'il a fallu qu'vn Ange ſoit deſcendu du Ciel pour le fortifier, comme S. Luc nous l'apprend au chap. 22. de ſon Euangile verſ. 43 & que finallement il a fait cette plainte lamentable à ſon Pere, mon Dieu, mon Dieu, pour­quoy m'as-tu abandonné? & cela d'autant que ſa Diuinité ſe tenoit comme ſuſpenduë ſans luy commu­niquer ſes conſolations: Mais apres que ſes ennemis eurent exercé toute leur rage contre luy, croyant l'auoir vaincu & alteré pour toûjours, & que par ſon obeïſſance, & par le ſacrifice de ſon corps, il eût pleinement ſatis­fait la juſtice de ſon Pere; apres, dis-je,80 auoir effacé nos pechez par ſon ſang & accomply tout ce qui auoit eſté fi­guré par le bouc Hazaël, par le ſer­pent d'airain éleué au deſert Nomb. 21. Et par toutes les autres figures de l'ancien Teſtament; Noſtre Sanſon re­prit ſes forces, fit vn ſi grand effort qu'il n'en fut jamais de ſemblable au Ciel ny en terre: Car il rompit les liens de la mort; comme cela auoit eſté predit au Pſeau. 107. verſ. 16. ſe redreſſa ſoy-meſme par ſa puiſſance Diuine, reprit vne vie nouuelle tout à fait ſpirituelle; & par conſequent plus noble & plus excellente que cel­le qu'il auoit abandonnée à ſes enne­mis, enleua non les portes d'vne ville comme Sanſon; mais toute la puiſ­ſance des enfers, nous deliura de la main tyrannique de tous nos enne­mis, & apres les auoir dépoüillez de leur puiſſance les mena en triomphe, fut couronné de gloire & d'honneur, receut ce pouuoir de ſon Pere de nous81 mettre en pleine liberté, & de nous faire participants de tous les fruits de ſa victoire; de ſorte que nos ennemis n'ont plus de domination ſur nous, & encore moins ſur luy: d'autant qu'il a eſté pleinement declaré Fils de Dieu en puiſſance par ſa Reſurre­ction d'entre les morts, Rom. 1. verſ. 4. Et pour nous aſſeurer de ſa victoire & de noſtre deliurance ſpirituelle, il conuerſa apres ſa Reſurrection qua­rante jours auec ſes Diſciples, par­lant des choſes qui appartiennent au Royaume de Dieu. Actes 1. verſ. 3. leur apprenant qu'il alloit au Ciel, non ſeulement pour ſoy, mais auſſi pour eux & pour nous; & nous aſſeu­rant de ſon retour pour nous y intro­duire en corps & en ame. Iean 14. verſ. 2. & 3. Et peu de jours apres ſon Aſ­ſenſion au Ciel, ſçauoir le jour de la Pentecoſte, il leur enuoya ſon S. Eſprit, comme nous le voyons au deuxiéme chapitre des Actes, accom­pliſſant82 par cette effuſion de ſa grace cet ancien Oracle contenu au Pſe. 68. rapporté par S. Paul au chap. 4. des Epheſ. verſ. 8. eſtant monté en haut il a mené captiue grande multitude de captifs & a donné dons aux hom­mes, verifiant la victoire pleine & en­tiere qu'il auoit obtenuë ſur tous ſes ennemis ſpirituels & corporels à la gloire du Pere, & pour la conſolation de ſes rachetez.

Le P.

Ie ſuis ſatisfait mon fils de vo­ſtre reſponſe, & rens graces à Dieu de tout mon coeur pour toutes les grandes merueilles qu'il a faites & accomplies par ſa grande puiſſance & ſageſſe incomprehenſible, & pour noſtre ſalut, à la honte & confuſion de ſes ennemis & des noſtres. Or apres ce petit témoignage de noſtre reconnoiſſance, diſons vn mot de cette figure ancienne; je veux dire du ſerpent d'airain; car pour ce qui eſt du bouc Hazael, c'eſt vne choſe83 connuë & entenduë d'vn chacun, qu'il eſtoit figure de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt; que tout ainſi que ce bouc emportoit les pechez de l'aſ­ſemblée au deſert, il eſtoit aſſom­ ou deuoré par les beſtes farou­ches, noſtre Seigneur Ieſus Chriſt s'eſt chargé de nos pechez, les a em­portez ſur la Croix, comme S. Pierre nous l'apprend au chap. 2. de ſa pre­miere verſ. 24. à la quelle il a eſté at­taché & percé par des hommes plus cruels que des beſtes farouches, les a lauez & effacez en ſon ſang; En telle ſorte qu'ils ne ſeront plus trou­uez. Il ſemble donc que la figure du ſerpent d'airain fut inſtituée, non ſeulement pour l'effect qu'elle pro­duiſit en ce temps , mais pour quel­que autre ſujet.

L'Enfant montre que le ſerpent d'airain eſtoit vne figure bien expreſſe de noſtre Seigneur Ie­ſus Chriſt, parle de ſa vertu, & fait voir le rapport de la figure auec la verité.

Le F.

S'il vous plaiſt de la bien con­ſiderer,84 vous trouuerez qu'elle fut inſtituée par vne ſageſſe admirable, non ſeulement pour guerir les Iſraëli­res qui auoient eſté mordus au deſert par les ſerpens bruſlans; Mais auſſi pour nous amener à la connoiſſance de nous meſmes, & de noſtre diuin Sauueur repreſenté par cette figure; comme il nous l'a appris au 3. de S. Iean verſ. 14. & 15. Tout ainſi, diſoit il à Nicodeme, que le ſerpent d'airain fut éleué au deſert, il faut que le Fils de l'homme ſoit éleué, afin que qui­conque croit en luy ne periſſe point, mais ait vie eternelle. Comme ainſi ſoit donc que nous fuſſions naturel­lement meſchans, ingrats, rebelles & deſobeïſſans, le peché qui eſt vn ve­nin mortel, vne peſte tres-violente, dōt le Diable auoit infecté nos ames, nous euſt fait mourir d'vne mort cruelle & eternelle. Mais Dieu qui eſt pitoyable & bon, eſmeu de com­paſſion enuers ſa pauure creature85 conſola noſtre premier pere & ſa poſterité, par la promeſſe de la ſe­mence de la femme qui deuoit bri­ſer la teſte du ſerpent & les guerir de ce venin mortel. Et d'autant que cette promeſſe eſtoit obſcure, ſuffi­ſante neantmoins à ceux qui la rece­uoient auec foy, Dieu ajoûtoit de temps en temps quelque type ou fi­gure pour eſclaircir cette verité. Pour exemple celle du ſerpent d'airain, afin qu'en le regardant ceux qui eſtoient mordus des ſerpens bruſlans fuſſent gueris: ce qui ſembloit eſtre du tout impoſſible à la raiſon humai­ne; Neantmoins ceux qui ajouſtoient foy à la promeſſe de Dieu qui éle­uoient leurs coeurs au Ciel & les yeux vers cette figure eſtoient gueris de ce venin mortel. A plus forte raiſon donc ſerons nous gueris & ſauuez, ſi connoiſſans noſtre maladie mortelle nous auons recours auec confiance à Ieſus Chriſt éleué ſur la Croix, chargé86 de nos pechez, portāt nos langueurs, affligé pour nous, & ſouffrant pour nous. Eſaye 53. O mon Seigneur & mon Dieu qui as tant ſouffert pour nous, regarde nous du palais de ta gloire; car nous mettons toute noſtre eſperance en toy, comme en noſtre ſeul & parfait Sauueur.

Le Pere confirme le dire de l'Eſant, apres il luy demande ſi Ieſus Chriſt eſt venu volontaire­ment, s'il a eſté reconnu, & s'il s'eſt trouué quelqu'vn qui luy ait rendu teſmoignage.

Le P.

Il eſt vray que le ſerpent d'ai­rain eſtoit vne figure bien expreſſe de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt & de noſtre gueriſon ſpirituelle. Et je ne fais nulle doute & tiens cette verité pour conſtante, que ſi nous connoiſ­ſons noſtre miſere, ſi nous ſommes déplaiſans d'auoir offenſé Dieu, ſi nous éleuons noſtre coeur & nos yeux à Ieſus Chriſt, mort pour nos pechez, reſſuſcité pour noſtre juſti­fication, intercedant pour nous, ſi87 nous mettons toute noſtre eſperance en luy comme en noſtre ſeul & par­fait Sauueur, il nous donnera la vie eternelle ſuiuant ſa promeſſe conte­nuë au dernier verſet du chap. 3. de l'Euangile ſelon S. Iean: Et au con­traire ſi nous luy deſobeïſſons, nous ne verrons point la vie, & l'yre de Dieu demeurera ſur nous, comme il l'a prononcé luy meſme ſur la fin du meſme verſet. Dieu par ſa ſainte gra­ce vueille nous déliurer de toute in­credulité & nous donner vne vraye foy, ouurante par repentance & par charité; afin que nous puiſſions par­uenir à la vie eternelle. Or mon fils il me ſemble que pour nous confir­mer d'autant plus en la foy, & en l'a­mour que nous portons à noſtre Sei­gneur, il eſt neceſſaire de ſçauoir s'il eſt venu volontairement, s'il a eſté connu en ſon aneantiſſement, & s'il s'eſt trouué quelqu'vn qui luy ait rendu teſmoignage.

88

L'enfant montre que Ieſus Chriſt eſt venu vo­lontairement, Qu'il a eſté connû, que le l'ere, les Anges, les hommes, & les elemens luy ont rendu teſmoignage.

Le F.

Quant au premier poinct j'ay déja montré par deux paſſages, que Ieſus Chriſt eſt venu volontairement, l'vn du Pſeaume 40. par lequel le Pro­phete introduit Ieſus Chriſt venant au monde & parlant à ſon Pere en cette ſorte. Tu n'as point voulu d'ho­locauſte, ny d'oblation pour le pe­ché, adonc j'ay dit, Me voicy venu, il eſt eſcrit de moy au rolle du liure; Mon Dieu j'ay pris plaiſir à faire ta volonté; Et l'autre du chapitre ſe­cond de l'Epiſtre aux Philippiens l'Apoſtre dit, qu'il s'eſt aneanty ſoy­meſme ayant pris forme de ſeruiteur fait à la ſemblance des hommes, qu'il s'eſt abaiſſé ſoy-meſme, & a eſté obeïſſant juſqu'à la mort, voire la mort de la Croix: d'où s'enſuit que nous ne pouuons reuoquer en doute,89 que Ieſus Chriſt ne ſoit venu volon­tairement, & qu'il a pris plaiſir de faire la volonté de ſon Pere, & de fait il l'a ſi bien accomplie, qu'il a preferé le ſalut de ſes eleus à ſa propre vie, & pour l'amour de nous a meſpriſé la honte & l'ignominie, s'eſt expoſé aux miſeres de cette vie, aux injures, aux outrages, à la perſecution des meſ­chants; Et finalement à la mort mau­dite & ignominieuſe de la Croix. Et lors que S. Pierre voulut le détourner, ne ſçachant ce qu'il faiſoit, il le re­pouſſa rudement l'appellant Satan, Matth. 16. verſ. 22.23. parce qu'en effet c'eſtoit vn conſeil de la chair: que ſi pendant ſes angoiſſes il a prié ſon Pere de tranſporter cette coupe arriere de luy, il s'eſt reſigné à ſa vo­lonté: toutesfois que ma volonté ne ſoit point faite mais la tienne. Luc 22. verſ. 42.

Pour ce qui eſt de l'autre point, pluſieurs teſmoins me fourniſſent la90 reſponſe: les Anges luy rendirent teſmoignage apres ſa naiſſance. Les Sages venus d'Orient pour l'adorer, Simeon & Anne la Propheteſſe luy rendirent auſſi teſmoignage lors qu'il fut porté au Temple pour eſtre circō­cis. Mais S. Iean Baptiſte ſon Ambaſ­ſadeur plus expreſſement vn peu au­parauant ſon Bapteſme: Voicy, dit-il, au chap. 1. de l'Euangile ſelon S. Iean verſ. 29. montrant Ieſus Chriſt au doigt, l'Agneau de Dieu qui oſte les pechez du monde, rapportant à Ieſus Chriſt l'Agneau qui fut immolé en Egypte par le commandement de Dieu; afin que par le ſang d'iceluy les premiers nés des Iſraëlites fuſſent ga­rentis & deliurez de la main de l'An­ge qui deſtruiſoit les premiers nés d'Egypte; Et nous apprenant par ces paroles Euangeliques, que Ieſus Chriſt eſt le vray Agneau de Dieu qui oſte les pechez du monde, par le ſang duquel nous ſommes deliurez91 de la main tyrannique du Pharao ſpi­rituel, qui eſt le Diable: le Pere luy rendit auſſi teſmoignage du Palais de ſa gloire lors qu'il fut baptiſé, en­uoyant ſon ſaint Eſprit qui repoſa ſur luy en forme viſible d'vne Colombe, & encore lors de la Transfiguration. D'abondant la Mer, le Vent, & la Terre luy ont rendu teſmoignage; le Vent & la Mer en ce qu'ils luy ont obey lors qu'il leur a commandé de ſe tenir coys; & la Terre en ce qu'elle luy a rendu ſes morts; Et en vn mot toutes les oeuures diuines & miracu­leuſes qu'il a faites ont teſmoigné de luy; Et s'il vous plaiſt me le permet­tre, Ie vous deduiray par ordre les choſes principales qu'il a faites & ac­complies à la gloire de Dieu, & pour noſtre ſalut.

Le P.

Nous ne ſçaurions mieux em­ployer le temps: mais deuant que paſſer outre, il m'a ſemblé que je de­uois vous auertir, que ſi en liſant ce92 Dialogue cette penſée vous vient en l'eſprit, que nous n'auons pas ſuiuy l'ordre des choſes; En ce que nous auons parlé de la mort de noſtre Sei­gneur deuant que de parler de ſa naiſſance, vous faſſiez reflexion ſur les doctrines, que nous auons trait­tées qui nous ont obligé d'en vſer de la ſorte: afin de montrer que par ſa mort nous auons eſté rachetez de la ruyne en laquelle nous ſommes tom­bez par la tranſgreſſion d'Adam; mais à preſent que les meſmes doctrines nous ramenent à ſon berceau, nous deuons ſuiure l'hiſtoire de ſa Conce­ption, de ſa Naiſſance, de ſa Mort, de ſa Reſurrection, & de ſon Aſcenſion à la dextre de ſon Pere, comme elle nous eſt deſcrite par les ſaints Euan­geliſtes, du moins les choſes plus im­portantes, qui peuuent nous con­duire à noſtre but. Commencez donc, mon fils, & voyons la naiſſance du monde nouueau & du grand Roy93 qui l'a renouuellé.

L'Enfant commence par quelques obſeruations qui doiuent eſtre remarquées, auparauant entrer en la narration de l'hiſtoire de la naiſ­ſance de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt.

Le F.

Tout ainſi que Moyſe nous a deſcrit l'hiſtoire de la naiſſance du monde & de l'homme ancien, les ſaints Euangeliſtes nous ont auſſi ­crit l'hiſtoire de la naiſſance de Ieſus Chriſt qui eſt le nouuel homme, & du nouueau monde qui eſt l'Egliſe Chreſtienne, prefigurée par Eve no­ſtre premiere mere; & nous font voir que comme celle-là fut tirée du coſté d'Adam, celle-cy auſſia eſté tirée du coſté de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt ſon eſpoux & ſon Sauueur. Et comme il eſt important de bien connoiſtre celuy que nous deuons receuoir pour chef & Sauueur, ces hommes ſaints nous ont appris par la deſcription qu'ils ont faite de la generation char­nelle & ſpirituelle de noſtre Seigneur94 Ieſus Chriſt, qu'il eſt vray Dieu & vray homme; homme pour mourir, & Dieu pour vaincre la mort & tous ſes autres ennemis. Et d'autant que S. Luc a eſté le plus exact, ſi je ne m'a­buſe, à nous deduire l'hiſtoire de ſa Conception, de ſa Naiſſance, de ſa Vie, de ſa Mort, de ſa Reſurrection & de ſon Aſcenſion à la dextre de ſon Pere, je le prendray pour guide en la narration que je m'en vais faire; aux paroles duquel je m'attacheray, & lors que le teſmoignage des autres Euangeliſtes ou des Prophetes me ſera neceſſaire, je les appelleray à mon ſecours.

Hiſtoire de la Conception, Naiſſance, Vie, Mort, & Reſurrection de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt.

SAint Luc commence ſon Euan­gile par vne deſcription de la Conception & de la Naiſſance mira­culeuſe de S. Iean Baptiſte predite95 par Malachie chap. 4. la Prophetie duquel eſt rapportée par S. Luc au 7. verſet du premier chapitre de ſon Euangile, il eſt dit que S. Iean Ba­ptiſte ira deuant Ieſus Chriſt en l'eſ­prit & vertu d'Elie, afin qu'il luy pre­pare vn peuple bien ordō; & apres auoir ainſi parlé de l'Ambaſſadeur, il commence l'hiſtoire du grand Roy en cette ſorte.

Or au ſixiéme mois dit l'Euangeli­ſte au meſme chapitre, l'Ange Ga­briel fut enuoyé de Dieu en vne ville de Galilée, nommé Nazareth, vers vne Vierge nommée Marie, fiancée à vn homme qui eſtoit de la maiſon de Dauid, qui auoit nom Ioſeph, à la­quelle apres l'auoir ſaluée, il annonça la Conception de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt en cette ſorte. Voicy, dit l'Ange à la Vierge aux 31. 32. & 33. ver­ſets du chapitre premier de ſon Euan­gile, Tu conceuras en ton ventre & enfanteras vn Fils & appelleras ſon96 nom, Ieſus, car il ſauuera ſon peuple de ſes pechez, ajoûte S. Matthieu au chap. 1. de ſon Euangile verſ. 21. ice­luy ſera grand & ſera appellé Fils du Souuerain, & le Seigneur luy donne­ra le throſne de Dauid ſon Pere, il re­gnera ſur la maiſon de Iacob eternel­lement, & n'y aura nulle fin en ſon regne; Et ſur la difficulté que la Vier­ge Marie luy propoſa, à cauſe qu'elle ne connoiſſoit, ou ne connoiſtroit point d'homme, l'Ange luy apprit vn Myſtere auparauant inconnu. Le S. Eſprit, luy dit-il au verſ. 35. ſuruiendra en toy & la vertu du Souuerain t'en­ombrera; dont cela auſſi qui naiſtra de toy Saint, ſera appellé le Fils de Dieu: le tout afin que fuſt accomply ce dont auoit eſté parlé par Eſaye le Prophete; Voicy, vne Vierge ſera en­ceinte & enfantera vn fils & appelle­ront ſon nom Emanuel, qui vaut au­tant à dire, que Dieu auec nous; Matth. 1. verſ. 21.22. & 23. ô Diuin97 Sauueur appren nous à comprendre & à receuoir auec obeïſſance de foy cette diuine merueille, ce grand ſe­cret de pieté, Dieu manifeſté en chair, juſtifié en eſprit, veu des An­ges, preſché aux Gentils, creu au monde & enleué en gloire; puis que ſuiuant ta Parole, c'eſt le moyen d'e­ſtre bien-heureux: Car j'eſtime que ce qui fut dit par la mere de S. Iean Baptiſte à la Vierge Marie, peut eſtre rapporté & adapté à tous les croyans; Bien-heureux ſont ceux qui ont creu, car les promeſſes qui leur ont eſté faites auront leur accompliſſement, Luc 1. verſ. 25.

Saint Luc continuant le fil de ſon hiſtoire parle de la naiſſance de Ieſus Chriſt en Bethléem ſuiuant la Pro­phetie de Michée: Et au ſeptiéme verſet du ſecond chapitre de ſon Euangile il dit, que la Vierge Marie enfanta ſon Fils premier , qu'elle l'emmaillota & le coucha dans vne98 creche à cauſe qu'il n'y auoit point de place pour eux en l'hoſtellerie; pour nous apprendre qu'il eſtoit le meſpriſé entre les hommes. Mais pour releuer noſtre eſperance & éclairer noſtre foy, il ajoûte aux ver­ſets 10.11. & 12. que l'Ange de Dieu annonça ſa naiſſance aux Bergers: Aujourd'huy, leur dit l'Ange, vous eſt le Sauueur qui eſt Chriſt le Sei­gneur, & pour enſeigne vous le trou­uerez dans vne creche enueloppé de bandelettes; Et au 13. verſet qu'auec l'Ange il y eut vne multitude d'ar­mées celeſtes chantans & loüans Dieu; Au verſet 14. il recite le Canti­que des Anges que je veux chanter auſſi en cet endroit pour teſmoigner ma Communion aux eux. Gloire ſoit à Dieu és lieux tres-hauts, en terre paix enuers les hommes bonne vo­lonté, ou aux hommes de bonne vo­lonté ou de bon plaiſir; Au 21. il dit que les huit jours pour circoncir l'en­fant99 eſtant accomplis, il fut nommé Ieſus, comme l'Ange en auoit parlé auparauant ſa conception; Au 22. & aux ſuiuans juſqu'au 25. il fait men­tion du voyage de la Vierge Marie en Ieruſalem, pour le preſenter à Dieu ſuiuant ce qui auoit eſté eſcrit en la Loy, que tout maſle ouurant la ma­trice ſeroit appellé faint au Seigneur, & pour offrir l'oblation ſçauoir vne paire de tourterelles ou deux pigeon­neaux: Aux 28.29.30.31. & 32. il reci­re la reception que Simeon pouſſé & éclairé par le S. Eſprit luy fit dans le Temple & le teſmoignage qu'il luy rendit, lequel compoſa cet excellent Cantique que l'Egliſe chante ſou­uent, & que je veux reciter en cet endroit, pour teſmoigner ma joye & faire voir ma Communion auec les fi­deles qui ont creu & croyent en Ieſus Chriſt. Seigneur laiſſe maintenant aller ton ſeruiteur en paix, puis que mes yeux ont veu ton Salut, Salut100 que tu as preparé pour eſtre mis de­uant tous peuples, pour eſtre lumiere des Gentils, & la Gloire d'Iſraël. Saint Matthieu ajoûté au chap. 2. de ſon Euangile qu'il vint des Sages d'O­rient pour luy faire hommage, gui­dez & conduits par vne eſtoile que la Sageſſe de Dieu auoit formée pour cet effet, & qu'apres l'auoir adoré ils luy preſenterent des dons, ſçauoir de l'Or, de l'Encens & de la Myrrhe, comme ſi la prouidence de Dieu les euſt conduits pour apporter à Ioſeph dequoy ſe ſubuenir pendant le voya­ge qu'il eſtoit obligé de faire en Egy­pte; afin que la Prophetie d'Oſée fut accomplie chap. 11. verſ. 1. Et au chap. 3. Saint Luc parle du Bapteſme de Ie­ſus Chriſt, & aux verſets 21. & 22. il dit, qu'ayant eſté baptizé & priant, le Ciel s'ouurit, & que le S. Eſprit deſ­cendit ſur luy en forme d'vne Colom­be, & qu'il y eut vne voix du Ciel, diſant, Tu es mon Fils bien aymé, j'ay101 pris en toy mon bon plaiſir: Ce qui fait voir fort clairement, que ce Fils de Marie conceu du S. Eſprit, dont la naiſſance auoit eſté annoncée par les Anges, ſur lequel l'Eſprit eſtoit deſcendu, & auquel Simeon & Anne auoient rendu teſmoignage, eſt cet enfant admirable dont auoit eſté par­ par Eſaye chap. 9. verſ. 5. & encore ce rejetton qui deuoit ſortir du tronc d'Eſaye ſur lequel l'Eſprit de l'Eter­ternel deuoit repoſer. Eſaye 11. verſ. 1. & 2. Et de fait S. Luc nous apprend que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt en la premiere Predication qu'il fit en la ville de Nazareth s'appliqua la Pro­phetie d'Eſaye contenuë au chap. 61. de ſes Reuelations, l'Eſprit du Sei­gneur eſt ſur moy, d'autant qu'il m'a oinct, il m'a enuoyé pour euangeliſer aux pauures, pour guerir ceux qui ont le coeur froiſſé, pour publier de­liurance aux captifs & aux aueugles le recouurement de la veuë, pour deli­urer102 ceux qui ſont foulez, & publier l'an agreable du Seigneur, & qu'il dit à ſes auditeurs: Aujourd'huy cette Eſcriture eſt accomplie vous l'oyans. Luc 4. verſ. 18.19. & 21. Et lors que S. Iean Baptiſte luy enuoya demander de la priſon il eſtoit detenu par Herode, s'il eſtoit celuy qui deuoit venir, ou s'il falloit en attendre vn autre, Il dit à ſes Diſciples, Allez & rapportez à Iean les choſes que vous voyez & oyez. Les aueugles recou­urent la veuë, les boiteux cheminent, les lepreux ſont nettoyez, les ſourds oyent, les morts ſont reſſuſcitez, l'E­uangile eſt annoncée aux pauures, & bien-heureux eſt celuy qui ne ſera point ſcandalizé en moy. Matth. 11. verſ. 2.3.4.5. & 6. Il ne leur dit pas abſolument, comme à la Samaritaine qu'il eſtoit celuy qui deuoit venir; Mais il le leur donna à entendre par les miracles qu'il fit en leur preſence. Pour moy je ne doute nullement que103 S. Iean ne fut à meſme temps perſua­ & reſolu qu'il n'en falloit point at­tendre d'autre; & lors que je conſi­dere que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt a non ſeulement fait ces merueilles, mais qu'il a donné pouuoir à ſes Diſ­ciples de faire pareilles & ſemblables choſes, qu'il a commandé aux vents, à la mer, aux poiſſons, à l'enfer & à la mort, & que toutes choſes luy ont obeï: je crois de coeur & confeſſe de bouche auec tous les fideles, qu'il eſt la ſemence promiſe qui a briſé la teſte du ſerpent en laquelle ſont benites toutes les families de la terre, le germe de l'Eternel, le Dieu fort & puiſſant, le Pere d'eternité, le Prince de Paix, dont Eſaye auoit parlé au chap. 9. de ſa Prophetie verſ. 5. Bref cet enfant admirable qui eſt la perfection du Ciel & de la Terre, duquel le Pere nous a dit, Cettuy-cy eſt mon Fils bien aymé auquel j'ay pris mon bon plaiſir, Eſcoutez-le. Matt. 17. verſ. 5.

104

Au ſurplus les Euangeliſtes con­uiennent de ſa vie ſainte, religieuſe & innocente, & par le recit qu'ils ont fait des choſes qu'il a faites & accom­plies de ſa doctrine, de ſes miracles, & de ſes deliurances qu'il a données à tous ceux qui ont eu recours à ſa bon­; ils nous font connoiſtre ſa Puiſ­ſance diuine, ſa Sageſſe eternelle, ſa debonnaireté & l'amour ardente qu'il nous porte; C'eſt pourquoy il me ſemble qu'il n'eſt pas neceſſaire de les reciter en cet endroit puis que chacun les peut voir dans les liures des ſaints Euangeliſtes. Ie viendray donc à ſes ſouffrances, & montreray comment il s'eſt diſpoſé à la mort, apres je parleray des choſes qui luy ſont arriuées pendant ſes angoiſſes, & de ce qu'il a fait apres ſa reſurre­ction juſqu'au jour qu'il eſt monté en haut pour prendre ſa place dans le Ciel au trône de ſa gloire

105

Le Pere acquieſce à la propoſition de l'Enfant, & pour l'inſtruire ſur toutes les circonſtances de la mort de noſtre Seigneur, luy demande ſi ce n'eſt pas choſe mal conuenable à la Iuſtice du Pere d'auoir liuré à la mort ſon Fils bien­aimé, Saint, Innocent & Iuſte, pour des mi­ſerables pecheurs.

Le P.

Vous faites bien d'abreger en cet endroit l'hiſtoire de la vie de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, puis que les ſaints Euangeliſtes l'ont recueil­lie & deſcrite auec tant de ſoin & de lumiere qu'il eſt impoſſible de plus. Ainſi en ont vſé ceux qui ont compo­ſé le Symbole des Apoſtres; Car de la naiſſance de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt ils ſont venus à ſes ſouffrances. Venons donc à ſa mort, puis que nous y trouuons noſtre vie: mais au­parauant vuidons quelques difficul­tez qui ſe preſentent ſur ce qu'au­cuns mettent en auant qu'il ſemble que c'eſt choſe mal-ſeante & mal con­uenable à la juſtice du Pere, d'auoir liuré à la mort ſon Fils bien-aymé,106 Saint, Innocent & Iuſte pour des mi­ſerables pecheurs; veu qu'entre les hommes il n'y a point de Iuge ſi in­juſte, qui à ſon eſcient vouluſt faire ſouffrir à vn innocent la peine de mort qu'vn ou pluſieurs meſchans auroient meritée, qu'en dites vous?

L'Enfant reſpond qu'il n'y a rien de mal conue­nable en cette diſpenſation, & que par ce tranſport, Dieu a fait connoiſtre ſa puiſſance diuine, ſa Sageſſe eternelle, & l'amour qu'il nous porte.

Le F.

Bien loin certes d'y auoir quelque choſe de mal conuenable au tranſport que noſtre bon Seigneur a fait de la peine que nous auions meritée à cauſe de nos pechez ſur la perſonne de ſon Fils; qu'au contraire par cette diſpenſation il nous a mani­feſté & fait connoiſtre ſa Puiſſance, ſa Sageſſe, ſa Iuſtice, ſa Miſericorde & l'amour qu'il nous porte: car il falloit de toute neceſſité, ou que les hom­mes demeuraſſent en la mort eternel­le107 ou que le Fils de Dieu l'a ſouffrit pour eux; Veu qu'il n'y auoit point d'autre moyen au Ciel ny en la Terre pour les deliurer. Le Pere donc par ſa Sageſſe admirable a tranſporté la pei­ne que nous auions meritée par nos rebellions, ſur ſon bien aymé, & à nous, il nous impute ſon Obeïſſance, le Merite de ſa Mort & Paſſion. Le Fils de ſa part s'eſt chargé de nos pe­chez, s'eſt offert volontairement à la mort pour nous, & par ſa mort nous a déliurez de la mort; Et comme il eſt le Prince de Vie, il a rompu les liens de la mort, a repris ſa Vie, nous a reſ­ſuſcitez auec luy, & par ſa puiſſance diuine nous renouuelle & ſanctifie; & de meſchans que nous eſtions, il nous rend juſtes & ſaints: De ſorte que ſi dans vne ville il ſe trouuoit quelqu'vn qui euſt le pouuoir de por­ter la peine d'autruy, de ſurmonter la mort, de ſe reſſuſciter ſoy-meſme, de changer & renouueller les autres108 & de méchans les rendre bons, juſtes & equitables; ce ſeroit vn acte de ju­ſtice de tranſporter la peine que les meſchans auroient meritée ſur celuy qui ſeroit doüé d'vne telle vertu; par­ce qu'il en reuiendroit vn grand bien au public & au particulier.

Le Pere fait vne autre demande à l'Enfant, ſur ce qu'aucuns ſe diſans Chreſtiens mettent en auant, que Ieſus Chriſt pouuoit nous rache­ter & ſatisfaire la Iuſtice de Dieu par vne ſeule gouttede ſon ſang.

Le P.

Ce que vous dites eſt veritable, & j'auouë que nous auons grand ſujet d'admirer & d'adorer la Puiſſance, la Sageſſe & la Bonté de Dieu pour la grace qu'il nous a faite de tranſporter la peine que nous auions meritée, ſur ſon bien-aymé; puis que par ſa mort il a nous deliurer de la mort, & nous meriter la vie, & apres ſe reſſuſ­ſciter ſoy meſme, nous reſſuſciter auec luy, & de meſchans que nous eſtions nous rendre ſaints, innocens109 & juſtes. A Dieu donc Pere, Fils & S. Eſprit, ſoit honneur & gloire és ſie­cles des ſiecles. Mais il y en a encore d'autres, autant ou plus extrauagants que ces premiers, leſquels faiſant ſemblant d'exalter le merite de la Mort & Paſſion de noſtre Seigneur Ie­ſus Chriſt, ſouſtiennent que par vne ſeule goutte de ſon ſang, il pouuoit nous racheter & nous tirer de la ruïne en laquelle nous eſtions; Ce que je ne ſçaurois croire, parce que ſi cela eſtoit, il ſembleroit que Dieu ſeroit injuſte d'auoir liuré ſon Fils à la mort cruelle, maudite & ignominieuſe de la Croix; ſi ſa juſtice euſt eſtre ſa­tisfaite par le ſang qui ſortit de ſon corps, lors qu'il fut circoncis, ou par les grumeaux de ſang qui decoule­rent de ſon corps à terre, pendant qu'il eſtoit en Agonie au mont des Oliuiers. Luc 22. verſ. 44.

L'Enfant refute cette propoſition, & montre par diuers paſſages, qu'il eſtoit abſolument neceſ­ſaire108〈1 page duplicate〉109〈1 page duplicate〉110que Ieſus Chriſt fuſt rompu ſur la Croix, & ſon ſang reſpandu.

Le F.

Comme nous deuons tenir pour bien fait tout ce que Dieu fait, Il me ſuffiroit d'employer & d'oppo­ſer à ceux qui mettent en auant cette propoſition, la reponſe que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt fit aux Sadu­céens qui vouloiēt mettre en doute la Doctrine de la Reſurrection Matt. 22. Vous errez ne ſçachās pas les Eſcritu­res, ny le droit de Dieu: neantmoins pour noſtre ſatisfaction, & à leur con­uiction je prendray les choſes à leur ſource. Les ſaintes Eſcritures nous apprennent, & j'en ay déja parlé cy-deuant, que Dieu donna ſa Loy à noſtre premier Pere dans le Paradis Terreſtre, & qu'il luy deffendit de manger du fruict de l'Arbre de ſcien­ce de bien & de mal ſur peine de mort; Car des le jour que tu en man­geras, luy dit-il au 17. verſ. du 2. chap. de la Geneſe tu mourras de mort, Et111 que du depuis ayant donné ſa Loy au peuple d'Iſraël par le miniſtere de Moyſe, Il prononça vn ſecond ar­reſt de condamnation à mort contre les tranſgreſſeurs: Maudit eſt, dit-il, au 26. verſ. du 27. chap du Deutero­nome, quiconque n'eſt permanent en toutes les choſes qui ſont eſcrites au liure de la Loy pour les faire. Com­me ainſi ſoit donc que nous ſoyons tous enfans d'Adam & tranſgreſſeurs dés le ventre, nous ſommes naturelle­ment ſous malediction & en la mort, tant à cauſe de la tranſgreſſion de noſtre premier Pere, qui nous eſt imputée, que pour les noſtres pro­pres: Il falloit donc que cét arreſt fuſt executé, & que nous demeuraſ­ſiōs en la mort, ou que quelqu'vn qui euſt le pouuoir de la ſurmonter, l'a ſouffriſt pour nous. Or comme noſtre Seigneur Ieſus Chriſt ſeul auoit pou­uoir de laiſſer ſa vie, & de l'a repren­dre, comme il nous l'apprend luy112 meſme au 10. de S. Iean verſ. 18. Il a fallu qu'il ait porté noſtre maledi­ction, & qu'il ait ſouffert la mort que nous auions metitée, non ſeulement vne mort cōmune & ordinaire, mais vne mort maudite & ignominieuſe. Et dautant qu'il n'y auoit point de mort maudite que celle de la Croix, Ieſus Chriſt a voulu eſtre cloüé ſur la Croix, & mourir ſur la Croix pour porter noſtre malediction. Car mau­dit eſt quiconque pend au bois: Galat. 3. verſ. 13. Il a fallu, diſ-je, qu'il ait eſté rompu, & qu'il ſoit mort ſur la Croix pour nous tirer de la mort, & nous meriter la Vie; & c'eſt ce que le S. Eſprit auoit predit par le Prophete Eſaye au 53. de ſes Reuelations: Car au 5. verſ. le Prophete dit, que le Chriſt ſera navré pour nos forfaits & froiſſé pour nos iniquitez, & que par ſa meurtriſſure nous auons gueriſon: Et au 7. verſet il ajoûte, qu'il a eſté mené à la tuërie comme vn agneau, & au113 verſ. 8. qu'il a eſté retranché de la terre des viuās, & que la playe luy eſt auenuë pour les forfaits du peuple. Conſiderez donc, je vous prie la for­ce de ces paroles Prophetiques, qu'il a eſté navré pour nos forfaits & froiſ­ſé pour nos iniquitez, que par ſa meurtriſſure nous auons gueriſon, qu'il a eſté mené à la tuërie comme vn agneau, qu'il a eſté retranché de la terre des viuans, & que la playe luy eſt auenuë pour nos forfaits, & con­cluons auec le Prophete qu'il n'y auoit point de gueriſon pour nous, ſi Ieſus Chriſt n'euſt fait autre choſe, que reſpandre quelques gouttes de ſon ſang; & qu'il falloit qu'il fut rom­pu ſur la Croix, que ſon ſang fut en­tierement eſpandu, & que par ſes ſouffrances il entraſt en ſa gloire. Ceux-là donc qui veulent que par vne ſeule goute de ſon ſang, il ait accomply ce grand Myſtere, ſont dépourueus de ſens & tardifs de114 coeur à croire aux choſes qui ont eſté predites. De ma part je rejette cette propoſition comme extrauagante & contraire aux eſcrits des Prophetes, & à la Sageſſe eternelle de Dieu qui a tout bien fait.

Le Pere acquieſce, ſemond l'Enfant de reprendre ſon diſcours, ſur le ſujet de la Mort & Paſſion de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt.

Le P.

I'acquieſce tres-volontiers au dire du Prophete, & crois de coeur & confeſſe de bouche, qu'il falloit que Ieſus Chriſt ſouffriſt la mort pour nous, & non ſeulement vne mort commune & ordinaire, mais vne mort maudite; puis qu'il auoit pris ſur ſoy noſtre malediction: Et ſans doute ceux qui ſont tant ſoit peu ver­ſez à la lecture de l'Ancien Teſta­ment ſeront de noſtre opinion: parce qu'ils ſçauent que les victimes qui eſtoient offertes pour l'expiation des pechez eſtoient égorgées & leur ſang épandu. Or comme ces ſacrifices ſe115 rapportoient à Ieſus Chriſt, & que la verité doit reſpondre aux figures, il a fallu que Ieſus Chriſt ait eſté rompu ſur la Croix, & ſon ſang répandu pour l'expiation de nos pechez, & ſans cela il n'y euſt point eu de redemption pour nous: & partant je rejette con­jointement auec tous les fidelles cet­te propoſition bourruë, qu'vne ſeule goutte du ſang de Ieſus Chriſt ſuffi­ſoit pour nous racheter, comme con­traire à la juſtice de Dieu; & à ſa Sa­geſſe eternelle. Et comme il ne me reſte aucune difficulté à propoſer ſur le ſujet de cette mort, reprenons noſtre diſcours, & voyons comme il s'y eſt diſpoſé.

L'Enſant montre comment Ieſus Chriſt s'èſt diſposé à la mort, fait voir que les Prophe­ties ont eſté accomplies en luy: & de fait qu'elles luy ont eſté rapporteés & adaptées parles Apoſtres & Euangeliſtes.

Le F.

Apres que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt eut accomply ſa charge116 de Prophete, & que par ſes Predica­tions il euſt declaré & enſeigné aux hommes toute la volō de ſon Pere, il ſe diſpoſa pour aller en Ieruſalem à la feſte de Paſque afin d'accomplir ſa charge de Sacrificateur & faire le ſa­crifice tant deſiré. Et comme il eſtoit preſſé & enſerré juſqu'à ce que ce grand oeuure euſt eſté parfait & ac­comply, Luc 12. verſ. 40. il s'y en alla. Et d'autant, dit le meſme Euangeli­ſte au chap. 22. verſ. 2. & ſuiuans, que les principaux Sacrificateurs & les Scribes ne ſçauoient comment ils pourroient le mettre à mort, parce qu'ils craignoient le peuple, Satan entra en Iudas, & Iudas les alla trou­uer, pour deliberer auec eux com­ment il le leur liureroit, leſquels en furent joyeux, & conuinrent auec luy de luy bailler argent; Moyen­nant quoy ce malheureux parricide cherchoit le temps propre pour le li­urer ſuiuant ce qui auoit eſté predit117 au Pſe. 41. verſ. 10. & par Ieſus Chriſt meſme au 13. chap. de S. Iean verſ. 18. celuy qui mange le pain auec moy, a leué ſon talon contre moy. Apres donc que Iudas euſt fait ce perni­cieux complot, & qu'il euſt receu trente pieces d'argent il le liura à ſes ennemis, qui le condamnerent à mort, ce que Iudas ayant appris, il fut ſaiſi d'horreur & rongé par le ver qui ne meurt point, rapporta les trente pieces d'argent, les jetta dans le Temple, s'en alla & s'eſtrangla. Matt. 27.

Mais les Sacrificateurs faiſans les ſcrupuleux, comme c'eſt la couſtume des hypocrites, ne voulurent pas les mettre dans le treſor; par ce diſoient-ils que c'eſtoit prix de ſang; ains ils les employerent en l'achet du champ d'vn potier pour la ſepulture des eſtrangers: Et par ce moyen dit S. Matth. au chap. 27. de ſon Euangile, la Prophetie de Zacharie fut accom­plie,118 ils ont pris trente pieces d'ar­gent de celuy qu'ils ont apprecié, & les ont baillées pour acheter le champ d'vn potier. Saint Luc au chap. 23. de ſon Euangile verſ. 9. & 10. dit que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt eſtant accuſé deuant Herode auec grande vehemence par les principaux Sacrificateurs & les Scribes; & d'ail­leurs interrogé par diuers propos, ne voulut pas répondre; pour nous ap­prendre qu'il n'eſtoit pas pour ſe juſtifier, mais pour ſouffrir ſuiuant ce qui auoit eſté predit par Eſaye cha. 53. verſ. 7. Il eſt affligé, & n'a point ouuert ſa bouche & a eſté mené à la tuerie comme vn Agneau. Saint Mat. au 35. verſ. du meſme chap. 27. dit, qu'apres qu'ils l'eurent crucifié, ils parta­gerent ſes veſtemens, & jetterent le ſort ſur ſon ſaye, afin que fuſt accom­ply ce qui auoit eſté predit par le Pro­phete Roy au Pſeaume 22. verſ. 19. Saint Marc ajoûte au chap. 15. de ſon119 Euangile verſ. 27. & 28. qu'il fut cru­cifié entre deux brigands, Et que la Prophetie d'Eſaye fut accomplie & il a eſté mis au rang des malfaiteurs, & encore au 36. verſ. du meſme chap. que les gendarmes luy donnerent du vin-aigre, ſuiuant ce qui auoit eſté predit au Pſeau. 69. verſ. 22. Saint Iean au chap. 19. de ſon Euangile verſ. 34. dit, que l'vn des gendarmes luy per­ça le coſté auec vne lance, & qu'il en ſortit du ſang & de l'eau; & aux ver­ſets 36. & 37. Il ajoûte, que ces cho­ſes ſont auenuës, afin que ce qui auoit eſté écrit de luy par le Prophe­te Zacharie chap. 12. verſ. 10. fuſt ac­comply, ils verront celuy qu'ils ont percé; Et encore au verſ. 38. & ſui­uans, que Ioſeph d'Arimathée & Ni­codeme embaumerent ſon corps, apres que Ioſeph d'Arimathée l'eut demandé à Pilate, & qu'ils le mirent en vn ſepulcre neuf, Suiuant ce qui auoit eſté predit par Eſaye chap. 53.120 verſ. 9. & on auoit ordonné ſon ſepul­cre auec les meſchās, mais il a eſté mis auec le riche en ſa mort, car il n'a­uoit point cōmis d'outrage; pour noꝰ apprendre que Ieſus Chriſt eſt non ſeulement la fin & l'accompliſſement des figures anciennes; mais auſſi des Propheties, ſuiuant ce qui auoit eſté predit par Daniel chap. 9. verſ. 24. il y a ſeptante ſemaines determinées ſur ton peuple & ſur ta ſainte ville, diſoit l'Ange à Daniel, pour mettre fin à la deſloyauté, conſumer ou de­ſtruire le peché, & faire propitiation pour l'iniquité, & amener la Iuſtice des ſiecles, & pour clorre la viſion & la Prophetie & oindre le Saint des Saints.

Les Euangeliſtes conuiennent auſſi de ſa Reſurrection. Saint Luc au der­nier chapitre de ſon Euangile verſ. 46. dit, qu'il falloit que le Chriſt ſouffriſt, & qu'il reſſuſcitaſt des morts au troi­ſiéme jour, & qu'on preſchaſt en ſon121 nom repentance & remiſſion des pechez par toutes nations: Et S. Paul en ſa premiere aux Cor. cha. 15. verſ. 4. qu'il eſt reſſuſcité ſelon les Eſcritures, c'eſt à dire au troiſiéme jour; & c'eſt en ce point que la figure de Ionas fut accomplie: Car tout ainſi que Ionas fut trois jours dans le ventre de la baleine, Ieſus Chriſt fut trois jours dans le ſepulcre, & au troiſiéme jour il reſſuſcita, comme il l'auoit predit au 12. de S. Matth. verſ. 4. Saint Marc ajoûte qu'il donna mandement à ſes Diſciples de preſcher l'Euāgile, Allez vous en par tout le monde, preſchez l'Euangile à toute creature auec cet­te promeſſe, qui aura crû & aura eſté baptizé ſera ſauué chap. 16. verſ. 15. & 16. Et derechef S. Luc au dernier chap. verſ. 50. & 51. qu'il mena ſes Diſciples en Bethanie, & qu'en priant & les beniſſant il fut éleué au Ciel; & com­me ils auoient les yeux fichez vers le Ciel, ajouſte le meſme auteur au pre­mier122 chapitre des Actes verſ. 10. & 11. deux hommes veſtus de blanc ſe pre­ſenterent deuant eux qui leur dirent hōmes Galiléens, comme s'ils euſſent dit hōmes groſſiers, pourquoy vous arreſtez-vous regardans vers le Ciel. Ce Ieſus qui a eſté éleué d'auec vous au Ciel, viendra ainſi que vous l'auez contemplé en allant. O noſtre diuin Sauueur qui es maintenant en ta gloi­re, communique nous ta diuine lu­miere, diſſipe les tenebres d'erreur & d'ignorance, dont nos entendemens ſont enueloppez; appren nous à comprendre le Myſtere de ton incar­nation, de tes ſouffrances, de ta Re­ſurrectiō, & de ton eleuation, embra­ſe nos coeurs d'vn ſaint amour, & d'v­ne ſainte reconnoiſſance; fay nous la grace de marcher en ta preſence en foy, en charité auec humilité.

