PRIMS Full-text transcription (HTML)

LA DECLARATION DES Seigneurs & Communes ASSEMBLES EN PARLEMENT, Touchant les ESCRITS DES Commiſſaires d'ESCOSSE, INTITULES La Reſponſe des Commiſſaires du Royaume d'Eſcoſse aúx deux Maiſons du Parlement, ſur les Nouvel­les Propoſitions du Paix, Et les quatre Ordon­nances, qui devoyent eſtre envoyées a Sa Majeſté: COMME AUSSY, Touchant les Procedures deſdicts Commiſſaires en I'Jſle de WIGHT, Miſe en François & r'Imprimée pour-ce qu'elle contient pluſieurs choſes qui concernent l'eſtat preſent des Affaires.

A LONDRES Imprimé par THO: FORCET, 1648.

Ce Samedy 14 / 4: Mars 1648 / 1647.

Il eſt ordonne par les Seigneurs & Communes aſſembles en Parlement, Que cette Declaration ſoit promptement impri­mee & publiee.

H: Elſinge Cler. Parl. D. Com.

Erra.

PAge 1. lig. 3 liſés indicible. P. 4. l 9. liſ avons eu. p. 8. l. 3. liſ par Serment. It. l. 4. liſ. leur. It. l. 30. liſ. pretendte. p. 10. l. 6. liſ. on peut. It. l. 27. liſ. d'eux, p. 11. l. 29. liſ. ce. p. 15, l, 13 liſ. differentes 21. l. 18. liſ. nous aurons. P. 23. 12. liſ. abuſé. p. 25. l. 15. liſ. indicible. P. 26. l. 8 liſ. en cette. It. l. 19. liſés matieres. P. 29. l. liſ. arrivè. 29 l 28 liſ. cette. P. 34 l. 22. liſ. Nation. P. 36. l. 2. liſ. appartenantes. It. l. 4. liſ. le Clergé. p. 37. l 3 liſ ſorte. It. l. 20, liſ. violence. liſ. enſeignant. P. 45. l. 31. liſ. l'advoſier. p. 49. l. 8. liſ. iceile P. 65. l. 15. liſ. pluſtoſt. P. 66. l. 7. liſ. qu'il y ait. It. l. 24. lſ. ſon conſentement. P. 66, l. 25 & 26. liſ. decouvrent. P. 67. l. 22. liſ. pour cela. It. l. derniere, liſ. les bons Subjects. P. 68. l. 18. liſ. de ſa poſte­rité. P. 69. l. 25. liſ. precaution. p. 53. l. 6. liſ. des privileges des Parlaments & de la liberté. P. 80. l. 5. liſ. ny ne diſpoſions.

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LA DECLARATION DES SEIGNEURS ET COMMUNES ASSEMBLéS EN PARLEMENT, TOUCHANT LES ESCRITS DE COMMISSAIRES D'ESCOSSE.

NOus les Seigneurs et Communes du Par­lement d'Angleterre, Conſiderans ſerieuſe­ment la grande et inducible grace, que Dieu a faict aux deux Royaumes d'An­gleterre et Eſcoſse, de ruiner et leur ſoub­mettre entierement leurs Ennemis Com­muns; Et remarquans neantmoins la ma­lice indomptable de leurs Eſprits, Et qu'eſtans a preſent deſnués de tout pouvoir d'agir par force ouverte, Ils taſ­chent par toutes ſortes d'artifices, d'aſtuces et de ſubtili­tés de miner la puiſſance et troubler la Paix des deux Rovaumes; Comme d'un coſté nous avons grand ſujet d'eſlever nos coeurs vers Dieu en actions de grace; Auſſy avons nous d'autre part grande raiſon de reveiller nos penſeés, et de nous tenir ſur nos gardes, Les ennemis2 Communs de ces Royaumes ayans maintenant pour deſ­ſeing, en les diviſant an dedans d'eux meſmes, et l'un con­tre l'autre, de les ruiner tous deux, Et ſoubs pretexte de ſatisfaire a tous Intereſts, d'en pourſuivre un ſeul [aſçavoir le leur propre,] qui eſt d'engloutir tous les autres.