Le Pere confirme l' Enfant, l'aſſeure de la grace de Dieu pourueu qu'il perſeuere; Et en ſuite luy demande pourquoy il ajoûte le mot de Chriſt à celuy de Ieſus, veu que les Euan­geliſtes123 ne nous apprennent pas que l' Ange luy ait ordonné d'autre nom que celuy de Ieſus.

Le P.

Ainſi ſoit-il, mon fils, il le fe­ra ſans doute pourueu que vous per­ſeueriez en la foy & en charité auec humilité: car il eſt trop bon pour y manquer. Ce n'eſt pas en vain qu'il nous appelle à ſoy. Matt. 11. verſ. 18. Il eſt monté au Ciel non ſeulement pour ſoy, mais auſſi pour nous, com­me nous auons dit cy-deuant, & nous le verrons deſcendre comme il eſt monté pour nous receuoir à ſoy, & nous introduire en la place qu'il nous y a preparée, cependant il nous conduit par ſa Parole & par ſon S. Eſprit. Or voudrois-je entendre de vous; Pourquoy eſt-ce que vous ajoû­tez le nom de Chriſt à celuy de Ieſus, lors que vous parlez de noſtre Sei­gneur; veu que les Euangeliſtes ne nous apprennent pas, que l'Ange luy ait ordonné ce nom , ains ſeule­ment celuy de Ieſus, qui ſignifie Sau­ueur.

124

L'Enfant reſpond que le meſme Ange l'auoit auſſi nommé Chriſt long-temps auparauant, à cauſe de ſes charges de Prophete, de Roy, & de Sacrificateur, & montre la ſignifica­tion du mot de Chriſt.

Le F.

Le nom de Chriſt ne vient pas de mon inuention ny de l'inuention d'aucun homme; le meſme Ange qui luy a ordonné le nom de Ieſus, luy auoit donné le nom de Chriſt long temps auparauant, Daniel chap. 9. verſ. 25. & 26. Et cela auec grande raiſon, parce que comme Chriſt veut dire Oinct, ce nom de Chriſt de­ſigne ſes charges de Roy, de Prophete & de Sacrificateur. Et tout ainſi que les Roys, les Prophetes & les Sacrifi­cateurs eſtoiēt Oincts, ces trois char­ges eſtans, cōme elles ſont en noſtre Seigneur, il a deu eſtre Oinct, non pas d'vne huile materielle, comme eux, mais du ſaint Eſprit, comme cela auoit eſté predit par le Prophete Eſaye chap. 61. verſet premier, l'Eſprit du Seigneur eternel eſt ſur moy pour­tant125 m'a oinct l'Eternel pour euan­geliſer aux debonnaires: & de fait lors qu'il fut baptiſé, le ſaint Eſprit deſcendit ſur luy en forme viſible d'vne Colombe & en meſme temps il commença d'exercer ſa charge de Prophete, en telle ſorte qu'il nous a enſeigné toute la volonté de ſon Pe­re: & quand je dirois qu'il l'a exercée dés le commencement du monde, je ne croirois pas faillir: puis que ſaint Pierre nous apprend en ſa ſeconde chap. premier verſ. 21. que c'eſt luy qui a inſpiré les ſaints hommes qui ont parlé, & qui a de tout temps inſtruit & enſeigné ſes ſeruiteurs en diuerſes manieres.

Pour ce qui eſt de la Sacrificature, il eſt Sacrificateur eternel à la façon de Melchiſedec, comme je l'ay montré cy deuant, & partant a-t-il exercé cette charge, non ſeulement lors qu'il s'eſt offert ſur la Croix, mais auparauant que le monde fuſt; auſſi126 eſt-il l'Agneau ſans macule, immolé ou occis deuant la fondation du monde, Apoc. 13. verſ. 6. Car Dieu eſtoit en Chriſt reconciliant le mon­de à ſoy, en ne leur imputant point leurs pechez, 2. Corint. chap. 5. verſ. 19. & à preſent il intercede pour ceux qu'il a rachetez par le merite de ſon Sacrifice toûjours frais & viuant, leur obtient la remiſſion, ou le pardon de leurs pechez, enſemble les dons & les graces du S. Eſprit, accompliſſant par ce moyen le ſecond acte de ſon Sacerdoce, qui eſt d'interceder pour les pecheurs, & leur rendre Dieu propice & fauorable.

Quant à ſa Royauté il l'a toûjours exercée & l'exercera juſqu'à ce qu'il ait ſurmonté tous ſes ennemis & les noſtres; car alors il la remettra à Dieu ſon Pere. Tant y a qu'il eſt le chef des armées de l'Eternel, Ioſué 5. verſ. 14. le Roy dont le S. Eſprit a parlé par la bouche de Dauid au127 Pſeau. 24. verſ. 7.8.9. & 10. Bref c'eſt l'Eternel des armées, c'eſt le Roy de gloire.

Le Pere acquieſce, & en ſuitte demande à l'Enfant, ſi la venué de noſtre Seigneur peut & doit eſtre attributée à la preuiſion de quel­ques oeuures faites ou à faire.

Le P.

I'auouë que c'eſt auec grande raiſon & tres ſagement que le nom de Chriſt a eſté conjoint à celuy de Ieſus; puis que noſtre Seigneur eſt ce grand Prophete dont Moyſe auoit parlé au 18. du Deuteronome verſ. 18. le grand Roy & le grand Sacrificateur de l'Egliſe, dont Dauid a parlé au Pſeau. 2. & 24. que vous venez d'alle­guer, & encore au 110. Reſte mainte­nant de ſçauoir ſi ſa venuë en chair peut & doit eſtre attribuée en tout, ou en partie à quelques bonnes oeu­ures, que nous euſſions faites, ou que nous deuſſions faire, par la pre­uiſion, deſquelles Dieu a eſte com­me obligé d'enuoyer ſon Fils pour128 nous, & le Fils de venir pour accōplir la volonté du Pere; car pluſieurs ſont dans ce ſentiment, qu'en croyez­vous?

L'Enfant fait voir que l'homme eſtoit entiere­ment dénué de toute juſtice, & que la venuë de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt doit eſtre at­tribuée à la ſeule grace du Pere, & à la charitè du Fils.

Le F.

I'eſtime qu'il eſt facile de vui­der la difficulté, & de faire voir que ceux qui ſont dans ce ſentimēt s'éloi­gnent grandement de la verité. Nous auons montré que l'homme s'eſtant reuolté contre Dieu, le Diable s'eſt emparé de luy, s'eſt logé dans ſon coeur, en telle ſorte que dés ſa naiſ­ſance il eſt dans la corruption, eſcla­ue des enfers, ennemy de Dieu en ſon entendement & en mauuaiſes oeu­ures, & par conſequent en la mort eternelle. Examinons ſa conduite, & voyons s'il s'eſt humilié, s'il s'eſt mis en deuoir de reparer ſa faute pour rentrer en la bonne grace de ſon125 Createur. Apres donc qu'Adam ſe fut reuolté contre Dieu, Dieu vint à luy pour l'amener à la reconnoiſſance de ſa faute: Mais au lieu de s'humilier deuant ſa Majeſté, de luy demander pardon, & la grace de mieux viure à l'auenir, bouffy d'arrogance, il s'ef­força de luy perſuader qu'il eſtoit au­teur de ſa rebellion. La femme, luy dit il, que tu m'as donnée en eſt cau­ſe, comme s'il euſt dit, ſi tu ne m'euſ­ſe donné la femme ce malheur ne me fuſt pas arriué; & ainſi c'eſt toy qui es l'autheur de ma ruïne; crime hor­rible & deteſtable, & toutesfois commun à tous les deſcendans d'A­dam: C'eſt pourquoy auſſi l'Eſcriture ſainte dit, que le coeur de l'homme eſt deſeſperement malin. Or comme vn arbre pourry ne peut produire bon fruict, ny vne ſource gaſtée & corrompuë pouſſer vne eau claire & nette; Adam n'a peu engendrer qu'vn homme ſemblable à luy, c'eſt à ſça­uoir126 Caïn, lequel tua ſon frere Abel, & ſes deſcendans qui attirerent le de­luge vniuerſel par leurs meſchans actes, & ceux que Dieu garentit des eaux du deluge par le moyen de l'Ar­che ne furent gueres meilleurs. Noé s'enyura, Caïn ſon fils ſe moqua de luy & deſcouurit ſa vergongne, & à cauſe de cela fut maudit par ſon pere, les deſcendans de Sem & de Iaphet s'abandonnerent à toute ſorte de diſ­ſolutions & d'idolatries. Et combien que Dieu euſt tiré Abraham, qui eſtoit de la race de Sem, de cette cor­ruption generale, & qu'il euſt traitté alliāce auec luy & auec ſa poſterité; ſi eſt ce qu'elle s'eſt portée à toute ſorte de diſſolutions & d'idolatries. Et fi­nalement à vne rage ſi deſeſperée, qu'elle a condamné & crucifié le Fils de Dieu, & l'a mis au rang des iniques; combien qu'il ſoit le Saint des Saints, la Sainteté tres-ſainte, & qu'il fuſt venu pour les ſauuer. Et nous qui127 ſommes des deſcendans de Iaphet, & qui auons eſté attirez auec douceur aux Tabernacles de Sem, ſuiuant la Prophetie de Noé, Geneſ. 9. verſ. 27. luy rendons nous la reconnoiſſance, l'honneur & l'obeïſſance que nous luy deuons. Pour moy je ſçais bien que je ſuis tout a fait eſloigné de cet­te pureté; Carle peché eſt enraciné en moy, & j'interpelle la conſcien­ce de tout homme raiſonnable, afin qu'il me die s'il a fuy le mal defen­du, & pourchaſſé le bien com­mandé de tout ſon pouuoir, s'il n'a jamais eu aucune mauuaiſe penſée, s'il a aymé Dieu de tout ſon coeur, & ſon prochain comme ſoy meſme; qui ſont les deux poincts, eſquels ſe reduiſent la Loy & les Prophetes. Mais je n'eſtime pas qu'il y ait hom­me ſi déreglé, qui vueille eſtre ſi in­juſte de s'attribuer vne telle juſtice qui n'appartient qu'à Ieſus Chriſt ſeul: Veu que ſes penſées, ſes paroles126〈1 page duplicate〉127〈1 page duplicate〉126〈1 page duplicate〉127〈1 page duplicate〉128& ſes actions luy rendent vn teſmoi­gnage contraire: Et les plus ſaints hommes qui nous ont precedé, ont reconnu ingenuément leur miſere par le reſſentiment de leurs pechez auec cris & larmes. Si donc il ne ſe trouue aucun homme, qui faſſe bien, non pas vn ſeul, comme le S. Eſprit nous l'apprend au Pſeaume 14. il faut conclure & tenir pour conſtant que tous hommes ſont naturellemēt ſous malediction & en la mort; Car mau­dit eſt quiconque n'eſt permanent en toutes les choſes qui ſont eſcrites au liure de la Loy pour les faire. Gal. chap. 3. verſ. 10.

L'homme eſtant donc tel; Com­ment peut-il auoir obligé Dieu à vſer de gratuité enuers luy? Certes la ſe­conde faute d'Adam eſtoit auſſi gran­de que la premiere, il n'auoit pas crû à la Parole de Dieu, qui luy auoit def­fendu de manger du fruict de l'arbre de Science de bien & de mal, & qui129 luy auoit dit dés le jour que tu en mangeras, tu mourras de mort: Au contraire auoit donné lieu à la men­terie & à la ſeduction du Diable ſon ennemy: Et lors que Dieu vient à luy pour luy faire reconnoiſtre ſa faute, Il s'en prend à luy, l'accuſe d'eſtre au­teur de ſon peché. Et comme nous ſommes tous enfans d'Adam, nous ſuiuons les traces de noſtre pere, nous imitons ſa rebellion, les vns d'vne fa­çon & les autres d'vne autre; & en quelque maniere que ce ſoit, nous ſommes tous naturellement ſous ma­lediction & en la mort; & par conſe­quent la proye des Demons, eſclaues de l'enfer: Et neantmoins, ô homme miſerable, tu oſeras te perſuader que tu merite quelque choſe enuers Dieu, & que la preuiſion de tes pre­tenduës bonnes oeuures a obligé le Pere d'enuoyer ſon Fils, & le Fils de venir & de ſouffrir pour toy. Eſcoute la Parole de Dieu qui t'apprend d'v­ne130 part que nous eſtions inſenſez, re­belles, abuſez, ſeruans à diuerſes conuoitiſes & voluptez, viuans en malice & enuie, dignes d'eſtre haïs & haïſſans l'vn l'autre, Tite 3. verſ. 3. Et de l'autre, que Dieu a tant aymé le monde qu'il a donné ſon Fils, afin que quiconque croit en luy ne pe­riſſe point, mais qu'il ait vie eternel­le, Iean 3. verſ. 16. & reconnois que c'eſt l'amour du Pere & la charité du Fils qui ſont la ſeule cauſe de ton ſa­lut, & non tes oeuures. Car c'eſt Dieu qui nous a aymez; non point, dit S. Iean en ſa premiere chap. 4. verſ. 9. & 10. que nous l'euſſions aymé; mais il nous a aymez & a enuoyé ſon Fils pour eſtre propitiation pour nos pe­chez: Et ainſi voyons nous, que ſi nous aymons Dieu, c'eſt parce qu'il nous a premierement aymez, comme le meſme Apoſtre nous l'apprend au 14. verſ. du meſme chap. 4. Et de vray comment l'euſſions nous aymé, nous131 qui eſtiōs inſenſez & rebelles ſeruans à diuerſes conuoitiſes & voluptez? vi­uans en malice & enuie, dignes d'e­ſtre haïs & haïſſans l'vn l'autre, com­me S. Paul nous l'a appris au chap. 3. de ſon Epiſtre à Tite. Mais quand la benignité & l'amour de Dieu noſtre Sauueur eſt clairement apparuë, ajoû­te le meſme Apoſtre aux verſets 4.5. 6. & 7. il nous a ſauuez non point par oeuures de Iuſtice que nous euſſions faites; mais ſelon ſa miſericorde, par le lauement de la regeneration & par le renouuellement du S. Eſprit, lequel il a eſpandu abondamment en nous par Ieſus Chriſt noſtre Sauueur, afin qu'eſtans juſtifiez par la grace d'ice­luy, nous ſoyons heritiers ſelon l'eſ­perance de la vie eternelle.

Quant à moy je me tiens ferme ſur cette verité qu'il n'y a rien à l'homme qui puiſſe ſe rendre recommandable enuers Dieu: que Dieu eſtant com­me il eſt pitoyable & miſericordieux,132 nous a regardé en ſes compaſſions eternelles, a donné ſon Fils afin qu'il nous retiraſt de la miſere en laquelle nous eſtions, que le Fils charitable & bon a voulu s'abaiſſer & deſcendre du Ciel en terre pour prendre noſtre nature, & en cette nature porter nos langueurs, ſouffrir la peine que nous auions meritée, mourir d'vne mort maudite & ignominieuſe, & cela pour nous deliurer de la mort eternelle, & nous meriter la vie; & ainſi il n'y a rien du noſtre, le tout eſt de Dieu, qui nous auoit predeſtinez pour nous adopter à ſoy par Ieſus Chriſt, Epheſ. 1. verſ. 5. & qui en l'accōpliſſement des temps nous a engendrez de ſon pro­pre vouloir par la Parole de verité. Jaq. 1. verſ. 18. & par la vertu effica­cieuſe du S. Eſprit, lequel il a eſpandu abondamment en nous ſuiuant le paſſage du 3. chap. de l'Epiſtre à Tite que je viens d'alleguer.

Le Pere confirme la reſponſe, demande à l'En­fant133 qu'eſt-ce qu'il croit du ſaint Eſprit?

Le P.

Ceux donques qui ſe perſuadēt que par leurs pretenduës bonnes oeu­ures ils ont meriter l'enuoy de no­ſtre Seigneur, ſe deçoiuēt eux mémes, & Sacrileges qu'ils ſont s'efforcent de rauir à Dieu la gloire qui luy eſt deuë pour la grace qu'il leur a faite. Prenez donc garde mon fils, à ne vous pas laiſſer ſeduire par quelque homme que ce ſoit, & demeurez ferme en cette doctrine, que noſtre ſalut vient de Dieu, nullement de nous, ny par le merite d'aucune creature, comme vous venez de le montrer: & c'eſt cela meſme que S. Paul nous apprend encores au chap. 2. de ſon Epiſtre aux Epheſ. quand il dit aux verſets 4. 5. & 6. que Dieu qui eſt riche en miſeri­corde par ſa grande charité de la­quelle il nous a aymé du temps meſ­me que nous eſtions morts en nos fautes, obſeruez ces paroles Euange­liques, Au temps meſmes que nous134 eſtions morts en nos fautes, nous a viuifiez enſemble auec Chriſt par la grace duquel nous ſommez ſauuez, qu'il nous a reſſuſcitez, & nous a fait ſeoir enſemble auec luy és lieux ce­leſtes: Et aux verſets 8. & 9. que nous ſommes ſauuez par grace par la foy, & cela non point de nous, c'eſt le don de Dieu, non point par oeuures afin que nul ne ſe glorifie: c'eſt donc l'a­mour du Pere, & la charité du Fils, qui ſont cauſe de noſtre ſalut, & non au­cun merite qui fuſt en nous: Et de vray qu'eſt-ce que nos entendemens enuelopez de tenebres, corrompus & alienez de Dieu euſſent pro­duire? Certes nous eſtions rebelles, inſenſez, & l'incenſé dit en ſon coeur qu'il n'y a point de Dieu, Pſeau. 14. Bien loin donc de luy rendre ce qui luy eſt deu, & de l'obliger à nous fai­re du bien; puis que nous abuſons malicieuſement du peu de raiſon qui nous eſt reſtée apres noſtre cheute,135 & que nous l'employons à luy faire la guerre, & combatre, en tant qu'en nous eſt, ſa Prouidence. Et partant reconnoiſſons noſtre miſere, rendons graces à Dieu, de ce qu'au temps que nous eſtions ſes ennemis morts en nos fautes & pechez, il nous a vi­uifiez & nous a amenez à la connoiſ­ſance de ſon Fils Ieſus Chriſt; & prions-le qu'il nous donne l'eſprit de Sapience & de reuelation, qu'il illu­mine nos entendemens afin que nous cōnoiſſions l'excellence de cet­te grace, & la grandeur de ſa puiſſan. ce enuers nous qui croyons, Epheſ. 1. verſ. 17.18. & 19. Or mon fils puis que le S. Apoſtre nous a conduits, com­me par la main, à cette perſonne di­uine, entretenons nous ſur le ſujet d'icelle, car juſqu'à preſent nous n'en auons parle que comme par occa­ſion, & faites moy entendre ce que vous croyez du S. Eſprit.

136

Du S. Eſprit, & de ſes operations.

Le F.

IE crois que le S. Eſprit eſt la puiſſance & efficace de Dieu procedant de toute eternité du Pere & du Fils, & par conſequent la troiſié­me perſonne de la ſainte Trinité, qui eſt comparée par les Prophetes, & par Ieſus Chriſt meſme au ch. 7. de l'Euan­gile ſelon S. Iean verſ. 38. à des fleuues d'eau viue; parce que cōme l'eau eſt le principe de la generatiō naturelle, le S. Eſprit eſt le principe de la gene­ration ſpirituelle, c'eſt à dire de la re­generation. Ce n'eſt pas qu'il ne con­tribuë, & qu'il ne communique la vertu productiue à la terre; car ſans luy elle fuſt demeurée ſterile & in­fruſtueuſe, & c'eſt ce que Moyſe nous apprend au chap. 1. de la Geneſ. car apres auoir dit que Dieu crea les Cieux & la Terre, que la terre eſtoit ſans forme & vuide, & que les tene­bres eſtoient ſur le deſſus des eaux, il137 ajoûte ſur la fin du 2. verſ. que l'Eſprit de Dieu ſe mouuoit ſur les eaux, com­me pour les eſchauffer, & faire eſclor­re cette matiere confuſe, & ſans for­me, & en tirer tant de belles, & ex­cellentes creatures que nous voyons & touchons. Mais comme la produ­ctiō des vertus ſpirituelles eſt plus no­ble, la Parole Dieu le deſigne le plus ſouuent par ſes fonctions ſpirituelles. Et de fait Eſaye le nomme au chap. 11. de ſes Reuelations verſ. 2. Eſprit de ſapience & d'intelligence, Eſprit de conſeil & de force, Eſprit de ſcience & de crainte de Dieu; Et S. Paul au chap. 8. de l'Epiſtre aux Rom. verſ. 2. le nomme Eſprit de vie; pour nous apprendre que comme il eſt le prin­cipe de vie & d'immortalité, il forme en nous vn eſtre nouueau, vne vie ſpirituelle par la foy au ſang de la Croix de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, & qu'il nous enrichit des vertus ſpiri­tuelles. Bref c'eſt l'Eſprit dont le Pro­phete138 Ezechiel auoit parlé au chap. 36. de ſes Reuelatious verſ. 24. & 27. par la vertu duquel Dieu a tiré nos Peres & nous d'entre les nations, du plus profond abyſme de l'idolatie, de la Babylon des erreurs & des vices, pour en compoſer l'Egliſe Chreſtien­ne, la Ieruſalem celeſte: C'eſt ce di­uin conducteur dont noſtre Seigneur Ieſus Chriſt parle au chap. 16. de l'E­uangile ſelon S. Iean verſ. 13. quand il dit parlant à ſes Diſciples; Mais quand cettuy-là ſera venu, ſçauoir l'Eſprit de verité, il vous conduira en toute verité. Et de fait l'Apoſtre S. Paul nous apprend en la ſeconde aux Theſſal. chap. 3. verſ. 5. que c'eſt luy qui adreſſe, qui conduit nos coeurs à l'amour de Dieu, & à l'attente de Chriſt.

Le P.

Il eſt vray que le ſaint Eſprit eſt la troiſiéme perſonne de la ſainte Trinité, qui procede du Pere & du Fils: C'eſt pourquoy auſſi la Parole139 de Dieu le nomme par excellence le ſaint Eſprit, l'Eſprit de Dieu, l'Eſprit de Chriſt, & luy attribuë la condui­te de l'Egliſe en general, & de cha­que fidelle en particulier, la produ­ction de toutes les vertus chreſtien­nes. Quand le Conſolateur ſera venu, diſoit noſtre Souuerain Docteur à ſes Diſciples aux chap. 15. & 16. de l'Euan­gile ſelon ſaint Iean verſ. 26. & 13. ſça­uoir l'eſprit de Verité qui procede de mon Pere, lequel ie vous enuoyeray de par mon Pere, il vous conduira en toute verité; car il ne parlera point de par ſoy-meſme; mais il dira tout ce qu'il aura oüy, & vous annoncera les choſes à venir; Et apres luy S. Paul en ſon Epiſtre aux Rom. chap. 8. par­lant aux fidelles, leur dit au verſet 8. que ceux qui ſont en la chair ne peu­uent plaire à Dieu, & apres il ajoûte aux verſ. 9. 11. & 14. or n'eſtes-vous point en la chair, mais en l'eſprit, voi­re ſi l'Eſprit de Dieu habite en vous;140 mais ſi quelqu'vn n'a point l Eſprit de Chriſt, cettuy-là n'eſt point à luy: mais ſi l'Eſprit de celuy qui a reſ­ſuſcité Ieſus des morts habite en vous; celuy qui a reſſuſcité Chriſt des morts viuifiera vos corps mortels, à cauſe de ſon Eſprit habitāt en vous; car tous ceux qui ſont conduits par l'Eſprit de Dieu ſont enfans de Dieu: Et ainſi voyons-nous premierement que le ſaint Eſprit eſt vne perſonne diuine qui procede du Pere & du Fils de toute eternité, & c'eſt cela meſme à mon opinion que S. Iean nous veut inſinuër par ce fleuue myſterieux dont il parle au 22. de l'Apoc. verſ. 1. procedant du Trône de Dieu & de l'Agneau. Secondement, que com­me il eſt l'Eſprit de Dieu, l'Eſprit de Chriſt, le Pere & le Fils l'enuoyent, le mettent en nos coeurs, le Pere im­mediatement de par ſoy-meſme ſui­uant la Prophetie d'Ezechiel chap. 36. verſ. 26. & 27. & le Fils de par ſon141 Pere ſuiuant le paſſage du 15. de ſaint Iean cy-deſſus rapporté, faiſant de­couler ſur nous cette onction ſpiri­tuelle; tout ainſi que l'onction qui eſtoit miſe ſur la teſte d'Aaron de­couloit, non ſeulement ſur ſa barbe & ſur ſes veſtemens, mais auſſi ſur les autres parties de ſon corps. Tierce­ment, que cette onction eſtant com­me elle eſt l'Eſprit de verité, nous conduit en toute verité ſuiuant cet autre paſſage du 16. du meſme Euan­gile auſſi rapporté; car il engraue l'E­uangile en nos coeurs, forme la foy en nous, empeſche par conſequent que l'ennemy de noſtre ſalut ne le rauiſſe, & nous conduit aux voyes de Dieu: Mais il me ſemble que j'en­tens les Iuifs impugner l'explication que vous faites de la Prophetie d'E­zechiel à l'auentage de l'Egliſe Chre­ſtienne, d'autant diront-ils que le Prophete parloit aux enfans d'Iſraël, qui eſtoient captifs en Babilone, &142 non à des peuples étrangers, & éloi­gnez de la connoiſſance de Dieu.

L'Enfant ſoûtient ſon application, fait voir par l'accompliſſement des Propheties qu'el­le doit ſubſiſter.

Le F.

Pour juger de mon applica­tion, il faut examiner la Prophetie d'Ezechiel, la joindre auec celle de Ieremie, d'autant qu'ils ont tous deux prophetiſé ſur vn meſme ſujet auec tant de conformité, & vn tel rapport, qu'il ſemble qu'ils euſſent conferé enſemble auparauant rediger leurs Propheties par eſcrit. Et toutesfois Ezechiel eſtoit en Babylone, il auoit eſté tranſporté par Nebucad­netzar, & Ieremie auoit eſté laiſſé en Iudée, Ezechiel donc prophe­tiſoit en Babylone en cette ſorte. Comme le Paſteur, diſoit-il, au nom de l'Eternel ſe trouuant parmy ſon troupeau recherche ſes brebis eſpar­ſes; ainſi rechercheray-je mes bre­bis, & les déliureray de tous les lieux143 auſquels elles auront eſté diſperſées, & les retireray d'entre les peuples, & les r'aſſembleray hors du pays, & les r'ameneray en leur terre, chap. 34. verſ. 12. & 13. Et peu apres, je ſauue­ray mon troupeau, tellement qu'il ne ſera plus en proye, & diſcerneray entre brebis & brebis. Ie ſuſciteray ſur icelles vn Paſteur qui les paiſtra à ſçauoir mon ſeruiteur Dauid, il les paiſtra, & luy-meſme ſera leur Pa­ſteur: Mais moy l'Eternel ſeray leur Dieu, & mon ſeruiteur Dauid ſera Prince entre icelles, & traitteray auec elles vne alliance de paix. Et au chap. 36. il s'adreſſe à ſes brebis, & leur fait entendre les auantages que cette alliance de paix leur apporte­roit, qui ſont en ſubſtance, qu'il les retirera du Paganiſme, qu'il leur pardonnera leurs rebellions, & qu'il leur donnera ſon S. Eſprit pour les conduire en ſes voyes. Ie mettray mon Eſprit au dedans de vous, leur144 dit-il au verſ. 27. & feray que vous cheminerez en mes ſtatuts, & que vous garderez mes Ordonnances, & les ferez. Et Ieremie prophetiſant en Iudée, diſoit auſſi au nom de l'Eter­nel au chap. 30. de ſes Reuelations verſ. 8. & 9. Ie briſeray le joug de deſ­ſus ton col & rompray tes liens; telle­ment que les eſtrangers ne t'aſſerui­ront plus, ains ils ſeruiront à l'Eter­nel leur Dieu, & à Dauid leur Roy que je leur ſuſciteray: Et au chap. 31. verſ. 8. Voicy je m'en vais les faire venir du païs d'Aquilon, & les raſſembleray du fin fond de la terre; Et entre iceux ſeront l'aueugle & le boiteux, la fem­me enceinte & celle qui enfante, grāde congregation retournera icy & je metttay ma Loy au dedans d'eux, & l'eſcriray en leur coeur, & leur ſeray Dieu, Et ils me ſeront peuple verſ. 33. Or eſt-il facile de juger que ces Pro­pheties auoient vn double ſens; my­ſtique, & litteral: Le ſens litteral re­gardoit145 la deliurance temporelle des Iuifs de la captiuité de Babylone, & leur retour en Iudée pour y rebaſtir la ville de Ieruſalem & le Temple, ſui­uant la Prophetie de Daniel conte­nuë au chap. 9. verſ. 25. qu'on s'en retourne, & qu'on rebaſtiſſe Ieruſa­lem: Et de fait ils furent renuoyez en Iudée par le Roy Cyrus, & ils rebaſti­rent la ville & le Temple. Quant au ſens myſtique, il ne leur conuient nullement: mais il conuiēt fort bien à ces pauures aueugles & boiteux dōt mention eſt faite au 8. verſ. du chap. 31. de Ieremie, que Dieu a fait venir d'Aquilon, qu'il a raſſemblez d'O­rient, & d'Occident par la Predica­tion de l'Euangile; ſur leſquels il a eſtably pour Paſteur & pour Roy ſon Dauid ſpirituel qui les conduit & amene en ſon Royaume celeſte par ſa Parole & par ſon S. Eſprit; ſuiuant ſa promeſſe contenuë au chap. 10. de l'Euangile ſelon S. Iean verſ. 16. I'ay146 encore d'autres brebis, diſoit-il aux luifs, qui ne ſont point de cette berge­rie, il me les faut auſſi amener, & elles orront ma voix, & il y aura vn ſeul troupeau & vn ſeul berger; Et c'eſt cela meſme, ſi je ne m'abuſe, qu'il noꝰ a voulu inſinuer par la Parabole con­tenuë au chap. 14. de S. Luc, en la­quelle il nous propoſe vn Pere de fa­mille, que S. Matthieu qualifie Roy au chap. 22. de ſon Euangile verſet premier, qui fit vn grand ſouper & y conuia beaucoup de gens, leſquels ayans eſté appellez, pour l'heure s'ex­cuſerent ſur diuers pretextes: de ſor­te que le Pere de famille juſtement irrité à cauſe de ce meſpris, proteſta que nul de ces conuiez ne gouſteroit de ſon ſouper, & commanda à ſes ſeruiteurs d'aller par les places & par les ruës de la ville, & d'amener les pauures, impotens, aueugles & boi­teux, afin d'occuper les places qui auoient eſté deſtinées pour les con­uiez. 147Car par cette Parabole, il nous deſcouure le ſecret admirable de la vocation des Gentils, & la rejection des Iuifs: par les premiers conuiez, il nous repreſente les Iuifs; & par ces pauures aueugles & boiteux, les Gen­tils. En faueur deſquels il auoit dit au 4. chap. du meſme Euangile verſets 18. & 19. que Dieu l'a Oinct & en­uoyé pour euangelizer aux pauures pour guerir ceux qui ont le coeur froiſſé, pour publier deliurance aux captifs, & aux aueugles le recouure­ment de la veuë; de ſorte que ces Pa­roles Euangliques nous apprennent, que de cette grande congregation de pauures, d'aueugles, & de boiteux, que Dieu a retirez de la Babylone, des erreurs & des vices, il en a com­poſé l'Egliſe Chreſtienne, la Ieruſa­lem d'enhaut, qu'il a fondée, non ſur la montagne de Sion, comme le Da­uid charnel; Mais ſur ſon Fils bien-aimé, qui eſt le rocher des ſiecles, ſon148 Dauid ſpirituel, qui les conduit & gouuerne, comme je viens de dire, par le ſceptre de ſa Parole & par ſon S. Eſprit. Eux de leur part s'éjouïſſent en luy, l'aiment, l'honorent, & le ſer­uent fort agreablement, comme leur Roy & Sauueur; taſchans de faire les choſes qu'il leur commande, d'éuiter celles qu'il leur deffend, & mettent toute leur eſperance en luy, comme en celuy duquel depend tout leur ſa­lut. C'eſt pourquoy auſſi ils ſont nommez eſſeus & fideles, Apoc. 17. verſ. 14. Les Iuifs au contraire l'ont renié, perſecuté & tourmenté pen­dant qu'il conuerſoit entr'eux, & qu'il les pourſuiuoit par ſes bien­faits, & finalement l'ont crucifié en­tre deux brigands. Or comme ces choſes ſont connuës d'vn chacun, il n'eſt pas neceſſaire d'y inſiſter d'a­uantage; mais conclurre que mon application eſt bonne, & qu'elle doit ſubſiſter; puis que les Iuifs ſont con­duits,149 non par l'eſprit de Dieu, dont Ezechiel a parlé, mais par vn eſprit meurtrier, par vn eſprit d'erreur & de menſonge, par vn eſprit d'eſtourdiſ­ſement, qui les pouſſe d'abyſme en abyſme, & qui finalement les preci­pitera dans l'eſtang ardent de ſouffre & de feu s'ils ne ſe conuertiſſent.

Le Pere acquieſce à la concluſion de l'Enfant, déplore la condition des Iuifs, & la ſienne pro­pre par la conſideration de ſa miſere naturelle.

Le P.

Vous euſſiez peu joindre la Prophetie d'Oſée qui a auſſi predit la vocation des Gentils: Car au chap. 2. verſ. 23. le Prophete parle ainſi, j'ap­pelleray mon peuple, celuy qui n'e­ſtoit point mon peuple, & la bien-aymée celle qui n'eſtoit point ay­mée, & auiendra qu'en lieu qu'il leur a eſté dit, Vous n'eſtes point mon peuple, ils ſeront appellez les enfans du Dieu viuant; Tant y a que les Pro­pheties d'Ezechiel, & de Ieremie re­gardoient à la lettre les Iuifs, qui150 eſtoient captifs en Babylone, comme l'euenement nous l'a appris: Car ils fu­rent renuoyez en Iudée par le Roy Cyrus: pour rebaſtir Ieruſalem & le Temple, Eſdras 1. & ſuiuans. Mais le S. Eſprit qui parloit par la bouche des ſaints Prophetes, regardoit bien plus loin: Car ſous cette Prophetie de la deliurance temporelle des Iuifs, de l'Iſraël charnel, il prediſoit la voca­tion des Gentils, de l'Iſraël ſpirituel deſigné par cette multitude d'hom­mes & de femmes, d'aueugles & de boiteux mentionnez en la Prophetie de Ieremie, auec leſquels Dieu vou­loit traitter l'alliance de Grace, dont nous auons parlé; & les honorer des dons & graces de ſon S. Eſprit, ſui­uant la Prophetie d'Ezechiel conte­nuë au chapitre 36. verſ. 26. & 27. Et ainſi j'acquieſce à voſtre conclu­ſion. Mais lors que je conſidere l'e­ſtat miſerable de cete malheureuſe nation, & que je fais reflexion ſur nos151 rebellions, je fremis d'horreur, & tremble d'apprehenſion: & d'autant plus que je ſçais que naturellement nous n'eſtions pas meilleurs qu'eux; & au contraire que nous eſtions ſans Dieu au monde, & qu'ils eſtoient le peuple chery & aymé de Dieu, à cauſe de l'Alliance que Dieu auoit traittée auec leurs Peres.

L'Enfant propoſe la nouuelle Alliance, & les promeſſes de Dieu pour la commune conſola­tion, & continuë de traicter la rejection des Iuifs, & la vocation des Gentils.

Le F.

Nous aurions grand ſujet d'ap­prehender, ſi nous n'eſtions aſſeurez que nous ſommes ſous vne meilleure alliance: Car il eſt vray que nous eſtions eſtrangers des alliances; ­nuez de toute Iuſtice, & par conſe­quent ſous malediction & en la mort: mais il eſt vray auſſi que celuy qui deſtourne de Iacob les infidelitez, eſt venu à nous, s'eſt fait connoiſtre à nous: & au lieu que nous eſtions152 errans, deſtituez de tout ſecours, il nous a dit, Me voicy, nous a tendu la main, nous a donné vn Roy & Sau­ueur, ſçauoir Ieſus Chriſt, qui nous a deliurez par ſon Sacrifice, de la capti­uité en laquelle nous eſtions detenus, qui nous conduit & gouuerne par ſa Parole, & par ſon S. Eſprit qui nous donne les diſpoſitions neceſſaires pour le ſuiure agreablement, & qui nous fait viure en aſſeurance ſous ſa protection. Mais les Iuifs incredules & rebelles, enflez d'orgueil & de pre­ſomption, non contens de l'auoir fait mourir meſchamment ſur la Croix entre deux brigāds le preſecutent en­core en ſon honneur & en ſa doctri­ne; s'efforcent de ternir ſa gloire tant celebrée au Ciel & en terre; C'eſt pourquoy auſſi Dieu executant ce qui auoit eſté predit par le Prophete Exechiel au chap. 34. verſets 20. & 22. a diſtingué & mis à part ces brebis graſſes, fieres & outrageuſes, les a153 rejettées comme indignes de ſes bien-faits, a ſubſtitué en leur place les langoureuſes, nous pauures er­rans, aueugles & boiteux, & nous a donné pour Paſteur ſon ſeruiteur Da­uid, qui nous conduit & gouuerne par ſa Parole, & par ſon ſaint Eſprit; comme je viens de dire: Et partant éjouïſſons nous & chantons luy can­tiques de loüanges & d'actions de graces. A toy donc Pere, Fils & S. Eſprit, ſoit honneur & gloire és ſie­cles des ſiecles. Amen.

Le P.

Certes l'Apoſtre S. Paul auoit grand ſujet de s'écrier traittant cette merueille, de la rejection des Iuifs, & de la vocation des Gentils au chap. 11. de l'Epiſtre aux Romains. O profon­deur des richeſſes, & de la Sapience & de la connoiſſance de Dieu, diſoit­il, que ſes Iugemens ſont incompre­henſibles, & ſes voyes impoſſibles à trouuer? Nous deuons donc adorer ce myſtere & prier Dieu qu'il nous154 faſſe la grace d'admirer ſa benignité, & ſa ſeuerité; Sa ſeuerité ſur ceux qui ſont treſbuchez, & ſa benignité en­uers nous. O noſtre bon Seigneur donne nous de demeurer fermes en la foy, de nous humilier en to preſen­ce, de prendre garde à nous: afin qu'il ne nous auienne comme à ces pauures inſenſez. Mais ont-ils eſté re­tranchez pour toûjours?

Le F.

Saint Paul me fournit la reſ­ponſe au chap. 11. de l'Epiſtre aux Rom. verſ. 11. quand il dit, qu'il eſt auenu endurciſſement en Iſraël, en partie juſqu'à ce que la plenitude des Gentils ſoit entrée; & aux verſ. 30.31. & 32. il s'adreſſe aux Gentils, & leur parle en cette ſorte. Comme vous auez eſté rebelles à Dieu, & mainte­nant vous auez obtenu miſericorde par la rebellion des Iuifs: Semblable­ment auſſi les Iuifs ont eſté rebelles, afin qu'eux auſſi obtiennēt miſericor­de: Car Dieu a enclos tout ſous rebel­lion,155 afin qu'il fiſt miſericorde à tous; Et aux verſets 28. & 29. il leur auoit dit que les Iuifs ſont ennemis quant à l'Euangile; mais qu'ils ſont bien ai­mez quant à l'Election à cauſe des Peres; Et que les dons & la vocation de Dieu ſont ſans repentance. Ie con­clus donc auec S. Paul au verſ. 26. du meſme chapitre, que tout Iſraël ſera ſauué: Car il eſt écrit, que celuy qui fait deliurance, viendra de Sion, & détournera de Iacob ces infidelitez; De ſorte que s'ils ne perſeuerent en leur infidelité, Ils ſeront entez dere­chef, Rom. 11. verſ. 23. Mais il eſt prealable que cette grande moiſſon de la vocation des Gentils predite par Eſaye au chap 49. verſ. 6. ſoit accom­plie, & que la plenitude des Gentils ſoit entrée; Car c'eſt peu de choſe, diſoit le Prophete parlant à Ieſus Chriſt au nom de l'Eternel; que tu me ſois ſeruiteur pour reſtablir les tri­buts de Iacob, & pour reſtaurer les156 deſolations d'Iſraël; Et partant je t'ay donné pour lumiere aux nations, afin que tu me ſois en ſalut juſqu au bout de la terre.

Le P.

Voyons à preſent, comment, & en quel temps les promeſſes con­cernans l'enuoy du S. Eſprit, & la vo­cation des Gentils ont eſte accom­plies.

De l'accompliſſement de la promeſſe de l'enuoy du ſaint Eſprit.

L'Enfant répond que les promeſſes de l'enuoy du S. Eſprit, & de la vocation des Gentils ont eſtè accomplies apres l'Aſcenſion de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt au Ciel, en rapporte quelques exemples.

Le F.

LA promeſſe de l'enuoy du ſaint Eſprit fut accom­plie peu de jours apres l'Aſcenſion de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt au Ciel, ſçauoir le jour de la Pentecoſte; car ce fut ce jour qu'il enuoya ſon S. Eſprit à ſes Apoſtres; & en ſuitte à ceux qui furent conuertis par leur157 predication: mais de vous dire com­ment ce grand oeuure s'accomplit, il m'eſt entierement impoſſible: dau­tant qu'il ne nous a pas eſté reuelé. Nous voyons bien au chap. 3. de ſaint Matthieu verſ. 16. que lors que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt fut baptizé, les Cieux luy furent ouuerts; que le ſaint Eſprit deſcendit ſur luy, comme vne Colombe: & au deuxiéme des Actes verſ. 1.2.3. & 4. que le jour de la Pentecoſte il ſe fit vn ſon du Ciel, comme d'vn vent qui ſouffle en vehe­mence, lequel remplit la maiſon, en laquelle les Apoſtres eſtoient aſſem­blez, qu'il leur apparut des lāgues de­parties comme de feu qui ſe poſerent ſur vn chacun d'eux, & qu'ils furent tous remplis du Saint Eſprit: Mais pour ce qui eſt des autres fidelles, nous n'en auons ny exemple, ny en­ſeignement que je ſçache; car les Pro­phetes, les Euangeliſtes & les Apo­ſtres ne nous diſent autre choſe ſur ce158 ſujet; ſi ce n'eſt que Dieu donnera, qu'il mettra ſon Eſprit au dedans de nous, qu'il enuoya, qu'il donna ſon ſaint Eſprit aux premiers Diſciples, & qu'il le donnera à ceux qui croiront en luy, & qui feront profeſſion de ſa verité, & qu'il a eſpandu ſon ſaint Eſprit en nous: Et S. Iean nous ap­prend au chap. 3. de ſon Euangile, que Ieſus Chriſt voulant inſtruire Nico­deme ſur le ſujet de la regenera­tion, luy propoſa vne renaiſſance, c'eſt à dire vne naiſſance ſpirituel­le: ſinon que quelqu'vn ſoit dere­chef, luy diſoit-il, il ne peut voir le Royaume de Dieu. Et voyant que Nicodeme ne pouuoit comprendre ce myſtere & qu'il deſiroit vne plus ample inſtruction, comme ſes reſpon­ſes le font connoiſtre, il luy propoſa l'exemple du vent, ſa vertu & ſa ma­niere d'agir. Le vent, luy dit-il, ſouf­fle il veut, tu ois le ſon d'iceluy: Mais tu ne ſçais d'où il vient, ne il159 va; ainſi en prend-il de tout homme qui eſt de l'Eſprit, comme s'il luy euſt dit, la renaiſſance que je te pro­poſe eſt vne naiſſance ſpirituelle, vn eſtre nouueau que Dieu donne à ſes Eſleus par ſa Puiſſance diuine, & par l'enuoi de ſon S. Eſprit en leurs coeurs. Et tout ainſi que tu ne peux voir le mouuement de l'air, ny comprendre l'agitation du vent, ſa force & ſa ver­tu, que par ſes effets; Auſſi ne peux tu comprendre la maniere de l'enuoy du S. Eſprit au coeur des fidelles, ſa force & ſa vertu que par les effets qu'il y produit; parce que comme il eſt Eſprit, ſes mouuemens & ſes ope­rations ſont ſpirituelles, & imperce­ptibles; Et neantmoins ſi certains & efficacieux qu'il change & renouuel­le ceux, auſquels il a eſté donné: Et au lieu de la nature corrompuë & vi­cieuſe qu'ils ont portée dés le ventre de leurs meres, il leur donne vn eſtre nouueau & ſpirituel: En telle ſorte160 que d'hommes terreſtres & charnels, il les change en hommes celeſtes, & par maniere de dire les tranſplante de la terre dans le Ciel; car il illumine leurs entendemens, les remplit de la connoiſſance de Dieu, purifie leurs coeurs, forme la foy en eux, change leur volonté, leur donne de bonnes & ſaintes affections, leſquelles ils manifeſtent par leurs paroles, par leurs actions, & par vne ſainte con­uerſation: Et ainſi pouuons-nous conclurre que combien que nous ne voyions & ne puiſſions aperceuoir ny cōprendre la façō ou maniere de l'en­uoy du S. Eſprit au coeur des fideles, la choſe eſt pourtāt certaine & verita­ble, j'en rapporteray quelques exem­ples, celuy des Apoſtres, dont j'ay parlé au commencement de cette ­ponſe, doit à mon opinion tenir le premier rang: Mais parce que de cet exemple on pourroit former vne ob­jection & dire, que les autres fideles161 n'auoient & n'ont point eu de part en la promeſſe, puis que le S. Eſprit ne fut enuoyé qu'aux Apoſtres, il eſt neceſ­ſaire d'obſeruer, que les Apoſtre meſ­mes, ou S. Pierre parlant pour tous, a deſtruit cette objection: Car au pre­mier Sermon qu'il fit (apres auoir re­ceu le S. Eſprit) à ceux qui eſtoient accourus au bruit de ce miracle, il leur fit entendre que Dieu auoit ac­comply en leur preſence la Prophetie de Ioël par l'enuoy du S. Eſprit, les exhorta de s'amender, de ſe faire ba­ptizer au nom de Ieſus Chriſt, & les aſſeura qu'ils en reſſentiroient les ef­fects, & qu'ils receuroient auſſi le S. Eſprit; Car à vous, & à vos enfans, leur dit-il, eſt faite la promeſſe, & à tous ceux qui ſont loin, autant que le Seigneur noſtre Dieu en appellera, Actes 2. verſ. 39. De ſorte que par ces paroles Euangeliques, il nous aſſeure que la promeſſe de l'enuoy du S. Eſ­prit n'auoit pas eſté faite ſeulement à162 luy, & à ſes compagnons; Mais à tous ceux que Dieu appelleroit à ſa con­noiſſance par leur miniſtere d'entre les luifs & d'entre les Gentils. Et de fait ceux qui d'entre les Samaritains crurent à la parole de Philippes, & furent baptiſez, receurent le S. Eſprit à la priere de Pierre, & de Iean, Actes 8. verſ. 17. Corneille de meſme, en­ſemble ſes parens & amis, combien qu'ils fuſſent Gentils, Actes 10. verſ. 44. Les douze Diſciples que S. Paul trouua en Epheze, receurent auſſi le S. Eſprit, apres auoir eſté baptiſez, Actes 19. verſ. 6. Et S. Paul par l'E­piſtre qu'il a eſcrite aux Galates con­firme la doctrime des autres Apoſtres par l'enſeignement general, qu'il donne à tous les fideles, qui eſt, que Dieu a enuoyé ſon Fils, afin qu'il ra­chetaſt ceux qui ſont ſous la Loy, & que nous receuſſions tous l'adoption des enfans, qui eſt le S. Eſprit, com­me il l'explique au 8. des Romains163 verſ. 15. Et pourtant que vous eſtes enfans, Dieu a enuoye l'Eſprit de ſon Fils en vos coeurs, criant abba Pere, Gal. 4. verſ. 4.5. & 6. Vous voyez donc mon pere, que cette promeſſe commune à tous les fideles, Iuifs & Gentils a eſté & ſera parfaitement ac­complie, & la conuerſion de tant de peuples éloignez de la connoiſſance de Dieu eſt l'ouurage du S. Eſprit. Car les hommes & les Anges auroient beau preſcher, tout cela nous ſeroit inutil ſi le S. Eſprit n'interuenoit, s'il ne débouchoit les oreilles de nos en­tendemēs, s'il n'amolliſſoit nos coeurs, qui ſont plus durs que pierre, s'il n'y engrauoit l'Euangile, & s'il ne nous amenoit luy meſme à Ieſus Chriſt.

De la vocation des Gentils.

QVant à la Prophetie de la voca­tion des Gentils, elle a eſté auſſi accomplie; car apres que noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt eût accomply le164 myſtere de noſtre redemption, il don­na mandement à ſes Apoſtres de preſ­cher l'Euangile, & d'endoctriner tou­tes nations; Allez-vous en par tout le monde, leur dit il, & preſchez l'Euan­gile à toute creature, & auiendra que qui aura cru & aura eſté baptiſé ſera ſauué, Marc 16. verſ. 15. & 16. Et apres qu'il eut pris ſa place dans le Ciel, il donna mandement à S. Pierre d'aller vers Corneille Payen, pour le conuer­tir à la foy, luy & les ſiens, qui furent comme les premices de cette grande moiſſon, Actes 10. Apres il choiſit S. Paul pour porter ſon nom entre les Gentils, ouurir leurs yeux afin qu'ils fuſſent conuertis des tenebres à la lu­miere de la puiſſance de Satan à Dieu; & pour receuoir remiſſion des pe­chez; & part entre ceux qui ſont ſan­ctifiez par la foy en Ieſus Chriſt; com­me l' Apoſtre nous l'apprend luy meſ­me au 26. des Actes. Or ce ſaint hom­me ne fut pas deſobeïſſant à la voca­tion165 celeſte, comme Ionas; mais il executa ſi ſoigneuſement, & auec tant d'ardeur ſa commiſſion; nonob­ſtant les troubles & empeſchemens qui luy furent donnez, qu'vn nom­bre infiny de Gentils fut conuerty au Seigneur, & de cela ſes Epiſtres en teſmoignent, l'experience des ſiecles paſſez, & du preſent nous l'apprend; D'ailleurs les Apoſtre qui eſtoient en Ieruſalem s'acquitterent ſi bien du commandement qui leur auoit eſté fait au 19. verſet du dernier chapitre de S. Matthieu, que d'entre les Iuifs meſmes qui auoient crucifié noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, trois mille fu­rent conuertis à luy à la premiere Predication de S. Pierre, Actes 2. verſ. 41. cinq mille peu de jours apres; Actes 4. verſ. 4. Outre cela le Seigneur gai­gnoit de jour en jour à l'Egliſe gens pour eſtre ſauuez, Actes 2. verſ. 47. Et de plus en plus s'augmentoit la mul­titude de ceux qui croyoient au Sei­gneur,166 Actes 5. verſ. 14. De ſorte que vous voyez ce peuple creé de nou­ueau, illuminé, renouuellé & con­duit par la Predication de l'Euangile & par la vertu ſecrette du S. Eſprit, venir de toutes parts comme de gran­des vollées d'oyſeaux, pour adorer noſtre Roy Dauid; noſtre Crucifie; pendant que les Iuifs le perſecutent de tout leur pouuoir en ſa doctrine & en ſes membres. C'eſt donc auec ce peuple nouueau, que Dieu a fait l'al­liance nouuelle dont nous auōs parlé, & c'eſt pour ce peuple que ſon Fils bien-aymé s'eſt donné en ſacrifice vi­uant qu'il a reſpandu ſon ſang ſur la Croix, comme il l'a dit luy-meſme au 26. de S. Matthieu verſ. 28. Cecy eſt mon ſang, le ſang de la nouuelle al­liance qui eſt reſpandu pour pluſieurs en remiſſion des pechez: A raiſon dequoy auſſi nous nous eſtudions de luy eſtre agreables, comme j'ay dit cy-deuant, & taſchons de cheminer de­uant167 ſa face en foy, en charité auec humilité ſuiuant le commandement de S. Paul contenu au chap. 5. de ſa 2. aux Corinth. verſ. 17. & ſuiuans: Si quelqu'vn eſt en Chriſt, dit l'Apoſtre, qu'il ſoit nouuelle creature, les choſes vieilles ſont paſſées, voicy toutes choſes ſont faites nouuelles: Or le tout eſt de par Dieu qui nous a re­conciliez à ſoy par Ieſus Chriſt; Car Dieu eſtoit en Chriſt reconciliant le monde à ſoy en ne leur imputant point leurs forfaits, & a mis en nous la parole de reconciliation: Nous ſommes donc Ambaſſadeurs pour Chriſt, comme ſi Dieu exhortoit par nous, voire nous ſupplions pour Chriſt, que vous ſoyez reconciliez à Dieu: Car il fait celuy qui n'a point connû peché, eſtre peché pour nous, afin que nous fuſſions faits juſtice de Dieu en luy, c'eſt à dire afin que nous fuſſions rendus juſtes & agreables à Dieu par la ſeule juſtice de Ieſus168 Chriſt. Au moyen de quoy la pro­meſſe de la vocation des Gentils, l'e­ſtabliſſement de l'Egliſe Chreſtien­ne a eſté, eſt & ſera pleinement ac­complie.

Le Pere conclut qu'il ne faut pas s'informer cu­rieuſement de la maniere de l'enuoy du S. Eſprit, mais tenir cette verite pour conſtante: Apres il demande comment les Peres ſont par­uenus à la connoiſſance de Dieu, veu que le S. Eſprit n'a eſté enuoyé qu' apres l' Aſcenſion de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt au Ciel.

Le P.

Puis que Dieu ne nous a pas reuelé la maniere de l'enuoy du S. Eſprit, il faut croire que ce n'eſt pas choſe qui nous ſoit neceſſaire, & ainſi il ne faut pas s'en informer, mais tenir pour conſtant, que Dieu a accomply & accomplira cy apres par ſa puiſſan­ce diuine & d'vne façon imperce­ptible ſa promeſſe de l'enuoy du S. Eſprit; Et de vray cette grande moiſ­ſon, la conuerſion de tant de peuples, que le Prince de la puiſſance de l'air, tenoit liez & enchaiſnez eſt l'ouurage169 du S. Eſprit. Admirons donc la puiſ­ſance infinie de Dieu qui ſe manife­ſte au mouuement de l'air, en l'agita­tion des vents, mais principalement au changement & renouuellement qu'il fait en nous par ſon S. Eſprit; Combien que ſa maniere d'agir en l'vn & en l'autre nous ſoit inconnuë, & que nous n'en puiſſions voir que les effets, remercions-le pour la gra­ce qu'il nous a faite, de nous reueler le ſecret de ſa volonté par ſa Parole, & par ſon S. Eſprit; Car ſans cette re­uelation nous n'euſſions jamais dit, vien Seigneur Ieſus, vien; Au con­traire nous euſſions crié comme les Iuifs rebelles & meurtriers, oſte, oſte, crucifie-le. A Dieu donc Pere, Fils & S. Eſprit ſoit honneur & gloire au ſic­cle des ſiecles. Or, mon fils, puis que nul ne peut paruenir à la droite con­noiſſance de Dieu, ny par le liure de la nature, ny par la lecture de ſa Paro­le, ny par les inſtructions de ſes Mini­ſtres170 & Ambaſſadeurs ſans l'interuen­tion du S. Eſprit; Comment eſt-ce que les ſaints hommes qui ont veſcu deuant & ſous la Loy ſont paruenus à cette connoiſſance; veu que le ſaint Eſprit n'a eſté donné qu'apres la Re­ſurrection de noſtre Seigneur, & apres ſon Aſcenſion au Ciel, comme ſaint Iean nous l'apprend au chap. 7. de ſon Euangile: Car apres auoir in­troduit noſtre Seigneur parlant aux Iuifs en cette ſorte au verſ. 38. Qui croit en moy il decoulera des fleuues d'eau viuante de ſon ventre, il ajoûte au verſet ſuiuant: Or diſoit-il cela de l'Eſprit que deuoient receuoir ceux qui croyroient en luy, car le S. Eſprit n'eſtoit point encore donné, parce que Ieſus n'eſtoit point encore glo­rifié.

L'Enfant répond que les Peres auoient receu quelques rayons de cette lumiere, par leſ­quels ils ont penetré au trauers des ſiecles, ont veu & diſcerné Ieſus Chriſt ſous les om­bres & figures de la Loy; Mais que la ple­nitude171 n'a eſté donnée que ſous l'Euangile.

Le F.

Combien que la promeſſe de l'enuoy du ſaint Eſprit, n'ait eſté ac­complie qu'apres l'Aſcenſion de no­ſtre Seigneur Ieſus Chriſt au Ciel, Dieu ne s'eſt pas laiſſé ſans témoigna­ge aux ſiecles precedens: Car il s'eſt manifeſté aux Peres qui ont veſcu ſous la Loy de nature, leur ayant com­muniqué quelques rayons de ſa diui­ne lumiere, par leſquels ils ont re­connû la miſere en laquelle ils eſtoiēt tombez par la tranſgreſſion d'Adam, ont embraſſé la promeſſe de Dieu, ont eu recours à ſa bonté, ſe ſont ef­forcez de cheminer deuant ſa face en ſainteté & juſtice: En telle ſorte qu'Abel qui a le premier ſenty la mort, que le peché a introduit au monde, & qui a le premier repreſen­ le ſacrifice de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, Enoc, Noé & pluſieurs au­tres, ont obtenu témoignage d'auoir eſté agreables à Dieu par foy. Par foy,172 dit l'Apoſtre ſaint Paul au chap. 11. de l'Epiſtre aux Hebreux, Abel offrit à Dieu plus excellent ſacrifice que Caïn, par foy Enoc fut tranſporté de la terre au Ciel afin qu'il ne viſt point la mort; par foy Noé ayant eſté diui­nement auerty des choſes qui ne ſe voyoient encore, craignit & baſtit l'Arche: par laquelle il condamna le monde, fut garenty luy & ſa famille de la ruïne generale que les eaux du Deluge y firent, & fut fait l'heritier de la juſtice qui eſt par la foy. Or comme la foy eſt vne vertu que le ſaint Eſprit forme en nos coeurs, il faut conclurre neceſſairement qu'A­bel, Enoc, Noé & les autres Patriar­ches, qui ont veſcu ſous la Loy de nature, auoient receu des rayons de lumiere, par leſquels ils ont veu celuy qui eſt inuiſible aux yeux du corps, ont crû à ſes promeſſes, ont embraſſé le Liberateur promis, ont regardé au ſang de l'Agneau déja173 occis deuant la fondation du monde par lequel ils ont eſté ſauuez.

Obſeruations.

Le P.

ABel, Enoc, Noé & les autres Patriarches qui ont veſcu ſous laLoy de nature auoiēt ſans doute receu quelques rayons de lumiere qui les ont eſclairez & con­duits: en telle ſorte qu'il ont obtenu teſmoignage d'auoir eſté agreables à Dieu. Mais nous ne pouuons pas dire le meſme des autres hommes qui ont veſcu de leur temps: puis que Dieu enuoya les eaux du Deluge ſur eux pour les effacer de deſſus la terre: Continuez voſtre diſcours.

Le F.

Quant aux Peres qui ont veſcu depuis le Deluge, ils ont à mon opi­nion receu vne plus grande lumiere que les precedens, comme Abraham, Moyſe & pluſieurs autres. Et de fait outre le teſmoignage excellent que la Parole de Dieu rend à la foy d'A­braham,174 nous voyons que Moyſe meſme qui auoit veu celuy qui eſt inuiſible aux yeux du corps, pendant qu'il eſtoit en la Cour de Pharao ſui­uant le teſmoignage de S. Paul, Heb. 11. verſ. 24.25. & 26. & qui auoit preferé l'opprobre de Chriſt à la gran­deur & aux richeſſes d'Egypte, parce que Dieu luy auoit fait gouſter les ri­cheſſes ineſtimables qu'il donne à ceux qui l'honorent & ſeruent, receut vne plus grande lumiere apres qu'il eut quitté l'Egypte, & pendant qu'il eſtoit berger au Païs de Madian: pre­mierement lors que Dieu ſe mani­feſta à luy, du buiſſon en Oreb, & ſe fit connoiſtre à luy par ſon nom d'E­ternel; Secondement lors qu'il luy bailla à faire les oeuures admirables qu'il fit en Egypte, pour la deliuran­ce de ſon peuple, pour le retirer de captiuité; & pour le conduire au deſert; Tiercement lors qu'il fut auec Dieu en la montagne de Sinaï, & qu'il175 receut les diuines Paroles & ſes Or­donnances pour regler le ſeruice Re­ligieux, qu'il vouloit luy eſtre rendu en ce temps ; Et encore lors que Dieu communiquoit familierement auec luy, & parloit à luy face à face, comme vn amy parle auec ſon amy; Et de vray comment euſt-il ordon­ner tant de ceremonies, eſtablir tant d'ordres en l'Egliſe, conſtruire le Tabernacle auec ſes dependances? s'il n'en euſt veu le modele, le patron intellectuel en la montagne. D'au­tre part auſſi les Sacrificateurs, ny les Leuites n'euſſent jamais compren­dre; & encore moins enſeigner au peuple l'vſage & la fin des ceremo­nies legales, eſquelles ils s'occupoiēt, s'ils n'euſſent receu quelque rayon de cette lumiere ſpirituelle, par leſ­quels ils penetroient au trauers de ces ombres, & regardoient au Sacri­fice tres-parfait qui leur eſtoit repre­ſenté par leurs Sacrifices reïterez & imparfaits.

176

Autre Obſeruation.

Le P.

CEux-cy auſſi auoient re­ceu quelque rayon de lu­miere, qui les eſclairoit parmy les ombres & figures de la Loy ſous la­quelle ils viuoient: Mais ce n'eſtoit pas l'eſprit de Chriſt, c'eſtoit vn eſ­prit de ſeruitude; comme S. Paul nous l'apprend au chap. 8. de l'Epiſtre aux Romains verſ. 15. quand il dit aux fi­deles d'entre les Iuifs, qui auoient embraſſé la profeſſion de l'Euangile, pour leur faire voir la difference qu'il y auoit entre leur condition preſente & celle en laquelle ils eſtoient aupa­rauant; Vous n'auez pas receu vn eſ­prit de ſeruitude, pour eſtre derechef en crainte; Mais vous auez receu l'Eſ­prit d'adoption, par lequel nous crions abba Pere. Or l'Apoſtre nom­me ainſi l'eſprit de la Loy; parce que comme la Loy eſtoit foible, elle ne pouuoit conferer à ceux qui viuoient177 ſous ſa pedagogie la grace d'accom­plir ſes preceptes? & ainſi elle les te­noit en crainte ſous la rigueur de ſes menaces; Au lieu que l'Eſprit de Chriſt aſſeure les fideles, & les fait crier abba Pere. Continuez.

Le F.

Pour ce qui eſt des Prophetes que Dieu enuoyoit extraordinaire­ment afin de reformer l'Egliſe, & les conducteurs d'icelle, & corriger les abus & les vices que le Diable & les faux Docteurs y auoient introduits; Ie ne fais pas difficulté de dire qu'ils auoient auſſi receu de grandes lumie­res: puis que S. Pierre nous apprend en ſa premiere chap. 1. verſ. 11. qu'ils eſtoient conduits par l'Eſprit Prophe­tique de Chriſt qui eſtoit en eux: Et de vray, comment euſſent-ils peu predire les choſes à venir, & en par­ler auec autant de certitude que ſi elles leur euſſent eſté preſentes, ſans la lumiere du S. Eſprit? Et comment euſſent-ils peu parler de l'excellence178 de la perſonne du Seigneur, du temps de ſa venuë en chair, de ſa conception miraculeuſe de la ſubſtance d'vne Vierge par l'operation du S. Eſprit, de ſes Souffrances, de ſa Mort, de ſa Sepulture auec le riche, de ſa Reſur­rection, de ſon Aſcenſion au Ciel, & des gloires qui deuoient s'en enſui­ure, ſi celuy qui eſt l'autheur de tou­tes ces merueilles ne les leur euſt re­uelées, & ſi Ieſus Chriſt luy-meſme ne leur euſt fait voir ſa gloire: Car j'eſtime que ce qu'il dit du Prophete Eſaye au chap. 12. de l'Euangile ſelon ſaint Iean verſ. 41. qu'il auoit veu ſa gloire quand il parla de ces choſes, peut eſtre rapporté & adapté aux autres Prophetes qui ont parlé de luy. Et de fait noſtre Seigneur Ieſus Chriſt teſmoigne luy meſme au chap. 8. du meſme Euangile verſ. 56. qu'A­braham auoit veu ſa journée, qu'il auoit treſſailly de joye, & s'en eſtoit éjouy: tant y a que quelques-vns d'en­tr'eux,179 & particulierement Dauid & Eſaye l'ont ſi bien veu & connu, qu'ils nous en ont laiſſé vn pourtrait au vif, & l'ont ſi bien repreſenté qu il n'eſt pas difficile de le reconnoiſtre lors que nous le voyons naiſſant, viuant, mourant, reſſuſcitant & triomphant de ſes ennemis & des noſtres.

Neantmoins la lumiere qui a éclai­ ces Saints perſonnages a eſté en quelque ſorte ſemblable à celle d'vne chandelle qui nous éclaire en vn lieu obſcur: Mais celle qui a éclairé les Apoſtres, & Euangeliſtes a eſté belle, claire & éclatante, comme le Soleil en plein midy: parce que Ieſus Chriſt luy-meſme le Soleil de Iuſtice s'eſt manifeſté à eux, leur a fait con­noiſtre l'excellence de ſa perſonne, & leur a appris & fait voir, qu'il eſtoit la fin & l'accompliſſement des Pro­pheties, & de toutes les figures an­tiennes, leur a reuelé les ſecrets de ſon Royaume & leur a donné fon S.180 Eſprit, qui les a toûjours accompa­gnez & conduits pendant le cours de leur vie: Eux de leur part nous les ont enſeignez de viue voix & par écrit. Ce qui eſtoit dés le commencement, ont ils dit, ce que nous auons ouy, ce que nous auons veu de nos propres yeux, ce que nos propres mains ont touché de la Parole de vie, nous le vous an­nonçons; ſçauoir, que Dieu eſt ſour­ce de vie & de lumiere, qu'en luy n'y a tenebres quelconques, que ſi nous cheminons en ſa lumiere, nous auons communion auec luy, & le ſang de ſon Fils Ieſus Chriſt nous purifie de tout peché, 1. Iean chap. 1. que Ieſus Chriſt eſt auſſi vray Dieu & la vie eternelle, chap. 5. verſ. 20. Et encore que Dieu eſt charité, & qu'il a ma­nifeſté ſa charité enuers nous, en ce qu'il a enuoyé ſon Fils vnique au monde afin que nous viuions par luy, chap. 4. verſ. 8. & 9. que le Fils de Dieu eſt venu aſin qu'il defit les oeu­ures181 du Diable, & pour oſter nos pechez, qu'à cet effect il a mis ſa vie pour nous, chap. 3. verſ. 5.8. &. 16. Et S. Paul ajouſte en ſa 2. à Tim. chap. 1. verſ. 10. qu'il a mis en lumiere la vie & l'immortalité par l'Euangile. Et de­rechef S. Iean en la meſme Epiſtre chap. 2. verſ. 1. & 2. que Ieſus Chriſt eſt noſtre Aduocat, la propitiation pour nos pechez, lequel par conſe­quent plaide noſtre cauſe, & de mau­uaiſe qu'elle eſtoit, l'a renduë bonne, ce qui luy eſt bien facile, quis qu'il a payé pour nous: Et pour confir­mer cette verité, l'Apoſtre ajoûte au chap. 5. verſ. 11. & 12. que Dieu nous a donné la vie eternelle, que cette vie eſt en ſon Fils, que celuy qui a le Fils de Dieu a la vie, qui n'a point le Fils, n'a point la vie. Et pour d'au­tant plus éclairer noſtre eſprit, & nous faire connoiſtre, ſi nous ſommes en la vie, & ſi nous auons le Fils, il nous donne des marques par leſquelles182 nous pouuons le juger, ſçauoir la confiance, l'obeïſſance, la charité & l'inuocation: Car aux quatre derniers verſets du Chapitre 3. de la meſme Epiſtre, il parle en cette ſorte. Bien aymez ſi noſtre coeur ne nous con­damne point nous auons aſſeurance enuers Dieu, & quoy que nous de­mandions nous le receuons de luy: car nous gardons ſes Commande­mens, & faiſons les choſes qui luy ſont agreables; Et c'eſt icy ſon com­mandement que nous croyons en Ie­ſus Chriſt, & que nous nous aymions l'vn l'autre, comme il nous en a don­ le commandement, & celuy qui garde ſes commandemens demeure en Dieu, & Dieu en luy: Et par cecy connoiſſons nous que Dieu demeure en nous, à ſçauoir par l'eſprit qu'il nous a donné; De ſorte que ſi nous croyons en Ieſus Chriſt, ſi nous luy obeïſſons, ſi nous aymons nos pro­chains, ſi nous l'inuoquons en nos183 neceſſitez nous pouuons cheminer en aſſeurance: Car celuy qui fait la vo­lonté de Dieu, dit le meſme Apoſtre au chap. 2. de la meſme Epiſtre verſ. 17. demeure eternellement: Et Ieſus Chriſt meſme du Palais de ſa gloire engraue & ſeelle cette doctrine en nos coeurs par ſon ſaint Eſprit; Car c'eſt le ſaint Eſprit qui rend témoi­gnage auec noſtre eſprit que nous ſommes enfans de Dieu, & qui nous fait crier abba Pere, Rom. 8. verſ. 15. & 16.

Vous voyez donc, mon pere, que ces Saints perſonnages qui ont veſcu ſous la Loy de nature, & ſous la Loy de Moyſe, auoient receu des rayons de cette lumiere celeſte, dont nous parlons; les vns plus, les autres moins, ſuiuant la diſpenſation & ſage con­duite de celuy qui gouuerne toutes choſes à ſon plaiſir; par leſquels ils ont veu, mais de loin l'accompliſſe­ment des promeſſes de Dieu, &184 que par ſa grace nous ſommes plus auancez en la connoiſſance des my­ſteres de noſtre ſalut; puis que nous voyons des yeux de la foy, Ieſus Chriſt mort pour nos pechez, reſſu­ſcité pour noſtre juſtification, inter­cedant pour nous, nous tendant les bras du Palais de ſa gloire, & que par le merite de ſon Sacrifice nous allons auec aſſeurance au trône de Grace.

Le P.

Loüé ſoit Dieu qui nous a fait naiſtre ſous la lumiere de l'Euangile. Me direz-vous, pourquoy eſt ce que Dieu a vſé de cette diſpenſation en­uers ſon Egliſe, qu'il l'a conduite au commencement par des figures & re­preſentations obſcures, qui cou­uroient le myſtere de ſon ſalut; & nous, il nous conduit par Vrim & Tummim, lumieres & veritez.

L'Enfant répond que c'eſt à cauſe de ſon bas aage d'autant qu'elle n'eſtoit pas capable d'vn raiſonnement ſolide: Mais lors qu'elle eſt venuē à vn aage parfait, il luy a reuelé le185 ſecret de l'Euangile, & luy a donné ſon S. Eſprit.

Le F.

Ie crois que c'eſt à cauſe de ſes diuers âges; car l'Egliſe (comme vn chacun de nous) a eu ſon enfance & ſon âge parfait: pendant ſon enfance Dieu a vſé enuers elle, à peu prés d'v­ne pareille & ſemblable conduite, dont les hommes vſent enuers leurs enfans: Car tout ainſi que pendant leur enfance, les peres & les meres les nourriſſent de lait, & begayent auec eux, à cauſe que leur foibleſſe les rend incapables de viande fer­me, & d'vn raiſonnement ſolide: pen­dant l'enfance de l'Egliſe, Dieu a comme beguayé auec elle, luy a don­ du lait à boire, l'a conduite par des choſes temporelles & charnelles qui luy repreſentoient, à la verité les biens celeſtes. Pour exemple la Ca­naan terreſtre luy repreſentoit le Pa­radis; l'Agneau Paſchal & tous les autres ſacrifices luy repreſentoient186 Ieſus Chriſt, l'Agneau ſans tâche & ſans macule déja ordonné deuant la fondation du monde, les lauemens exterieurs, l'onction des Sacrifica­teurs, le feu du Ciel, & le ſel de l'Al­liance, luy repreſentoient les dons & les graces du S. Eſprit. Mais lors qu'el­le eſt paruenuë à vn âge parfait, Dieu a fait leuer ſur elle le Soleil de juſtice qui a diſſipé ces nuages, a mis en eui­dence l'Euangile, qui auoit eſté ca­ché ſous ces ombres & figures, a fait le grand & parfait ſacrifice de ſon Corps ſur la Croix, par la vertu & me­rite duquel, il a racheté ſon Egliſe de la mort eternelle, & luy a acquis & merité le Paradis, comme j'ay dit cy-deuant; luy a enſeigné cette belle & excellente leçon, que Dieu eſt Eſprit, & qu'il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en eſprit & verité; & que par conſequent elle luy doit preſen­ter des coeurs contrits & humiliez, des ſacrifices de loüanges & d'actions de187 graces, & apres ſon Aſcenſion au Ciel, il luy a donné ſon ſaint Eſprit pour la ſanctifier, & pour la conduire aux voyes de Dieu.

Le P.

Cette diſpenſation du Pere des eſprits eſt admirable, & nous auons grand ſujet de luy rendre graces de ſes dons inenarrables, & de le prier qu'il nous donne ſon ſaint Eſprit, afin qu'il nous cōduiſe en toute bōne oeu­ure, & c'eſt ce à quoy je vous exhorte.

Le F.

Ie le feray, mon pere, & dés maintenant je prie Dieu qu'il luy plai­ſe me donner ſon ſaint Eſprit ſuiuant ſa promeſſe. Et toy diuin Conſolateur vien demeurer auec moy, embraſe mon coeur du feu de ton amour, & y engraue les promeſſes de grace.

Le Pere demande quelles ſont ces promeſſes.

Le P.

AInſi ſoit-il, mon fils; Et comme c'eſt vne choſe que je ſouhaitte auec paſſion. Ie joints188 mes prieres aux voſtres, à ce qu'il plai­ſe à Dieu vous exaucer. Mais quelles ſont ces promeſſes de grace?

Le F.

Les premiers Docteurs de l'E­gliſe Chreſtienne, les ont reduites aux trois poincts contenus au ſymbo­le des Apoſtres, dont le premier eſt la remiſſion ou le pardon des pechez, le deuxiéme la reſurrection de la chair, & le troiſiéme, la vie eternelle.

Le P.

Pourriez-vous eſtablir ces pro­meſſes par la Parole de Dieu, & me montrer en quel endroit elles ſon contenuës.

Le F.

Facilement: Mais deuant que parler des promeſſes, il faut voir & connoiſtre l'eſtat de ceux auſquels elles ont eſté faites, & foüiller enco­re vne fois le cloaque de nos ordures. Adam, auons nous dit, s'eſtoit preci­pité par ſa reuolte contre Dieu, dans les abyſmes d'ombre de mort: Et dautant qu'il eſtoit la ſource du gen­re humain, il auoit attiré ſa poſterité189 quant & ſoy: de ſorte que nous eſtiōs tous damnez, & les Diables euſſent eſté les bourreaux, qui nous euſſent tourmentez eternellement. Mais comme Dieu n'auoit pas creé l'hom­me pour eſtre la proye des Demons, eſtant eſmû de compaſſion, il vint à Adam pour le conſoler en ſon mal­heur, & luy promit à luy & à ſa poſte­rité de les retirer de cette ruïne par le moyen d'vn Liberateur, qui eſt Chriſt: Car c'eſt ce qui eſtoit enten­du par la promeſſe de la ſemence de la femme. Or comme cette promeſſe eſt la baſe & le fondement de noſtre ſalut, celles qui nous ont eſté faites du depuis, aboutiſſent toutes à celles-là comme les lignes à leur centre; car autant qu'il y a de promeſſes de Dieu, dit S. Paul au chap. 1. de la 2. aux Cor. verſ. 20. Elles ſont ouy en Ieſus Chriſt, & ſont Amen en luy. Conſiderons à preſent les promeſſes chacunes en particulier.

190

Saint Marc nous apprend au chap. 16. de ſon Euangile verſ. 15. que Ieſus Chriſt deuant que monter au Ciel, commanda à ſes Diſciples d'aller par tout le monde preſcher l'Euangi­le à toute creature, c'eſt à dire d'an­noncer à tous ceux qui auec vne vraye repentance embraſſeroient le merite de ſon ſacrifice, le pardon de leurs pechez, & leur reconciliation auec Dieu; Et de fait S. Luc s'en ex­plique de la ſorte, quand il dit au cha. 24. de ſon Euangile verſ. 47. qu'il falloit qu'on preſchaſt en ſon nom repentance & remiſſion des pechez par toutes nations; Les Apoſtres de leur part ont ſoigneuſement executé le commandement de leur maiſtre, nonobſtant les empeſchemens qui leur ont eſté donnez. Et lors que les Sacrificateurs & le conſeil des Iuifs leur firent defenſes de publier cette doctrine, ils reſpondirent hautement, que Dieu auoit éleué Ieſus Chriſt par191 ſa dextre, pour Prince & Sauueur, & pour donner repentance & remiſſion des pechez à Iſraël, Actes 5. verſ. 30. & 32. Et S. Paul eſcriuant aux Ephe­ſiens & en leurs perſonnes à tous fi­delles, nous aſſeure, que Dieu nous auoit predeſtinez pour nous adopter à ſoy par Ieſus Chriſt, en qui nous auons redemption par ſon ſang, ſça­uoir remiſſion des pechez ſuiuant les richeſſes de ſa grace, Eph. 1. v. 5. & 7.

Quant à la reſurrection de la chair, le meſme Apoſtre en ſa 1. aux Cor. chap. 15. verſ. 42. en parle en cette ſor­te que nos corps ſont ſemez en cor­ruption, & qu'ils reſſuſciteront en in­corruption, qu'ils ſont ſemez en des­honneur, & qu'ils reſſuſciteront en gloire: Et aux v. 52. & 53. que la trom­pette ſonnera, & que les morts reſſu­ſciteront incorruptibles, & qu'il faut que ce mortel reueſte l'immortalité.

Pour ce qui eſt de la vie eternelle, il s'enſuit de toute neceſſité, que les192 promeſſes du pardon des pechez, & de la reſurrection de la chair, ne nous ont pas eſté faites en vain, & qu'elles ſeront ſuiuies de la vie eternelle. Car a qu'elle fin le pardon des pechez, & la reſurrection de la chair, s'il n'y auoit vne meilleure vie? elles ſeroient inutiles, Ieſus Chriſt ſeroit mort en vain, & Dieu ſeroit le Dieu des morts & non des viuans. Arriere de mon eſprit, penſées infernales, Dieu a tant aymé le monde qu'il a donné ſon Fils afin que quiconque croit en luy, ne periſſe point, mais ait vie eternelle, Iean 3. verſ. 16. le Fils eſt venu, qui nous a aſſeurez de l'amour du Pere: Apres luy ſes Apoſtres nous ont de­claré que la promeſſe du Pere eſt la vie eternelle, 1. Jean chap. 2. verſ. 25. Saint Paul de meſme, Rom. 6. verſ. 22. eſtans affranchis du peché & faits ſerfs à Dieu, vous auez voſtre fruit en ſanctification, & pour fin vie eter­nelle, & au verſet ſuiuant, il ajoûte193 que le gage du peché c'eſt la mort, & que le don de Dieu c'eſt la vie eter­nelle par Ieſus Chriſt. Ieſus Chriſt meſme parlant à ſon Pere au 17. de S. Iean verſ. 2. luy dit, qu'il luy a donné puiſſance ſur toute chair, afin qu'il donne la vie eternelle à tous ceux qu'il luy a donnez, & aux verſ. 12. & 23. il ajoûte, & moy auſſi je leur ay donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils ſoient vn, comme nous ſommes vn, Ie ſuis en eux, & toy en moy, afin qu'ils ſoient conſommez en vn. Pere ajoûte-il au verſ. 24. mon deſir eſt touchant ceux que tu m'as donnez, que je ſuis, ils ſoient auſſi auec moy, afin qu'ils contem­plent ma gloire, c'eſt à dire afin qu'ils regnent auec moy, comme S. Paul l'explique au chap. 5. de ſon Epiſtre aux Rom. Si par l'offenſe d'vn ſeul dit l'Apoſtre, la mort a regné, par vn ſeul beaucoup pluſtoſt ceux qui reçoi­uent l'abondance de grace & le don194 de Iuſtice, regneront en vie par vn ſeul aſſauoir par Ieſus Chriſt, Rom. 5. verſ. 17. Voila donc les promeſſes, le but & la fin d'icelles, qui eſt la reü­nion de l'homme auec Dieu par Ieſus Chriſt.

Le P.

Auez-vous part à ces pro­meſſes?

Le F.

Ouy par la grace de Dieu.

Le P.

Comment?

Le F.

Par la foy; car je crois aux pro­meſſes de Dieu, j'embraſſe Ieſus Chriſt, en qui elles ont leur accom­pliſſement, je mets toute mon eſpe­rance en luy, comme en mon ſeul & parfait Sauueur; & par cet acte de la foy, je ſuis vny auec luy comme, il nous l'apprend luy meſme au 17. de S. Iean, car apres auoir dit à ſon Pere au verſ. 8. Ie leur ay donné les paroles que tu m'as données, parlant de ſes Diſciples, & ils les ont receuës, & ont vrayement connu que je ſuis yſſu de toy, & ont crû que tu m'as enuoyé,195 Il ajoûte au verſ. 11. Pere ſaint garde les en ton nom, afin qu'ils ſoient vn ainſi que nous. Et d'autant qu'on euſt dire, que l'vnion dont il parle en ce verſet, ne regarde que l'vnion des fideles entr'eux: pour faire ceſſer la difficulté, & montrer qu'il parle auſſi de l'vnion des fideles auec luy, il ajoûte aux verſets 20. & 21. Or ne prie-je point ſeulement pour eux; mais auſſi pour ceux qui croiront en moy par leur parole, afin que tous ſoient vn, ainſi que toy Pere es en moy, & moy en toy, afin qu'eux auſſi ſoient vn en nous; Et aux verſets 22. & 23. & moy auſſi je leur ay donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils ſoient vn, comme nous ſommes vn. Ie ſuis en eux & toy en moy, afin qu'ils ſoient conſommez en vn; Et au der­nier verſet, & je leur ay fait connoi­ſtre ton nom, & le leur feray connoi­ſtre, afin que l'amour duquel tu m'as aymé ſoit en eux, & moy en eux. Vous196 voyez donc, mon pere, que par la foy nous ſommes vnis auec Ieſus Chriſt, & que par cette vnion nous ſommes faits enfans de Dieu. Vous eſtes tous enfans de Dieu par la foy en Ieſus Chriſt, diſoit l'Apoſtre S. Paul aux Galates chap. 3. verſ. 26. & en leurs perſonnes à tous les fidelles, & comme enfans nous participons aux biens de noſtre Pere celeſte. Car puis qu'il eſt le Saint, le Veritable, le Tout puiſſant, il accomplira ſes promeſſes & nous rendra jouyſſans des choſes promiſes; Et d'autant plus que nous auons ſon Bien aymé pour Interceſ­ſeur. Pere, diſoit-il au 24. verſ. de la meſme priere; Mon deſir eſt touchant ceux leſquels tu m'as donnez, que je ſuis, ils ſoient auſſi auec moy, afin qu'ils contemplent ma gloire, laquelle tu m'as donnée; d'autant que tu m'as aymé deuant la fondation du monde.

197

Le Pere demande à l'Enfant vne definition de la Foy.

Le P.

PVis que par la foy nous ſom­mes vnis auec Ieſus Chriſt & faits enfans de Dieu; il eſt important de ſçauoir, ſi la foy eſt vne vertu na­turelle, ou ſi elle nous eſt donnée; par qui, & comment?

L'Enfant montre que la Foy eſt vn don de Dieu, & conclut que le Iuſte vit de Foy.

Le F.

La foy juſtifiante, dont nous parlons, eſt vne vertu Chreſtienne & Euangelique, qui n'eſt point de tous ny en tous, comme l'Apoſtre S. Paul nous l'apprend en la 2. aux Theſſ. cha. 3. verſ. 2. Mais Dieu la donne à ſes eſſeus: car c'eſt Dieu qui nous a donné à connoiſtre le ſecret de ſa volonté. Epheſ. 1. verſ. 9. Et au chap. 2. verſ. 8. Le ſaint Apoſtre dit, vous eſtes ſau­uez de grace par la foy, & cela non point de vous, c'eſt le don de Dieu. Vous voyez donc, mon Pere, que la198 foy eſt vn don de Dieu, & non vn ef­fet de nos forces naturelles, & Dieu forme cette vertu Euangelique en nos coeurs par la Predication de l'E­uangile, & par l'operation du S. Eſ­prit: Et c'eſt ce que S. Iacques nous apprend au chap. 1. de ſon Epiſtre Ca­tholique verſ. 18. quand il dit, que Dieu nous a engendrez de ſon propre vouloir par la Parole de ſa verité: Car à meſure qu'il nous fait annoncer l'E­uangile par ſes ſeruiteurs, il l'engra­ue en nos coeurs par l'operation du S. Eſprit, qui nous adreſſe à l'amour de Dieu, & à l'attente de Chriſt. 2. Theſſ. chap. 3. verſ. 5. qui forme en nous vne perſuaſion certaine & aſſeurée des promeſſes de noſtre Salut qui nous y ſont faites en Ieſus Chriſt & par Ieſus Chriſt. Et comme nous ſçauons que celuy qui promet eſt Tout-puiſſant, & la verité meſme qui ne manque ja­mais d'accomplir fes promeſſes, nous les acceptons auec aſſeurance, & c'eſt199 cette perſuaſion & certitude que nous nommons foy par laquelle nous voyons & jouyſſons en eſperance des choſes promiſes qui nous eſtoient au­parauant inconnuës: Car la foy eſt vne ſubſiſtance des choſes qu'on eſ­pere & demonſtrance des choſes qu'on ne voint point, Hebr. 11. verſ. 1. Et ainſi pouuons-nous dire auec ve­rité, que la foy eſt vn don de Dieu, qu'elle eſt comme l'oeil de noſtre ame, auec lequel nous voyons Ieſus Chriſt ſouffrant, mourant, reſſuſci­tant & intercedant pour nous; les pieds auec leſquels nous allons à luy; la main auec laquelle nous l'embraſ­ſons; la bouche auec laquelle nous le mangeons; bref le canal par lequel Ieſus Chriſt fait decouler ſur nous la vie & l'immortalité. A raiſon dequoy auſſi, il eſt dit fort à propos, que le Iuſte vit de foy. Habac. 2. verſ. 4. & que quiconque inuoquera le nom du Seigneur ſera ſauué, Rom. 10. verſ. 20013. Or apres ces témoignages de l'Eſ­prit de Dieu qui a parlé par la bouche de ſes ſeruiteurs, nous pouuons & deuons conclurre, que la foy eſt vn don de Dieu, & non vn effet de nos forces naturelles.

Le Pere confirme le dire de l'Enfant, & pour l'inſtruire d'autant plus, luy fait vne nouuel­le propoſition ſur le ſujet de la foy.

Le P.

I'adhere à voſtre concluſion; & tiens pour conſtant que la foy eſt vn don de Dieu. Et pour d'autant plus confirmer cette verité, je rap­porteray vn paſſage excellēt du chap. 1. de l'Epiſtre aux Philip. verſ. 29. qu'il nous a eſté gratuitement donné pour Chriſt: non ſeulement de croire en luy, mais auſſi de ſouffrir pour luy. Obſeruez ces paroles Euangeliques, qu'il nous a eſté gratuitement donné pour Chriſt, de croire en luy, dau­tant qu'elles nous apprennent que de nous meſmes, nous ne ſommes pas ſuffiſans de croire en Ieſus Chriſt. 201 en ſerions-nous donc ſi Dieu ne nous auoit donné ce don precieux? nous ſerions du rang des incredules & des reprouuez. Mais loüé ſoit Dieu qui nous a fait cette grace, de ſe faire connoiſtre à nous, de nous attirer à ſon ſeruice par vne ſainte vocation, lors que nous eſtions eſloignez de luy d'vne diſtance infinie; Car c'eſt luy qui produit en nous le vouloir & le parfaire ſelon ſon bon plaiſir. Phi­lip. 2. verſ. 13. Si donc nous croyons en l'Euangile; ſi nous embraſſons Ie­ſus Chriſt pour noſtre ſeul Sauueur; ſi nous mettons toute noſtre eſperan­ce en luy, concluons que ce n'eſt nullement l'oeuure des hommes, mais l'oeuure de Dieu; Et de fait noſtre ſouuerain Docteur nous l'a appris en termes precis & formels: Car apres que S. Pierre euſt fait cette belle & excellente confeſſion enregiſtrée au 16. de S. Matt. verſ. 16. Tu és le Chriſt le Fils de Dieu, il luy dit au verſet202 ſuiuant, Tu es bien-heureux Simon fils de Iona: Car la chair & le ſang ne te l'a pas reuelé, mais mon Pere qui eſt és Cieux. Or mon fils puis que par la grace de Dieu, nous auons receu le don precieux de la foy, témoignons luy en noſtre reconnoiſſance par vn ſeruice religieux & reſpectueux, je dis par vn ſeruice religieux & reſpe­ctueux; parce qu'il ſemble que vous vueilliez reduire tout le ſeruice de Dieu à la ſeule inuocation, ſous pre­texte du paſſage du 2. chap. de l'Epi­ſtre aux Rom. que vous venez d'alle­guer, qui ſemble s'accorder à cela.

Le F.

Ie ſuis bien eſloigné de cette penſée, & je ſçais fort bien par la gra­ce de Dieu, que ce n'eſtoit nullement l'intention du S. Apoſtre, comme il l'a fait connoiſtre par toutes ſes Epi­ſtres. Mais ſous le mot d'inuocation dont il a vſé en ce paſſage, il com­prend tout le ſeruice de Dieu; parce qu'il ſçauoit bien qu'il nous eſt im­poſſible203 de l'inuoquer ſi nous ne le connoiſſons, ſi nous ne croyons en luy, & ſi nous n'auons eſperance en luy. Et de fait il prioit & demandoit à Dieu pour les Colloſſiens, qu'ils fuſ­ſent remplis de la connoiſſance de ſa volonté en toute ſapience & intelli­gence ſpirituelle; afin qu'ils chemi­naſſent dignement, comme il eſt ſeant ſelon le Seigneur, en luy plai­ſant entierement, fructifians en tou­te bonne oeuure, eſtans fortifiez en toute force felon la volonté de ſa gloire, en toute ſouffrance & eſprit patient auec joye; rendans graces au Pere qui nous a rendus capables de participer à l'heritage des Saints en la lumiere, lequel nous a deliurez de la puiſſance des tenebres, & nous a tranſportez au Royaume de ſon Fils bien aymé, en qui nous auons deli­urance par ſon ſang, à ſçauoir la re­miſſion des pechez, Colloſſ. 1. verſ. 9.10.11.12.13. & 14. Et ainſi vous voyez204 par ce paſſage, que l'Apoſtre con­joint la connoiſſance auec la confian­ce, la confiance auec l'obeïſſance, l'obeïſſance auec l'inuocation, & l'inuocation auec la reconnoiſſance, qui compoſent enſemble le ſeruice de Dieu. Ie veux donc ſuiure voſtre exhortation, imiter les Colloſſiens, & rendre à Dieu l'honneur, le ſeruice & l'obeïſſance que je luy dois; Et je le ſupplie de tout mon coeur qu'il me faſſe croiſtre en connoiſſance, & en tous les dons ſpirituels deſignez en la priere de ſon Apoſtre, & au ſur­plus j'exhorte tous les fidelles de che­miner dignement, comme il eſt ſeant ſelon le Seigneur, en luy plaiſant en­tierement fructifians en toute bonne oeuure.

Objection ſur le ſujet de la reſponſe de l'Enfant.

Le P.

IL ſemble que ſous l'autorité de ſaint Paul vous vouliez205 deſtruire cette verité que vous auez cy-deuant eſtablie, que le S. Eſprit eſt l'auteur de toute bonne oeuure? & attribuer cette vertu aux forces natu­relles de l'homme: Car ſi nous pou­uons cheminer dignement, comme il eſt ſeant ſelon le Seigneur, & fru­ctifier en toute bonne oeuure, com­me vous venez de dire, voila les for­ces naturelles de l'homme eſtablies, & en ce cas l'interuention du S. Eſprit n'eſt nullement neceſſaire: D'autre part auſſi ſi le S. Eſprit eſt l'auteur des bonnes oeuures, comme il l'eſt ſans difficulté, il ſemble que cette produ­ction ne puiſſe ny ne doiue eſtre attri­buée à da foy: Eſclairciſſez moy ſur cette difficulté.

L'Enfant répond à l'Objection, & montre qu'il n'a rien dit, qui ne ſoit conforme à la Parole de Dieu, par la quelle il confirme les doctrines qu'il a miſes en auant ſur le ſujet des opera­tions, du S. Eſprit, & des productions de la foy.

Le F.

Mon intention n'eſt pas d'at­tribuer206 aucune vertu pour les choſes ſpirituelles aux forces naturelles de l'homme, ny meſmes de confondre les operations du S. Eſprit, auec les productions de la foy. Ie taſcheray donc de rendre les choſes que j'ay dites plus intelligibles. Et pour cet effect je parleray en premier lieu des operations du S. Eſprit, apres des pro­ductions de la foy; Et finalement des forces naturelles de l'homme.

Noſtre Seigneur Ieſus Chriſt vou­lant conſoler ſes Diſciples affligez à cauſe de ſon prochain depart de ce monde, leur promit de leur enuoyer le S. Eſprit, qu'il nomme Conſola­teur, Eſprit de verité; Ie prieray le Pere, leur diſoit-il au chap. 14. de l'Euangile ſelon S. Iean verſ. 16. & 17. Et il vous donnera vn autre Conſola­teur, pour demeurer auec vous eter­nellement, à ſçauoir l'Eſprit de veri­; apres luy S. Paul le nomme Eſprit d'adoption, Eſprit de vie, Eſprit de207 Priere, Rom. 8. verſ. 2.13. & 25. Et au chap. 1. de l'Epiſtre aux Epheſ. verſ. 17 & 18. il le nomme Eſprit de lumiere, de ſapience & de reuelation, & encor Eſprit de ſanctification, Rom. 1. verſ. 4. Et en la 2. aux Cor. chap. 4. verſ. 13. il le nomme Eſprit de foy. Or puis que ſuiuant la doctrine de S. Paul conte­nuë au chap. 3. de l'Epiſtre à Tite ve. 5. & 6. Dieu a reſpandu abondamment en nous l'Eſprit de vie, l'Eſprit d'ado­ption, l'Eſprit de ſanctification, l'Eſ­prit de priere, l'Eſprit de lumiere, de ſapience & de reuelation; l'Eſprit de foy; ce n'eſt pas pour y demeuter oy­ſeux: ains pluſtoſt pour y agir: Et de fait comme il eſt le principe de vie & de regeneration, il nous viuifie, il nous renouuelle, il nous conduit & adreſſe aux voyes de Dieu: Comme Eſprit d'adoptiō il nous aſſeure de l'a­mour que Dieu nous a portée en Ie­ſus Chriſt, & qu'il nous a adoptez pour ſes enfans. Vous n'auez pas receu, dit208 l'Apoſtre vn Eſprit de ſeruitude pour eſtre derechef en crainte; ains vous auez receu l'Eſprit d'adoption, par lequel nous crions Abba Pere; Et c'eſt ce meſme Eſprit qui rend teſ­moignage auec noſtre eſprit que nous ſommes enfans de Dieu, Rom. 8. verſ. 15. & 16. Et parce que vous eſtes enfans: Dieu a enuoyé l'Eſprit de ſon Fils en vos coeurs criant Abba Pere, Gal. 4. verſ. 6. Comme Eſprit ſancti­fiant il nous laue de nos pechez au ſang de Ieſus Chriſt, & nous ſanctifie; Et de fait le meſme Apoſtre en ſa 1. aux Cor. chap. 6. verſ. 10. & 11. diſoit aux Corinthiens & en leurs perſon­nes à tous fideles; Ne vous abuſez point, ny les paillards, ny les adulte­res, ny les idolatres, ny les effeminez, ny ceux qui habitent auec les maſles, ny les larrons, ny les auaricieux, ny les yurongnes, ny les mediſans, ny les rauiſſeurs n'heriterontpoint le Roy­aume de Dieu; Et en meſme temps il209 ajoûte, & tels eſtoient aucuns d'en­tre vous; Mais vous en auez eſté la­uez, vous en auez eſté juſtifiez au nom du Seigneur Ieſus, & par l'Eſprit de noſtre Dieu. Comme Eſprit de priere il nous apprend à prier Dieu: Car nous ne ſçauons ce que nous de­uons prier comme il appartient; Mais l'Eſprit fait luy meſme requeſte pour nous par ſouſpirs qui ne ſe peuuent exprimer; Et celuy qui ſonde les coeurs connoit qu'elle eſt l'affection de l'Eſprit, car il fait requeſte pour les Saints ſelon Dieu, Rom. 8. verſ. 25. & 26. Comme Eſprit de lumiere, de ſapience & de reuelation; Il illumine nos entendemens, engraue la Parole de Dieu en nos coeurs, & nous reuele les ſecrets de l'Euangile: Et c'eſt ce que l'Apoſtre nous apprend en diuers endroits, & particulierement és deux paſſages ſuiuans. Ie ne ceſſe, diſoit-il aux Epheſiens, de rendre grace pour vous, faiſant mention de vous en mes210 prieres, afin que le Dieu de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, le Pere de gloi­re vous donne l'Eſprit de ſapience & de reuelation parla connoiſſance d'i­celuy, aſſauoir les yeux de voſtre en­tendement illuminez, afin que vous ſçachiez quelle eſt l'eſperance de ſa vocation, & quelles ſont les richeſſes de la gloire de ſon heritage és Saints. Epheſ. 1. verſ 16.17. & 18. Et encore vous eſtes l'Epiſtre de Chriſt admini­ſtrée par nous, & eſcrite non point d'ancre, mais de l'Eſprit du Dieu vi­uant, non point en plaques de pierre, mais en plaques charnelles du coeur, 2. Cor. ch. 3. v. 3. Comme Eſprit de foy, il forme la foy en nous; Car à l'vn, dit l'Apoſtre en ſa premiere chap. 12. verſ. 8. & 9. eſt donné par l'Eſprit la Parole de ſapience, à l'autre ſelon le meſme Eſprit, la Parole de connoiſſance; & à l'autre foy en ce meſme Eſprit. Vous voyez donc, mon pere, que c'eſt auec raiſon que j'ay attribué211 au S. Eſprit la production de toutes les vertus Chreſtiennes & ſpirituelles: puis que c'eſt luy qui nous viuifie, qui nous laue de nos pechez au ſang de Ieſus Chriſt, qui illumine nos enten­demens, qui purifie nos coeurs, qui y engraue l'Euangile, qui forme la foy en nous, qui la ſouſtient en ſes foi­bleſſes, qui fait requeſte pour nous, qui nous conduit & nous fortifie en noſtre vocation ſpirituelle. Ie re­quiers, diſoit l'Apoſtre au chap. 3. de l'Epiſtre aux Epheſiens verſ. 13. & ſui­uans: que ne vous annonchaliſſiez point, pour laquelle cauſe je ploye les genoux deuant le Pere de noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt, afin que ſelon les richeſſes de ſa gloire, il vous doint que vous ſoyez puiſſamment forti­fiez par ſon Eſprit en l'homme inte­rieur, tellement que Chriſt habite en vos coeurs par foy. Ie reconnois donc, & auouë que le S. Eſprit eſt le princi­pe de vie & d'immortalité, l'Autheur212 de toute bonne donation ſans lequel le merite de la Mort & Paſſion de no­ſtre Seigneur Ieſus Chriſt nous ſeroit inutile; Car nul ne peut dire Ieſus eſtre le Chriſt que par le S. Eſprit. 1. Cor. chap. 12 verſ. 3. Et ainſi je n'ay garde d'attribuer ſes operations à la foy, & encore moins aux forces natu­relles de l'homme. Mais je dis que la foy eſtant, comme elle eſt, l'ouurage du S. Eſprit, elle ne demeure pas oy­ſeuſe, & n'eſt point infructueuſe; Car l'homme fidelle conſiderant la grace qui luy a eſté faite, glorifie Dieu en ſon coeur de viue voix, & taſche de faire les choſes qui luy ſont agrea­bles, ſuiuant le commandement de S. Paul contenu au 8. verſet du chap. 3. de l'Epiſtre à Tite, que ceux qui ont crû à Dieu, dit l'Apoſtre, ayent ſoin de s'appliquer principalement à bon­nes oeuures: Et combien que nous ſçachions que c'eſt par la conduite du S. Eſprit, & que c'eſt Dieu qui nous213 dōne le vouloir & le parfaire, nous ne laiſſons pas de dire que la foy produit les bonnes oeuures; comme en la na­ture nous diſons, que la terre produit les choſes neceſſaires pour la vie des hommes & des beſtes. Mais tout ainſi que nous recōnoiſſons que la terre eſt d'elle meſme ſterille & infructueuſe, nous confeſſons auſſi que la foy d'elle meſme ne peut produire aucun fruit, & que c'eſt le S. Eſprit qui luy dōne la vertu productiue; & par cette diſtin­ction vous voyez que je n'attribuë nullement à la foy les operations ef­ficacieuſes du S. Eſprit, puis que je la conſidere comme l'inſtrument, dont le S. Eſprit ſe ſert pour la production des bonnes oeuures. Mais la foy eſtant comme elle eſt communicatiue, ſe fait connoiſtre par ſes fruicts, qui ſont les bonnes oeuures; comme S. Paul nous l'apprend en toutes ſes Epiſtres, & particulierement au paſſage du 3. à Tite que je viens d'alleguer, & en214 l'Epiſtre à Philemon. Ie rends graces à Dieu, diſoit-il à Philemon, faiſant toûjours mention de toy en mes prie­res, entendant ta charité, & la foy que tu as enuers le Seigneur Ieſus, & en­uers tous les Saints, afin que la com­munication de ta foy montre ſon ef­ficace en ſe faiſant connoiſtre par tout le bien qui eſt en vous par Ieſus Chriſt. De ſorte que par ces deux paſ­ſages nous apprenons que la foy eſt la mere des bonnes oeuures, & que les bonnes oeuures ſont comme des bon­nes filles qui nourriſſent & entretien­nent leur mere: Et pour confirmer ces veritez je rapporteray quelques exemples. Dés que Zachée eût crû en Ieſus Chriſt, il fit cōnoiſtre ſa foy par ſes oeuures; Voicy, dit-il, au Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauures, & ſi j'ay circonuenu quel­qu'vn, j'en rends le quadruple, Luc 19. verſ. 8. Lidie de meſme; Car dés qu'el­le eût crû à la Parole preſchée par S.215 Paul & par Silas, elle leur dit, ſi vous m'auez trouuée eſtre fidelle au Sei­gneur, entrez en ma maiſon, & y de­meurez, & les contraignit. Le Geo­lier de Philippes tira les meſmes Apo­ſtres du cachot ils auoient eſté en­ſerrez apres auoit eſté cruellement foüettez, laua leurs playes, leur cou­urit la table & s'éjouït pour la grace qui luy auoit eſté faite, pour la foy qui luy auoit eſté donnée & à toute ſa famille. Actes 16. verſ. 15.33. & 34. Et ainſi vous voyez que la foy produit les bonnes oeuures, & que les bonnes oeuures font connoiſtre la foy.

Finalement je n'ay point attribué aucune vertu pour les choſes ſpiri­tuelles aux forces naturelles de l'hō­me: Car je ſçais par la grace de Dieu qu'il n'eſt pas au pouuoir de l'homme de redreſſer ſes pas pour cheminer aux voyes de Dieu, & que nous ne ſommes pas ſuffiſans de penſer quel­que choſe de bon comme de nous216 meſmes, que noſtre ſuffiſance eſt de Dieu, 2. Cor. chap. 3. verſ. 5. qui nous donne entendement, ajoûte l'Apo­ſtre en vn autre endroit pour connoi­ſtre le veritable, ſçauoir Ieſus Chriſt ſource de tout bien: Mais conſide­rant en moy-meſme ſelon ma petite portée la grandeur, la puiſſance, la ſageſſe, la juſtice & la bonté de Dieu qui nous a donné eſtre, vie & mou­uement, & toutes les choſes neceſ­ſaires pour la conſeruation de noſtre vie, qui nous déliure des dangers qui nous enuironnent, qui veut nous ren­dre eternellement heureux; que pour nous faire paruenir à la beatitude il a donné ſon Fils Ieſus Chriſt, & que nous luy deuons loüange, honneur & ſeruice; I'ay crû qu'à l'exemple du Prophete Roy qui par ſes Pſeaumes exhorte ſouuent les choſes ſenſibles & inſenſibles à glorifier Dieu, je pou­uois auſſi exhorter mes prochains de faire le meſme & d'embraſſer ſon ſa­lut:217 Mais en ce faiſant je n'ay point attribué ny n'entens attribuer aucu­ne vertu aux forces naturelles de l'hō­me, puis qu'en meſme temps j'ay dit que l'homme ne peut rien de ſoy, qu'il n'eſt pas ſeulement capable d'v­ne bonne penſée, & qu'il faut que Dieu nous donne l'eſprit de vie, l'eſ­prit de priere, l'eſprit de foy, l'eſprit de ſanctification afin qu'il nous con­duiſe en ſes voyes. C'eſt donc à vn chacun à faire ſon profit de mon ex­hortation, à demander à Dieu ſon S. Eſprit, & l'ayant receu il connoiſtra la difference qu'il y a entre l'homme laiſſé en ſon naturel, & celuy qui eſt conduit par le S. Eſprit, renoncera à ſes pretenduës forces naturelles, donnera la gloire de ſon ſalut à Dieu, reconnoiſtra la conduite du S. Eſprit, & diſtinguera les productions de la foy: Et voila, mon pere, comme il n'y a rien de contraire en mes reſpon­ſes precedentes: Si je m'abuſe je218 vous prie me redreſſer.

Le Pere reconnoit que les reſponſes de l'Enfant ſont conformes à la ſaine doctrine, & pour luy faire mieux conceuoir les choſes qu'il a miſes en auant, il les luy propoſe comme vn Tableau par le recit qu'il luy fait de l'hiſtoire de ſa vie, qui eſt vn vray pourtrait de l'homme en ſon naturel, & en l'eſtat de regeneration.

Le P.

Vos reſponſes priſes & enten­duës en cette ſorte ne ſont point con­traires, & ſe rapportent fort bien à la ſaine doctrine; Car il eſt certain que de nous mémes nous ne ſommes nul­lemēt capables d'aucune bonne pen­ſée: Au contraire noſtre nature eſt tellement corrompuë, que noſtre eſprit ne nous en ſuggere que de mau­uaiſes: Nous auons vne reſiſtance na­turelle au bien, & qui plus eſt, nous conuertiſſons en mal les graces de Dieu, nous nous roidiſſons contre ſes remontrances, & meſpriſons les in­ſtructions qui nous ſont faites de ſa part: Bref nous foullons aux pieds les doctrines ſalutaires qui nous ſont219 propoſées pour noſtre ſalut; Mais Dieu qui eſt pitoyable & bon, nous retire de cette corruption generale par la vertu ſecrette & incomprehen­ſible du S. Eſprit, qu'il met au dedans de nous, lequel, comme vous venez de dire, nous renouuelle, nous ſan­ctifie, nous laue de nos pechez au ſang de Ieſus Chriſt, débouche les oreilles de nos entendemens, purifie nos coeurs, y engraue l'Euangile, nous donne de bonnes & ſaintes pen­ſées, met en nos bouches des canti­ques de loüanges & d'actions de gra­ces, & nous conduit aux voyes de Dieu: C'eſt pourquoy auſſi nous re­connoiſſons que le S. Eſprit eſt l'au­teur des bonnes oeuures, & que la foy eſt l'inſtrument par lequel il les pro­duit en nous & par nous. Or pour vous faire mieux comprendre ces choſes, je veux vous les repreſenter comme en vn tableau, auquel vous pourrez lire l'hiſtoire de ma vie de­puis220 mon berceau, & connoiſtre ce que j'ay eſté, la reſiſtance que j'ay faite contre la vocation celeſte, la grace qui m'a eſté donnée, & com­ment eſt-ce que Dieu a agy enuers moy pour me tirer de la ruïne en la­quelle j'eſtois.

Tableau ou pourtrait du Pere fait de ſa propre main.

IE vous ay dit pluſieurs fois que je ſuis yſſu d'vn pere & d'vne mere fidelles; & par conſequēt ſous l'al­liance de grace; que mon pere s'eſtoit propoſé de me former à la vertu, qu'à cet effet il me faiſoit ſuccer la pieté auec le lait, que juſqu'au jour de ſa mort, il fit tout ſon poſſible pour en­grauer en mon coeur les ſemences de la pieté tant par les inſtructions qu'il me donnoit, que par ſes actions ver­tueuſes & religieuſes: que lors que Dieu le retira de ce monde en la fleur de ſon aage il teſmoigna vn grand re­gret221 de ne pouuoir paracheuer l'oeu­ure qu'il s'eſtoit propoſé, & qu'il pria Dieu de l'accomplir. De ma part, comme je n'eſtois nullement capable de connoiſtre ſon intention, ny de faire mon profit de ſes bonnes & ſaintes inſtructions, parce que je n'e­ſtois aagé que de huict ou neuf ans, j'ay eſté comme forcené apres les choſes du monde; Car j'ay fait tout le contraire de ce qui m'auoit eſté enſeigné, j'ay eſté blaſphemateur, larron, bateur, beuueur; bref je me ſuis abandonné à toute ſorte de diſſo­lutions: En ſorte que je puis dire auec le Pſalmiſte, que toute maniete de ma­lice auoient auoient gagné ſur moi. Ie me ſuis porté pluſieurs fois pendant ma jeuneſſe au Temple de l'idole, j'ay ſoüillé & contaminé le Temple ma­teriel du S. Eſprit, j'ay commis des crimes ſi enormes que je ne puis ny n'oſe les declarer, & n'y a aucun en­droit j'aye eſté, que je n'y aye laiſ­ſé222 des marques horribles de ma re­bellion, ennemy de Dieu en mon en­tendement & en mauuaiſes oeuures; & par conſequent la proye des De­mons, l'eſclaue des enfers; En cét eſtat eſtois-je capable de me redreſ­ſer; pouuois-je me tirer de la gueule du loup infernal en laquelle je m'e­ſtois precipité, pouuois-je forcer le Prince de la puiſſance de l'air? helas que j'en eſtois eſloigné, je n'en auois ny le pouuoir, ny la volonté: Mais quand le temps determiné eſt venu, Dieu qui eſt le Pere de miſericorde, le Dieu de toute conſolation, qui oſte le forfait & qui pardonne le pe­ché, par ſa grande charité de laquel­le il nous a aymez en ſon Fils Ieſus Chriſt, au temps meſmes que nous eſtions ſes ennemis, a verſé en mon coeur vn rayon de ſa diuine lumiere, vne eſtincelle de ſon amour; De ſor­te que reconnoiſſant l'eſtat miſerable auquel j'eſtois, & combien je m'eſtois223 eſloigné des preceptes paternels que Dieu auoit conſerué en mon coeur, j'ay ſouhaitté & deſiré de les pouuoir enſuiure. Pouſſé donc par le S. Eſprit je luy ay maintefois adreſſé ma com­plainte, comme Dauid au Pſeau. 73.

Seigneur Dieu, ce diſois-je en moy,
Voy par pitié que j'ay d'émoy
Par mes ennemis remplis dire,
Et du pas de mort me retire;
Afin qu'au milieu de l'enclos
De Sion j'annonce ton los
En demenant réjouyſſance
D'eſtre recoux par ta puiſſance.

Ie n'ay pas receu & experimenté vne deliurance prompte & ſoudaine, commeje deſirois; parce que l'oeuure de la regeneration ne s'accomplit que peu à peu: Neantmoins à meſure que j'auançois en aage, & en connoiſſan­ce par la lecture de la Parole de Dieu & des bons liures, & par l'ouye des Predications, le Docteur interieur qui auoit commencé cet oeuure, a en­graué224 l'Euangile en mon coeur, m'a fait connoiſtre Ieſus Chriſt ſouffrant & mourant pour moy, éleué en gloi­re, me tendant les bras, m'a fait ouyr cette voix celeſte, Soyez Saint car je ſuis Saint, & m'a fait prendre reſolu­tion de luy obeïr. Mais helas! mes eſſais ont eſté ſi foibles & ſi languiſ­ſans, les efforts de mes ennemis, pour me retenir & precipiter dans l'eſtang ardent de ſouffre & de feu ſi puiſſans, que j'ay eſté pluſieurs fois ſurpris & enuelopé par les meſmes choſes que je voulois éuiter. eſtoient donc mes forces naturelles? lors que je croyois eſtre fort je me ſuis trouué foible, ce qui m'a fait ſouhaitter plu­ſieurs fois la diſſolution du vieil hom­me. Et reuenant à conualeſcence d'v­ne grande maladie de laquelle Dieu m'auoit viſité en l'année 1629. je regar­dois cette vie auec horreur, à cauſe du combat qui m'eſtoit derechef pre­paré, l'apprehenſion que j'auois d'y225 rentrer faiſoit heriſſer mes cheueux I'ay eſté au bord du ſepulcre, diſois­je en moy meſme, faut il que je re­tourne derechef en cette miſerable vie pour y reprendre mon train ac­couſtumé. Au moins ſi je pouuois y viure ſaintement & religieuſement. Mais miſerable que je ſuis j'ay eſté le meſme, je me ſuis perdu, je me ſuis proſtitué: En telle ſorte que je ne pouuois attendre qu'vne fin malheu­reuſe & eſpouuentable, ſi Dieu m'euſt examiné ſelon la rigueur de ſa Iuſtice. Mais, ô mon Seigneur & mon Dieu, tu as voulu que je fuſſe vn exemple de ta grace, tu as eu pitié de moy. Et comme tu auois mis le principe de vie en mon coeur, tu m'as deliuré & conſerué par ta puiſſance diuine, & nonobſtant mes reſcidiues continuel­les tu m'as pourſuiuy par tes bien­faits. De ſorte que je puis dire auec le Pſalmiſte tous tes bien-faits ſont ſur moy: Que te rendray-je, mon Sei­gneur,226 moy qui ſuis incirconcis de coeur, & ſoüillé de levres, pardonne mes folies, pardonne mes rebellions, pardonne mes foibleſſes, pardonne mes legeretez, laue moy tant & plus, donne moy coeur & langue pour te glorifier, & conduy moy en telle ſor­te, que renonçant aux mondaines conuoitiſes je viue le temps qui me reſte ſobrement, juſtement & reli­gieuſement, ſobrement en moy­meſme: juſtement auec mon pro­chain: & religieuſement enuers toy; en attendant que tu me deliure des miſeres de cette vie, & que tu vien­nes pour nous introduire en corps & en ame en la place que tu nous as pre­parée au Palais de ta gloire. Vous voyez donc, mon fils, par ce Tableau racourcy, par ce portrait de moy­meſme, l'eſtat de l'homme en ſon na­turel, mort & puant dans le ſepulcre du peché: d'autre part auſſi vous le voyez renaiſſant, & ſortant du tom­beau,227 non par ſa propre force; mais par la vertu diuine de ſon Sauueur, & par l'operation du S. Eſprit. Vous le voyez apres ſa re naiſſance lié de ban­delettes, cōme le Lazare, ou à mieux dire enuelopé des haillons du peché, foible & chancelant, pourſuiuy par le Prince de la puiſſance de l'air, mais ſouſtenu par l'Eſprit de Dieu, qui noꝰ fortifie en ce combat, & qui finale­ment nous rendra victorieux, & cou­ronnera noſtre foy de gloire & d'im­mortalité. Difference merueilleuſe entre ces deux hommes en vne meſ­me perſonne. Noſtre vieil homme ſe precipite à ſon eſcient en la mort eternelle. Le nouuel homme au con­traire, qui a eſté creé ſelon Dieu par l'Eſprit de grace combat pour obte­nir la vie; & lors qu'il a eſté ſurpris par ſes ennemis, & qu'il eſt tombé en quelque faute, comme cela n'eſt que trop commun, il s'attriſte, il s'afflige & ſe déplaiſt en ſoy-meſme. Mais228 comme l'Eſprit de vie agit en luy, Il s'aſſeure en la promeſſe que Dieu luy a faite de ne le point abandōner & de paracheuer l'oeuure qu'il a commen­cée en luy, il le releue par foy, s'éjoüït en l'eſperāce de la grace de ſon Dieu, redouble ſes forces, & s'adonne de tout ſon pouuoír à la priere, & aux exercices de pieté & de charité; Et par cét exercice penible & difficile, mais vtile & tres-agreable, il s'achemine & paruient au Royaume de ſon Sau­ueur; Le tout par la conduite du S. Eſprit, & par la foy.

Le F.

Par cét exemple qui ne peut eſtre que tres vtille, je ſuis confirmé aux choſes que j'ay dites. D'ailleurs je vois comme dans vn Tableau le por­trait de mon pere grand, qui a attiré par ſa ſainte vie, & par ſes prieres la benediction de Dieu ſur vous. I'y vois auſſi le voſtre, qui me repreſente vne condition merueilleuſement agitée, ce qui me fait fremir & apprehender229 pour moy-meſme; Mais auſſi j'y con­ſidere la Puiſſance, la Sageſſe & la Bonté de Dieu, qui s'eſt manifeſté en voſtre conduite par tant de merueil­les, que cela me fait eſperer; que comme il s'eſt montré, Pere benin & miſericordieux enuers vous, il en vſe­ra de meſme en mon endroit.

De la reſponſe de l'Enfant, le Pere prend occa­ſion de parler de l'eſperance & de la charité.

Le P.

Ie l'en ſupplie de tout mon coeur, & qu'il luy plaiſe ratifier auec vous l'alliance qu'il auoit traitée auec mon pere, qu'il a renouuellé auec moy, & j'eſpere qu'il le fera. Or nous auons parlé pluſieurs fois de l'eſpe­rance, comme d'vne vertu tres-excel­lente: Mais nous n'auons pas dit en­core d'où elle vient, ſi elle eſt vn don de Dieu, ou ſi elle vient de nous meſ­mes.

Le F.

L'eſperance eſt vne produ­ction de la foy; Et tout ainſi que par230 la foy nous embraſſons les promeſſes de Dieu, par l'eſperance nous en at­tendons l'accompliſſement auec pa­tience; parce que nous ſçauons que celuy qui a promis eſt fidele, verita­ble, & Tout-puiſſant: De ſorte que l'eſperance ne confond point; d'au­tant qu'elle eſt comme vne ancre ſeu­re, & ferme de l'ame penetrante juſ­qu'au dedās du voile, juſques au Ciel, Ieſus Chriſt le rocher des ſiecles eſt entré comme auant-coureur pour nous. Heb. 6. verſ. 19. & 20. par le merite duquel nous obtenons les choſes qui nous ont eſté promiſes.

Le P.

Et la charité eſt-elle encore vn don de Dieu?

Le F.

C'eſt auſſi vne production de la foy: car la foy produit l'eſperance & la charité.

Le P.

Quel eſt l'effect de la charité?

Le F.

D'aymer Dieu de tout noſtre coeur, & noſtre prochain comme nous meſmes. Mais il faut obſeruer231 que ces deux chaiſnes ont pluſieurs chaiſnons: Car tout ainſi que l'amour que Dieu nous a porté en Ieſus Chriſt eſt vne ſource abondante & inépui­ſable de toute ſorte de biens ſpiri­tuels & temporels; l'amour que nous luy portons eſt la ſource de noſtre re­connoiſſance, & du ſeruice religieux que nous luy rendons; Et encore des deuoirs reſpectueux que nous ren­dons à nos prochains de parole, & par effect pour leur conſolation & in­ſtruction; & pour la conſeruation de leur vie, biens & honneur.

Le Pere amplifie la reſponſe de l'Enfant ſur le ſujet de la Charité: Et apres il entre dans vn autre Traitté qui regarde le ſeruice de Dieu.

Le P.

Il eſt vray que l'amour que Dieu nous porte en Ieſus Chriſt, eſt la ſource de toutes ſes benedictions ſpi­rituelles & temporelles, & par conſe­quent de l'amour que nous portons à nos prochains; Et de fait S. Iean nous apprend au 4. chap. de ſa 1re verſ. 7. &232 8. que charité eſt de Dieu, que qui­conque ayme eſt de Dieu, & que ſi nous aymons nos prochains, Dieu demeure en nous, & ſa charité eſt ac­complie en nous verſ. 12. Et partant diſons que la charité eſt comme vn arbre qui a deux branches, dont l'v­ne s'eſleue vers le Ciel qui produit la reconnoiſſance & le ſeruice religieux que nous rendons à Dieu; Et que l'au­tre s'eſtend vers noſtre prochain, & produit les aſſiſtances dont vous auez parlé, qui ſont les bonnes oeuures.

Or par la grace de Dieu sōmes-nous paruenus au ſecond poinct que nous nous ſommes propoſez des le cōmen­cemēt: qui regarde le ſeruice de Dieu. Car nous auons parlé de la cōnoiſſan­ce de Dieu & de nous meſmes, de la grace qu'il nous a faite en Ieſus Chriſt & par I. Chriſt; Et encore des moyens dont il ſe ſert pour nous la communi­quer, qui ſont ſa Parole & ſon S. Eſ­prit, par le miniſtere duquel il nous233 conduit en ſes voyes. Reſte mainte­nant à parler du ſeruice qui luy eſt deu: Car comme toutes choſes ſe rap­portent à l'homme, il faut auſſi que l'homme ſe rapporte à Dieu qui l'a creé pour ſa gloire. Eſaye 43. verſ. 7. afin qu'il luy rende le ſeruice qu'il luy doit. Dites moy donc, en quoy con­ſiſte ce ſeruice, & qu'eſt-ce que nous deuons faire pour nous en bien ac­quitter?

Du Seruice de Dieu.

L'Enfant reſpond que le ſeruice de Dieu eſt ſpirituel.

Le F.

LE ſeruice de Dieu eſt ſpi­rituel: car comme Dieu eſt Eſprit, il faut que ceux qui l'ado­rent, l'adorent en Eſprit & verité: Et c'eſt ce que noſtre ſouuerain Do­cteur nous a appris au chap. 4. de l'E­uangile ſelon S. Iean verſ. 24.

Le P.

Ie ſçais bien que le vray ſerui­ce de Dieu eſt ſpirituel; Mais je vous234 demande en quoy il conſiſte?

Et en cet endroit il fait voir ſommairement en quoy il conſiſte.

Le F.

A croire de coeur & confeſſer de bouche, que Dieu eſt ſeul vray Dieu, & celuy qu'il a enuoyé Ieſus Chriſt, à l'aymer, honorer & ſeruir de tout noſtre pouuoir, à faire les choſes qu'il nous commande, & eſ­uiter ſoigneuſement celles qu'il nous defend, à prendre vne entiere con­fiance en ſa Parole, à l'inuoquer en nos neceſſitez, & en nos manque­mens, auoir recours à ſa grace par le merite de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt; Et finalement à reconnoiſtre ſes bien-faits pour l'en remercier de tout noſtre coeur. Bref à nous eſgayer en ſon nom, en crainte auec trem­blement, & à baiſer le Fils qu'il nous a enuoyé pour accomplir le myſtere de noſtre redemption, Pſeaume 2.

Le P.

Qu'eſt-ce que vous entendez par ces mots de baiſer le Flis?

235

L'Enfant reſpond que c'eſt luy faire hommage, l'adorer & ſeruir.

Le F.

Adorer & ſeruir: Et de fait l'A­poſtre S. Paul interpretant ce Pſeau­me, enſemble le paſſage du 97. il eſt dit, vous tous les Dieux proſter­nez-vous deuant luy, le rapporte à noſtre Seigneur Ieſus Chriſt; car au 6. verſ. du 5. chap. de l'Epiſtre aux Hebr. il parte en cette ſorte, Et lors que Dieu introduit ſon Fils premier au monde, it dit, & que tous les Anges de Dieu l'adorent: De ſorte que vous voyez, que par le comman­dement de baiſer le Fits l'adoration eſt entenduë, & le baiſer d'vn infe­rieur à l'endroit d'vn ſuperieur eſt aucunement vn ſigne d'hommage; comme cela ſe voit en l'hiſtoire de l'exaltation de Ioſeph contenuë au chap. 41 de la Geneſe il eſt dit, & particulierement au verſ. 41. que Pharao Roy d'Egypte voulant eſta­blir Ioſeph pour gouuerner les affai­res236 de ſon Royaume luy dit, Tu ſeras ſur ma maiſon, & tout mon peuple te baiſera la bouche; ſeulement ſeray­je plus grand que toy, quant au trône. Or eſt-il facile de juger, que Pharao vouloit que tous ſes ſujers reconneuſ­ſent Ioſeph pour Viceroy, qu'ils luy portaſſent honneur & reſpect, qu'ils euſſent recours à luy aux affaires im­portantes, & qu'ils luy obeïſſent en tout ce qu'il leur commanderoit; Et le Prophete Samuel voulant deſigner l'homniage qu'il auoit fait à Saul, apres qu'il l'eut Oinct pour Roy ſur Iſraël, dit qu'il le baiſa, 1. Sam. chap. 10. verſ. 1. Lors donc que Dieu com­mande aux Roys & Gouuerneurs de la terre, de baiſer le Fils, it faut enten­dre deux choſes; L'vne qu'il leur com­mande de luy faire hommage de leurs Couronnes; Et l'autre que ce com­mandement regarde auſſi leurs ſu­jets: Et de fait ſur la fin du Pſeaume il eſt dit en termes expres, que tous257 ceux qui ſe retirent vers le Fils ſont bien heureux. Ceux donc qui deſirent paruenir à ce bon-heur, doiuent ſer­uir Dieu en crainte, s'égayer à cauſe du ſalut qu'il leur preſente en ſon Fils, & luy faire hommage, tant à cauſe de ſon excellence, que pour les biens qu'il leur fait.

Le P.

Cet hommage eſt il ſembla­ble à celuy que les grands Seigneurs rendent aux Roys de la terre.

Le F.

Il y a. quelque rapport: Mais ils ſont diſſemblables en ce poinct, que ceux-là ſont terriens; & celuy dont nous parlous eſt ſpirituel; parce que le Roy dont le Prophete parle eſt vn Roy ſpirituel, que les Anges & les hommes doiuent adorer.

Forme de l'hommage quo les Grands Seigneurs rendent aux Roys de la terre.

TOut ainſi donc que les Grands Seigneurs ſe mettent à genoux236〈1 page duplicate〉257〈1 page duplicate〉258deuant le Roy armez de leurs armes, ceints de leurs eſpées, & qu'en cet eſtat les mains jointes ils reconnoiſ­ſent qu'il eſt leur Souuerain Sei­gneur, qu'ils ſont ſes vaſſaux, que les Seigneuries qu'ils poſſedent dans ſon Royaume, dont ils baillent vn de­nombrement, releuent de ſa Couron­ne; que pour raiſon d'icelles ils luy doiuent honneur & ſeruice, promet­tent & s'obligent de luy rendre, ſoit à la guerre ou autrement, le prient de les proteger contre leurs enne­mis; & s'il leur eſt arriué de ſe re­beller, reconnoiſſent leur faute, luy en demandent pardon, & promet­tent de luy eſtre fidelle à l'aduenir, nous deuons auſſi nous proſterner deuant la Majeſté de noſtre Seigneur le coeur & les mains eſleuez au Ciel, armez des armures du Chreſtien, & principalement du bouclier de la foy & de l'eſpée de l'Eſprit, qui eſt la Pa­role de Dieu, reconnoiſtre qu'il eſt259 noſtre Souuerain Seigneur, & luy faire l'hommage cy-apres deſigné.

Hommage fait à Dieu par l'Enfant.

ET partant, ô noſtre bon Sei­gneur, je reconnois & con­feſſe auec humilité, proſterné de­uant ta ſainte Majeſté, que tu es le Dieu fort, le Pere d'eternité, le Roy des Roys noſtre ſouuerain Seigneur, Tout-puiſſant & tout Sage, tout Iu­ſte, & tout Miſericordieux, qui regnes au Ciel & en terre auec vn pouuoir abſolu, que tu m'as donné eſtre, vie & mouuement auec les choſes neceſ­ſaires pour la conſeruation de ma vie, que tu m'as deliuré d'vn nombre in­finy de dangers, dont j'ay eſté enui­ronné, par la malice de mes ennemis & par ma propre folie, que non con­tent de m'auoir departy tant de gra­ces, tu m'en as fait encore de plus grandes: Car tu m'as deliuré de la mort eternelle, en laquelle je m'eſtois260 precipité. Pour cet effet tu t'esanean­ty, tu t'es reueſtu de noſtre nature; & en cet eſtat tu t'es aſſujetty aux miſe­res de cette vie, à la contradiction des pecheurs, à la perſecution des meſ­chans, & finalement à la mort mau­dite & ignominieuſe de la Croix; Et par tes ſouffrances tu nous as fait con­noiſtre l'amour que tu nous portes, qui eſt certes plus forte que la mort; tu t'es, diſ-je, expoſé à la mort pour nous; & par la mort tu nous as deli­urez de la mort eternelle, & nous as merité la vie, & du Palais de ta gloire tu nous conduis par ta Parole & par ton S. Eſprit; Et nonobſtant nos re­bellions tu verſes ſur nous tes biens ſpirituels & temporels en ſi grande abondance que le denombrement nous en eſt impoſſible. D'autre part je reconnois qu'au lieu d'eſtre fidelle & reconnoiſſant, de te loüer & glori­fier comme je le dois, & comme tu le merites, j'ay eſté rebelle, ingrat &261 meſconnoiſſant, que par ma rebel­lion & ingratitude je me ſuis rendu indigne de tes graces: & qui plus eſt j'ay attiré ton courroux & tes juge­mens ſur moy: De ſorte que quand tu m'aurois abandonné à la dureté de mon coeur, à la violence de mes en­nemis, tu n'aurois fait que juſtement: Mais, ô noſtre bon Seigneur, j'ay ap­pris en ton eſcole, que tu es debon­naire & humble de coeur; qu'au plus fort de tes angoiſſes, tu as prié pour ceux qui te crucifioient; que du Pa­lais de ta gloire tu nous appelles à toy: que tu reçois benignement ceux qui ont recours à ta bonté: c'eſt pour­quoy je viens à toy pour obtenir mi­ſericorde & trouuer grace: Ne me rejette point; ains pluſtoſt pardonne mes folies, pardonne mes foibleſſes, pardonne mes legeretez, guery mon ame, purifie mon coeur, embraze le d'vne ſainte amour, & d'vne ſainte reconnoiſſance; chaſſe de mon eſprit262 toute mauuaiſe penſée, deliure moy de toute corruption de corps & d'eſ­prit, donne moy de bonnes & ſaintes penſées, ſanctifie moy par ta Parole, & par ton S. Eſprit: fay moy cette gra­ce que je chemines deuant toy, en charité, en humilité auec toute recon­noiſſance; que je te glorifies en la vie & en la mort: deliure-moy de mes ennemis viſibles & inuiſibles, ſoû­tiens moy pendant le cours de cette vie: Car ſi tu détourne ta face de moy, je ſuis perdu, mes ennemis m'enue­lopperont en meſme temps: Ie m'at­tens donc à toy, ô Eternel mon Sau­ueur, parce que tu es fidelle & verita­ble, & qu'il n'y a point d'autre Sau­ueur que toy: & partant je te celebre­ray en la vie & en la mort.

Le P.

Il eſt vray que cét hommage comprend en ſoy tout le ſeruice de Dieu: Mais j'eſtime qu'il eſt à propos d'y apporter quelque diſtinction, & de ſçauoir en combien de parties il ſe peut diuiſer.

263

L'Enfant diuiſe le ſeruice de Dieu en quatre parties, montre qu'il faut ſeruir Dieu en corps & en ame, & qu'il n'eſt pas ſeruy par le morne ſilence des hommes.

Le F.

Le ſeruice de Dieu ſe diuiſe en quatre parties, qui ſont la confiance, l'obeïſſance, l'inuocation, & la recon­noiſſance: Et l'hommage que je viens de faire à mon Seigneur & Roy, & que je pretens renouueller tous les jours de ma vie, eſt compoſé de ces quatre vertus Euangeliques. Tout homme donc qui deſire paruenir à la beatitude & felicité eternelle en doit vſer de meſme; s'occuper de tout ſon pouuoir à cét exercice religieux, & rejetter l'opinion fanatique de ceux, qui veulent faire paſſer pour ſeruice de Dieu vn morne ſilence deſnué de la profeſſion exterieure, ſous pretexte de ce que Dieu eſt Eſprit, & qu'il veut eſtre adoré en eſprit: Car ce n'eſt pas aſſez de croire de coeur, il faut auſſi confeſſer de bouche, & faire pro­feſſion264 ouuerte & conſtante de la do­ctrine Euangelique: Car de coeur on croit à juſtice, & de bouche on fait confeſſion à ſalut. Quiconque me confeſſera deuant les hommes, dit noſtre ſouuerain Seigneur au 10. de S. Matthieu verſ. 32. je le confeſſeray deuant mon Pere: Et au contraire quiconque me reniera deuant les hommes, ou aura honte de moy & de mes paroles, ajouſte S. Marc au chap. 8. de ſon Euangile verſ. 38. je le renie­ray deuant mon Pere.

Le P.

Cela eſt vray, & ainſi il faut prier Dieu auteur de noſtre ſalut, qu'il nous face la grace de le glorifier, & ſeruir en corps & en ame; de chanter ſes loüanges, de raconter ſes oeuures grandes & admirables. Mais diſons vn mot de chacune des quatre parties du ſeruice de Dieu, & commencez par la confiance.

De la Confiance.

Le F.

La confiance eſt vne aſſeu­rance265 certaine & aſſeurée que nous auons, que Dieu eſtant, comme il eſt, Tout-puiſſant & tout bon, accompli­ra les promeſſes qu'il nous a faites en l'Euangile, qui ſont en ſubſtāce, qu'il nous pardonnera nos pechez pour l'amour de ſon Fils Ieſus Chriſt, qu'il nous conduira en cette vie par ſa Pa­role, & par ſon S. Eſprit, & lors qu'il nous en retirera il receura nos ames en ſon repos; qu'au dernier jour il re­leuera nos corps de la poudre, & nous introduira en corps & en ame en ſon Paradis.

De l'Obeïſſance.

Apres la confiance ſuit l'obeïſſan­ce; car il eſt bien raiſonnable que puis que Dieu eſt noſtre Dieu Createur & conſeruateur de tous les hommes, & qui plus eſt noſtre Pere, qui nous a adoptez à ſoy en Ieſus Chriſt, ſelon le bon plaiſir de ſa volonté pour nous rendre eternellement heureux, au temps meſme que nous eſtions ſes en­nemis266 en nos entendemens & en mauuaiſes oeuures. Epheſ. 2. verſ. 1.2.3.4.5. & 6. Colloſſ. 1. verſ. 21. & 22; Nous luy rendions l'honneur & l'o­beïſſance qui luy eſt deuë: Et d'au­tant plus que tout ce qu'il nous com­mande eſt juſte & ſaint. Car apres nous auoir fait entendre au 20. d'Exo­de ce qu'il eſt en ſoy, ce qu'il a fait pour ſon Egliſe, il nous commande ce qu'il veut que nous faſſions pour luy eſtre agreables. Or par le premier commandement, il nous defend de reconnoiſtre aucun autre Dieu que luy, & cette defenſe contient vn com­mandement tacite de l'aymer de tout noſtre coeur, de toute noſtre ame, & de toute noſtre penſée, comme noſtre ſouuerain Docteur nous l'a appris au 22. de S. Matthieu verſ. 37. Ce qui eſt bien juſte; puis qu'en effect il n'y a point d'autre Dieu que luy, que c'eſt luy qui nous a donné l'eſtre, & le bien eſtre, & qui nous conſerue par ſa267 bonté. A luy donc Pere, Fils & S. Eſprit ſoit rendu l'honneur, le ſeruice & l'obeïſſance qui luy eſt deuë. Par le deuxiéme, il nous defend de ren­dre aucun ſeruice religieux aux crea­tures, à quelque image ou reſſem­blance que ce ſoit; ce qui eſt encore bien juſte; puis que c'eſt luy qui eſt noſtre ſeul Dieu & Sauueur, qui punit les tranſgreſſeurs de ſes loix, & qui fait miſericorde. C'eſt donc à luy ſeul à qui tout ſeruice religieux doit eſtre rendu, & non aux creatures de quel­que nature & condition qu'elles ſoient. Par le troiſiéme, il nous defend de ne point prēdre ſon Nom en vain, ains pluſtoſt de le venerer & reſpe­cter: Et certes il n'y a rien de plus juſte; puis que c'eſt ce Nom qui a eſté reclamé ſur nous, & par lequel nous ſommes ſauuez. Par le quatriéme, il nous commande de ſanctifier le jour du repos, c'eſt à dire de ceſſer le tra­uail de nos mains pour mediter ſes268 oeuures & ſa Parole, vaquer à ſon ſer­uice, & nous preparer afin de parue­nir au repos eternel: Et certes il eſt bien juſte, puis que Dieu a fait l'hom­me pour ſa gloire; qu'il y ait vn jour deſtiné pour mediter ſes graces, pour chanter ſes loüanges & nous adonner aux actes de pieté & de ſaincteté. Or ſi nous l'aymons, comme nous y ſom­mes obligez, nous le reconnoiſtrons pour noſtre ſeul Dieu, nous ne tranſ­porterons jamais l'honneur qui luy eſt deu aux creatures, nous ſanctifie­rons ſon ſaint Nom, nous mediterons ſes oeuures, non ſeulement celles de la creation & de la conſeruation de toutes choſes; mais principalement le grand oeuure de noſtre redemption par Ieſus Chriſt, & les graces qu'il nous a faites à chacun de nous en par­ticulier; nous taſcherons de faire les choſes qu'il nous commande, pour luy eſtre agreables, qui ſe reduiſent à ces deux poincts, d'aymer Dieu de269 tout noſtre coeur, & noſtre prochain comme nous meſmes, Matthieu 22. verſ. 27.28. & 29. Par le cinquiéme il nous commande d'honorer Pere & Mere & tous nos Superieurs, & leur rendre honneur & ſeruice, ce qui eſt encore bien juſte, puis qu'ils nous ont mis au monde, qu'ils trauaillent pour noſtre inſtruction & conſerua­tion, & que d'ailleurs ce comman­dement contient vne promeſſe ex­cellente; Et finalement par les 7. 8. 9. & dixiéme commandements Dieu nous defend de ne point médire, ny méfaire à nos prochains, ne point conuoiter le bien d'autruy: Et au contraire de trauailler à la conſerua­tion de la vie, de l'honneur, & du bien de nos prochains; Ce qui eſt en­core bien juſte, puis que Dieu qui eſt noſtre Pere ſpirituel nous le com­mande, que d'ailleurs nous ſommes freres en Ieſus Chriſt, membres de ſon corps myſtique, que nous ſom­mes270 nourris d'vn meſme pain, qui eſt ſa Parole, & que nous auons vne meſ­me eſperance.

De l'Inuocation.

L'inuocation vient apres, qui nous eſt expreſſement commandée en di­uers endroicts des ſaintes Eſcritures, & particulierement au Pſeaume 50. verſ. 15. Inuoque moy au jour de ta detreſſe, & je t'en tireray hors, & tu me glorifieras. Or l'inuocation n'eſt autre choſe que la priere que nous faiſons à Dieu, par laquelle nous luy repreſentons noſtre pauureté, ſoit du corps, ſoit de l'ame, & luy deman­dons ſecours & aſſiſtance. Ce n'eſt pas qu'il ne la connût auparauant, & qu'il n'euſt la volonté de nous ſecou­rir: Mais comme il eſt noſtre Dieu, il veut que nous luy rendions cette ­ference raiſonnable. Et ſi la priere eſt faite auec foy, elle produit des effets admirables; comme l'hiſtoire Sainte nous l'apprend, & l'experience nous271 le fait connoiſtre: Car elle monte au Ciel, comme autrefois le parfum de l'encens, duquel les Iuifs ont eſcrit, qu'on le voyoit monter nonobſtant l'agitation de l'air quelque violente qu'elle fuſt; Et de fait il ſemble que le Prophete Roy ait voulu dire la meſ­me choſe, quant au Pſeau. 141. verſ. 2. Il dit, que ma requeſte ſoit adreſſée deuant toy comme le parfum. Cette meſſagere donc ſe preſente deuant Dieu auec vne ſainte hardieſſe; & par maniere de dire luy arrache des mains les verges dont il nous menaçoit, ob­tient ce qu'elle demande, & Dieu ac­compliſſant ſa promeſſe nous deliure de nos tribulations, & nous enuiron­ne de ſa Prouidence, comme d'vne nuée, qui nous met à couuert & nous garentit de la violence de nos enne­mis, comme autrefois les Iſraëlites de la main des Egyptiens. Exode chap. 14. verſ. 19. & 20.

272

De la Reconnoiſſance.

En dernier lieu, vient la reconnoiſ­ſance, qui eſt proprement l'action de graces que nous rendons à Dieu pour ſes bien-faits ſpirituels & corporels, non ſeulement de bouche, mais prin­cipalement de coeur, & par toutes nos actions.

Le P.

Suffit-il de ſcauoir ces choſes?

Le F.

Non: Mais il faut les mettre en pratique; car la Religion ne conſiſte pas en paroles ſeulement, qui ne ſont proprement qu'vn ſon; Mais en foy & charité, en vertus Chreſtiennes qui ſont les fruits de la foy; Et c'eſt à mon opinion ce qui eſtoit deſigné par les clochettes & par les grenades qui eſtoient à l'entour de la robbe du Sou­uerain Sacrificateur.

Le P.

Enquoy conſiſte la pratique.

Le F.

A reconnoiſtre Dieu, ſeul vray Dieu, Createur & Conſeruateur de toutes choſes, auteur de noſtre ſalut; à l'aymer, honorer & ſeruir, en nous273 conformant à ſa volonté contenuë & declarée és ſaintes Eſcritures; leſ­quelles il faut pour cet effet lire & mediter ſoigneuſement, nous trou­uer aux ſaintes aſſemblées, dans leſ­quelles elle eſt preſchée & enſeignée, & nous adonner aux actes de Pieté & de charité.

Le P.

Le faites vous ainſi?

Le F.

Ie fais bien quelques petits eſſais, mais ſi foiblement que quel­que action que j'entreprenne, je me trouue enlaſſé & diuerty par de mau­uaiſes penſées: De ſorte que je ſuis obligé de m'eſcrier auec S. Paul; las! miſerable que je ſuis, qui me deliure­ra du corps de cette mort. Rom. 7. verſ. 24. Et ainſi mes prieres ont beſoin d'autres prieres pour obtenir pardon de la faute que j'ay commiſe aux pre­mieres. I'ay donc recours à la grace & miſericorde de Dieu par Ieſus Chriſt: je le prie de ſupporter mes defauts, de me regarder en la face de ſon bien-aymé274 qui a accomply toute juſtice pour moy, me donner ſon S. Eſprit, l'Eſprit de priere & de ſanctification.

Le P.

Croyez-vous que Dieu qui eſt vne Eſſence eternelle & qui habite vne lumiere inacceſſible vueille vous exaucer, vous qui n'eſtes qu'vn petit garçon.

Le F.

Dieu n'a pas égard à l'apparen­ce des perſonnes, il exauce le petit auſſi bien que le grand; pourueu que la priere ſoit faite auec foy. Et noſtre Seigneur nous a fait connoiſtre l'eſti­me qu'il fait des petits enfans yſſus de peres & meres fideles comme moy: Car lors que les Apoſtres voulurent empeſcher ceux qui luy vouloient preſenter des petits enfans afin qu'il les benit, Il leur dit; Laiſſez les petits enfans venir à moy, & ne les empeſ­chez point; car à tels eſt le Royaume de Dieu. Matth. 19. verſ. 13. & 14. Fon­ ſur cette promeſſe, & ſur le com­mandement cy deuant rapporté, je275 m'adreſſe à Dieu par Ieſus Chriſt, & je ne fais point de doute qu'il ne m'exauce: Mais il y a plus, c'eſt que par ſa grāde charité, il a preuenu mes prieres; car auparauant que je fuſſe, il m'auoit aimé & predeſtiné pour me rendre conforme à l'image de ſon Fils Ieſus Chriſt, & au temps qu'il auoit determiné en ſon Conſeil eternel, il m'a fait naiſtre en ſon Egliſe; & lors que je ſuis venu au monde, il m'a re­ceu en ſa protection, m'a donné le ſeau de ſon alliance, c'eſt à ſçauoir le Bapteſme, a reclamé ſon nom de Pere, Fils & S. Eſprit ſur moy, & les prieres que je fais par leſquelles je luy teſmoi­gne ma recónoiſſance, & luy demāde la continuation de ſa grace, viennent de luy: Car nul ne peut appeller Dieu ſon Pere que par le S. Eſprit. Rom. 8. verſ. 15. & 16. Gal. 4. verſ 6.

Le P.

Auez vous vne regle certaine de vos prieres, ou ſuiuez vous les pre­miers mouuemens de voſtre eſprit.

276Le F.

Ie regle mes prieres à la Parole de Dieu; Et comme il nous com­mande de l'inuoquer en nos neceſſi­tez, & qu'il nous promet de nous en ti­rer hors, je luy demande ſon S. Eſprit; l'eſprit de priere & de Sanctification, & les autres choſes dont je puis auoir beſoin; Et en tout je taſche de former mes prieres ſur la regle tres-parfaite que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt nous en a dōnée en l'Oraiſon Dominicale.

Le P.

Donnez moy vn abregé de voſtre exercice religieux, afin que ſi ce Dialogue vient en quelque autre main, on voye comment nous nous ſommes conduits; Et ſi nous auons bien fait qu'on nous imite, ou qu'on taſche de faire mieux.

Le F.

Vous ſçauez, mon pere, que vous auez eſtably cet ordre dans vo­ſtre famille, que matin & ſoir vous me faites lire deux ou trois chapitres pen­dant que mes ſoeurs s'abillent, ou que ma mere les occupe à quelque ouura­ge,277 elles ſont pourtant preſentes & aſſiſtent à la lecture, parce que le mouuement des mains n'empeſche pas la fonction des oreilles; Mais de­uant que commencer la lecture du matin je fais cette Priere.

NOus te rendons graces, ô Pere de Miſericorde, Dieu de toute Conſolation, de ce qu'il t'a pleu nous conſeruer la nuict paſsée, & nous en­uoyer la lumiere du jour: Mais d'autant que cette lumiere corporelle nous ſeroit inutile, & qui plus eſt prejudiciable, ſans la lumiere de l'entendement; parce qu'el­le nous tourneroit en cōdamnation; nous te ſupplions, ô toy noſtre bon Seigneur qui es le Soleil de Juſtice, qui porte la ſanté en tes aisles, & qui illumine tout homme venant au monde, diſſipe les te­nebres d'erreur & d'ignorance dont nos entendemens ſont enuelopez, donne nous l'intelligence de ta ſainte Parole, engraue en nos coeurs, afin qu'elle produiſe des fruicts de ſainteté, de Iuſtice & d'inno­cence278 qui te ſoient agreables. Apres je commence la lecture, nous chan­tons vn Pſeaume, ou les trois derniers couplets du Pſeaume 90. Et vous nous faites obſeruer les doctrines plus con­ſiderables qui s'y rencontrent.

La lecture finie nous mettons les genoux en terre, nous éleuons nos coeurs & nos mains au Ciel; Et comme nous ſommes trois, vous auez com­poſé vne Priere, ſans doute pous nous exercer tous trois: De ſorte que l'vn commence par la Cōfeſſion generale des pechez, à laquelle il ajoûte la Prie­re du matin ou du ſoir, l'autre conti­nuë par l'Oraiſon Dominicale, & par le Symbole des Apoſtres, & le troiſié­me prononce cette Priere.

SEigneur, nous te rendons graces pour tous les biens que tu nous as faits, & particulierement de ce que tu nous as appellez à la connoiſſance de ton Fils Jeſus Chriſt, par le merite duquel nous279 ſommes rendus participans de tous tes biens, Grace ſur graces, donne nous ton S. Eſprit, afin qu'il nous enſeigne à te connoiſtre & ſeruir, à rendre à nos Su­perieurs l'honneur & l'obeïſſance que nous leur deuons, à nos prochains l'a­mour & la bien-vueillance que tu nous commande; nous t'en ſupplions pour l'amour de ton Fils Jeſus Chriſt, & qu'il te plaiſe faire la meſme grace à tous les fideles, donner repos à ton Egliſe, con­ſolation aux affligez, ſanté aux malades. Et ſi nous ſçauons que quelqu'vn de nos parens ou amis ſoit malade, nous ajoûtons ces mots, & particulierement à vn tel; Auquel comme à nous, & à tous nos parens & amis, nous te ſup­plions donner ta ſainte benediction.

Apres cela je fais mon exemple, j'eſtudie, & aux difficultez que je ren­contre en mon exercice, j'éleue mon coeur vers celuy qui appelle aux fins & aux moyens; & le ſoir venu nous finiſſons la journée comme nous280 l'auons commencée par la lecture de la Parole de Dieu, par le chant d'vn Pſeaume, & par la Priere.

Le P.

Selon mon opinion, cet exer­cice religieux eſt dans le bon ordre, j'en laiſſe le jugement à ceux qui ſont plus ſages que nous; mais il me ſem­ble que vos Prieres ſont conformes à la regle que noſtre Seigneur nous en a donnée, & à l'ordre que nos Peres ont eſtably en l'Egliſe; car l'action de grace que vous rendez à Dieu en vows leuant, & deuant tout oeuure, de ce qu'il vous a conſerué la nuit, eſt vn effet de voſtre reconnoiſſance, la de­mande que vous luy faites pour obte­nir ſon S. Eſprit, qui eſt l'Eſprit de Priere & de ſanctification, fait voir que vous reconnoiſſez voſtre pauure­ naturelle, que vous acquieſcez à ce que S. Paul nous a laiſſé par écrit au chap. 8. de l'Epiſtre aux Rom. verſ 25. que nous ne ſçaurions prier Dieu comme il appartient ſans l'aſſiſtance281 du S. Eſprit, d'autant que c'eſt luy qui forme nos Prieres, ou qui prie luy meſme pour nous, & qui nous con­duit aux voyez de Dieu; Et en ce que vous reconnoiſſez que la lumiere ex­terieure vous ſeroit inutile, ſans la lu­miere de l'entendemēt. Vous auoüez que vous eſtiez naturellement en te­nebres, que Dieu eſt lumiere, & ſour­ce de lumiere, & que par ſa lumiere nous voyons clair; Et lors que vous mettez vos genoux à terre, que vous éleuez voſtre coeur & vos mains au Ciel: qu'en cet eſtat vous faires con­feſſion de vos pechez, que vous en demandez pardon à Dieu, & la grace de mieux viure à l'auenir, vous faites connoiſtre que vous renoncez à vous meſme, que vous mettez voſtre fian­ce en Dieu, & que vous vous aſſeurez aux promeſſes que le Pere & le Fils vous ont faites: Le Pere au Pſeaume 50. cy-deuant allegué, inuoque moy au jour de ta détreſſe & je t'en tireray282 hors; Et le Fils en S. Iean chap. 16. verſ. 25. En verité, en verité je vous dis, que toutes les choſes que vous de­manderez au Pere en mon Nom, il vous les donnera. Et an chap. 14. verſ. 13. quoy que vous demandiez en mon Nom je le feray.

La Priere que vous faites pour la proſperité de l'Egliſe en general, & pour la conſolation des fidelles affli­gez, eſt vn effet de voſtre zele à la gloire de Dieu, & de voſtre charité enuers voſtre prochain. Si donc vous continuez en cet exercice religieux; Et ſi vous taſchez d'augmenter en connoiſſance & en foy ſuiuant le commandement de S. Pierre contenu au chap. 1er de ſa ſeconde, ajoûtant vertu par deſſus; Et auec vertu at­trempance; & auec attrempance pa­tience; & auec patience pieté: & auec pieté amour fraternel; & auec amour fraternel charité, Dieu rati­fiera ſon alliance auec vous, il vous283 ſera Dieu, vous deliurera de vos tri­bulations, vous comblera de ſes gra­ces; Et finalement vous introduira au Royaume de ſon Fils, pour vous faire regner eternellement auec luy. Ie le ſuplie de tout mō coeur que cela ſoit.

Le F.

Ie taſcheray d'en vſer ainſi, & j'eſpere que Dieu me fortifiera, qu'il exauce vos Prieres, & qu'il accom­plira ſes promeſſes enuers moy.

Le P.

Ainſi ſoit-il, mon fils: Au ſur­plus nous auons parlé pluſieurs fois des bonnes oeuures: Mais comme il eſt important d'en ſçauoir l'vſage, j'e­ſtime qu'il eſt neceſſaire de nous en­tretenir ſur le ſujet d'icelles; Et d'au­tant plus, que vous auez dit que nous ſommes ſauuez par foy ſans oeuures: Si cela eſt-il ſemble que les bonnes oeuures ſont inutiles; Et s'il eſt autre­mēt, & que les bonnes oeuures ſoient neceſſaires, il ſemble auſſi que nous coôperons auec Dieu, & que nous contribuons à noſtre ſalut. Conciliez284 ces choſes, & eſclairciſſez moy fur cette difficulté.

Traitté des bonnes oeuures, & de l'v­tilité d'icelles; auquel eſt montré qu'elles n'ont point de merite.

Le F.

SAint Paul au 10. verſet du chap. 2. de ſon Epiſtre aux Epheziens dit, Que nous ſommes l'ouurage de Dieu eſtās créez en Ieſus Chriſt à bonnes oeuures que Dieu a preparées afin que nous cheminions en icelles: & par ce paſſage comme par pluſieurs autres, il nous apprend que l'vſage & la pratique des bonnes oeuures eſt neceſſaire au Chreſtien: Mais afin qu'aucun ne preſume de pouuoir contribuer à ſon ſalut par ce moyen, ny meriter quelque choſe enuers Dieu par ſes oeuures; Il dit ex­preſſement aux deux verſets prece­dens, que nous ſommes ſauuez par grace par la foy; & cela non point de nous, c'eſt le don de Dieu, non point285 par oeuures, afin que nul ne ſe glorifie. D'où s'enſuit, que combien que l'homme fidelle s'adonne à ſainteté & à bonnes oeuures, comme il y eſt obligé, il ne peut coôperer auec Dieu, ny contribuer à ſon ſalut: puis que nous ſommes ſauuez par la grace de Dieu par foy, & non par oeuures.

Objection.

Le P.

Pourquoy donc l'Apoſtre S. Iacques dit-il au chap. 2. de ſon Epi­ſtre Catholique verſ. 24. que l'hom­me eſt juſtifié par les oeuures, & non ſeulement par la foy: Car ſi cela eſt, la doctrine de S. Paul eſt aneantie.

Reſponſe.

Le F.

I'eſtime qu'il eſt facile de reſ­pondre à cette objection: pourueu que nous y apportions les diſtinctions conuenables: premierement il faut obſeruer que c'eſt le S. Eſprit, qui eſt l'autheur des Epiſtres de ces Saints hommes: Et ainſi qu'il n'y peut auoir aucune contradiction entr'eux; veu286 que le S. Eſprit ne ſe contredit jamais: Et ſecondement que S. Iacques ne parle pas en ce verſet 24. de la foy ju­ſtifiante, qui vnit l'homme auec Dieu: Mais d'vne vaine opinion de foy, de­ſtituée de charité & de bonnes oeu­ures, dont la pluſpart des hommes ſe glorifient; combien qu'elle ne diſtin­gue pas l'homme d'auec les Diables: Et c'eſt de cette vaine apparence de foy, dont S. Iacques parle, & de la­quelle il dit que l'homme n'eſt pas juſtifié par cette foy: Et de fait aux verſ. 14.15. & ſuiuans juſques au 20. iceluy compris, il montre que cette foy ne peut porter aucun auantage à celuy qui s'en glorifie; parce qu'elle eſt deſtituée de charité, qu'elle eſt morte en elle meſme, & qu'elle ne peut produire aucun fruit. Mais quād il parle de la vraye foy; de la foy juſti­fiante, il en parle d'vne autre ſorte, & plus auantageuſement; Car au verſet 23. il dit qu'Abraham le pere des287 croyans a eſté juſtifié par cette foy: Abraham, dit-il, a crû à Dieu, & ſa foy luy a eſté alloüée à juſtice, & il a eſté appellé amy de Dieu: il eſt vray qu'au verſ. 21. Il auoit dit qu'Abraham a eſté juſtifié par ſes oeuures, quand il a of­fert ſon fils Iſaac; mais au verſ. ſuiuant il s'explique, & montre comment cela ſe doit entendre, ſçauoir que la foy d'Abrahā agiſſoit auec les oeuures, & que par les oeuures ſa foy a eſté renduë accomplie: Comme s'il diſoit qu'Abra­ham ayant premierement crû à Dieu, s'eſt addonné à ſainteté, & à bonnes oeuures, & que par ſes oeuure sil a ma­nifeſté ſa foy deuant les hommes, & à obtenu ce teſmoignage auantageux d'auoir eſté fi delle & craignant Dieu; Et ce que S. Paul dit au chap. 4. de l'Epiſtre aux Romains verſ. 2. ſe rap­porte à cela. Certes, dit l'Apoſtre, ſi Abraham a eſté juſtifié par ſes oeu­ures, Il a dequoy ſe vanter, mais non pas enuers Dieu. Et au 3. verſ. il ajoû­te288 qu'Abraham a crû à Dieu, & que ſa foy luy a eſté alloüée à juſtice: De ſorte que le S. Eſprit poſe pour fonde­ment de la juſtification, la foy & non les oeuures; Et apres il fait ſuiure les oeuures comme fruits de la foy, qui ſeruent, comme j'ay déja dit, à juſti­fier les fidelles deuant les hommes, & non deuant Dieu; puis que Dieu nous ſauue par ſa grace par foy, & non par oeuures, ſuiuant le témoigna­ge de S. Paul du deuxieme des Ephe­ſiens cy-deuant rapportez.

Le P.

Puis que les oeuures n'ont point de merite, pourquoy nous ſont­elles tant recommandées?

Le F.

Afin que Dieu ſoit glorifié par icelles & noſtre prochain edifié: Car Ieſus Chriſt nous commande de faire luire noſtre lumiere deuant les hom­mes, afin que les hommes voyant nos bonnes oeuures glorifient Dieu, Mat. 5. verſ. 16.

Le P.

N'ont-elles pas quelque autre vſage?

289Le F.

Elles ſeruent encore à affer­mir noſtre vocation; comme l'A­poſtre ſaint Pierre nous l'apprend au chap. premier de ſa ſeconde verſ. 10.

Le P.

Les bonnes oeuures ne ſont donc pas inutiles au Chreſtien?

Le F.

Au contraire vtiles & neceſ­ſaires: & ainſi nous deuons cheminer en icelles, ſuiuant le paſſage de ſaint Paul du deuxiéme chapitre de ſon Epiſtre aux Epheziens cy-deuant rap­porté, d'autant qu'elles ſont des preu­ues certaines & infaillibles de noſtre élection, de noſtre ſanctification, & de noſtre glorification future: mais pourtant j'en reuiens-là qu'elles n'o­perent pas noſtre ſalut, & n'en ſont nullement la cauſe, ains ſeulement les demonſtrations. Ceux donc qui ont voulu chercher leur ſalut au pre­tendu merite des oeuures; comme le Phariſien, dont parle S. Luc au chap. 18. de ſon Euangile verſ. 11. & 12. n'y ont pas trouué leur ſatisfaction: Il290 faut donc imiter le Peager tant meſ­priſé par cet orgueilleux Phariſien, nous humilier comme luy & cher­cher noſtre ſalut, non au pretendu merite de nos oeuures, mais en la gra­ce & miſericorde de Dieu par Ieſus Chriſt, & nous retournerons juſtifiez en nos maiſons.

Le P.

Mais puis que ſuiuant le dire de S. Paul Gal. 3. verſ. 5. Dieu produit en nous les vertus Chreſtiennes par l'operation du S. Eſprit: N'eſt-ce pas luy faire outrage que de n'attribuer aucun merite aux bonnes oeuures?

Le F.

Non; parce que noſtre nature a eſté tellement corrompuë & depra­uée par le peché, que les vertus Chrê­tiennes que Dieu produit en nous, ſe corrompent comme vn eau claire & nette qui viendroit d'vne ſource pu­re, & qui paſſeroit par vn canal cor­rompu; De ſorte que nos meilleures actions ſont tellement imparfaictes à cauſe du peché habitant en nous, que291 ſi Dieu les examinoit à la rigueur, au lieu de meriter quelque recompenſe, nous meriterions d'eſtre chaſtiez à cauſe de leur imperfection: Par exem­ple, nos prieres ſont tellement di­ſtraites & trauerſées par vne infinité de mauuaiſes penſées, qu'elles ont be­ſoin d'autres prieres pour obtenir par­don de la faute que nous auons com­miſe aux premieres, & ainſi iuſqu'à l'infiny; & à mon eſgard, ſi je veux m'adonner à quelque bonne oeuure, j'y trouue vne ſi grande reſiſtance que je ne puis faire le bien qui m'eſt commandé: au contraire, je fais le mal qui m'eſt deffendu, & en cela ſemblable à noſtre premier Pere: de ſorte que je ſuis obligé de dire auec S. Paul Rom. 7. verſ. 18. & ſuiuans, que je ne fais point le bien que je veux, que je fais le mal que je haïs, que j'ay vne Loy en mes membres qui bataille contre mon entendement, qui me rend captif à la Loy de peché,292 & de m'eſcrier auec luy: Las! miſera­ble que je ſuis, qui me déliurera du corps de cette mort.

Le P.

Nos bonnes oeuures ſont donc deſagreables à Dieu: puis qu'elles por­tent les marques de noſtre infirmité naturelle.

Le F.

Elles luy ſeroient ſans doute deſagreables s'il les conſideroit auec leurs deffauts: Mais comme il nous commande de nous addonner à ſain­teté, & à bonnes oeuures, de luy offrir ſacrifices ſpirituels: non ſeulement il les a agreables en Ieſus Chriſt, en ſup­porte les deffauts, comme l'Apoſtre S. Pierre nous l'apprend en ſa premie­re chap. 2. verſ. 5. mais qui plus eſt, il les recompenſe en cette vie, & en la vie à venir; comme vn bon Pere qui recompenſe les petits eſſais de ſes en­fans, quoy que foibles & imparfaits, afin de les encourager à mieux fai­re, Eſaye 58. Matth. 25. verſ. 35. & ſuiuans.

293Le P.

Toutes les oeuures que les hommes font meritent-elles le titre & la qualité de bonnes, & ſont-elles indifferemment agreées & recom­penſées de Dieu?

Le F.

Non: mais celles que Dieu commande, & qui ſont faites par l'homme qui a le coeur purifié par foy, qui aime Dieu, qui s'eſt propoſé de luy plaire, & de faire les choſes qui luy ſont agreables; celles ſeules ſont & doiuent porter le titre & la qualité de bonnes oeuures: mais celles qui ne ſont point commandées, & qui ſont faites ſans foy ſont peché, Rom. 14. verſ. 23.

Le P.

Dites-moy donc quelle eſt la regle des bonnes oeuures, afin que nous ne nous abuſions en cette di­ſtinction.

Le F.

Les Commandemens de Dieu, Exode 20. diuiſez en deux Tables, dont la premiere contient quatre par­ties qui reglent le ſeruice que nous294 deuons à Dieu de penſée, de parole, & par nos actions; Et la deuxiéme en contient ſix, qui reglent l'amour, le ſeruice & l'aſſiſtance que nous de­uons à noſtre prochain de parole & de fait, comme j'ay dit cy-deuant.

Le P.

Puis que Dieu nous a donné ſa Loy pour regler nos penſées, nos paroles & nos actions, & qu'il a pro­mis la vie eternelle à ceux qui l'accō­pliront; Il s'enſuit que nous pouuons l'obtenir par l'obſeruation de la Loy, c'eſt à dire, par le merite de nos oeu­ures.

Le F.

S'il ſe trouuoit quelqu'vn qui puſt accomplir la Loy, & qui fuſt ſans peché en ſon corps & en ſon ame, il pourroit obtenir ou paruenir à la vie par ſes oeuures, ſuiuant la pro­meſſe de Dieu contenuë au 18. du Le­uitique verſ. 5. en ces mots: Vous garderez mes Statuts & mes Ordon­nances, leſquelles ſi l'homme accom­plit il viura par icelles. Mais comme295 il n'y a jamais eu aucun homme qui l'ait accomplie que Ieſus Chriſt, Dieu & homme, tous hommes ſont natu­rellement ſous malediction, & en la mort; Car il eſt eſcrit: Maudit eſt quiconque n'eſt permanent en tou­tes les choſes qui ſont eſcrites au liure de la Loy pour les faire. Galat. 3 verſ. 10. Bien loin donc d'obtenir le ſalut par nos oeuures.

Objection du Pere ſur le ſujet de l'vſage de la Loy.

Le P.

Il ſemble que ce ſoit choſe bien étrange que Dieu nous ait don­ vne Loy que nous ne ſçaurions ac­complir: & neantmoins qu'il pro­nonce malediction contre les tranſ­greſſeurs d'icelle.

L'Enfant reſpond à l'Objection, & montre l'vſage de la Loy.

Le F.

Si nous auions bien compris l'intention du Legiſlateur, & ſi nous ſçauions le vray vſage de la Loy, nous ne trouuerions pas étrange qu'il l'ait296 donnée aux hommes, & qu'il fou­droye ſa malediction contr 'eux: com­bien qu'il ſçache qu'il n'eſt pas en leur pouuoir de l'accomplir. Il eſt donc neceſſaire d'obſeruer, premie­ment que lors que Dieu a donné ſa Loy aux hommes, il ne les a pas con­ſideré tels qu'ils ſont à preſent, mais tels qu'ils eſtoient en Adam lors qu'il fut creé, ſçauoir purs & nets de toute ſoüilleure, fidelles & obeïſſans à ſes Commandemens: Et en ce faiſant, il ne leur fait aucun tort, d'autant qu'il exige de ſon debiteur ce qui luy eſt legitimement deub, ſans s'informer s'il eſt deuenu inſoluable; Seconde­ment, que le but du Legiſlateur n'a pas eſté de ſauuer les hommes par l'obſeruation de la Loy, car il con­noiſſoit bien leur foibleſſe, & ſçauoit qu'il leur eſtoit entierement impoſſi­ble de l'accomplir: Et de fait, il nous l'a denoncé par le miniſtere de ſes ſer­uiteurs, qui nous ont appris que nulle297 chair ne ſera juſtifiée deuant luy par les oeuures de la Loy. Rom. 3. verſ. 20. Il veut donc les ſauuer, non en fai­ſant, mais en croyant; Et c'eſt ce que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt nous a appris luy-meſme par la reſponſe qu'il fit aux troupes, qui luy auoient demandé qu'eſt-ce qu'ils deuoient faire pour oeuurer les oeuures de Dieu, & paruenir à la vie eternelle, dont il venoit de leur parley. C'eſt icy l'oeu­ure de Dieu, leur dit-il, que vous croyez en celuy qu'il a enuoyé, Iean. 6. verſ. 27.28. & 29. Et par le mini­ſtere de S. Paul, lequel ayant auſſi eſté requis par le Geolier de Philippes, de luy apprendre ce qu'il deuoit faire pour eſtre ſauué; Il luy reſpondit, croy au Seigneur Ieſus Chriſt, & tu ſeras ſauué, toy & toute ta maiſon, Actes 16. verſ. 29.30. & 31. Or pour paruenir à ce but, il a fallu deſabuſer les hommes, leur faire connoiſtre leur pauureté & leur foibleſſe, leur mon­trer298 combien ils ſont éloignez de la pureté que Dieu requiert d'eux: en combien de façons ils luy ſont rede­uables, & par meſme moyen arra­cher de leur eſprit cette maudite opi­nion de meriter qu'ils ont injuſte­ment conçeuë; afin que renonçans à eux meſmes ils ayent recours à ſa Miſericorde, puis que c'eſt luy qui nous a juſtifiez gratuitement par ſa Grace, par la Redemption qui eſt en Ieſus Chriſt, lequel Dieu a ordonné de tout temps pour propitiation par la foy au ſang d'iceluy. Rom. 3. verſ. 23. & 24. Au moyen dequoy nous deuons tenir pour conſtant, que Dieu n'a pas donné ſa Loy aux hommes pour les ſauuer; Mais pour leur faire connoiſtre leur foibleſſe & les ame­ner à Ieſus Chriſt, qui eſt la fin & l'ac­compliſſement de la Loy en Iuſtice à tout croyant. Rom. 10. verſ. 4. & qui de fait l'a accomplie pour nous; Car il s'eſt chargé de nos tranſgreſſions, a299 porté noſtre malediction ſur la Croix, & nous a deliurez de la malediction de la Loy, l'ayant receuë ſur ſoy: Et au lieu de la malediction nous a me­rité & obtenu la benediction de ſon Pere. 2. Cor. chap. 5. v. 21. nous faiſant jouïr de l'effet de la promeſſe cōtenuë au 5. v. du 18. du Leuit. rapporté en ma reſponſe precedente: De ſorte qu'au lieu de nous eſtonner, lors que Dieu parle à nous de la Montagne de Sinaï; nous deuons recourir à ſa grace, au merite, à la ſatisfactiō de Ieſus Chriſt, & admirer la Puiſſance, la Sageſſe & la Bonté de Dieu qui eſt telle, qu'en exigeant de nous ce que nous luy de­uions, il s'eſt pourueu luy meſme d'vn garand à cauſe de noſtre inſoluabili­, lequel a pleinement ſatisfait & payé pour nous; Et au ſurplus le re­mercier de ce qu'il nous a donné ſa Loy, pour nous eſtre vne regle parfai­te de toute Iuſtice & ſainteté, vn mi­roir pour nous faire voir noſtre lai­deur;300 D'autant que par la Loy nous eſt donne connoiſſance du peché, Rom. 3. verſ. 20. & vn pedagogue pour nous amener à Ieſus Chriſt, qui eſt la fin & l'accompliſſement de la Loy en juſtice à tout croyant, comme je viens de le montrer par le paſſage rapporté du 10. des Romains.

Le P.

Loüé ſoit ton ſainct Nom, ô Pere de Miſericorde, Dieu de toute Conſolation, de ce que tu as ſi ſage­ment pourueu à noſtre ſalut, en don­nant ton Fils bien aimé pour nous pauures & miſerables pecheurs, re­belles, ingrats & deſobeïſſans tout à fait indignes de ta grace. Loüé ſois-tu à jamais, ô toy noſtre bon Seigneur, qui'es interuenu pour nous, qui t'es conſtitué noſtre plege, & noſtre ga­rand, qui as porté nos langueurs, qui as payé pour nous; & ſatisfait la juſti­ce de ton Pere par le Sacrifice de ton corps, qui as porté noſtre maledi­ction. O noſtre bon Seigneur ne te301 laſſes pas de nous bien faire; Eſten tes compaſſions ſur nous, purifie nos coeurs embraſe les d'vn ſaint amour, & d'vne ſainte reconnoiſſance; Fay nous la grace de cheminer en tes voyes en foy, en charité, en humilité auec toute reconnoiſſance. Or mon fils, puis que la Loy eſt d'vn vſage ſi excellent, il faut nous former ſur ſes preceptes, reconnoiſtre noſtre miſe­re, renoncer à nous meſmes au pre­tendu merite des oeuures, recourir à Ieſus Chriſt noſtre ſeul Sauueur, puis qu'il l'a accomplye pour nous, qu'il a porté noſtre malediction, & qu'il nous a merité & obtenu la benedi­ction de ſon Pere.

Le F.

Ouy mon pere, de ma parr je renonce de bon coeur au pretendu merite des oeuures; Et crois qu'il n'y a point de ſalut qu'en Ieſus Chriſt, qui nous a eſté fait de par Dieu Sapience, Iuſtice, Sāctification & Redemption, 1. Cor. chap. 1. verſ. 30. Et puis que302 nous trouuons en luy tout ce qui nous eſt neceſſaire, que hors de luy il n'y a que ruïne & malediction. Ie mets toute mon eſperance en luy, je m'adreſſe à luy comme à mon ſeul Sauueur, je le prie qu'il me faſſe la grace de perſeuerer conſtamment en la profeſſion de ſa verité: Et ainſi fai­ſant je crois que je ſeray ſauué; non point par mes oeuures; mais de grace par la foy, comme l'Apoſtre S. Paul nous l'apprend au chap. 2. de ſon Epi­ſtre aux Epheſ. verſ. 8. & 9.

Le P.

Puis qu'il eſt ainſi que nous ne pouuons eſtre ſauuez par nos oeuures, d'où vient que la pluſpart des hom­mes cherchent leur ſalut en eux meſ­mes, & croyent ne pouuoir eſtre ſau­uez, s'ils ne coôperent auec Dieu, comme ils parlent.

Le F.

Cela ne peut venir que de l'eſ­prit d'erreur & de menſonge qui a aueuglé les hōmes, & qui les conduit par vn autre chemin que celuy que303 Dieu a ordonné, afin de les precipiter dans les abyſmes d'ombre de mort: Car puis que l'homme Chreſtien eſt juſtifié par foy ſans oeuures, comme S. Paul nous l'a appris au paſſage du chap. 2. de ſon Epiſtre aux Epheſ. il s'enſuit que ceux qui cherchent leur ſalut au pretendu merite des oeuures, ſont rebelles & s'aheurtent contre la Parole de Dieu, renoncent à ſa grace, & au merite de la Mort & Paſſion de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, & n'ont point de part à ſon ſalut: A quoy auſſi ils ont eſté ordonnez, comme S. Pier­re l'a declaré ouuertement en ſa pre­miere chap. 2. verſ. 7. & 8.

Le P.

I'auouë que nous ſommes ſau­uez par foy ſans oeuures: Mais je ne puis comprendre que ceux qui croyēt pouuoir contribuer à leur ſalut par l'exercice des bonnes oeuures, ſoyent du nombre de ceux qui ont eſté rejet­tez; veu que les bonnes oeuures nous ſont tant recommandées, & encore304 moins qu'ils ayent eſté ordonnez à ce malheur.

L'Enfant ſoûtient ſa propoſition, montre par deux paſſages formels, que ceux qui veulent joindre le pretendu merite des oeuures, au me­rite du ſang de la Croix de Ieſus Chriſt, ſont tombez en ſens reprouué.

Le F.

Lors que Dieu appelle à vne fin, il appelle auſſi aux moyens. Or la fin de l'homme Chreſtien, eſt la gloi­re de Dieu & ſon ſalut: le moyen par lequel nous y paruenons eſt la foy, & non les oeuures; comme l'Apoſtre S. Paul nous l'apprend au chapitre 3. de l'Epiſtre aux Romains: car apres nous auoir montré & fait voir l'eſtat de tous les hommes en leur naturel, il conclud au 20. verſet, que nulle chair ne ſera juſtifiée par les oeuures de la Loy; & au verſet 22. il ajoûte, que tous hommes ont peché, & ſont entierement deſtituez de la gloire de Dieu, de l'honneur qu'ils auoient re­ceu du Seigneur d'auoir eſté créez à305 ſon image en ſainteté & juſtice: Mais aux verſ. 23.24. & 25. il nous apprend que nous ſommes juſtifiez gratuite­ment par la grace de Dieu, par la re­demption qui eſt en Ieſus Chriſt, le­quel Dieu a ordonné de tout temps pour propitiatoire par la foy au ſang d'iceluy, afin de demontrer ſa Iuſti­ce par la remiſſion des pechez prece­dens, voire afin de demontrer ſa Iu­ſtice au temps preſent, afin qu'il ſoit trouué juſte & juſtifiant celuy qui eſt de la foy de Ieſus; Et pour arracher de nos eſprits cette vaine preſomption du merite des oeuures, il ſe fait cette demande au verſet 26. eſt donc la vantance? & apres il ſe reſpond, Elle eſt forcloſe, & par quelle Loy! Eſt-ce par celle des oeuures? Non, mais par la Loy de la foy; Nous concluons donc, ajoûte-il au verſet 27. que l'homme eſt juſtifié par foy ſans les oeuures de la Loy: Et ainſi voyons-nous que ceux qui croyent en Ieſus Chriſt, & qui306 cherchent leur ſalut au merite de ſa Croix, obtiennent la vie, & ne ſeront point confus, 1. Pier. chap. 2. verſ. 6. Et au contraire ceux qui cherchent leur ſalut au pretendu merite des oeu­ures, ſont rebelles, & Ieſus Chriſt leur eſt pierre d'achoppement, pierre de trebuſchement, à quoy auſſi ils ont eſté ordonnez, verſ. 7. & 8. Apres luy S. Iude parlant aux Fidelles: Bien ay­mez, leur dit-il, aux verſ. 3. & 4. de ſon Epiſtre: Comme ainſi ſoit que je m'e­ſtudie de vous eſcrire du ſalut com­mun, il m'a eſté neceſſaire de vous ex­horter à ſoûtenir le combat pour la foy, laquelle a eſté vne fois baillée aux Saints; Car quelques-vns, ajoûte-il, ſe ſont gliſſez, parlant des faux Do­cteurs, qui vouloient accommoder la Religion Chreſtienne auec la Iudaï­que, & joindre la Circonciſion à l'E­uangile, le pretendu merite des oeu­ures, au merite de la Mort & Paſſion de noſtre Sauueur, leſquels changeans307 la grace de Dieu en diſſolution renon­cent le ſeul Dominateur Ieſus Chriſt, noſtre Dieu & Seigneur; Ceux-là, dit-il, ſont gens ſans pieté, leſquels dés long-temps auparauant eſtoient enrollez à vne telle damnation. Vous voyez donc, mon pere, par ces deux paſſages que la foy en Ieſus Chriſt eſt le ſeul moyen pour aller, ou pour par­uenir à la vie eternelle: Et au contrai­re que ceux qui ne peuuent tenir pour ſuffiſant le merite de ſa Mort & Paſ­ſion, & qui veulent joindre le preten­du merite de leurs oeuures ſont tom­bez en ſens reprouué, & que dés long-temps auparauant ils auoyent eſté en­rollez à vne telle damnation.

La Pere acquieſce & montre par deux exemples que les bonnes intentions des hommes ſont le plus ſouuent contraires à la volonté de Dieu: Et que leurs pretenduës bonnes oeuures ont eſté rejettées, & les auteurs d'icelles diuerſes fois punis, exhorte l'Enfant à l'obeïſſance.

Le P.

Dieu par ſa miſericorde nous308 faſſe la grace de nous aſſujettir à ſa diſ­cipline auec humilité, & de renoncer au pretendu merite des oeuures: De ma part j'y renonce de bon coeur: Et d'autant plus que je vois, que com­bien qu'elles ayent quelque apparen­ce de pieté & de deuotion volontaire, elles ſont condamnées en diuers en­droits des ſaintes Eſcritures, & que les auteurs d'icelles ont eſté diuerſes fois punis: Pour exemple, Saül Roy d'Iſraël auoit reſerué le meilleur be­ſtail des Amalekites pour en offrir ſa­crifice à Dieu, diſoit-il, ce qui ſem­bloit eſtre pieux & religieux, & paſſe­roit aujourd'huy entre les ſuper­ſtitieux pour vne oeuure meritoire: Neantmoins Samuël le tance par le commandement de Dieu, luy fait entendre que Dieu n'approuue nullement ſon action, & qu'il euſt mieux fait d'obeïr au commande­ment qui luy auoit eſté fait de détrui­re les Amalekites à la façon de l'inter­dit,309 que ſon peché eſtoit vn crime de rebellion, pire que le ſeruice des Ido­les & Marmouſets: Et qu'à cauſe d'iceluy Dieu l'auoit dejetté de la Royauté, 1. Sam. ch. 15. En voicy en­core vn qui ſemble eſtre bien eſtran­ge; Huſa eſtoit auec Dauid condui­ſant l'Arche de Dieu en Ieruſalem, 1. Chron. chap. 13. Huſa crût que le cha­riot ſur lequel eſtoit l'Arche alloit renuerſer, il porta ſa main pour le ſoûtenir, il ſemble que l'action de Huſa eſtoit innocente & pieuſe, & qu'il meritoit d'en eſtre loüé: mais Dieu en jugea tout autrement, car il frappa Huſa ſur le champ & le fit mourir, 2. Sam. chap. 6. v. 6. & 7. Apres cela quelle aſſeurance pouuons nous prendre au pretendu merite des oeu­ures, ny aux bonnes intentions des hommes, qui ſont le plus ſouuent con­traires à la volonté de Dieu; certes il n'y en a point. C'eſt pourquoy auſſi je renonce de bon coeur à l'vn & à l'au­tre,310 & veux me rendre attentif à ce que Dieu me commande en ſa Parole pour luy obeïr: Et en mes manque­mens je veux auoir recours à ſa grace; puis que c'eſt luy qui nous a ſauuez & appellez par vne ſainte vocation; non point ſelon nos oeuures, mais ſe­lon ſon propos arreſté, & la grace qui nous a eſté donnée en Ieſus Chriſt de­uant les temps eternels, 2. Tim. chap. 1. v. 9. Ie vous exhorte d'en vſer ainſi.

Le F.

Ie le feray, mon pere: car puis que c'eſt Dieu qui nous a ſauuez & appellez par vne ſainte vocation, & qui nous a donné Ieſus Chriſt pour eſtre le ſeul remede à nos maux, pour nous guerir du venin mortel dont le ſerpent ancien auoit infecté & empoi­ſonné nos ames: A qui irions nous? Ceux donc qui ajoûtent foy à la pro­meſſe de Dieu contenuë au 16. verſ. du 3. chap. de l'Euangile ſelon S. Iean, & qui embraſſent Ieſus Chriſt pour leur Sauueur, ſont gueris de cette311 playe mortelle, obtiennent vne ſanté ſpirituelle & tres-parfaite: Au con­traire ceux qui ont recours au preten­du merite des oeuures, ou aux au­tres remedes que les hommes vains & menteurs leur propoſent, periſſent malheureuſement; parce qu'il n'y a point de ſalut en aucun autre, & qu'il n'y a point d'autre nom ſous le Ciel qui ſoit donné aux hommes par le­quel il nous faille eſtre ſauuez que le nom de Ieſus Chriſt, Act. 4. verſ. 12.

Le P.

Quel peut eſtre donc le mou­uement de ceux qui rejettent Ieſus Chriſt, & qui cherchent en eux-meſ­mes ce qu'ils ne ſçauroient y trouuer?

L' Enfant montre que c'eſt vne marque infailli­ble de leur rejection; & commence à traitter la doctrine de la Predeſtination.

Le F.

Tel mouuement ne peut venir à ces gens que de l'eſprit d'erreur & de menſonge, qui leur a creué l'oeil de l'entendement, qui les enueloppe de tenebres, & qui les conduit par des312 chemins deſtournez, afin de les pre­cipiter dans les abyſmes d'ombre de mort: Car comme il a plû à Dieu de faire grace à vne partie des hommes les tirant de la ruïne generale, en la­quelle tout le genre humain eſt tom­ par la tranſgreſſion d'Adam, il a laiſſé les autres en leur ruïne, & c'eſt ſur ceux que le Diable exerce ſa ty­rannie; car il les enueloppe de tene­bres, éloigne d'eux tout ce qui pour­roit ſeruir à leur ſalut; Et s'il leur ar­riue par fois de lire la Parole de Dieu, ou d'eſcouter quelque Predication, cét eſprit infernal rauit la ſemence, empeſche qu'elle prenne racine en leur coeur; comme noſtre Souuerain Docteur nous l'a appris par la ſimili­tude du Semeur, enregiſtrée dans le chap. 13. de S. Mat. & qui plus eſt leur rend la Parole de Dieu ſuſpecte & dangereuſe, de ſorte qu'ils ne peu­uent croire en Ieſus Chriſt. Pour ce qui eſt des autres que Dieu a choiſis313 & ordonnez à la vic eternelle; com­me ceux d'Antioche, de Piſidie, dont mention eſt faite au chap. 13. des Act. verſ. 48. Dieu les appelle de temps en temps par la Predication de l'Euangi­le, & à meſure qu'il leur fait annoncer ſa Parole par ſes Seruiteurs, il ouure leur coeur comme à Lidie, Act. 16. verſ. 14. & les conduit par ſon S. Eſprit: Eux de leur part croyent à ſa Parole, em­braſſent Ieſus Chriſt tel qu'il leur eſt propoſé en l'Euangile, rejettant tou­te autre ſatisfaction comme vaine & inutile; & c'eſt de cela, à mon opi­nion, que noſtre Seigneur rendoit graces à Dieu au chap. 11. de S. Math. verſ. 25. Ie te rens graces, luy diſoit-il, ô Pere Seigneur du Ciel & de la terre, de ce que tu as caché ces choſes aux ſages & entēdus, & les as reuelées aux petits enfans. Et pour nous appren­dre encore plus particulieremēt, que noſtre vocation & le choix que nous faiſons de ſon Euangile, eſt vn effet314 de la grace de Dieu, de ſon bon plai­ſir, & non de noſtre ſageſſe, ou de nos forces naturelles, Il ajoûte au verſet ſuiuant; Il eſt ai nſi, Pere, pourtant que tel a eſté ton bon plaiſir. Vous voyez donc, mon pere, que ce ſont des mouuemens bien differends: puis que ceux-cy ſont conduits par l'Eſprit de Dieu ſuiuant le ſecret ou le decret de la Predeſtination: Et ceux-là au cō­traire par l'eſprit d'erreur & de men­ſonge, à quoy-auſſi ils ont eſté ordon­nez ſuiuant les paſſages de S. Iude & de S. Pierre cy deuant rapportez.

Le P.

Ie demeure d'accord, que l'in­credulité des meſchans eſt vne mar­que infaillible de leur rejection, & que noſtre vocation eſt vn effet du bon plaiſir de Dieu, qui nous a regar­dez en ſes compaſſions, qui nous a appellez par vne ſainte vocation, qui a débouché les oreilles de nos enten­demens, & a engraué l'Euangile de ſon Fils en nos coeurs par l'operation315 ſecrette du S. Eſprit. C'eſt pourquoy auſſi je dis que nous auons grand ſu­jet de nous humilier, & de le remer­cier de cette grace. Mais je ne puis aſſez m'eſtonner de ce qu'il y a des perſonnes ſi foibles & infirmes par­my nous, qui ne veulent pas connoi­ſtre ce que les ſaintes Eſcritures nous apprennent de la Predeſtination des fidelles: combien que cette doctrine ſoit pleine de joye & de conſolation; Car ſi l'homme Chreſtien conſideroit qu'auparauant qu'il fuſt, Dieu auoit determiné non ſeulement de luy don­ner eſtre, vie & mouuement: Mais qui plus eſt de le tirer de la ruïne ge­nerale, en laquelle tous les hommes ſont tombez, grands & petits, riches & pauures, ſçauans & ignorans: que nonobſtant ſon ingratitude, & ſans auoir égard à ſes crimes & rebellions, il l'a conſtamment aimé & pourſuiuy par ſes bien faits; que pour le rendre eternellement heureux il l'a appellé à316 ſa connoiſſance, luy a donné la foy en Ieſus Chriſt, afin qu'il participe au benefice de ſa Mort & de ſa Reſurre­ction: Et finalement qu'il le ſoûtient en ſes foibleſſes, qu'il le conduit & conduira juſqu'à ce qu'il l'ait amené au port deſiré, le tout par ſa ſeule gra­ce, & ſans aucun merite qui ſoit en luy, il ſeroit eſpris d'vne ſainte recon­noiſſance, & glorifieroit Dieu com­me ſon bien-faicteur. Aydons leur, mon fils, pouſſons les à cette medita­tion; contribuons ce qui depend de nous pour les tirer de la letargie, en laquelle ils ont eſté juſqu'à preſent, afin qu'ils glorifient Dieu pour la gra­ce qu'il leur a faite.

De la Predeſtination des Eleus.

Le F.

POur commencer, je les prie de faire reflection ſur ce que nous auons dit cy-deuant, que par la tranſgreſſion d'Adam, l'homme eſt décheu de tous les auantages qu'il317 auoit receus de Dieu en la creation; Et de conſiderer meurement ce que S. Paul dit de la condition naturelle de tous les hommes au chap. 3. de l'Epiſtre aux Rom. verſ. 11. & ſuiuans, que nous ſommes puans, & tellement corrompus, qu'il n'y a nul qui cher­che Dieu, qu'il n'y a nul qui faſſe bien, que noſtre gozier eſt vn ſepul­che ouuert, que nous auons fraudu­leuſement vſé de nos lévres, que no­ſtre bouche eſt pleine d'amertume & de malediction, que nos pieds ſont legers à eſpandre le ſang, que deſtru­ction & miſere ſont en nos voyes, que nous ne connoiſſons point la voye de paix, & que la crainte de Dieu n'eſt point deuant nos yeux. Or ſi nous ſommes tels comme nous n'en pou­uons nullement douter, veu que l'ex­perience meſme nous l'apprend, nous ſommes tout à fait eſloignez de Dieu, incapables de tout mouuement ſpiri­tuel, deſtruction & miſere ſont en nos318 voyes, mort & malediction nous ont enſerrez. Quel moyen auons nous pour nous tirer de cette ruïne genera­le? Certes nous n'en auons point, & ne pouuōs non plus que le Lazare puant dans le ſepulcre contribuer à noſtre reſtabliſſement. Il faut donc que ce­luy qui reſſuſcita le Lazare; qui viui­fie les morts, nous tire de cet abyſme, qu'il mette au dedans de nous l'Eſprit de vie, qu'il nous redreſſe & qu'il nous reüniſſe auec Dieu. Car c'eſt luy qui eſt la veritable eſchelle de Iacob, par lequel la vie & l'immorta lité; les dous & les graces du S. Eſprit deſcendent ſur nous: nos prieres & nos actions de graces, montent juſqu'à Dieu. C'eſt pourquoy auſſi l'Apoſtre S. Paul con­ſiderant cette merueille, s'écrie com­me rauy; Benit ſoit Dieu, qui eſt le Pere de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, qui nous a benits en toute benedi­ction ſpirituelle és lieux celeſtes en Ieſus Chriſt, ſelon qu'il nous auoit319 cleus en luy deuant la fondation du monde: afin que nous fuſſions ſaints & irreprehenſibles deuant luy en charité, nous ayant predeſtinez pour nous adopter à ſoy par Ieſus Chriſt ſelon le bon plaiſir de ſa volon­ à la loüange de la gloire de ſa gra­ce, de laquelle il nous a rendus agrea­bles en ſon bien-aimé, En qui nous auons redemption en ſon ſang, à ſça­uoir remiſſion des offenſes ſelon les richeſſes de ſagrace, Eph. 1. v. 3.4.5.6. & 7. Et au chap. 1. de la 2. à Tim. verſ. 9. & 10. Il ajoûte que Dieu nous a ſauuez & appellez par vne ſainte vocation, non point ſelon nos oeuures; mais ſe­lon ſon propos arreſté, & la grace qui nous a eſté donnée en Ieſus Chriſt de­uant les temps eternels, maintenant manifeſtée par l'apparition de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, qui a deſtruit la mort, & a mis en lumiere la vie & l'immortalité par l'Euangile. Or apres ces declarations ſi claires & expreſſes,320 je ne crois pas qu'il y ait aucun de ceux qui font profeſſion d'eſtre Chre­ſtiens, & qui le ſont en effet, qui puiſſe ny doiue faire difficulté de con­noiſtre, de ſonder & d'examiner de tout ſon pouuoir le ſecret admirable de la Predeſtination; & l'ayant cōneu qui ne ſoit remply de joye & de lieſſe, & qu'il ne glorifie Dieu auec S. Paul pour la grace qu'il luy a faite en Ieſus Chriſt, & par Ieſus Chriſt.

De la certitude de la Predeſtination des Eleus, le Pere tire par vne conſequence neceſſaire la rejection des incredules.

Le P.

IE crois que ſi noſtre Dialo­gue vient és mains de quel­qu'vn de ceux qui juſqu'à preſent­n'ont pas voulu ou ofé connoiſtre & examiner la doctrine, le ſecret admi­rable de la Predeſtination, & qu'il vueille ſe donner la peine de conſide­rer les choſes que nous venons de dire ſur ce ſujet, il glorifiera Dieu de tout321 fon coeur pour la grace qu'il luy a fai­te: de noſtre part nous tiendrons cet­te doctrine pour certaine & tres-aſſeu­rée, & rendrons graces à Dieu, Pere, Fils & S. Eſprit, de ce qu'il luy a plû nous la reueler. Reprenons donc no­ſtre propos; & diſons que le choix que Dieu a fait d'vne partie des hommes eſtablit neceſſairement la rejection des autres: Et de fait, il me ſemble que je les entens murmurer contre Dieu, comme ceux qui viuoient du temps de ſaint Paul.

En cette réponſe l' Enfant continue de traitter la doctrine de la Predeſtination des Eſleus, & la rejection des infidelles.

Le F.

Il ne faut nullement dou­ter, que la Predeſtination des fidelles croyans n'eſtabliſſe la rejection des incredules; & que les meſchans ne ſe cabrent cōtre cette doctrine qui por­te leur condamnation: Mais il faut leur fermer la bouche, & leur oppo­ſer les meſmes raiſons que S. Paul op­poſoit322 à ceux de ſon temps: Car apres auoir eſtably la doctrine de la Prede­ſtination au chap. 8. de ſon Epiſtre aux Romains, Il entre en diſpute contre les reprouuez qui l'impugnoient; Et pour d'autant plus eſtablir l'eſlection des Fidelles, & faire voir aux incredu­les leur rejection, Il leur propoſe l'hi­ſtoire de Iacob & d'Eſaü, rapportée par Moyſe au liure de la Geneſe chap. 25. & encore l'exemple de Pharao, dont l'hiſtoire eſt auſſi rapportée par le meſme Prophete au liure de l'Exo­de. Des deux premiers l'Apoſtre dit, au chap. 9. de l'Epiſtre aux Romains verſets 11.12. & 13. Que deuant que les enfans fuſſent nez, auparauant qu'ils euſſent fait ne bien ne mal, Dieu auoit aimé Iacob & haï Eſaü, afin que le propos arreſté ſelon l'eſlection de­meuraſt ferme: Et pour preuenir l'objection des prophanes; il ſe fait cette demande à ſoy-meſme au verſet 14. Que dirons nous donc y a-il de l'ini­quité323 en Dieu? & à meſme temps & au meſme verſet, il ſe répond en cette ſorte; Ainſi n'auienne: Et au verſet ſuiuant il introduit le Seigneur par­lant à Moyſe en cette ſorte; I'auray mercy de celuy de qui j'auray mercy, & feray miſericorde à celuy à qui je feray miſericorde: & au 16. verſet l'A­poſtre conclut en cette ſorte: Ce n'eſt donc point du voulant ny du courant, mais de Dieu qui fait miſericorde. Et du dernier, Moyſe dit au chap. 7. de l'Exode, que Dieu endurcit Pharao, verſet 3. Et au chap. 9. du meſme liure verſ. 16. il en dit la cauſe, afin que la puiſſance de Dieu fuſt connuë, & ſon Nom glorifié par toute la terre: Et S. Paul apres luy au verſ. 17. du meſme chap. Ie t'ay ſuſcité à cette propre fin pour demontrer en toy ma puiſſance, afin que mon Nom ſoit annoncé en toute la terre: & au verſet ſuiuant il ajoûte; Il a donc mercy de celuy qu'il veut, & endurcit celuy qu'il veut: de324 ſorte que S. Paul conſtitue le ſalut des hommes, & leur endurciſſement, ou rejection, en la ſeule volonté de Dieu, & en ſon bon plaiſir, ſuiuant le ­moinage d'Eſaye, chap. 6. verſ. 9. & de S. Iean chap. 12. verſ. 40. Et pour reprimer l'inſolence des prophanes qu'il introduit au verſ. 19. parlant en cette ſorte; Pourquoy ſe plaint-il donc? car qui eſt-ce qui peut reſiſter à ſa volonté: Il leur répond ainſi au verſ. 20. Mais pluſtoſt, ô homme qui es-tu, toy qui conteſtes contre Dieu? la choſe formée, dira-elle, à celuy qui l'a formée, Pourquoy m'as-tu ain­ſi faite? Et au verſ. 21. il leur propoſe la liberté du Potier de terre, qui fait d'vne meſme maſſe de terre vn vaiſ­ſeau à honneur & vn autre à deshon­neur: d'où s'enſuit que puis que le Po­tier de terre eſt libre de faire ce qu'il veut de ſa maſſe de terre, Dieu auquel toutes choſes appartiennent par droit de creation, a bien plus de droit de325 faire de la terre qu'il a creée (car les hommes ne ſont que terre) des vaiſ­ſeaux à honneur & d'autres à deshon­neur; Et aux verſ. 22.23. & 24. il mon­tre encore le ſujet de cette difference, qui eſt, Que Dieu voulant montrer ſon ire en ſa juſtice, & donner à con­noiſtre ſa puiſſance, a tolleré en gran­de patience les vaiſſeaux d'ire appa­reillez à perdition, & pour donner à connoiſtre les richeſſes de ſa grace en vaiſſeaux de miſericorde, il les a pre­parez à gloire, les ayant auſſi appellez ſelon ſon propos arreſté. Soit donc conclud que Dieu a fait tout pour ſa gloire, meſme le meſchant pour le jour de la calamité, Prou. 16. verſ. 4. Paſſage admirable & de grand poids, qui nous apprend, ſi nous le voulons conſiderer, que de tout temps ſont à Dieu connuës toutes ſes oeuures, & qu'il n'a pas ignoré ce qu'il faiſoit quand il a creé l'homme. Et partant que la doctrine de la Predeſtination326 eſt certaine & aſſeurée, & de grande conſolation aux fidelles: & que com­me nous ſommes appellez ſelon le propos arreſté de Dieu, pour eſtre rendus conformes à l'image de ſon Fils, les meſchans ont eſté auſſi deſti­nez à vne fin contraire, comme noſtre Seigneur Ieſus Chriſt & ſes Apoſtres nous l'ont appris; & s'il eſtoit autre­ment, il ſembleroit que Dieu ſeroit moins ſage, moins libre, & moins puiſſant que les hommes, qui diſpo­ſent des autres creatures qui leur ſont inferieures, comme bon leur ſemble, qui deſtinēt leurs ouurages à vne fin; Et que le ſalut des fidelles & la reje­ction des incredules arriueroit par ha­zard, ou ſuiuant la volonté des hom­mes. Arriere de moy penſées mauuai­ſes & injurieuſes contre l'honneur, la puiſſance & la ſageſſe de Dieu.

Le P.

Si nous croyons que Dieu eſt Tout-puiſſant & tout Sage; & qu'il a creé le monde pour ſa gloire, comme327 il n'en faut nullement douter, nous ne ferons pas difficulté de croire qu'il a diſpoſé de toutes ſes creatures ſelon ſon bon plaiſir, ſans qu'aucune d'i­celles ait droit de luy demander, Pour­quoy en vſes-tu ainſi? Et de fait, l'or­dre qu'il a eſtably au monde, nous donne vne connoiſſance particuliere de cette verité; car nous y voyons toutes choſes naiſtre & mourir; la nuit faire place au jour, & le jour à la nuit; le Soleil qui a ſon leuer & ſon coucher; les ſaiſons qui font place l'vne à l'autre; la terre qui fait ſes pro­ductions; les creatures paroiſtre & diſparoiſtre, apres auoir ſeruy à l'vſa­ge de l'homme, chacune ſuiuant l'or­dre que Dieu luy a preſcrit: D'ailleurs nous y voyons l'homme diſpoſer à ſon plaiſir des autres creatures qui luy ſont inferieures; il les tuë, il les man­ge, il s'en ſert comme bon luy ſem­ble, ſans apprehender aucun repro­che de leur part, & apres nous le328 voyons luy meſme diſparoiſtre en vn clin d'oeil: Toutes ces choſes, dis-je, nous font connoiſtre, & nous doiuent faire auoüer que celuy qui en eſt l'au­teur, a vn pouuoir abſolu de diſpoſer de ſes creatures à ſon plaiſir, & com­me bon luy ſemble, ſans qu'aucune d'icelles ait droit de luy dire; Pour­quoy en vſes-tu ainſi? Et s'il eſtoit au­trement, il s'enſuiuroit qu'il ſeroit in­ferieur, moins libre & moins puiſſant que l'homme: Ce qui ne peut ny ne doit entrer dans la penſée des Chre­ſtiens; ains pluſtoſt eſtre tenu pour conſtant, que Dieu eſtant, comme il eſt, Tout-puiſſant & tout Sage, a diſpoſer, comme de fait il a diſpoſé de ſes creatures, & par conſequent des hommes, & les deſtiner à vne fin; les vns pour eſtre vaiſſeaux à honneur, & les autres pour eſtre vaiſſaux à des-honneur: Ceux-cy pour eſtre exem­ples de ſa Iuſtice, & ceux-là pour eſtre exemples de ſa miſericorde, mais nous329 deuons adorer ce myſtere ſans l'eſplu­cher trop curieuſement. Or comme les meſchans ſont toûjours meſchans, ils pretendent auoir droit de murmu­rer, & d'accuſer Dieu d'injuſtice, de ce qu'il les a préordonnez pour ſeruir à ſa gloire au jour de la calamité, ſui­uant le paſſage du 16. des Prouerbes que vous venez d'alleguer.

L'Enfant montre que combien que Dieu ait de­ſtiné toutes choſes à vne fin certaine, les meſ­chans n'ont pas droit de murmurer: parce que leur ruine vient d'eux-meſmes pour les raiſons contenuës en ſa réponſe.

Le F.

Il me ſuffiroit de leur oppoſer le bon plaiſir de Dieu, & la réponſe de S. Paul, Qui es-tu, toy homme qui conteſtes contre Dieu? La choſe for­mée, dira-elle à celuy qui l'a for­mée; pourquoy m'as-tu ainſi faite? neantmoins je leur demanderay, N'a­uez vous pas eſté créez en Adam, purs & nets, ſaints & juſtes, auec vne ame intelligente, vn entendement eſclai­, vne volonté libre pour eſuiter le330 mal defendu, & faire le bien com­mandé: Si cela eſt, comme il n'en faut nullement douter, & ne peut eſtre raiſonnablemēt deſnié, veu que Dieu eſtant, comme il eſt, tres-bon, n'a fait ny ne peut auoir rien fait, qui ne ſoit tres-bon: Pourquoy n'auez vous pas perſeueré en voſtre integrité? que ſi vous voulez vous excuſer ſur la tranſgreſſion d'Adam, outre que vo­ſtre excuſe n'eſt pas valable; puis qu' Adam meſme n'a pas eu de raiſons pour ſe defendre, pourquoy n'em­braſſez vous pas auec nous la meſme grace qui vous eſt preſentée en Ieſus Chriſt ſecond Adam? Et pourquoy la rejettez vous auec tant d'opinia­ſtreté? certes vous eſtes ſans excuſe, & tout à fait ſemblables à ces malades forcenez, qui repouſſent auec vio­lence les remedes ſalutaires qui leur ſont preſentez, & crachent au viſage du Medecin. Il eſt bien vray que Dieu preſide ſur cette conduite par les ſe­crets331 reſſorts de ſa Prouidence, pour amener toutes choſes à leur fin. Mais comme ces reſſorts ſont impercepti­bles, & ſurpaſſent nos ſens ils vous ſont inconnus, & vous ne pouuez pe­netrer dans le Conſeil ſecret de Dieu, pour ſçauoir ce qu'il a ordonné ou de­terminé de vous. Vous deuriez donc eſcouter ſa Parole; par laquelle il vous fait entendre d'vne part le malheur dans lequel vous vous precipitez; & de l'autre le profit & les auantages qui vous arriueroient; ſi en delaiſſant vo­ſtre mauuais train, vous vous conuer­tiſſiez à luy: mais vous vous obſtinez, & aimez mieux ſuiure le train du Prin­ce de la puiſſance de l'air; & ainſi vous vous rendez indignes de la grace de Dieu, & faites voir manifeſtement que voſtre ruïne vient de vous-meſ­me, ſuiuant la prophetie d'Oſée chap. 13. verſ. 9. Il eſt bien vray que comme vous auez pris en partage le menſon­ge; Dieu vous abandonne à la dureté332 de voſtre coeur, & vous enuoye effi­cace d'erreur afin que vous croyez au menſonge, 2. Theſſ. chap. 2. v. 11.

Concluſion du diſcours precedent, par laquelle le Pere confirme les reſponſes de l'Enfant.

Le P.

DE vos reſponſes nous pou­uons recueillir en premier lieu, que le premier homme ayant eſté creé pur & net, ſaint, innocent, & juſte euſt joüy d'vn repos, & d'vne fe­licité eternelle s'il euſt perſeueré en ſon integrité, & que s'eſtant corrom­pu & precipité en la mort eternelle par ſa propre faute, il a attiré en la meſme ruïne toute ſa poſterité: Se­condement que de cette maſſe cor­rompuë Dieu par ſa bonté infinie & incomprehenſible & par ſa grande charité en a choiſi quelques-vns, auſ­quels il a donné l'Eſprit de vie & de ſanctification; au coeur deſquels il a engraué ſon S. Euangile, leur donnant333 la foy oeuurante par repentance, & par charité, les conduiſant à vne fin heureuſe; & qu'il a laiſſé les autres en leur ruïne pour demontrer, & mani­feſter en eux ſa juſtice; Et finalement que ceux-cy ſe plaiſent tellement en leur mauuaiſe vie; que comme les pourceaux ils ſe plongent & veau­trent dans l'ordure de leurs voluptez & ſeroient bien marris que Dieu les en euſt retirez: Et de fait, ils rejettent malicieuſement les moyens qu'il leur presēte pour en ſortir; Et ainſi pouuōs nous dire auec le Prophete que vous venez d'alleguer, qu'ils ſont eux meſ­mes cauſe de leur ruïne; Et toutesfois que Dieu preſide dans cette condui­te par ſa Prouidence admirable, & par des reſſorts imperceptibles, & tout a fait inconnûs aux meſchans, afin de conduire & amener toutes choſes à leur fin. Pour exemple Iudas, & ſes complices, eſtoient conuaincus en leurs conſciences, que noſtre Sei­gneur334 eſtoit le Chriſt, le Fils de Dieu par l'euidence de ſa doctrine, & par les miracles qu'il faiſoit au milieu d'eux; Veu que par le propre teſmoi­gnage des Iuifs, jamais homme ne parla comme luy, ny ne fit ſemblables miracles; Neantmoins Iudas le trahit, combien qu'il euſt lui meſme receu le pouuoir de preſcher l'Euangile, & de faire des miracles au nom de ſon Mai­ſtre. Les Sacrificateurs & leurs com­plices le crucifierent, combien qu'ils euſſent receu les diuines Paroles par le miniſtere de Moyſe, pour les tranſ­mettre au peuple, l'inſtruire & l'a­mener à Ieſus Chriſt, qui eſtoit la fin & l'accompliſſement de la Loy, & au­quel toutes leurs ceremonies aboutiſ­ſoient. Il faut donc auoüer que ces meſchans ſe ſont roidis malicieuſe­ment contre leur propre connoiſſan­ce, pour faire tout le contraire de ce à quoy ils auoient eſté appellez; Et re­connoiſtre que Dieu a preſidé en cet­te335 conduite par les reſſorts ſecrets & imperceptibles de ſa Prouidence, afin d'accomplir les choſes qu'il auoit au­parauant determinées d'eſtre faites pour le ſalut de ſon Egliſe. Actes 4. verſ. 28. ſans neantmoins participer à la meſchanceté de ces garnemens. Et au ſurplus obſeruer qu'il eſtoit neceſ­ſaire qu'il y euſt des meſchans au monde, pour les executer: Veu qu'il n'eſtoit pas conuenable que les gens de bien fuſſent employez à faire de meſchantes actions. Et ſans doute il ne s'en fuſt pas trouué aucun qui euſt voulu commettre ny participer à vn crime ſi deteſtable, de trahir & de crucifier le Fils de Dieu, le Roy de Gloire. Nous concluons donc que les meſchans periſſent par leur propre faute, puis qu'ils rejettent malicieuſe­ment le ſalut qui leur eſt preſenté par la Predication de l'Euangile, & qu'ils ont pris à taſche de ſuiure & de ſeruir le Prince de la puiſſance de l'air; non-obſtant336 les promeſſes & les menaſſes qui leur ſont faites: Et toutesfois que Dieu preſide en cette conduite par ſa Prouidence admirable, pour amener toutes choſes à leur fin; ſans neant­moins participer à la malice des meſ­chans. Laiſſons les-là; puis que Dieu les a abandonnez à la dureté de leur coeur; De noſtre part meditons la gra­ce qu'il nous a faite, & prions-le qu'il nous donne coeur & langue pour le glorifier.

L'Enfant acquieſſe, propoſe vne difficulté à ſon Pere ſur le ſujet de l'hiſtoire d' Abſalon, & luy demande inſtruction.

Le F.

Ie feray, mon pere, & dés à pre­ſent je prie Dieu qu'il me donne ſon S. Eſprit, afin qu'il me conduiſe en cette action & en toutes ſes voyes: Mais deuant que paſſer outre je vous ſupplie de m'inſtruire ſur vne difficul­, en laquelle je ſuis. I'ay leu au 12. chap. du 2. liure de Samüel, que Dieu enuoya le Prophete Nathan vers Da­uid,337 pour le redarguer du peché qu'il auoit commis contre Vrie, & que le Prophete luy dit entr'autres choſes: Ainſi a dit l'Eternel, Voicy, je m'en vais faire ſoudre vn mal contre toy de ta maiſon; & enleueray tes femmes deuant tes yeux, & les bailleray à ton domeſtique, & il dormira auec elles à la veuë du Soleil; Tu l'as fait en ca­chette; mais moy je feray cette choſe­cy en preſence de tout Iſraël, à la face du Soleil. Et la ſuitte de l'hiſtoire ſain­te nous apprend, qu'Abſalon s'eſtant éleué contre Dauid ſon pere pour luy oſter la vie & le Royaume, s'il euſt , ſoüilla ſon lit, coucha auec ſes concu­bines en plein midy à la veuë d'vn cha­cun: De ſorte qu'il ſemble que Dieu ſoit le veritable autheur du crime d'Abſalon; ce qui n'eſt pas croyable. Comment pouuons-nous donc ac­corder ce paſſage auec ce que nous venons de dire, que Dieu n'eſt point auteur du mal? qu'il ſe ſert des meſ­chans338 ſans contribuer ny participer à leur malice, Veu que le Prophete dit en termes expres, au Nom de l'Eter­nel, Tu l'as fait en cachette, mais moy je le feray à deſcouuert.

Le Pere montre à l'Enfaut; comment il faut entendre les paroles du Prophete, pour n'attri­buer rien de mal conuenable à la Majeſté de Dieu.

Le P.

Si vous croyez ce que nous auons dit cy deuant, que Dieu eſt Saint & Iuſte, ſource de toute Iuſtice & ſainteté, Vous ſerez perſuadé qu'il ne peut proceder aucune ſoüillure de luy: Et ainſi vous vous donnerez gar­de à ne pas prendre les paroles du Pro­phete Nathan au pied de la lettre: Mais vous les expoſerez en cette ſor­te, que Dieu laſchera la bride aux ennemis de Dauid, la malice deſquels luy eſtoit preſente, qu'il ne les empeſ­chera pas d'exercer leur cruaute à l'encontre de luy, juſqu'à vn certain poinct; Et par ce moyen la difficulté339 ceſſera, & vous n'attribuerez rien de mal conuenable à ſa ſainte Majeſté. Et qui doute que le conſeil pernicieux. qu' Achitophel donna à Abſalon de s'éleuer contre ſon pere, de ſoüiller ſon lit, & de le pourſuiure à outrance, ne fuſt l'oeuure du Diable? Certes le Diable s'eſtoit emparé du coeur d'A­chitophel, qui eſtoit figure de Iudas, & ce fut luy qui luy inſpira ce perni­cieux conſeil, & qui le porta à l'exe­cuter: Mais Dieu, qui ne vouloit pas perdre Dauid, mais ſeulement le châ­tier, laſcha la bride à ces meſchans; ſans toutesfois contribuer, ny parti­ciper à leur meſchanceté, & empeſcha ce fils rebelle & ingrat de paſſer ou­tre, confondit le conſeil d'Achito­phel, fit perir ces malheureux, humi­lia ſon ſeruiteur, & le reſtablit en ſon Royaume: Et ainſi voyons-nous que Dieu par ſa grande puiſſance & ſa­geſſe incomprehenſible conuertit le venin de ces viperes-là, en vne mede­cine,340 qui fut tres-ſalutaire à ſon ſer­uiteur.

Le F.

Ie crois de coeur & confeſſe de bouche, que Dieu eſt ſaint & juſte, ſource de toute juſtice & ſainteté, qu'il ne peut proceder aucune ſoüil­lure de ſa Majeſté: Mais comme je ſuis peu verſé dans l'eſtude des ſaintes lettres, à cauſe de mon bas aage, cette maniere de parler du Prophete Na­than troubloit mon Eſprit: A preſent je ſuis reſolu, & tiens pour conſtant que Dieu ne peut eſtre auteur du mal de coulpe; ains ſeulement du mal de peine.

Le P.

Ce fondement eſtant poſé que Dieu eſt Saint & Iuſte, ſource de tou­te Iuſtice & ſainteté; & qu'il ne peut proceder aucune choſe de luy qui ne ſoit ſemblable à luy; Reprenons no­ſtre entretien, & diſons vn mot des ſaintes Eſcritures, Sont elles ſuffiſātes pour eſtablir & appuyer les doctrines que nous auons miſes en auant, &341 pour nous conduire à la vie eternelle; ou ſi l'autorité des hommes eſt ne­ceſſaire: Car pluſieurs ſoûtiennent que ſans les traditions des hommes, ou de l'Egliſe, comme ils parlent, la Parole de Dieu eſt inſuffiſante, ajoû­tans qu'elle eſt comme vn nez de cire, qu'on tourne de tous coſtez, que deſnuée de leurs teſmoignages, elle cauſe les ſchiſmes & les hereſies. Eſclairciſſez moy ſur cette difficulté; Car ſi cela eſtoit, nous aurions tra­uaillé en vain.

Traitté des Saintes Eſcritures.

L'Enfant montre que la Parole de Dieu eſt tres­ſuffiſante, que les traditions des hommes ne ſont nullement neceſſaires, qu'elles ſont dan­gereuſes, & qu' à cauſe de cela, elles ont eſté condamnées de tout temps.

Le. F.

IL faudroit vn homme plus intelligent que moy pour reſpondre ſuffiſamment à voſtre de­mande: Neantmoins je taſcheray de vous ſatisfaire ſelon ma petite portée;342 Et pour y paruenir auec plus de facili­ j'eſtime qu'il eſt neceſſaire d'aller à la ſource, & de paruenir à noſtre but par degrez.

Le Ciel, la Terre, la Mer, & toutes les choſes qui y ſont, nous apprennent deux choſes. L'vne qu'il y a vn Dieu Tout-puiſſant, & tout Sage, qui les a creées, qui les conduit, & les gouuer­ne: Car les choſes inuiſibles de Dieu ſçauoir ſa puiſſance eternelle & ſa di­uinité ſe voyent comme à l'oeil en la creation du monde, Rom. 1er verſ. 20. Et l'autre qu'il a fait tout pour l'hom­me; mais qu'il a fait l'homme pour ſa gloire, l'ayant pour cet effet doüé d'v­ne ame intelligente & raiſonnable, comme nous l'auons montré cy-de­uant. Ces choſes eſtans ainſi ſans qu'elles puiſſent eſtre contredites, il nous ſera facile de cōceuoir cette opi­nion, que tout ainſi que les hommes donnēt des regles à leurs ſujets, àleurs ſeruiteurs, & à leurs enfans, afin que343 fur icelles ils forment leur ſeruice & leur obeïſſance, Dieu a fait entendre, & appris aux hommes, pourquoy il les a mis au monde, & comment ils y doi­uent viure pour luy eſtre agreables, & pour paruenir à vne fin heureuſe.

Quant aux Peres qui ont veſcu de­puis la creation juſqu'à Moyſe, il eſt conſtant que Dieu les a conduits ſans Parole eſcrite, par reuelations & par diuerſes apparitions, comme je l'ay montré cy-deuant. Et lors que Dieu voulut retirer les enfans d'Iſraël de la captiuité d'Egypte, il parla à Moyſe en Oreb, & apres la deliurance il don­na ſa Loy à Moyſe, & luy-meſme eſ­criuit de ſon propre doigt ſes Com­mandemens ſur deux Tables de pier­re, que Moyſe auoit façonnées par ſon commandement: & Moyſe nous a laiſſé ces deux Tables, & pluſieurs Liures qui luy ont eſté dictez par le S. Eſprit, & entr'autres le Liure de la Geneſe, qui contient l'hiſtoire de la344 creation du monde ancien; la ruīne d'iceluy par les eaux du Deluge, à cauſe des pechez des hommes, le re­ſtabliſſement de toutes choſes par le moyen de Noé & de ſes enfans, la conſeruation de l'Egliſe en la famille de Sem, les peregrinations d'Abra­ham, d'Iſaac & de Iacob, la deſcente de Iacob en Egypte; & finalement l'e­ſtat & la condition des Iſraëlites en Egypte juſqu'à la mort de Ioſeph, & depuis le deceds de Ioſeph juſqu'au temps de la deliurance par le miniſte­re de Moyſe. Aux Liures de Moyſe Dieu ajoûta ceux de Ioſué, l'hiſtoire de l'Egliſe ſous la conduite & gouuer­nement des Iuges, & les Liures de Samüel. Et dautant que ces Liures contenoient la regle parfaite du ſer­uice que Dieu vouloit luy eſtre rendu en ce temps-là; Dauid qui eſtoit con­duit par le S. Eſprit, & qui auoit fort bien compris l'excellence des choſes qui y eſtoient contenuës, diſoit au345 Pſeaume 19. verſ. 8. 9. 10. 11. & 12. que la Loi de Dieu eſt le reſtaurent de l'ame, comprenant ſous ce mot de Loy tou­te la Parole de Dieu, qu'elle donne ſapience à l'ignorant, que les Mande­mens de l'Eternel ſont droits, qu'ils rejouïſſent le coeur, qu'ils illuminent l'entendement, qu'ils ſont plus deſi­rables que fin or, & plus doux que miel; que par iceux les hommes ſont rendus ſages, & auiſez, & qu'il y a grand loyer en l'obſeruation d'iceux. Et au Pſeaume 119. verſ. 105. que cet­te Parole eſt la lumiere par laquelle Dieu nous conduit en noſtre peleri­nage terrien. A ces Liures Dieu a ajoûté les eſcrits des Prophetes, qu'il ſuſcitoit de temps en temps pour re­former les abus, qui s'eſtoient four­rez en la doctrine, & aux moeurs de l'Egliſe, & pour predire les choſes à venir; & encore la doctrine Euange­lique par le miniſtere de ſon Fils no­ſtre Souuerain Docteur, & ce Fils nous346 a reuelé tout le conſeil de ſon Pere, ſui­uant l'Oracle cōtenu au Pſeaume 40. en ces mots. I'ay preſché ta juſtice, j'ay declaré ta fidelité, & la deliuran­ce que tu m'as mis en main: le n'ay point celé ta gratuité ny ta verité, & nous as fait connoiſtre les choſes qui eſtoient cachées ſous les ombres & figures de la Loy; Bref toute la vo­lonté de ſon Pere concernant noſtre ſalut, comme il nous l'apprend luy-meſme au chap. 25. de l'Euangile ſe­lon S. Iean verſ. 15. Ie ne vous appel­le plus ſeruiteurs, diſoit-il à ſes Diſci­ples; car le ſeruiteur ne ſçait que ſon maiſtre fait: mais je vous ay nommé mes amis, pourtant que je vous ay fait connoiſtre tout ce que j'ay oüy de mon Pere. Et pour former ſon corps miſtique l'Egliſe Chreſtienne, Il leur a fait commandement d'endoctriner toutes nations, & de les enſeigner de garder tout ce qu'il leur auoit com­mandé, Matt. 28. verſ. 19. & 20. meſ­me347 d'ecrire aux Egliſes, & de leur fai­re entendre ſa volonté. Eſcry, diſoit­il à S. Iean, les choſes que tu as veuës, celles qui ſont, & celles qui doiuent eſtre faites cy-apres, Apocal. 1. v. 19. le demande donc, la Loy baillée à Moyſe en la montagne de Sinaï, & tous ſes Liures ne ſont-ils pas Parole de Dieu? Les eſcrits des autres Pro­phetes ne ſont-ils pas auſſi Parole de Dieu? certes je n'eſtime pas qu'il y ait aucun homme de ceux qui ſe di­ſent eſtre Chreſtiens, qui vouluſt deſ­nier cette verité: puis que c'eſt choſe connuë d'vn chacun, que Dieu a par­ à Moyſe, comme vn amy parle à ſon amy, qu'il l'a conduit par ſon Eſ­prit, qu'il luy a commandé de croire les choſes qu'il auoit veuës & oüyes, & celles qu'il auoit faites par ſon mi­niſtere, & qu'il luy a baillé les deux Tables de la Loy eſcrites de ſon pro­pre doigt; & encore que les autres Prophetes ont eſté conduits & inſpi­rez348 par le S. Eſprit: Car les ſaints hom­mes de Dieu, dit S. Pierre, pouſſez du S. Eſprit ont parlé, 2. Pier. chap. 1. verſ. 21. D'ailleurs, outre le témoignage auantageux que Dauid a rendu à la Loy, & aux Prophetes qui l'auoient precedé, Ieſus Chriſt renuoyoit les hommes de ſon temps à la Loy & aux Prophetes pour auoir vie. Enquerez vous diligemment, leur diſoit-il, des ſaintes Eſcritures; car ce ſont elles qui rendent témoignage de moy, & vous eſtimez auoir par icelles vie eternelle, Iean. 5. verſ. 39. Et lors qu'il voulût inſtruire ſes Diſciples apres ſa Reſur­rection, il commença par Moyſe, & ſuiuant par tous les Prophetes, il leur declara les choſes qui eſtoient de luy, Luc 24. verſ. 27. De meſme lors qu'il fut attaqué au deſert par le Prince de la puiſſance de l'air, il ſe ſeruit de cet­te Parole, que S. Paul nomme l'eſpée de l'Eſprit, Eph. 6. verſ. 17. auec la­quelle il le chaſſa, Matth. 4. verſ. 1.349 & ſuiuans: & par cette meſme paro­le, il conuainquit & ferma la bouche pluſieurs fois aux Phariſiens & Sadu­céens; en telle ſorte qu'ils ne luy pou­uoient répondre, & n'oſerent plus l'interroger, Matth. 22. verſ. 46. mar­que certaine & infaillible de la diuini­ de cette Parole.

Quant à l'Euangile, n'eſt-ce pas la Parole du Fils eternel de Dieu? Qui ſera donc celuy qui oſera deſnier que l'Euangile ſoit Parole de Dieu? puis que Ieſus Chriſt meſme en eſt l'au­teur, & que le S. Eſprit nous apprend au dernier verſet du chapitre 20. de l'Euangile ſelon S. Iean, que les cho­ſes qui y ſont contenuës ont eſté eſcri­tes, afin que nous croyons que Ieſus eſt le Chriſt le Fils de Dieu, & qu'en croyant nous ayons vie par ſon Nom.

Pour ce qui eſt de la doctrine Apo­ſtolique, elle eſt auſſi Parole de Dieu: car les Apoſtres n'ont enſeigné que ce qui leur auoit eſté ordonné par350 noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, & ils n'ont commencé de preſcher & d'eſ­crire qu'apres auoir receu le S. Eſprit, qui les a conduits & inſpirez pendant tout le cours de leur vie: auſſi n'ont-ils enſeigné que les choſes ſaintes, qui regardent la gloire de Dieu, & le ſa­lut des hommes, rapportant & appro­priant les Propheties à Ieſus Chriſt, les ombres & figures de l'ancienne Loy à l'Euangile: C'eſt pourquoy leurs en­ſeignemens, leurs exhortations & leurs eſcrits ont eſté, ſont & ſeront receus par les Eſleus; non point comme parole d'homme, mais ainſi qu'elle eſt veritablement, comme Parole de Dieu, laquelle trauaille auec efficace en ceux qui croyent, 1. Theſſal. chap. 2. verſ. 13.

L'efficace de la Parole de Dieu eſt donc celeſte & diuine; & comme elle procede d'vne Majeſté infinie, de ce­luy qui eſt ſource de vie & de lumiere; elle eſt viuante & viuifiante, plus pe­netrante351 que nulle eſpée à deux tren­chants. Elle atteint juſqu'à la diuiſion de l'ame, & de l'eſprit, & des jointu­tures, & des moüelles, Heb. 4. verſ. 12. elle eſt propre à endoctriner, à con­uaincre, à corriger & inſtruire ſelon juſtice, rendre à l'homme de Dieu ac­comply & parfaitement inſtruit en toute bonne oeuure: Auſſi nous rend elle ſages à ſalut par la foy qui eſt en Ieſus Chriſt, 2. Tim. chap. 3. verſ. 15.16. & 17. C'eſt par elle que Dieu nous a engendrez; C'eſt par elle qu'il nous ſauue, Jacq. 1er verſ. 18. & 21. C'eſt par elle qu'il nous nettoye & ſanctifie: Vous eſtes ja nets, diſoit noſtre Sou­uerain Docteur à ſes Diſciples au 13. de S. Iean verſ. 3. pour la Parole que je vous ay dite; Et au chap 17. priant ſon Pere pour eux, Il luy diſoit au verſ. 17. Ta Parole eſt verité, ſanctifie les par ta verité. Apres ces teſmoignages ſi clairs & euidens, je n'eſtime pas qu'il y ait à douter de la diuinité des ſaintes352 Eſcritures, & de leur ſuffiſance, ny meſmes des doctrines que j'ay miſes en auant par mes reſponſes preceden­tes, puis qu'elles ſont fondées & con­firmées par les ſaintes Eſcritures.

Quant à la parole des hommes, communement appellée traditions, que les hommes ont voulu introduire en l'Egliſe, & qu'ils taſchent de join­dre aux ſaintes Eſcritures, elles ont eſté de tout temps condamnées. Moyſe defendit en ſon temps, d'ajoû­ter ou diminuer en la Loy, Deut. 4. verſ. 2. & 12. verſ. 32. Apres luy noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, Docteur de verité, parlant aux Scribes & Phari­ſiens de ſon temps qui blaſmoient ſes Diſciples de ce qu'ils n'auoient pas laué leurs mains deuant que prendre leurre pas ſuivant leurs traditions; & vouloient le faire paſſer, luy pour vn prophane; Pourquoy, luy diſoient­ils, outre paſſent tes Diſciples les tra­ditions des anciens? Et vous, leur reſ­pondit-il. 353Pourquoy outre-paſſez vous les commandemens de Dieu par vos traditions? Matt. 15. verſ. 3. hypocri­tes, continuë il aux verſets 7.8. & 9. Eſaye a bien prophetiſé de vous, di­ſant, ce peuple cy s'approche de moy de ſa bouche; mais leur coeur eſt éloi­gné de moy, mais en vain m'hono­rent-ils enſeignant des doctrines, qui ne ſont que commandemens d'hom­mes, qui ſe deſtournent de la verité, dit S. Paul à Tite chap. 1. verſ. 14. & par conſequent deſtournent ceux qui s'y adonnent.

Ces choſes eſtans ainſi ſans qu'elles puiſſent eſtre contredites; qui pourra accuſer d'inſuffiſance les ſaintes Eſcri­tures? Si ce n'eſt les Diſciples de l'an­cien Docteur du deſert, plus meſ­chans en cela que leur Maiſtre, leſ­quels s'efforcent d'eſteindre ce flam­beau pour eſtablir dans l'Egliſe leurs fauſſes doctrines; afin de porter les hommes, comme ils ont fait à la def­fiance,354 & à l'idolatrie; & voyans qu'ils ne pouuoient la ſupprimer, ils l'ont renduë ſuſpecte & dangereuſe au peu­ple: Mais elle ſe leuera en jugement à l'encontre d'eux. Car qui me rejette, & ne reçoit mes Paroles, dit noſtre Souuerain Docteur au 12. de S. Iean verſ. 48. la Parole que j'ay portée le jugera au dernier jour.

Puis donc que la ſainte Eſcriture eſt diuinement inſpirée, qu'elle eſt pro­pre à inſtruire, & à conuaincre les contrediſans: que d'ailleurs elle eſt le reſtaurent de l'ame, le flambeau qui nous conduit en noſtre voca­tion ſpirituelle, la verité qui nous ſanctifie, & à laquelle nous ſommes renuoyez pour auoir vie; Et finale­ment qu'elle eſt propre à rendre l'homme de Dieu accomply & parfai­tement inſtruit à toute bonne oeuure, il faut la tenir pour ſuffiſante; & re­jetter les traditions des hommes, com­me vne peſte. Pour mon regardje me355 veux tenir ferme à cette Parole, & de­mander à Dieu le don d'intelligence, comme je luy demande de tout mon coeur: Ie veux la mediter, puis que le bon heur & la felicité de l'homme ſe trouue en cet exercice ſpirituel. Pſea. 1. verſ. 1. & 2. Et au contraire que l'i­gnorance affectée de la Parole de Dieu, eſt vne marque infaillible de reprobation: Et de fait noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt diſoit aux Iuifs au chap. 8. de S. Iean verſ. 47. Celuy qui eſt de Dieu oit les Paroles de Dieu, pourtant ne les oyez vous point, d'au­tant que vous n'eſtes point de Dieu.

Le Pere confirme la reſponſe de l'Enfant, montre par diuerſes raiſons la diuinité & l'excellence des ſaintes Eſcritures.

Le P.

Puis que la demande doit for­mer la reſponſe, je tiens la voſtre pour ſuffiſante: Mais ſi vous auiez à diſpu­ter contre les Athées, il faudroit trait­ter auec eux d'vne autre ſorte, & mon­trer la diuinité des ſaintes Eſcritures. 35610 Par leur durée, car elles ſont plus anciennes qu'aucun autre liure qui ſoit au monde: & combien que plu­ſieurs Roys & Princes ſe ſoient effor­cez de les eſteindre & ſupprimer, elles ont ſubſiſté, & ſont paruenuës juſques à nous, & ſubſiſteront juſqu'à la fin de toutes choſes. 20 Par leur Majeſté: Car bien qu'elles nous enſeignent auec douceur, elles parlent auec autorité: Si elles promettent la vie eternelle aux obſeruateurs des doctrines qu'el­les nous enſeignent, concernant la gloire de Dieu & noſtre ſalut, elles menaſſent auſſi les rebelles & des­obeïſſans de la mort eternelle. 30 Par l'excellence de leurs preceptes: Car elles nous enſeignent comme j'ay dit cy-deuant qu'il y a vn ſeul Dieu Tout-puiſſant, tout Sage, tout Saint, tout Iuſte & tout Miſericordieux, que Dieu eſt vne eſſence Eternelle, Spirituelle, Inuiſible & incomprehenſible, qu'en cette eſſence il y a trois perſonnes357 Pere, Fils & S. Eſprit, qui ne ſont pourtant qu'vn ſeul & meſme Dieu, qui a creé toutes choſes de rien, & par ſa Parole, qui les conſerue par ſa puiſ­ſance, & qui peut les reduire en leur premier neant, qui a creé l'homme droit pour ſa gloire, qui luy a donné ſa Loy pour regle de ſes penſées, paro­les & actions: Et d'autant que l'hóme eſtoit comme eſtonné depuis ſa cheu­te, tout à fait incapable d'obſeruer les choſes qui luy eſtoient commandées & par conſequent ſous malediction & en la mort; elles luy apprennent que Dieu l'a tant aimé, qu'il a donné ſon Fils, afin que croyant en luy il ſoit ſauué, que ce Fils a eſté ſi charitable qu'il a pris & vny à ſa nature diuine, la nature humaine dans le ventre d'vne Vierge par l'operation du S. Eſprit, qu'en cette nature il a porté la peine que nous auions merité, qu'il eſt mort pour nous, à cauſe de nos pechez, & reſſuſcité pour noſtre juſtification: &358 que par ſa mort, il nous a deliurez de la mort eternelle & nous a merité la vie, de laquelle il nous rendra jouïſ­ſans; pourueu que croyans en luy nous nous adonnions à la ſainteté, & aux bonnes oeuures; & que du Palais de ſa gloire il nous conduit par ſa Pa­role & par ſon S. Eſprit. 40 Par leurs Predictiōs certaines & infaillibles des choſes à venir, la pluſpart deſquelles ont eu leur accompliſſement: Pour exemple, lors qu'elles ont predit la deliurance de l'Egliſe Iudaïque, de la captiuité de Babylone, & la ruïne de l'Empire des Babyloniens, Dieu a ſuſcité Cyrus qui a executé l'vn & l'au­tre, ſemblablement ce qui auoit eſté predit de la venuë de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt en chair, de ſes ſouffran­ces, de ſa reſurrection, & de ſon Aſcen­ſion au Ciel, a eſté parfaitement ac­comply juſques aux moindres circon­ſtances: De meſme la Prophetie de la vocation des Gentils, & de l'eſtabliſſe­ment359 de l'Egliſe Chreſtienne, par la Predication de l'Euangile, a eſté auſſi accomply en partie; Et ce qui reſte ſera parfaitement accomply, puis que Dieu l'a ordonné, comme je l'ay mon­tré cy-deuant, & que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt l'a promis au 10. de S. Iean verſ. 16. I'ay encore d'autres brebis qui ne ſont point de cette bergerie, diſoit-il, aux Iuifs, il me les faut auſſi amener, & elles orront ma voix, & il y aura vn ſeul Berger, & vn ſeul trou­peau. Leſquelles choſes eſtant jointes auec pluſieurs autres, que je ne puis déduire en cét endroit, font voir que les ſaintes Eſcritures procedent d'vn Dieu Tout-puiſſant, tout Sage, tout Bon, & la verité meſme, qui à la vie & la mort en ſa puiſſance, qui a diſpo­ſé du monde, & de toutes les choſes qui y ſont de toute eternité, & parti­culierement des hommes, leſquels il conduit & ameine à leur fin par diuers moyens; comme nous l'auons mon­tré;360 Toutes fois puis que je ne vous ay propoſé que ceux qui font ſemblant de receuoir les ſaintes Eſcritures, & qui en effect s'efforcent de les affoi­blir, & d'en corrompre le ſens, pour eſtablir leurs traditions & leurs fauſ­ſes doctrines, vous en auez aſſez dit, pour montrer qu'elles ſont ſuffiſantes pour nous conduire à ſalut, & pour conuaincre les contrediſans.

Or par la grace de Dieu nous auons ſuffiſamment montré par les ſaintes Eſcritures, qu'il y a vn ſeul Dieu, & Pere de tous, qui eſt ſur tous, & parmy tous, & en nous tous, vn ſeul Moyenneur entre Dieu & les hommes, c'eſt à ſçauoir Ieſus Chriſt, vn ſeul corps, c'eſt à dire vne ſeule Egliſe, vn ſeul Eſprit qui garentit & deliure nos ames de corruption, qui nous applique le merite de la Mort, & Paſſion de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, & qui opere en nous les ver­tus Chreſtiennes, vne ſeule foy qui ſe361 rapporte aux promeſſes de Dieu, vne ſeule eſperance, vn ſeul Bapteſme. Epheſ. 4. verſ. 4.5. & 6. vn ſeruice religieux qui ſe rapporte à Dieu ſeul, & que la Parole de Dieu eſt la ſeule regle de cet exercice. Reſte mainte­nant à parler de l'Egliſe, & à luy don­ner vne definition. Dites-moy donc qu'elle eſt cette Egliſe, dont vous auez parlé diuerſes fois, & pour la­quelle Dieu a fait tant de merueilles.

Traitté de l' Egliſe, & des marques par leſquelles nous la pouuons connoiſtre.

Le F.

L'Egliſe eſt la cōpagnie des fideles, qui loüent & glo­rifiēt Dieu au Ciel & en terre: Au Ciel auec les Anges bien-heureux; Et en terre en leur particulier, & aux aſſem­blées ordonnées pour cet effet. Ceux qui ont eſté déja recueillis dans le Ciel compoſent cette partie de l'Egliſe que nous nommons triomphante; Et ceux qui ſont encor en terre, & qui ſont362 diuiſez en pluſieurs Egliſes particulie­res, compoſent l'autre partie, que nous nommons Militante, & les deux enſemble compoſent l'Egiſe vniuer­ſelle, dont il eſt parlé au Symbole des Apoſtres, & de laquelle nous diſons, Ie crois l'Egliſe vniuerſelle. Or cette Egliſe eſt nommée par S. Iean au ch. 21. de l'Apocal. La Cité de Ieruſalem nouuelle deſcendante du Ciel de par Dieu, ou de deuers Dieu; parée com­me vne eſpouſe ornée pour ſon mary, reueſtuë de la lumiere de ſon eſpoux, à laquelle les Roys de la terre appor­teront leur gloire. C'eſt pourquoy auſſi le Roy Prophete parlant par l'Eſ­prit de Dieu qui eſtoit en luy, diſoit au Pſeaume 87. verſ. 3. ce qui ſe dit de toy Cité de Dieu, ce ſont choſes ho­norables: Et de vray qu'eſt ce qu'on en pourroit dire de plus honorable & de plus auantageux que ce que S. Iean, S. Pierre & S. Paul en diſent: Saint Iean au paſſage que je viens d'al­leguer,363 Saint Pierre au chap. 2. de ſa premiere verſ 9. Vous eſtes, dit-il, aux membres qui la compoſent, la gene­ration eſleuë, la Sacrificature royale, la nation ſainte, le peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de ce­luy qui vous a appellez des tenebres à ſa merueilleuſe lumiere: Et S. Paul parlant du corps entier au chap. 1. de l'Epiſtre aux Epheſ. verſ. 22. & 23. dit, que Dieu a donné ſon Fils, qui eſt le Roy de gloire, pour eſtre chef de l'E­gliſe, & que l'Egliſe eſt l'accompliſ­ſement de celuy qui accomplit tout en tous: comme s'il diſoit que l'Egli­ſe rend accomply celuy duquel pro­cede tout accompliſſement; c'eſt à ſçauoir Ieſus Chriſt, le contentement duquel ſemble ne pouuoir eſtre ac­comply, juſqu'à ce que le nombre de ſes eleus ſoit parfait, & qu'il les ait re­cueillis & introduits en ſa gloire; & qu'alors ſes ſouhaits & fes deſirs ſe­ront parfaits & accomplis: Et de fait364 il ſemble que c'eſt cela meſme que noſtre Seigneur vouloit dire au 17. de S. Iean verſ. 24. lors que parlant à ſon Pere il diſoit, Pere, mon deſir eſt touchant ceux que tu m'as donnez, que je ſuis, ils ſoient auſſi afin qu'ils contemplent ma gloire.

Le P.

La deſcription que S. Iean a faite de l'Egliſe au chapitre que vous venez d'alleguer, ſe doit rapporter à l'Egliſe triomphante, qui ſera mani­feſtée lors que Dieu aura raſſemblé tous ſes Eſleus en ſon Paradis; & de laquelle par conſequent nous feront partie: Mais vous deuez obſeruer, que pour paruenir à cette bourgeoi­ſie celeſte il faut auoir pris naiſſance, & auoir eſté eſleué en l'Egliſe militan­te: car c'eſt elle qui nous engendre à Dieu, qui nous forme & façonne peu à peu en ſa crainte, & en ſon amour, qui nous conduit & amene à cette ſainte Cité. C'eſt pourquoy il eſt tres-important de connoiſtre l'E­gliſe365 en laquelle nous receuons tant d'auantages, pour nous y ranger & demeurer en icelle. Mais parce que c'eſt en ce poinct que la plus grāde partie des hommes s'abuſent, & qu'il y a pluſieurs Aſſemblées au monde, qui prennent chacune le tiltre & la qualité de vraye Egliſe, combien qu'elles n'en ayent que le nom: Ie de­ſire entendre de vous, Comment, & à quelles marques nous pouuons con­noiſtre la vraye Egliſe, & la diſcerner d'auec les fauſſes.

Le F.

I'eſtime que nous pouuons connoiſtre la vraye Egliſe à ces mar­ques, que Dieu y ſoit connu & adoré comme ſeul vray Dieu, & que le ſer­uice des Anges, des hommes, & de toute autre creature en ſoit eſloigné, que ſa Parole y ſoit purement pref­chée, & receuë auec obeïſſance de foy, & que les traditions humaines en ſoient bannies; que le merite du ſa­crifice de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt366 y foit ſouuerainement exalté, & que toute autre ſatisfaction en ſoit excluſe; que les Sacremens que no­ſtre Seigneur Ieſus Chriſt a inſtituez y ſoient purement adminiſtrez, & les membres d'icelle enſeignez à re­noncer à eux-meſmes & au peché, à chercher leur ſalut, non au pretendu merite des oeuures, mais en la miſeri­corde de Dieu par Ieſus Chriſt.

Apres auoir eſtably ces fondemens, j'eſtime qu'il faut reduire en deux corps toutes les Aſſemblées, qui prennent le tiltre & la qualité de vraye Egliſe; dont l'vne eſt la Refor­mée, & l'autre la Romaine; parce que celles qui n'ont point de communion auec l'vne ou auec l'autre d'vne façon ou d'autre, n'ont aucune marque de vraye Egliſe, auſſi ſont elles rejettées par l'vne & par l'autre; & apres exa­miner ces deux-là, par les marques que je viens d'eſtablir, qui ne peu­uent eſtre raiſonnablement debatuës.

367

Tout homme donc qui voudra glorifier Dieu, & qui ſera deſireux de ſon ſalut, examinera ſans paſſion ces deux corps, & en ce faiſant il trouue­ra que les marques cy-deſſus eſtablies ſont en l'Egliſe Reformée: Car Dieu y eſt connu & adoré comme ſeul vray Dieu, ſa Parole y eſt purement preſ­chée, creuë & receuë comme regle tres-parfaite du ſalut des hommes, les traditions humaines en ſont bannies, le merite de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt y eſt ſouuerainement exalté, celuy des hommes & de toute autre creature n'y trouuant point de place: Les deux Sacremens que noſtre Sei­gneur a inſtituez, c'eſt à ſçauoir, LE BAPTESME, ET LA SAINTE CENE, y ſont adminiſtrez & receus en la meſme façon, & auec la meſme ſignification qu'ils ont eſté inſtituez: Les membres d'icelle ſont appris, & font profeſſion ouuerte de renoncer à eux meſmes & au peché, de chercher368 leur ſalut en la grace & miſericorde de Dieu, par le merite de la Mort & Paſſion de noſtre Seigneur, & s'adon­nent de tout leur pouuoir à ſainteté & à bonnes oeuures; afin que par leur ſainte conuerſation Dieu ſoit glorifié, & leurs prochains edifiez: Et partant je dis que l'Egliſe Reformée eſt la vraye Egliſe; celle-là meſme que S. Paul nomme le corps de Chriſt, 1. Cor. chap. 12. verſ. 27. Les fidelles qui l'a compoſent chacun en ſon endroit, membres d'icelle, de laquelle Ieſus Chriſt eſt Chef & Sauueur, Eph. 5. verſ. 23. & pour laquelle il s'eſt don­ ſoy-meſme, afin de la ſanctifiet apres l'auoir nettoyée par le lauement d'eau, & par ſa Parole, & pour la ren­dre glorieuſe, ſans tâche ny ride, ſain­te & irreprehenſible, verſ. 25.26. & 27. l'ayant pour cét effet fondée & edifiée ſur le fondement des Prophe­tes, des Euangeliſtes & des Apoſtres, dont il eſt la maiſtreſſe pierre, Epheſ. 3692. verſ. 17 & 20. leſquels il a enuoyez pour l'aſſemblage des ſaints, Epheſ. 4. verſ. 11. & 12. c'eſt à dire pour les amener à ſa connoiſſance, & en com­poſer l'Egliſe de laquelle nous par­lons. Et de fait S. Mathieu nous ap­prend au chap. 28. de ſon Euangile, que Ieſus Chriſt donna mandement à ſes Apoſtres d'endoctriner toutes na­tions, & de les baptiſer au nom du Pere, du Fils & du S. Eſprit, ajoûtant la promeſſe, que qui aura crû & aura eſté baptiſé, ſera ſauué, Marc 16. v. 16.

De l'Egliſe Romaine & de ſes erreurs.

POur ce qui eſt de l'Egliſe Romai­ne, c'eſt vn corps, dont le S. Eſ­prit fait vne eſtrange deſcription, car en l'Epiſtre aux Theſſ. il nous repre­ſente le Chef, ſçauoir le Pape, com­me vn ennemy de Dieu, qui s'oppoſe contre tout ce qui eſt nomme Dieu, eſtant aſſis au Temple de Dieu, & ſe faiſant adorer comme s'il eſtoit Dieu,370 que nul ne vous ſeduiſe, diſoit l'Apo­ſtre aux Theſſ. aux v. 3. & 4. du chap. 2. de ſon Epiſtre; Car ce jour ne vien­dra point que premierement ne ſoit arriuée la reuolte, & que l'homme de peché ne ſoit reuelé, le fils de perdi­tion, lequel s'oppoſe & s'éleue contre tout ce qui eſt nommé Dieu ou qu'on adore, juſques à eſtre aſſis au Tem­ple de Dieu, ſe portant comme s'il eſtoit Dieu; Et pluſieurs hiſtoriens di­gnes de foy, nous apprennent que la deſcription faite par le S. Eſprit en cette Epiſtre, a eſté diuerſes fois, & par des hommes de grand ſçauoir rappor­tée & appropriée au Pape, comme au chef & auteur de la reuolte dont l'A­poſtre parle, & l'experience nous fait voir qu'elle ne peut conuenir à aucun autre, Veu qu'il n'y a jamais eu aucun homme qui ait fait ce que le Pape fait: Car apres ſa promotion au Papat, il s'aſſiet ſur vn Autel, & il eſt adoré des Cardinaux, comme s'il eſt oit Dieu. 371Ie reſerue à parler cy-apres de ſa do­ctrine, par laquelle il s'éleue & s'opoſe contre Dieu, & fait voir qu'il eſt veri­tablement l'homme de peché, le fils de perdition. Saint Pierre parlant de ſes membres, ſçauoir de ſes Prelats en ſa 2. chap. 2. verſ. 1. dit que ce ſont des faux Docteurs. Il y aura entre vous, dit le ſaint Apoſtre, des faux Docteurs qui introduiront couuertement des ſectes de perdition, & qui renieront le Seigneur, par leſquels la voye de la verité ſera blaſphemée; Et S. Paul en ſa 1re à Timot. chap. 4. verſ. 1.2. & 3. dit expreſſement, que ces faux Docteurs s'adonneront aux doctrines des Dia­bles, enſeignans menſonges par hypo­criſie, eſtās cauteriſez en leurs propres conſciences, defendans de ſe marier, commandans de s'abſtenir des vian­des que Dieu a creées pour ceux qui ont connû la verité, pour en vſer auec action de graces. Finalement le S. Eſprit nous repreſente le corps entier372 de cette Egliſe au 17. de l'Apocal. verſ. 4. par vne femme accouſtrée de pour­pre, & d'eſcarlate, parée d'or, de pier­res precieuſes & de perles, tenant en ſa main vne coupe d'or pleine d'abo­mination de la ſoüillure de ſa paillar­diſe; & au verſet ſuiuant il ajoûte, que ſur ſon front il y auoit vn nom eſcrit, MISTERE, la grande Babylon, la mere des paillardiſes, & abominations de la terre: Et par cette deſcription le S. Eſprit nous fait voir, que l'Egliſe Romaine eſt vn corps entierement corrompu & gangrené, incapable par conſequent de quelque bonne pro­duction: Neantmoins cette Egliſe prend la qualité d'eſpouſe de Ieſus Chriſt, & ſe dit eſtre ſi bien affermie en toute Sainteté & Iuſtice, qu'elle ne peut errer; cōbien qu'elle ſoit pauure, malheureuſe & miſerable, comme celle de Laodicée, Apocal. 3. verſ. 17. Conſiderons de prés, & voyons ſi ſes deportemnens reſpondent à la qua­lité373 qu'elle s'attribue fauſſement. Il eſt conſtant qu'vne eſpouſe chaſte & fi­delle à ſon mary, le reconnoit pour ſon ſeigneur, comine Sara diſoit d'A­braham, qu'elle tient pour bien fait tout ce qu'il fait, qu'elle taſche de luy plaire, & de faire les choſes qui luy ſont agreables, d'éuiter celles qui peu­uent luy déplaire, & qu'elle contribuë tout ce qu'elle peut pour le faire obeïr, & honorer; fait ſuiure & exe­cuter exactement les ordres qu'il a donnez pour la conduite de ſa famil­le. Celle cy fait tout le contraire, & ſemble qu'elle ait pris à taſche de fai­re toutes les choſes qui peuuent irri­ter ſon pretendu eſpoux: Elle fait bien ſemblant de luy adherer: Mais par oeuures elle le renie, comme les Cre­teins, Tite 1er verſ. 16. Car en premier lieu elle l'accuſe tacitement d'igno­rance, ou de mauuaiſe volonté en­uers ſon Egliſe; En ce qu'elle dit, qu'il luy a donné vne Parole, qui n'eſt pas374 ſuffiſante pour la conduire; & qu'il a eſté neceſſaire qu'elle y ait mis la main, ſous pretexte d'vne parole non eſcrite qui eſt pardeuers elle, comme elle pretend. Et ainſi elle deshonore ſon eſpoux pretendu, & taſche de le rendre meſpriſable & contemptible. Mais elle n'en demeure pas ; car elle s'efforce de rendre ſa Parole ſuſpecte & dangereuſe; Et pour comble de malice, Elle ajoûte, que cette Parole eſt comme vn nez de cire, vne regle imparfaite qui cauſe les ſchiſmes & les hereſies; combien qu'elle ſoit ſain­te, pure, nette & profitable a endo­ctriner, à conuaincre, à corriger & in­ſtruire ſelon juſtice; afin que l'hom­me de Dieu ſoit accomply & parfai­tement inſtruit en toute bonne oeu­ure; comme l'Apoſtre S. Paul nous l'apprend en la 2. à Timot. chap. 3. verſ. 16. & 17. Et qu'à cauſe de ſon excellen­ce, il nous commande de l'auoir au coeur & en la bouche, que la Parole375 de Chriſt, dit-il au chap. 3. de l'Epiſtre aux Coloſſ. verſ. 16. habite en vous plantureuſement, en toute ſapience, en vous enſeignant & admoneſtant l'vn l'autre par Pſeaumes, loüanges & chanſons ſpirituelles, chantans de voſtre coeur au Seigneur: neatmoins cette eſpouſe pretenduë en a deffen­du la lecture au peuple, Combien que S. Iacques nous apprenne, qu'elle peut ſauuer nos ames: pourueu qu'el­le ſoit receuë en douceur lors qu'elle nous eſt preſchée & adminiſtrée. Jacq. 1er verſ. 21. Et S. Iean, que le bon-heur & la felicité de l'homme conſiſte en la lecture, & en la meditation d'icelle. Apoc. 1. verſ. 3. Or cette defenſe ne peut auoir autre but, que celuy-cy d'affoiblir les teſmoignages que cette Parole luy rend, & d'empeſcher que les plus auiſez ne puiſſent connoiſtre & diſcerner les doctrines qu'elle leur propoſe & ſçauoir ſi elles ſont bonnes ou mauuaiſes, & ſi elles ſe rapportent376 à la volonté de Dieu. En ſa place elle a introduit ſes traditions, qui ont quelque apparence de deuotion vo­lontaire, & qui en effet annullent les Commandemens de Dieu. Marc 7. verſ. 9. deſtournent & éloignent par conſequent les homme de Dieu; & les forment à la rebellion; Et combien que les traditions des hommes, au fait de la Religion ayent eſté condam­nées de tout temps, comme je l'ay montré cy-deuant, elle les veut faire paſſer pour regle de ſalut: Mais en vain m'honorent-ils, enſeignans des doctrines qui ne ſont que comman­demens d'hommes, diſoit noſtre Sou­uerain Docteur au chap. 15. de ſaint Matth. verſ. 9. Apres auoir arraché ce flambeau de la main du peuple; Elle le conduit en tenebres par vn langa­ge eſtrange, par cette parole non eſ­crite, dont je viens de parler, & par des maximes directement contraires à la volonté de ſon eſpoux pretendu: Car377 elle a remply ſes Temples, & parſemé les coins des ruës de diuerſes Images, qu'elles nomme par vne ſecrette Pro­uidence de Dieu le liure des ignorans, je dis par vne ſecrete Prouidence de Dieu, parce que la Parole de Dieu nomme les Images, enſeigne menſon­ges. Hab. 2. verſ. 9. Et ainſi les Images ſont veritablement le liure des igno­rans; leur a ordonné vn ſeruice reli­gieux; combien que ſon pretendu eſpoux l'ait expreſſement defendu au 20. de l'Exode verſ. 8. & 5. & en di­uers autres endroits des ſaintes Eſcri­tures; a eſtably le pretendu ſacrifice de la Meſſe, qu'elle dit eſtre vn ſacri­fice expiatoire des pechez des viuans & des morts; combien qu'il ne ſe faſſe point d'expiation des pechez ſans ef­fuſion de ſang: Et que S. Iean nous apprenne en ſa premiere chap. 2. verſ. 2. que Ieſus Chriſt a fait la propitia­tion pour nos pechez, & par conſe­quent renonce au merite de la Mort378 & Paſſion de ſon eſpoux pretendu: A eſtably vn Purgatoire imaginaire, & le merite des oeuures: Combien que le meſme Apoſtre nous enſeigne en la meſme Epiſtre chap. 1. verſ. 7. que le ſang de Ieſus Chriſt nous purge de tout peché; Et que d'ailleurs noſtre juſtice ſoit comparée à vn drapeau ſoüillé des fleurs de la femme. Eſaye 64. verſ. 6. commande l'inuocation des Saints; Combien que Dieu nous ait commandé au Pſeau. 50. & en plu­ſieurs autres endroits de ſa Parole, de l'inuoquer en nos neceſſitez, qu'il nous ait promis de nous en tirer hors; que les Prophetes, ny les Apoſtres ne nous ayent laiſſé aucun exemple de cette inuocation des Saints: que no­ſtre Seigneur Ieſus Chriſt au contraire nous ait commandé de nous adreſſer à Dieu, qui eſt noſtre Pere celeſte, Et que le Prophete Ioël nous aſſeure cha. 2. verſ. 32. que quiconque inuoquera le nom du Seigneur ſera ſauué: A379 eſtably d'autres Sacremens que ceux que ſon pretendu eſpoux a inſtituez, & deffiguré le Bapteſme, & la ſainte Cene; en telle ſorte qu'ils ne ſont plus reconnoiſſables: Car au Bapteſme, elle ajoûte la Confirmation, qui confere, comme elle dit, à ſes deuots vne ſe­conde grace, preuue certaine & in­faillible de ſon infidelité: Car ſi elle croyoit en Ieſus Chriſt, elle tiendroit le Bapteſme qu'il a inſtitué pour ſuffi­ſant; puis qu'il nous promet en ſaint Marc chap. 16. verſ. 16. que qui aura crû & aura eſté baptiſé ſera ſauué: Et en ce qu'elle ajoûte ce pretendu Sa­crement de Confirmation, elle fait connoiſtre qu'elle n'a point crû; & que par conſequent elle à encouru la condamnation prononcée au meſme verſet contre les incredules: Car tout ainſi que celuy qui croit au Fils de Dieu a la vie eternelle, celuy qui luy deſobeīt ne verra point la vie, & l'ire de Dieu demeurera ſur lui. Jean 3. v. 36. 380Dieu faſſe miſericorde, & vueille par ſa bonté redreſſer ceux qui par foi­bleſſe, ou par la malice de ces faux docteurs ont eſté enueloppez ſous cette ruïne. D'ailleurs elle luy donne vne operation toute contraire, car el­le attribuë la vertu au ſigne: en ce qu'elle ſoûtient que les enfans ne peu­uent eſtre ſauuez s'ils n'ont receu le ſigne viſible, combien que ce ſoit le ſang de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt qui nous eſt repreſenté par l'eau du bapteſme, qui nous purge de tous nos pechez, ſuiuant le paſſage de S. Iean cy-deuant allegué. Et au fait de la ſainte Cene, a ordonné vne man­ducation charnelle du corps de ſon eſpoux pretendu; au lieu qu'elle eſt purement ſpirituelle, parce qu'elle ſe fait par la foy en croyant en Ieſus Chriſt, Iean 6. verſ. 35. Fait au reſte l'homme égal à Dieu; & qui plus eſt, elle l'éleue au deſſus de Dieu, en ce qu'elle enſeigne que le ſalut des hom­mes381 dépend de leur volonté, & de leur franc-arbitre; & que ſi l'homme ne veut, Dieu ne peut le ſauuer; en­ſeigne le doute du ſalut, combien qu'elle croye que l'homme peut non ſeulement accomplir les Commande­mens de Dieu, mais faire des oeuures de ſupererogation qui compoſent le treſor imaginaire de cette Egliſe, ce qui eſt vne juſte retribution de leur erreur: Car de croire & ſoûtenir que l'homme peut faire plus que Dieu ne luy commande, & luy enſeigner le doute de ſon ſalut, ſont choſes dire­ctement contraires à la Parole de Dieu, qui dit en termes exprés, Que ſi l'homme accomplit les Comman­demens de Dieu il viura par ſa propre juſtice, Leu. 18. verſ. 5. & c'eſt faire vn Dieu ſemblable à l'homme naturel­lement menteur: Deffinit ſa foy par ignorance, combien qu'elle vienne de la connoiſſance; comme Eſaye nous l'apprend au 53. de ſa Prophetie,382 verſ. 11. Mon ſeruiteur juſte, dit-il, parlant de Ieſus Chriſt, en juſtifiera pluſieurs par la connoiſſance qu'ils auront de luy: Et de fait lors que no­ſtre Seigneur Ieſus Chriſt demanda à ſes Apoſtres, apres la reuolte dont S. Iean parle au 6. de ſon Euangile, s'ils ne vouloient pas auſſi s'en aller, ils répondirēt par la bouche de S. Pierre; Seigneur à qui nous en irions nous? tu as les Paroles de vie eternelle, & nous auons crû, & auons connu que tu es le Chriſt, le Fils du Dieu viuant, Iean 6. verſ. 68. & 69. De ſorte que ces deux paſſages nous apprennent que la foy vient de la connoiſſance, & non d'i­gnorance. Finalement, elle nous fait connoiſtre qu'elle n'approuue nulle­ment la conduite de ſon pretendu eſ­poux, & qu'elle y a entierement re­noncé; en ce qu'elle a pris vn homme pour ſon chef, ſçauoir le Pape; com­bien que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt ſoit le Chef & l'Eſpoux de l'Egliſe, &383 que l'Egliſe ſoit fondée ſur la doctri­ne Apoſtolique & Euangelique, com­me je l'ay montré cy-deuant; & de fait, il eſt dit au chap. 21. de l'Apoc. verſ. 14. que l'Egliſe auoit douze fon­demens, & en iceux les noms des dou­ze Apoſtres, ſans qu'il y ſoit parlé du Pape, ny en aucun autre endroit des ſaintes Eſcritures, ſi ce n'eſt en Ia 2. aux Teſſal. au paſſage que j'ay allegué au commencement de cette réponſe: Et neantmoins le Pape en qualité de Chef & d'eſpoux de cette Egliſe, diſ­poſe ſelon ſon dire du Paradis & de l'Enfer, comme bon luy ſemble, combien que cette puiſſance n'appar­tienne qu'à celuy qui a eſté, qui eſt, & ſera, qui a eſté mort, & qui eſt vi­uant aux ſiecles des ſiecles, qui tient les clefs de l'Enfer & de la Mort, Apoc. 1. verſ. 18. Mais cettuy-là n'eſt­il pas pluſtoſt l'ennemy de Dieu, l'homme de peché, le fils de perdi­tion, dont le S. Eſprit a parlé, qui eſt384 aſſis au Temple de Dieu, ſe portant comme s'il eſtoit Dieu, ſe faiſant ado­rer comme Dieu, & renuerſant les voyes de Dieu comme Elimas; Cer­tes c'eſt luy-meſme, & ainſi j'eſtime que nous pouuons raiſonnablement luy appliquer les paroles que S. Paul dit à cét enchanteur au 3. des Actes verſ. 10. ô plein de toute fraude & de toute ruſe, fils du Diable, ennemy de toute juſtice, ne ceſſeras-tu point de renuerſer les voyes du Seigneur qui ſont droites? & l'Egliſe qui luy adhere, qui le reconnoiſt pour ſon Chef, peut-elle eſtre nommée l'eſ­pouſe de Ieſus Chriſt? n'eſt-elle pas pluſtoſt cette grande paillarde deſi­gnée au 4. verſ. du chap. 17 de l'Apo­cal. Cette grande cité dont mention eſt faite au chap. ſuiuant verſ. 2. qui eſt deuenuë l'habitation des Diables, le repaire de tout eſprit, & oyſeau im­monde & execrable, qui ſera entiere­ment bruſlée au feu, verſ. 8. le cry ou385 ou la fumée: du tourment de laquelle, & de ceux qui auront pris ſa marque en leur main & en leur front montera aux ſiecles des ſiecles, dautant qu'ils n'auront repos ne jour ne nuit. Apoc. 14. verſ. 9. & 10. Dieu vueille par ſa ſainte grace nous preſeruer & garen­tir de cette ruïne.

Apres cet examen je n'eſtime pas qu'il y ait beaucoup de difficulté à connoiſtre & diſtinguer la vraye Egli­ſe d'auec la fauſſe. Et ceux qui vou­dront conſiderer ſans paſſion les cho­ſes que je viens de dire, ne reconnoi­ſtront nullement pour vraye Egliſe la Romaine; en laquelle ces erreurs, & pluſieurs autres tirées du Paganiſ­me, & du Iudaïſme ſe trouuent; com­me les eaux luſtrales, conuerties en eaux benites: les pompes & prome­nades de leurs Idoles conuerties en proceſſions auec les images, les meri­tes de leurs Sacrifices, & de leurs au­tres ſuperſtitions conuerties au meri­te386 des oeuures; l'obſeruation des feſtes, la diſtinction & l'abſtinence de certaines viandes, & pluſieurs autres que je ne ſçaurois déduire: Au con­traire ils tiendront pour vraye Egliſe, la Reformée, qui en eſt purgée, & en laquelle ils ſont condamnez, & ſe joindront à icelle, afin de glorifier Dieu. A mon égard je crois que l'E­gliſe Reformée, en laquelle Dieu m'a fait naiſtre, & en laquelle vous m'a­uez éleué eſt la vraye Egliſe, & qu'il n'y en a point d'autre, en laquelle l'homme puiſſe trouuer ſon ſalut. C'eſt pourquoy auſſi je veux y demeu­rer, y viure & mourir, pour eſtre membre de l'Egliſe vniuerſelle de la­quelle Dieu eſt le Dieu, & Ieſus Chriſt, le Chef & le Sauueur. Ie prie Dieu qu'il m'en faſſe la grace.

Le P.

Ainſi ſoit-il, mon fils. Or puis que l'Egliſe Reformée, en laquelle nous ſommes, eſt la vraye Egliſe: & que la Romaine eſt la Babylon miſti­que387 figurée & repreſentée par la Ba­bylon ancienne; fuyons-là ſuiuant le commandement de Dieu, afin que participans à ſes pechez ne receuions de ſes playes, Apoc. 18. verſ. 4 Met­tons-nous à l'abry de ſes tourmens, & tenons-nous fermes à l'Eg liſe Refor­mée pour le ſeruir, & honorer ſuiuant ſa volonté: Puis qu'elle a les promeſ­ſes de grace, & qu'elle eſt l'aſile des enfans de Dieu; Et noſtre bon Sei­gneur nous fera jouïr de l'effet de ſa promeſſe contenuë au 12. de S. Iean v. 26. en ces mots icy; Et je ſeray, auſſi ſera celuy qui me ſert, & ſi quelqu 'vn me ſert, mon Pere l'hono­rera. Venons à preſent aux Sacremens; Dites moy combien il y en a en l'Egli. ſe, & quel eſt leur vray vſage?

Traitté des Sacremens, par lequel l'En­fant fait voir qu'il y en a deux, montre l'inſtitution, l'vſage, & la vertu d'iceux.

Le F.

L'Egliſe Chreſtienne à deux388 Sacremens que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt a inſtituez; ſçauoir, LE BA­PTESME, ET LA SAINTE CENE, qui ſont comme les deux mammelles de l'Egliſe, l'vn eſt le Sacrement de noſtre naiſſance en l'Egliſe, & noſtre lauement ſpirituel: Car tout ainſi que par l'eau commune nos corps ſont la­uez de leurs ordures; par l'eau du Bapteſme qui nous repreſente le ſang de Ieſus Chriſt répandu pour nous, nous ſommes lauez de nos ordures ſpirituelles par l'operation du S. Eſ­prit. Et l'autre eſt le Sacrement de noſtre nourriture ſpirituelle; Car comme nos corps ſont nourris par le pain & par le vin, le corps de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt rompu pour nous ſur la Croix, & ſon ſang reſpan­du qui nous ſont preſentez par le pain & par le vin de la Cene, nourriſſent nos ames en l'eſperance de la vie eter­nelle. Orces deux Sacremens reſpon­dent aux deux principaux de l'Egliſe389 Iudaïque, dont l'vn eſtoit la Circon­ciſion, qui leur repreſentoit leur cor­ruption naturelle, par le retranche­ment du prepuce de leur chair, & leur apprenoit qu'ils deuoient appor­ter tout ſoin & diligence à ſe purifier: Et l'autre, la Paſque ou l'Agneau qui fut immolé en Egypte par le com­mandement de Dieu, Exode 12. verſ. 6. par le ſang duquel les Iſraëlites fu­rent déliurez non ſeulement de la captiuité du Pharao temporel, mais auſſi de la main de l'Ange qui deſtrui­ſit les premiers nez d'Egypte; Et d'a­bondant aſſeurez de leur deliurance ſpirituelle de la tyrannie du Diable qui eſt le Pharao ſpirituel, par le ſang de l'Agneau de Dieu, qui eſtoit figu­ & repreſenté par la Paſque; C'eſt pourquoy auſſi, & pour leur rafraiſ­chir la memoire de cette deliurance temporelle, & les entretenir en la meditation de leur deliurance ſpiri­tuelle, Dieu leur commanda au 14.390 verſet du meſme chap. d'en celebrer la memoire à perpetuïté, c'eſt à dire juſques à la venuë du vray Agneau qui deuoit mettre fin à toutes ces fi­gures, par le ſacrifice de ſon corps, & donner de nouuelles loix au peuple nouueau: Et de fait eſtant venu en chair, il nous a donné les deux Sacre­mens, dont je viens de parler, Sçauoir le Bapteſme, & la Sainte Cene, leſ­quels ne repreſentent pas ſeulement les biens ſpirituels, comme la Circon­ciſion & la Paſque; mais nous les exhi­bent, & nous, en donnent la jouïſſan­ce; Car au Bapteſme nous ſommes lauez de nos pechez, & reueſtus de la juſtice de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, Galat. 3. verſ. 17. Et en la Cene il nous donne ſa chair à manger par laquelle il nous viuifie, & nous en­tretient en l'eſperance de la vie eter­nelle.

Ieſus Chriſt a donc en premier lieu inſtitué le Bapteſme, apres l'auoir391 ſanctifié en ſa perſonne; Car il voulut luy meſme eſtre baptiſé par S. Iean Baptiſte; non pour beſoin qu'il en euſt, veu qu'il eſt le Saint des Saints, celuy duquel procede toute ſainteté: Mais afin d'accomplir toute juſtice pour nous, comme il a fait, Matt. 3. verſ. 15. Allez, dit-il, à ſes Diſciples, au 19. verſ. du 28. chap. du meſme Euangile, endoctrinez toutes nations, les baptiſans au Nom du Pere, du Fils, & du S. Eſprit, & auiendra, ajoûte S. Marc au 16. verſ. du 26. chap. de ſon Euangile, que quiconque aura crû, & aura eſté baptiſé, ſera ſauué: Cōme s'il euſt dit, qui aura eſté baptiſé, qui aura crû aux promeſſes de Dieu, qui aura fait profeſſion ouuerte & cōſtan­te de l'Euangile, qui aura renoncé à ſoy meſme, & aura cherché ſon ſalut en la grace & miſericorde de Dieu par le merite de mon ſacrifice, ſera laué de ſes pechez, & ſera ſauué. De ſorte que ſi nous ſommes en cette diſpoſi­tion,392 nous pouuons dire auec S. Paul, que Chriſt vit en nous; & ce que nous viuons en la chair, nous viuons en la foy du Fils de Dieu qui nous a aimez & s'eſt donné pour nous, Gal. 2. verſ. 20. Voila donc l'inſtitution du Bapteſme; Voila le mandement que Ieſus Chriſt a donné à ſes Apo­ſtres, de preſcher l'Euangile & de baptiſer; Et finalement la promeſ­ſe du ſalut qu'il a faite à ceux qui croiront en luy, & qui auront eſté ba­ptiſez.

Pour ce qui eſt de la ſainte Cene, Ieſus Chriſt l'inſtitua immediatement apres auoir mangé la Paſque, au meſ­me lieu, à la meſme heure, du meſme pain & du meſme vin dont il auoit vſé: De ſorte qu'il ſemble que la Paſ­que ait reſigne ſa place à la ſainte Cene; En ce qu'elle luy a fourny la matiere, dont elle eſt compoſée. Voicy comme les Euangeliſtes en parlent, & particulierement S. Matt.393 au chap. 26. de ſon Euangile verſ. 26.27. & 28. Et comme ils mangeoient, l'Euangeliſte parle de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, & de ſes Apoſtres, & de la Paſque, comme les verſets prece­dents le juſtifient, Ieſus prit le pain; & apres qu'il euſt rendu graces, le rom­pit, le donna à ſes Diſciples, & dit, Prenez, mangez; Cecy eſt mon Corps qui eſt rompu pour vous, ajoûte S. Paul au 24. verſ. du 11. chap. de la 1re aux Cor. Puis ayant pris la Coupe, & rendu graces, Il la leur bailla, diſant; Beuuez-en tous: Car cecy eſt mon Sang, le Sang du nouueau Teſtament, ou de la nouuelle Alliance, qui eſt reſpandu pour pluſieurs en remiſſion des pechez: Faites cecy, ajoûte en­core S. Paul, Toutesfois & quantes que vous en boirez en commemora­tion de moy: Car toutesfois & quan­tes, que vous mangerez de ce pain, & boirez de cette Coupe, vous annon­cerez la mort du Seigneur juſqu'à ce394 qu'il vienne. 1er Cor. chap. 11. verſ. 25. & 26. Voila ainſi l'inſtitution de la ſainte Cene; Voila le commandement que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt nous a fait de manger ſa chair rompuë pour nous, de boire ſon Sang, le Sang de la nouuelle Alliance, qu'il a reſpandu pour pluſieurs en remiſſion des pe­chez.

Le P.

Comment pouuons nous man­ger la chair de Ieſus Chriſt, & boire ſon ſang, veu qu'il eſt éleué par deſſus nous d'vne diſtance infinie?

Le F.

Pour manger la chair, & boi­re le Sang de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, il ne faut pas le faire deſcen­dre du Ciel en terre: mais éleuer ­tre coeur de la terre au Ciel, Ieſus Chriſt eſt aſſis à la dextre de ſon Pere; mediter ſon Incarnation, ſes ſouffran­ces, le ſujet & la cauſe d'icelles, auec vn ſenſible deſplaiſir, d'auoir attiré ſur luy par nos crimes & rebellions, les tourments qu'il a ſoufferts & en­durez395 pour nous, en ſon corps & en ſon ame; nous éjoüir d'vne ſainte joye, tant à cauſe de l'amour que le Pere nous a porté, qui eſt ſi grand, que pour nous deliurer des peines eternelles, il a donné ſon Fils, ſon bien-aimé pour nous, qui eſtions ſes ennemis en nos entendemens, & en mauuaiſes oeuures; que pour la cha­rité incomprehenſible du Fils, qui eſt deſcendu du Ciel en terre pour pren­dre noſtre nature afin de pouuoir mourir pour nous, qui s'eſt chargé de nos pechez, qui s'eſt expoſé volon­tairement aux miſeres de cette vie, à la contradiction des pecheurs, à la violente perſecution des meſchans: & finalement à la mort maudite & ignominieuſe de la Croix, pour nous tirer des Enfers, & nous éleuer dans le Ciel, il nous a preparé place; Bref, mettre noſtre eſperance en luy, comme en noſtre ſeul & parfait Sau­ueur: Car ſi nous croyons en luy, ſi396 nous allons à luy en cette maniere, nous auons mangé ſa chair, & auons beu ſon ſang.

Le P.

Examinons de plus prés cette doctrine, pour en tirer les auentages qui nous y ſont preſentez: Et pu is que nous auons parlé de la forme & de la maniere de la manducation: Voyons à preſent quel en eſt le but & la fin.

Le F.

Le ſalut des hommes, comme il nous l'apprend luy-meſme au 51. verſet du chapitre 6. de l'Euangile ſe­lon S. Iean, car combien qu'en ce chapitre il ne ſoit queſtion de la ſainte Cene, il ſemble que le Saint Eſprit ait fait naiſtre la diſpute que noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt eut auec les trou­pes ſur le ſujet de la Manne que Dieu auoit donnée à leurs Peres au deſert par le miniſtere de Moyſe, pour nous apprendre par anticipation, quel eſt le but & la fin de la manducation de ſon corps: Et ainſi nous pouuons nous ſeruir raiſonnablement des do­ctrines397 que noſtre ſouuerain Docteur a deſployées dans ce chapitre, puis que toutes les choſes qui ſont eſcri­tes, ont eſté eſcrites pour noſtre en­doctrinement; comme l'Apoſtre ſaint Paul nous l'apprend au 15. chap. de l'E­piſtre aux Rom. verſ. 4. En premier lieu noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, fait entendre aux troupes qui luy auoient propoſé le Miracle de Moyſe au ſujet de la Manne qu'ils nommoiēt le pain du Ciel, que la Manne n'eſtoit pas le pain du Ciel, & qu'il n'eſtoit pas au pouuoir de Moyſe de leur donner le pain du Ciel: Ce n'eſt pas Moyſe, leur dit-il, au verſ. 32. qui vous a donné le pain du Ciel: Mon Pere vous donne le vray pain du Ciel; Et en ſuitte il leur apprend qu'il eſt ce pain aux verſets 49. & 50. Il ajoûte, vos peres ont mangé la Manne au Deſert, & ſont morts: Mais c'eſt icy le pain qui eſt deſcendu du Ciel, afin que ſi quelqu'vn en mange il ne meure398 point; Et au verſet ſuiuant, il les amei­ne au ſacrifice de la Croix; & leur apprend que le pain dont il leur par­le, c'eſt ſa chair, qu'il donnera, qu'il offrira ſur la Croix pour la vie du mon­de; & que ſi quelqu'vn en mange il viura eternellement: Ie ſuis, dit il, le pain viuifiant qui ſuis deſcendu du Ciel; Si quelqu'vn mange de ce pain icy, il viura eternellement; & le pain que je donneray, c'eſt ma chair, la­quelle je donneray pour la vie du monde. Et d'autant que ces gens-là ne pouuoient comprendre ce My­ſtere, ils ſe debattoient entr'eux, di­ſans; Comment nous peut cettuy­cy donner ſa chair à manger? Ieſus Chriſt leur reſpond aux verſets 53.54.55. & 56. En verité, en verité je vous dis, que ſi vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, & ne beuuez ſon ſang, vous n'aurez pas vie en vous­meſmes. Celuy qui mange ma chair, & qui boit mon ſang à vie eternelle,399 & je le reſſuſciteray au dernier jour: Car ma chair eſt vrayement viande, & mon ſang eſt vrayement breuua­ge: Celuy qui mange ma chair & qui boit mon ſang, demeure en moy & moy en luy. Vous voyez donc, mon pere, que cette manducation a pour but le ſalut des hommes: car tout ainſi que lors que nous mangeons le pain, & les autres alimēs qui nous ont eſté donnez pour la nourriture de nos corps, ils s'vniſſent auec nous, & nous communiquent leur vertu nutritiue: par la manducation de noſtre victi­me, qui ſe fait par foy en eſprit, Ieſus Chriſt, qui eſt luy meſme la victime, nous communique ſa vertu diuine: en telle ſorte qu'il vit en nous, & nous viuons en luy, & par luy auec le Pere.

Le P.

Cela eſtant ainſi, que pour auoir vie eternelle, il faut manger la chair, & boire le ſang de la victime offerte pour l'expiation de nos pe­chez; & que ſans cette manducation400 il n'y a point de vie pour les pecheurs, Ie m'eſtonne de ce que la loy deffen­doit à l'Egliſe Iudaïque de boire le ſang des ſacrifices offerts pour l'ex­piation de leurs pechez ſur peine d'excommunication. Leuit. 17. verſ. 10. & 11. veu qu'il ſemble que c'eſt vne choſe impoſſible, que ce ſacri­fice puiſſe produire vn meſme effet enuers les pecheurs par deux actions ſi contraires, qui ſont, l'vne de man­ger & de boire, & l'autre, ne point manger ne boire.

L'enfant vuide la difficulté, montre le ſujet de la deffenſe & du commandement: & fait voir comment ces deux actions ſi contraires en apparence produiſent vn meſme effet.

Le F.

La deffenſe faite à l'Egliſe Iudaïque, de participer à la chair & au ſang de ſes ſacrifices, ne nous doit nullement étonner, ny faire mettre en doute l'expiation de ſes pechez: Mais il faut obſeruer deux choſes; L'vne que cette prohibition luy fai­ſoit401 entendre que l'expiation preſen­te faite par ces ſacrifices charnels n'e­ſtoit que typique, & qu'elle deuoit regarder à vn ſacrifice plus parfait, ſçauoir au ſacrifice de l'Agneau de Dieu, qui eſtoit le corps & la verité de ces figures; Et l'autre que l'A­gneau eſtant venu, il s'eſt offert ſoy meſme ſur la Croix à Dieu ſon Pere, & par ſon ſacrifice il a fait l'expiation de nos pechez; a aboly l'ancienne Peda­gogie, la prohibition contenuë au 17. du Leuit. a fait vne nouuelle alliance auec le peuple nouueau, luy a donné de nouuelles loix; en ce qu'il luy a commandé de manger ſon corps rompu, de boire ſon ſang reſpandu pour pluſieurs en remiſſion des pe­chez; & nous a appris à nous que c'eſt par certe manducation, qu'il nous communique ſa vie ſpirituelle; Et ainſi voyons nous que le ſacrifice ex­piatoire à produire vn meſme effet par deux actions contraires; puis que402 d'vne part la defenſe legale faite à l'ancien peuple de participer au ſang de leurs ſacrifices expiatoires, les ame­noit à Ieſus Chriſt; Et que d'autre le commandement qu'il nous a fait de manger ſa chair, de boire ſon ſang, nous aſſeure que par cette Commu­nion, il veut nous faire participans du merite de ſon ſacrifice, & nous ren­dre eternellement heureux.

Le Pere acquieſſe, demande pourquoy la Loy commandoit au Sacrificateur de manger l'offrande pour le peché.

Le P.

Ie crois que c'eſt le vray ſens de la prohibition faite à l'ancien peu­ple, de participer au ſang de ſes ſacri­fices expiatoires, & du commande­ment qui nous a eſté fait de manger la chair de noſtre victime & d'en boire le ſang. Voyons à preſent pourquoy la meſme Loy qui defendoit aux pe­cheurs de manger la victime offerte pour leurs pechez, commandoit aux Sacrificateurs de la manger. Le Sacri­ficateur403 qui offrira l'offrande pour le peché, la mangera, diſoit la Loy au 6. du Leuit. verſ. 26.

Le F.

Moyſe en a donné luy meſme la raiſon au 10. du meſme liure verſ. 17. lors qu'il a dit, que l'offrande pour le peché auoit eſté donnée aux Sacrifi­cateurs qui faiſoient l'expiation, afin qu'ils portaſſent l'iniquité de l'aſſem­blée.

Le P.

Comment cela ſe pouuoit-il faire? Veu qu'ils ne mouroient pas pour les pecheurs: Car s'ils euſſent eſté chargez des pechez de l'aſſem­blée, ils fuſſēt morts pour l'aſſemblée, & non des pauures beſtes innocentes.

L'Enfant montre comment les Sacrificateurs por­toient l'iniquité de l'aſſemblée, apres il mon­tre l'application de cette figure à noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt, noſtre Souuerain Sacrifi­cateur & noſtre victime.

Le F.

Cet acte Sacerdotal eſtoit typi­que comme les precedens; Et de fait, les Sacrificateurs ne portoient pas ef­fectiuement404 l'iniquité de l'aſſemblée: car ſi cela euſt eſté; Il euſt fallu qu'ils fuſſent morts pour l'aſſemblée; d'au­tant qu'il ne ſe faiſoit point d'expia­tion des pechez ſans effuſion de ſang: Heb. 9. verſ. 22. Mais voicy comment cette figure s'accompliſſoit. L'aſſem­blée, ou le particulier qui auoit peché, amenoit au Souuerain Sacrificateur vne beſte, telle que Dieu l'auoit or­donnée, & le Souuerain Sacrificateur mettoit ſes mains ſur la teſte d'icelle, faiſoit confeſſion du peché, recon­noiſſoit que les pecheurs auoient me­rité la mort, prioit Dieu de ne leur imputer leurs forfaits, & de receuoir en leur place la beſte, ſur la teſte de laquelle il les auoit deſchargez; & par ce moyen la beſte deuenoit peché, & eſtoit nommée de ce nom , ou Male­diction. Apres elle eſtoit égorgée auec quelques ceremonies, dont il n'eſt neceſſaire de parler; Vne partie d'icelle eſtoit bruſlée, & l'autre partie405 eſtoit mangée par le Souuerain Sacri­ficateur. Or par cette manducation, la victime offerte pour le peché, & chargée de l'iniquité de l'aſsēblée, ou du particulier, eſtoit vnie & incorpo­rée à la perſonne du Souuerain Sacri­ficateur: En telle ſorte que les deux deuenoient vn; & par cette vnion, l'iniquité de l'aſſemblée, qui auoit eſté poſée & deſchargée ſur la teſte de la victime, eſtoit imputée au Sacrifi­cateur; & en cette maniere le Sacrifi­cateur portoit l'iniquité de l'aſſem­blée, ſuiuant le paſſage du 10. du Le­uitique: D'autre part auſſi par la meſ­me vnion, la mort de la victime eſtoit imputée au Souuerain Sacrificateur; comme s'il l'euſt ſoufferte luy meſme; & ainſi l'expiation typique eſtoit par­faite & accomplie. Or comme toutes ces figures ſe rapportoient à Ieſus Chriſt, qui en eſt le corps & la verité, d'autant qu'il eſt noſtre Souuerain Sacrificateur & noſtre victime; Il s'eſt406 chargé de nos pechez, a porté l'ini­quité de nous tous, & lors qu'il s'eſt offert en ſacrifice viuant ſur la Croix, il a fait l'expiation, & nous a acquis vne redemption eternelle. Et comme pour faire l'expiation typique, l'vnion de la victime auec le Sacrificateur eſtoit neceſſaire; afin que la mort de la victime luy fuſt imputée; à preſent que l'expiation eſt faite, vne autre vnion eſt neceſſaire, ſçauoir de la vi­ctime auec le pecheur; afin que la mort de la victime luy ſoit imputée; C'eſt pourquoy auſſi noſtre Seigneur Ieſus Chriſt ſe donne à nous en vian­de & breuuage; & en inſtituant la ſainte Cene, nous a commandé de manger ſa chair rompuë pour nous, de boire ſon ſang reſpandu pour la remiſſion de nos pechez; afin que par cette manducation, il ſoit fait vn auec nous, que le merite de ſa mort nous ſoit imputé, comme ſi nous l'auions ſoufferte, qu'il viue en407 nous, & que nous viuions en luy & auec luy.

Le Pere demande s'il faut que la chair & le ſang de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt entreat dans nos eſtomachs par la bouche du corps, & que ſon ſang ſoit effectiuement reſpandu ſur les petits enfans au Bapteſme.

Le P.

Pour faire cette vnion, & produire l'effet que vous dites: Il ſem­ble que la chair & le ſang de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt doiuent entrer dans nos eſtomachs: comme la victi­me offerte pour le peché entroit dans l'eſtomach du ſouuerain Sacrifica­teur; veu que tout ainſi que les figu­res nous conduiſent à la verité, la ve­rité ſe doit rapporter aux figures: & ſuiuant cette maxime, on vous dira que la chair & le ſang de noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt ne peuuent pro­duire leur vertu s'ils n'entrent effecti­uement dans nos eſtomachs par la bouche du corps. Et ſur le ſujet du Bapteſme, on vous oppoſera le paſſage408 du 16. de S. Marc que voꝰ auez allegué, qui porte en termes expres, que qui aura crû, & aura eſté baptiſé ſera ſau­, mais qui n'aura point crû ſera con­damné; Et ſuiuant iceluy on vous dira, que l'eau du Bapteſme ne peut pro­duire aucune vertu ſur les petits en­fans: au contraire qu'elle leur tour­ne en condamnation, d'autant qu'ils n'ont aucune connoiſſance de ce my­ſtere; & par conſequent ne peuuent receuoir le Bapteſme auec la foy re­quiſe & neceſſaire.

L'Enfant reſpond que le merite du ſang de la Croix de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt eſt im­puté aux enfans au Bapteſme, à cauſe de la foy de leurs parens; Et à l'eſgard de la man­ducation de ſa chair, qu'elle ſe fait par foy en eſprit.

Le F.

Ie commenceray ma reſ­ponſe par la derniere partie de voſtre demande, & vous diray que tous les Chreſtiens embraſſent cette verité, que le merite du ſang de la Croix de409 Ieſus Chriſt eſt impuré aux enfans des fidelles au Bapteſme; parce qu'ils ſont conſiderez comme eſtans dans l'al­liance que Dieu a contractée auec leurs peres, & vne meſme perſonne auec eux. Mais à l'eſgard des perſon­nes aagees qui ſont baptiſez, ils doi­uent auoir la foy, & montrer qu'ils croyent en Ieſus Chriſt, comme l'Eu­nuque de la Reyne des Ethyopiens: Car autrement le Bapteſme leur ſe­roit non ſeulement inutile, mais leur tourneroit en condamnation, ſuiuant le paſſage de S. Marc, que qui n'aura crû ſera condamné. La foy donc eſt neceſſaire aux perſonnes aagées, qui reçoiuent le Bapteſme; car nous ſom­mes ſauuez par grace, par la foy, Epheſ. 2. verſ. 7. Mais la foy des peres & des meres eſt ſuffiſante aux petits enfans, pourueu que de leur part ils ſuiuent leurs traces, & imitent leur foy lors qu'ils ſeront en aage de le pouuoir faire.

410

Et ſur le ſujet de la ſainte Cene, il faut obſeruer que la manducation de la victime offerte pour le pechè eſtoit vn acte corporel & typique; & que pour faire l'vnion dont nous auons parlé, de la victime auec le Sacrifica­teur, il falloit de toute neceſſité que la manducation fuſt corporelle: mais il n'en eſt pas de meſme de l'vnion que noſtre Seigneur Ieſus Chriſt veut auoir auec nous, d'autant qu'elle eſt purement ſpirituelle: & ainſi il faut que la manducation de ſa chair & de ſon ſang ſoit auſſi ſpirituelle, comme i'ay dit cy-deuant; & de fait, lors que nous approchons de la Table du Seigneur, pour receuoir de la main du Miniſtre le pain rompu, & le vin reſpandu ou verſé d'vn vaiſſeau dans vn autre; nous faiſons reflection ſur nos pechez qui luy ont cauſé la mort, nous meditons la grace du Pere qui nous a procuré le ſalut, la charité du Fils, qui nous l'a merité par ſes ſouf­frances;411 nous demandons pardon à Dieu, & la grace de mieux viure à l'aduenir; Nous embraſſons Ieſus Chriſt comme noſtre ſeul & parfait Sauueur, nous mettons toute noſtre eſperance en luy, & par luy nous auōs recours à la miſericorde de ſon Pere; & par cet acte qui ſe fait par foy en eſprit, nous nous vniſſons auec Ieſus Chriſt, & luy de ſa part s'vnit auec nous, nous laue de nos pechez en ſon ſang, nous couure de ſa Iuſtice, & nous rend agreables à ſon Pere; En telle ſorte qu'il nous regarde d'vn oeil fa­uorable, nous impute la mort de ſon Fils, comme ſi nous l'auions ſoufferte, & nous donne ſa benediction: Le tout par la vertu ſecrette de ſon S. Eſprit, & non par vne manducation corpo­relle: & en cette maniere nous parti­cipons à la chair & au ſang de noſtre Seigneur, qui deuiennent noſtre vian­de & noſtre breuuage ſpirituel, nour­riſſant nos ames en l'eſperance de la412 vie eternelle, leur donnant vn eſtre nouueau & ſpirituel.

L'Egliſe Romaine impugne cette doctrine, & ſoûtient qu'on ne peut participer au benefice de la Mort & Paſſiō de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt; ſi on ne mange ſa chair, & ſi on ne boit ſon ſang par la bouche du corps, ſous pretexte de ce que S. Matthieu & S. Marc rapportent que noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt lors qu'il inſtitua ce Sacrement, dit à ſes Diſciples, en donnant le pain, Prenez, mangez, cecy eſt mon corps; & à l'effet de cette manducation corporelle a eſta­bly la doctrine de la Tranſſubſtan­tiation, qui eſt en ſubſtance que les Preſtres par le moyen des paroles Sa­cramentalles, comme ils parlent, con­uertiſſent & tranſſubſtantient leur pain à chanter au corps de noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt. Et combien qu'ils auoüent qu'il a pris vn corps ſembla­ble au noſtre, excepté peché, ils l'en­ferment413 dans vn morceau de pain de la grandeur de la paume de la main, ſoûtiennent que ce pain eſtant diuiſé en pluſieurs parties, Ieſus Chriſt eſt en chacune d'icelles; & par cette do­ctrine ils détruiſent, entant qu'en eux eſt, ſa nature humainé, l'aſſujettiſſant à vne infinité d'infirmitez, comme de pouuoir eſtre mangé des rats, vomy par ceux qui l'ont receu. Et combien que les ſens naturels & la Parole de Dieu nous apprennent, & nous faſ­ſent connoiſtre qu'auant & apres la conſecration c'eſt du pain, ils ſoûtien­nent que ce n'eſt plus pain, mais ſeu­lement des accidens ſans ſujet, & que Ieſus Chriſt eſt enfermé dedans en la meſme grandeur qu'il eſtoit ſur la Croix; ce qui eſt pluſtoſt vn charme, que la Religion. Neantmoins ils veu­lent nous contraindre d'adorer ce morceau de pain, comme s'il eſtoit Dieu, & d'adherer au retranchement qu'ils ont fait de la Coupe, contre414 l'exprés commandement de noſtre Seigneur contenu au chap. 26. de ſaint Matth. verſ. 27 Beuuez en tous. Mais comme cette doctrine ſe détruit d'el­le meſme, & que d'ailleurs elle a eſté refutée par pluſieurs excellens Eſcri­uains, Ie me contenteray de vous ex­poſer ma creance. Ie crois donc que la ſainte Cene eſt vn remede ſpirituel, que noſtre ſouuerain Medecin nous a donné pour déliurer nos ames de la mort eternelle, à laquelle elles ont eſté aſſujetties, tant par la tranſgreſ­ſion d'Adam, que par les noſtres pro­pres; & vne viande ſpirituelle pour les nourrir en l'eſperance de la vie eter­nelle. Et je n'eſtime pas qu'entre les Chreſtiens, il y en ait aucun ſi ­pourueu de raiſon qui voulût dénier cette veriré. Ce fondement ainſi poſé, il faut auſſi reconnoiſtre & auoüer que la manducation, qui nous y eſt recommandée, eſt auſſi ſpirituelle. Car comme il eſt impoſſible de nour­rir,415 ou de guerir nos corps de leurs maladies par la meditation, & par des choſes ſpirituelles, nos ames ne peu­uent non plus eſtre gueries de leurs maladies ſpirituelles, ny nourries en l'eſperance de la vie eternelle, que par des remedes ſpirituels & par vne viande ſpirituelle. Or cette viande eſt la chair & le ſang de noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt Dieu & homme; la forme de la manducation eſt la medi­tation par foy en eſprit. Et de fait, noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, nous l'apprend au chap. 6. de l'Euangile ſe­lon S. Iean: Car apres auoir dit aux troupes au verſ. 51. Ie ſuis le pain viui­fiant, qui ſuis deſcendu du Ciel, ſi quelqu'vn mange de ce pain icy il vi­ura eternellement, & le pain que je luy donneray, c'eſt ma chair, laquelle je donneray pour la vie du monde; Il ajoûte au verſ. 63. Les paroles que je vous dis ſont eſprit & vie, la chair ne profite de rien, c'eſt l'eſprit qui viui­fie;416 Et aux verſets 35. & 47. il leur auoit dit que la vraye manducation de ſa chair ſe fait en allant à luy, & en croyant en luy. Puis donc que les pa­roles de manger ſa chair, & boire ſon ſang, ſe doiuent entendre ſpirituelle­ment; Ie crois auec les vrays fideles qu'il eſt plus conuenable d'éleuer nos coeurs au Ciel, Ieſus Chriſt eſt aſſis à la dextre de ſon Pere, que de l'atti­rer du Ciel en terre, pour l'enfermer dans vn nombre infiny de morceaux de pain; & en ſuitte dans nos eſto­machs par la bouche du corps; Et d'autant plus qu'il ne peut reuenir aucune vtilité au Chreſtien de cette manducation corporelle, puis que la chair dénuée de l'eſprit ne profite de rien. Et lors qu'il plaira à Dieu m'ap­peller à cette action religieuſe, je me propoſeray de faire la commemora­tion de la Mort & Paſſion de noſtre Seigneur ſous les deux eſpeces, ſui­uant ſon commandement: Et en ce417 faiſant j'éleueray mon coeur de la ter­re au Ciel Ieſus Chriſt eſt aſſis à la dextre de ſon Pere, je l'embraſſeray comme mon ſeul & parfait Sauueur, & je ne fais nul doute qu'il ne me faſſe participant du fruit & du benefice de ſa Mort & Paſſion; puis qu'il eſt mort pour nos pechez & reſſuſcité pour noſtre juſtification.

Le P.

Puis que vous eſtes en cette diſpoſition, & que la ſainte Cene a eſté inſtituée non ſeulement pour les conducteurs de l'Egliſe, mais auſſi pour tous les fideles. Pourquoy ne participez vous pas dés à preſent à la ſainte Cene, qui eſt le Sacrement de noſtre nourriture? Comme vous auez receu le Bapteſme, qui eſt le Sacre­ment de noſtre naiſſance en l'Egliſe.

Le F.

Il y a grande difference entre le Bapteſme & la ſainte Cene; car pour receuoir le Bapteſme, il ſuffit que les enfans ſoient engendrez de peres & meres fidelles, comme j'ay dit cy-de­uant;418 Mais pour pàrticiper à la ſainte Cene, il faut faire ce que S. Paul com­mande en ſa 1re aux Cor. chap. 11. verſ. 28. que chacun, dit-il, s'eſprouue ſoy meſme; Et ainſi qu'il mange de ce pain & boiue de cette coupe. Or comme il ſemble que les enfans de mon aage ne ſont pas capables de cet examen, l'Egliſe n'a pas trouué qu'il fuſt à propos de les admettre à la Ta­ble du Seigneur, juſqu'à ce qu'ils ſoient en eſtat de le pouuoir faire: C'eſt pourquoy auſſi je me ſubmets tres-volontiers à cet ordre; combien que par la grace de Dieu je ſçache en quoy conſiſte cet examen.

Le P.

Faites moy entendre en quoy il conſiſte, afin que je voye ſi vous vous abuſez, ou non.

L'Enfant propoſe ſommairement la forme de l'examen.

Le F.

Saint Paul apres auoir parlé au chap. 11. de la 1re aux Cor. de l'inſtitu­tion de la ſainte Cene, & de la manie­re419 d'y participer, nous commande au 28. verſ. de nous eſprouuer nous meſ­mes: que chacun, dit-il, s'eſprouue ſoy meſme, & ainſi mange de ce pain & boiue de cette coupe: & au verſet ſuiuant; Car qui en mange, & qui en boit indignement, mange & boit ſon jugemēt ne diſcernant point le corps du Seigneur. Or cette eſpreuue n'eſt autre choſe, qu'vn examen que nous deuons faire de nous meſmes, pour ſçauoir ſi nous ſommes déplaiſans d'a­uoir offenſé Dieu, ſi par vne vraye re­pentance nous auons recours à ſa gra­ce au Nom de Ieſus Chriſt; ſi nous re­nonçons à toute rancune, & ſi nous deſirons de viure en paix & en amitié auec nos prochains: Si nous croyons que Ieſus Chriſt a eſté rompu ſur la Croix pour nous, & ſon ſang reſpandu pour la remiſſion de nos pechez, & ſi nous l'embraſſons, cōme noſtre ſeul & parfait Sauueur: Bref ſi Ieſus Chriſt habite en nos coeurs par foy, comme420 l'Apoſtre nous l'apprend au 5. verſ. du chap. 13. de la 2. aux Cor. Or par la grace de Dieu je ſuis en tous ces ſen­timens, & ainſi je pourrois m'appro­cher de la Table du Seigneur, faire la commemoration de ſon corps rompu & de ſon ſang reſpandu, & je ne fais nul doute qu'eſtant ainſi diſpoſé, & participant aux ſignes viſibles, Dieu ne me rendiſt participant de ſa grace inuiſible: neantmoins je me ſoumets fort volontiers à l'ordre eſtably en l'Egliſe.

Le P.

Si vous mettez en pratique ce que vous venez de dire, vous pour­riez dés à preſent participer au S. Sa­crement de la Cene; toutes fois je ſuis d'auis que vous attendiez encore quelque temps, & que pendant cet interualle vous vous prepariez encore mieux, par la conſideration de voſtre eſtat naturel, & par la meditation de la grace que Dieu vous a faite de vous appeller à ſa connoiſſance & de vous421 donner la foy en Ieſus Chriſt.

Le F.

Ie le feray, mon pere, & pour cet effet je demande à Dieu l'aſſiſtan­cede ſon ſaint Eſprit.

Le P.

Nous pourrions finir noſtre entretien en cet endroit; puis que nous auons parlé des choſes qui con­cernent la gloire de Dieu, & noſtre ſalut ſuiuant les lumieres qu'il luy a plû nous en donner: Neantmoins je veux encore vous faire vne demande ſur le ſujet de la ſainte Cene. Mais parce que d'abord vous pourriez croi­re qu'elle eſt comme vne pierre hors d'oeuure, j'ay à vous auertir qu'elle ne fera point de difformité: au contraire qu'elle peut ſeruir à appuyer & affer­mir les choſes que nous auons dites, & à deſcouurir les artifices dont le Diable s'eſt ſeruy pour deffigurer ce ſaint Sacrement. La Cene, auons­nous dit, eſt vn Sacrement qui nous repreſente le ſacrifice que noſtre Sei­gneur Ieſus Chriſt a fait de ſon corps422 ſur la Croix pour l'expiation de nos pechez, auquel les Apoſtres ont don­ le nom de Cene, qui ſignifie ſou­per, à cauſe de la circonſtance du temps, auquel le Seigneur l'inſtitua. Quand vous vous aſſemblez, diſoit l'Apoſtre S. Paul aux Cor. en ſa 1re chap. 11. verſ. 21. cela n'eſt point man­ger la Cene du Seigneur; car chacun s'auance de prendre ſon ſouper parti­culier: & quand ſe vient à manger, l'vn à faim, & l'autre fait bonne che­re. Or l'eſprit malin voyant que pen­dant qu'on retiendroit le mot de Cene difficilement pourroit-il alterer & corrompre l'inſtitution & l'vſage de ce ſaint Sacrement, a mis au coeur des hommes d'abandonner le mot de Cene, & de luy donner le nom de Sa­crifice, qui en apparence ſemble eſtre plus auguſte, mais qui en effet de­ſtruit & renuerſe le myſtere qui nous y eſt repreſenté: Et de fait vous voyez que l'Egliſe Romaine ayant embraſſé423 cet erreur, a non ſeulement abandon­ le mot de Cene, mais la choſe meſ­me; & à ſa place a ſubſtitué la Meſſe qu'elle fait paſſer entre ceux de ſa communion pour vn ſacrifice propi­tiatoire & expiatoire des pechez des viuans & des morts. Qu'en croyez­vous?

Le F.

Ie crois que la Meſſe eſt la plus grande corruption qui ait eſté faite en la doctrine Chreſtienne: Car noſtre Seigneur Ieſus Chriſt en inſtituant la ſainte Cene nous a commandé, non de le ſacrifier; Mais de manger ſon pain, & de boire ſon vin, & par cet exercice religieux faire commemora­tion de ſon ſacrifice, & nous entrete­nir en la meditation de ſa grace & en l'aſſeurance de noſtre ſalut. Car tou­tesfois & quantes, dit l'Apoſtre ſaint Paul au chap. 11. de ſa 1re aux Cor. verſ. 25. & 26. que vous mangerez de ce pain & boirez de cette coupe, vous annon­cerez la mort du Seigneur juſqu'à ce424 qu'il vienne. Or quis que les Apoſtres ont donné le nom de Cene à ce repas ſpirituel, tous les Chreſtiens ſont obli­gez de le retenir, & de participer à ce ſaint Sacrement en la meſme maniere qu'il a eſté inſtitué. Mais l'Egliſe Ro­maine ayant abandō le nom a auſſi delaiſſé la choſe, & en ſa place a ſub­ſtitué la Meſſe, en laquelle elle pre­tend offrir journellement Ieſus Chriſt en ſacrifice propitiatoire, & expiatoi­re pour les pechez des viuans & des morts; En quoy faiſant elle outrage indignement noſtre Seigneur, non ſeulement en ce qu'elle renuerſe l'or­dre qu'il a eſtably en ſon Egliſe. Mais auſſi en ce que par ce pretendu ſacri­fice, elle accuſe d'inſuffiſance le ſien; combien qu'il ſoit d'vn prix & d'vne valeur infinie, comme nous l'auons montré cy-deuant, & que par iceluy, il nous ait pleinement rachetez & re­conciliez auec ſon Pere, Coloſſ. 2. verſ. 20. Au moyen dequoy ſe voit que l'E­gliſe425 Romaine eſt tombée en vne ex­treme erreur, & qu'elle eſt en mau­uais eſtat: Car ſi quelqu'vn auoit meſ­priſé la Loy de Moyſe, il mouroit ſans miſericorde; combien pires tourmens meritent ceux qui meſpriſent le Fils de Dieu, Heb. 9. verſ. 27.28. & 29. Or ce mal ne luy fuſt pas arriué, ſi elle euſt retenu le nom de Cene, car ce ſeul nom l'euſt ramenée à l'inſtitutiō, & luy euſt appris qu'vn ſouper auquel il n'y a point deffuſion de ſāg, ne peut eſtre le ſacrifice ſanglant qu'il nous repreſente; ains ſeulement vne com­memoration. La Meſſe done eſtant, comme elle eſt, vne inuention d'hom­mes corrompus, contraire à l'inſtitu­tion de noſtre Seigneur Ieſus Chriſt, & au ſalut des hommes, doit eſtre re­jettée, & abhorrée, & nous deuons nous tenir fermes à la ſainte Cene ſui­uant l'exemple des premiers Chre­ſtiens: deſquels il eſt dit au chap. 2. des Actes verſ. 42.46. & 47, qu'ils per­ſeueroient426 tous d'vn accord en la do­ctrine des Apoſtres, & en la fraction du pain, & que les Apoſtres rompoiēt le pain de maiſon en maiſon, loüans & glorifians Dieu, & ayans grace en­uers tout le peuple: Et Dieu qui par ſa miſericorde nous a appellez à cette grace, nons rendra participans des fruicts & des auantages, que noſtre Seigneur nous a acquis & meritez par ſon ſacrifice, & nous deliurera des fauſſes doctrines, dont les hommes corrompus ont infecté le monde.

Concluſion du preſent Dialogue.

Le P.

AInſi ſoit-il, mon fils. Or comme les choſes dont nous nous ſommes entretenus regar­dent les poincts principaux de noſtre ſalut, il ne me reſte qu'à vous exhor­ter, comme je vous exhorte de les me­diter, & de vous inſtruire encore mieux par la lecture & meditation de la Parole de Dieu; puis qu'en cet427 exercice conſiſte le bon-heur & la fe­licité de l'homme. Pſeau. 1. verſ. 1. & 2. Vous mangez le pain materiel, afin d'entretenir voſtre vie corporelle, fai­tes le meſme de la Parole de Dieu, qui eſt le pain celeſte, dont nos ames ſont nourries en l'eſperance de la vie eter­nelle: Meditez donc ſoigneuſemēt, & obſeruez cecy que la Theologie à deux parties, la contemplatiue & l'a­ctiue, qu'il ne ſuffit pas de mediter & de parler, qu'il faut agir, & mettre en pratique les enſeignemens que cette Parole nous donne, & pourchaſſer la ſanctification, ſans laquelle nul ne verra Dieu: car la ſanctification eſt comme le lien de la juſtification & de la glorification; Et la ſanctifica­tion ne ſe trouue point, le ſang de Ieſus Chriſt n'y a pas encor produit ſon effect, & la glorification en eſt bien éloignée. Addonnez-vous donc de tout voſtre coeur au ſeruice de Dieu; puis que ſuiuant le paſſage du428 12. de S. Iean cy-deuant rapporté, c'eſt le moyen d'eſtre glorifié auec le Fils, & d'eſtre aimé & honoré du Pere. Mais ſouuenez-vous de ce qui eſt dit au chap. 2. de la 1re aux Cor. verſ. 14. que l'homme de ſoy ne peut com­prendre les choſes qui ſont de l'Eſprit de Dieu, & qu'il les eſtime folie, par­ce qu'il eſt charnel & animal, & qu'el­les ſe diſcernent ſpirituellement; Et encore de celuy-cy que toute bonne donation, & tout don parfait vient de Dieu qui eſt le Pere de lumiere. Jaq. 1. verſ. 17. Et apres les auoir bien medi­tez, recōnoiſſez voſtre pauureté natu­relle; confeſſez que vous eſtes deſnué & vuide de toute ſageſſe; renoncez à vous-meſmes, & recourez à la gra­ce & miſericorde de Dieu par Ieſus Chriſt, qui nous a eſté fait de par Dieu Sapience, Iuſtice, Sanctification & Redemption, 1re Corint. chap. 1. De­mandez luy ſon Saint Eſprit, puis qu'il eſt l'Eſprit de Sapience & de Sanctifi­cation429 qui nous conduit aux voyes de Dieu, qui nous donne de bonnes & ſaintes penſées, qui met de bonnes paroles en noſtre bouche, qui nous forme aux actions religieuſes; mais demandez les auec foy, & Dieu qui vous l'a promis vous le donnera, Iacq. 1. verſ. 5. Car ſi vous doutiez de ſes promeſſes, il ne ſeroit nullement rai­ſonnable que vous fuſſiez exaucé, veu que vous ne ſçauriez commettre vn plus grand outrage contre ſa ſainte Majeſté que de douter de la verité & fermeté de ſes promeſſes: I'eſpere que comme Dieu a commencé ſon oeu­ure en vous, il la parfera, & qu'il vous fera la grace de cheminer deuant luy en foy, en charité auec humilité: Ie l'en ſupplie de tout mon coeur.

Pour ce qui regarde la vocation temporelle, je vous en ay déja parlé en mon Epiſtre: Mais comme pendant ma jeuneſſe j'ay eſprouué l'importan­ce de ce poinct par le deffaut d'vne430 vocation; je vous exhorte encore de trauailler ſoigneuſement afin d'y par­uenir, & vous ſouuenir que les voca­tions legitimes viennent de Dieu, en­ſemble les moyens pour y paruenir & pour y ſubſiſter. Priez le donc qu'il luy plaiſe vous appeller à quelque vo­cation honneſte, afin qu'en trauail­lant ſuiuāt ſon commandement vous ayez dequoy vous entretenir & exer­cer voſtre charité, & apres qu'il vous y aura appellé, priez le de vous y forti­fier: Pour fin je prie Dieu, qu'il luy plaiſe vous rendre ſage à ſalut, vous combler de ſes benedictions en cette vie: & lors qu'il vous en retirera, qu'il vous reçoiue en ſon Paradis, & vous rende participant de tous ſes biens.

Le F.

Ainſi ſoit il de vous, mon pere.

Le P.

Loüé ſoit Dieu.

A Toy donc noſtre bon Seigneur, Pere, Fils & Saint Eſprit, ſoit431 loüange, honneur & gloire de ce qu'il t'a plû nous reueler les ſecrets de ton Royaume, & nous faire la grace de nous en entretenir familierement. Grace ſur grace, engraue en nos coeurs les Doctrines que nous auons traittées; Fay nous croî­tre en connoiſſance, en foy, en charité, & en pieté, afin que tu ſois connû & adoré de nous, noſtre prochain edifié, & nous conſolez & affermis en noſtre vocation ſpirituelle. AMEN.

REMEDE Contre la malediction de la Loy, & contre la Mort.

LA Loy prononce malediction contre le genre humain; Mau­dit eſt quiconque n'eſt permanent en toutes les choſes qui ſont eſcri­tes au liure de la Loy pour les faire. Galat. 3. verſ. 10.

Et dautant qu'aucun des hommes432 n'a jamais accomply la Loy, que Ieſus Chriſt ſeul, Dieu & homme, il s'en­ſuit que tous hommes ſont naturelle­ment ſous malediction & en la mort.

Mais Dieu qui eſt pitoyable & bon, n'a pas voulu laiſſer l'homme en ſa ruïne, il luy a ordonné vn remede pour le viuifier; & pour le redreſſer, afin d'eſtre glorifié en luy & par luy, ſçauoir Ieſus Chriſt.

Et de fait, l'Apoſtre S. Paul nous apprend au 2. ch. de ſon Epiſtre aux Epheſ. verſ. 4. & 5. Que Dieu qui eſt riche en miſericorde par ſa grande charité de laquelle il nous a aimez du temps meſme que nous eſtions morts en nos fautes, nous a viuifiez enſem­ble auec Chriſt. Et au 3. des Gal. v. 13. que Ieſus Chriſt nous a rachetez de la malediction de la Loy, & par con­ſequent de la mort, lors qu'il a eſté fait malediction pour nous.

Que ſi on demande qui nous a pro­curé ce remede, veu que nous eſtions433 naturellement enfans d'ire, ennemis de Dieu en nos entendemens & en mauuaiſes oeuures, Epheſ. 2. verſ. 13. & comment eſt-ce que nous en jouï­rons?

Ie reſponds qu'outre ce que l'Apo­ſtre S. Paul nous en a dit cy-deſſus, Saint Iean nous apprend au 3. de ſon Euangile verſ. 16. que Dieu a telle­ment aimé le monde, qu'il a donné ſon Fils vnique, afin que quiconque croit en luy ne periſſe point, mais ait la vie eternelle.

D'où s'enſuit que l'amour du Pere eſt la ſeule cauſe de noſtre ſalut: Car il nous a tant aimez, dit l'Euange­liſte, qu'il nous a donné ſon Fils vnique, ſon bien-aimé pour nous; Et que c'eſt par foy que nous obte­nons, ou que nous jouïſſons de cette grace: Et de fait l'Euangeliſte, apres auoir dit, que Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné ſon Fils, ajoûte, afin que quiconque croit en434 luy ne periſſe point: mais ait vie eter­nelle, & ſur la fin du meſme chapitre il reïtere la meſme promeſſe, qui croit au Fils à vie eternelle, & en plu­ſieurs autres endroits il la confirme, & particulierement au 5. de ſa 1re verſ. 11. il dit, que Dieu nous a donné la vie eternelle, & que cette vie eſt en ſon Fils.

Si donc nous embraſſons la promeſ­ſe de Dieu auec humilité, ſi nous croyons en Ieſus Chriſt, ſi nous met­tons toute noſtre eſperance en luy, comme en noſtre ſeul Sauueur, ſi nous auons recours à ſa grace, non ſeulement il nous garentira de la ma­lediction de la Loy; mais nous don­nera la vie eternelle ſuiuant ſa pro­meſſe contenuë au 24. verſ. du 5. chap. de l'Euangile ſelon S. Iean: En verité, en verité je vous dis que celuy qui oit ma Parole, & croit à celuy qui ma enuoyé à vie eternelle, & ne viendra point en condamnation; mais eſt435 paſſé de la mort à la vie; Et pourtant, ajoûte il au 40. verſ. du 6. chap. le reſſuſciteray-je au dernier jour.

Et ſi quelqu'vn veut dire qu'il faut que la juſtice de Dieu ſoit ſatisfaite, ou que les pecheurs demeurent en leur ruïne, la reſponſe eſt prompte & facile.

Que Ieſus Chriſt a ſatisfait la juſtice de Dieu; Car il s'eſt offert ſur la Croix pour nous en ſacrifice viuant à Dieu ſon Pere; & par le ſacrifice de ſon corps, qui eſt d'vn prix & d'vne valeur infinie, à cauſe de l'excellence de fa perſonne, il a fait l'expiation de nos pechez ſuiuāt ce qui auoit eſté predit par Eſaye ch. 53. il a eſté navré pour nos forfaits, & froiſſé pour nos iniquitez, l'amende qui nous apporte la paix eſt ſur luy, & par ſa meurtriſſeure nous auons gueriſon, c'eſt à dire qu'il a porté la peine que nous auions meri­tée, Que par ſa mort il nous a deli­urez de la malediction de la Loy & de436 la mort, nous a acquis vne redem­ption eternelle, Heb. 9. verſ. 12. & nous a merité la vie, & qui plus eſt il nous la donne luy meſme; Car il eſt ſource de vie: Et comme il s'eſt don­ pour nous, il eſt auſſi reſſuſcité pour nous. Rom. 4. verſ. 25. De ſorte que nons deuons demeurer fermes ſur cette promeſſe & aller à luy auec aſſeurance pour obtenir grace & mi­ſericorde, & eſtre aydez en temps op­portun, Heb. 4. verſ. 16.

Et ſi l'ennemy de noſtre ſalut nous met en auāt l'enormité de nos pechez, nos recidiues continuelles par leſquel­les nous auons prouoqué l'ire de Dieu; & que ſur ce pretexte il s'efforce de nous eſbranler, & de nous perſuader que nous nous sōmes rendus indignes de ſa grace, pour nous jetter dans la deffiance, & dans le deſeſpoir, oppo­ſons luy les armes que le S. Eſprit nous a miſes en main par le miniſtere de S. Paul.

437

Que le peché abonde grace y a abondé par deſſus, Rom. 5. verſ. 21. & appliquons nous chacun en parti­culier, ce que le meſme Apoſtre dit de ſoy. 2. Tim. chap. 1. verſ. 15.

Que Ieſus Chriſt eſt venu au mon­de pour ſauuer les pecheurs, deſquels je ſuis le premier: pour cette cauſe ajoûte il au verſ. ſuiuant, miſericor­de m'a eſté faite, afin que Ieſus Chriſt montraſt en moy toute clemence pour exemple à ceux qui croiront en luy à vie eternelle, & ſans doute ce­luy qui nous a appellez par ſa grace nous ſoûtiendra, & nous fera ſortir victorieux de ce combat: En telle ſor­te que nous aurons ſujet de nous eſ­crier auec le meſme Apoſtre au 17. v. du meſme chap. Or au Roi des ſiecles, immortel, inuiſible, à Dieu ſeul ſage, juſte & bon, ſoit honneur & gloire és ſiecles des ſiecles; Et de chanter auec S. Iean le Theologien au 6. verſ. du 1er chap. de l'Apoc. A celuy qui nous a438 aimez, & nous a lauez de nos pechez par ſon ſang, & nous a faits Roys & Sacrificateurs à Dieu ſon Pere, voire à luy ſoit gloire & force és ſiecles des ſiecles. AMEN.

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TextDialogve entre vn pere, et son fils M.DC.LVIII.
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Edition1688
SeriesEarly English books online.
Additional notes

(EEBO-TCP ; phase 2, no. A81440)

Transcribed from: (Early English Books Online ; image set 152933)

Images scanned from microfilm: (Early English books, 1641-1700 ; 2334:8)

About the source text

Bibliographic informationDialogve entre vn pere, et son fils M.DC.LVIII. [16], 438 p. par Daniel du Chemin, demeurant dans York Street, proche du Covent Gardin,A Londres :1688.. (Reproduction of original in Dr. Williams' Library, London, England.)
Languagefre
Classification
  • Domestic relations -- Early works to 1800.
  • Fathers and sons -- Early works to 1800.

Editorial statement

About the encoding

Created by converting TCP files to TEI P5 using tcp2tei.xsl, TEI @ Oxford.

Editorial principles

EEBO-TCP is a partnership between the Universities of Michigan and Oxford and the publisher ProQuest to create accurately transcribed and encoded texts based on the image sets published by ProQuest via their Early English Books Online (EEBO) database (http://eebo.chadwyck.com). The general aim of EEBO-TCP is to encode one copy (usually the first edition) of every monographic English-language title published between 1473 and 1700 available in EEBO.

EEBO-TCP aimed to produce large quantities of textual data within the usual project restraints of time and funding, and therefore chose to create diplomatic transcriptions (as opposed to critical editions) with light-touch, mainly structural encoding based on the Text Encoding Initiative (http://www.tei-c.org).

The EEBO-TCP project was divided into two phases. The 25,363 texts created during Phase 1 of the project have been released into the public domain as of 1 January 2015. Anyone can now take and use these texts for their own purposes, but we respectfully request that due credit and attribution is given to their original source.

Users should be aware of the process of creating the TCP texts, and therefore of any assumptions that can be made about the data.

Text selection was based on the New Cambridge Bibliography of English Literature (NCBEL). If an author (or for an anonymous work, the title) appears in NCBEL, then their works are eligible for inclusion. Selection was intended to range over a wide variety of subject areas, to reflect the true nature of the print record of the period. In general, first editions of a works in English were prioritized, although there are a number of works in other languages, notably Latin and Welsh, included and sometimes a second or later edition of a work was chosen if there was a compelling reason to do so.

Image sets were sent to external keying companies for transcription and basic encoding. Quality assurance was then carried out by editorial teams in Oxford and Michigan. 5% (or 5 pages, whichever is the greater) of each text was proofread for accuracy and those which did not meet QA standards were returned to the keyers to be redone. After proofreading, the encoding was enhanced and/or corrected and characters marked as illegible were corrected where possible up to a limit of 100 instances per text. Any remaining illegibles were encoded as <gap>s. Understanding these processes should make clear that, while the overall quality of TCP data is very good, some errors will remain and some readable characters will be marked as illegible. Users should bear in mind that in all likelihood such instances will never have been looked at by a TCP editor.

The texts were encoded and linked to page images in accordance with level 4 of the TEI in Libraries guidelines.

Copies of the texts have been issued variously as SGML (TCP schema; ASCII text with mnemonic sdata character entities); displayable XML (TCP schema; characters represented either as UTF-8 Unicode or text strings within braces); or lossless XML (TEI P5, characters represented either as UTF-8 Unicode or TEI g elements).

Keying and markup guidelines are available at the Text Creation Partnership web site.

Publication information

Publisher
  • Text Creation Partnership,
ImprintAnn Arbor, MI ; Oxford (UK) : 2013-12 (EEBO-TCP Phase 2).
Identifiers
  • DLPS A81440
  • STC Wing D1365
  • STC ESTC R229677
  • EEBO-CITATION 99895492
  • PROQUEST 99895492
  • VID 152933
Availability

This keyboarded and encoded edition of the work described above is co-owned by the institutions providing financial support to the Early English Books Online Text Creation Partnership. Searching, reading, printing, or downloading EEBO-TCP texts is reserved for the authorized users of these project partner institutions. Permission must be granted for subsequent distribution, in print or electronically, of this EEBO-TCP Phase II text, in whole or in part.