Les Commiſſaires d'Eſcoſſe ſe ſont rendus eux meſme de long temps, ou ont eſté faicts par d'autres des inſtru­ments fort propres pour l'advancement de ce deſſein de l'Ennemy Commun, Quand, oublians les fins pour les quelles ils eſtoyent venus, et le vray Intereſt de ceux qui les avoyent envoyés, Ils ont faict leur affaire Principale, de s'employer par leur Practicques et Eſcrits a deſgouſter les Peuples des deux Royaumes des Procedures du Parle­ment d'Angleterre; Et en meſme temps a les diſpoſer a ſe joindre au Roy et a ſon Party ſur des termes evidem­ment ruineux aux deux Royaumes, et a la fin pour laquelle ils ſe ſont engagés a cette Guerre. Ce qui nous fait rap­peller en memoire un Paſſage de leurs Eſcrits du 28. Iuillet 1645. ou ils diſent, Qu'ils avoyent raiſon, par ce qu'ils avoyent appris du paſsé, d'apprehender, que cer­taines Perſonnes ne demeureroyent point en repos, mais agi­royent tous jours ſous main, et entreprendroyent de faire une Paix a leur poſte et a leurs propres fins, au grand prejudice du Publicq, eſloignans de plus en plus le coeur du Roy d'une Paix ſeure et bien eſtablie, et retardans les intentions des deux Royaumes. Nous ſouhaitterions, que les apprehen­ſions, qu'ils avoyent alors, fondées ſur leur experience du paſſé, les euſſent empeſché de Practicquer eux meſmes la meſme choſe; Car leurs Eſcrits ſemblent tendre fort a cela, ſur tous ceux qu'ils ont depuis peu preſentés aux deux Maiſons du Parlement, et qu'ils ont incontinent aprés, [comme c'eſt leur couſtume,] faict imprimer et publier,3 les intitulans, La Reſponſe des Commiſſaires du Roy­aume d'Eſcoſſe aux deux Maiſons du Parlement, ſur les nouvelles Propoſitions de Paix, et les quatre**Elles s'appellent Bills en la langue Angloiſe et ſig­nifient des Actes du Parle­ment, auſquels le Roy n'a­pas encore conſenty. Ordonnances, qui doivent eſtre envoyées a ſa Ma­jestè.

Touchant leſquels Eſcrits, Nous avons creu eſtre a propos de faire la preſente Declaration pour deſabuſer les eſprits des Peuples des deux Royaumes; qui autre­ment peuvent eſtre deceus et ſeduits ſoubs des faulſes repreſentations et aſperſions jettées ſur le Parlement d'Angleterre et leurs Procedures. Et nous voulons qu'on ſçache, Que lors que nous parlons des Commiſſaires d Eſcoſſe, nous n'entendons pas en aucun lieu de cette Declaration le Royaume d'Eſcoſſe, Lequel nous nous aſſeurons, ne voudra pas advoüer ſes Commiſſaires en ces Eſcrits, en leurs Tranſactions en l'Iſle de Wight, ny en pluſieurs autres de leurs Eſcrits et Procedures, quand il ſera bien informé de leurs Actions, & des portements; Mais pluſtoſt que ledict Royaume d'Eſcoſſe ſera touſ­jours preſt de nous faire droict, et a ſoymeſme. Or nous procederons maintenant a reſpondre par le menu a leur Eſcrits.

Les Commiſſaires d'Eſcoſse diſent, Qu'ils ont faict tont leur poſsible pour l'eſtabliſſement de la Religion, et d'une heureuſe Paix; Et que nous n'avous pas voulu nous joindre avec eux, pour preſenter encore au Roy les Propo­ſitions qui luy ont eſté premierement envoyées a Oxford, et ſur leſquelles, on a aprés traitté a Uxbridge. Puis ils nous accuſent d'avoir uſé de long delays en les change­ant, Et d'avoir en fin faict les plus grands changement es choſes, qui concernoyent l'eſtroicte Ʋnion des Royaumes;4 Et neantmoins, que, par un ardent deſir de Paix, paſſans par deſſus ce qui pourroit faire pour l'interest particulier du Royaume d' Eſcoſſe, Ils ſe ſont joincts avec les Mai­ſons, pour preſenter des Propoſitions a Sa Majeſtè a Newcaſtel, Encores que, comme ils declarerent alors, ils euſſent juſte Sujet d'eſtre peu ſatisfaicts de pluſieurs cho­ſes contenues en ces Propoſitions .

Or quand aux Propoſitions envoyées a Oxford, Nous avons en grande raiſon d'y faire quelques changemens en ce qui regarde le Royaume d' Angleterre, dequoy Nous ne ſommes pas obligés de rendre compte aux Commiſſaires d' Eſcoſſe, non plus qu'ils ne nous l'ont rendu, et que nous ne l'avons pas attendu d'eux, des chan­gements qu'ils ont faicts, ou pouvoyent faire plus grands es choſes qui concernent particulierement le Royaume d' Eſcoſſe. Et ſur ce qu'ils nous reprochent nos longueurs, quoy qu'ils entreprennent de cenſurer nos actions, Ils n'ont toutesfois pas leurs ſeances parmy nous, pour eſtre teſmoings de noſtre diligence, et pouvoir eſtre juges de nos delays; Bien eſt il vray qu'ils nous ont ſouvent eſté en empeſchement, en singerant en des choſes, qui ne les concernoyent ancunement. Et pour ce qui eſt des Changemens, qu'ils diſent avoir eſté Prin­cipalement faicts en ce qui concerne l eſtroicte Ʋnion des Royaumes; Les principaux Changemens es Propoſiti­ons envoyées a Oxford, qui regardoyent les deux Roy­aumes, eſtoyent ceux cy; Dans les Propoſitions en­voyées a Oxford la Milice par mer et par terre, en tous les trois Royaumes d' Angleterre, Eſcoſse et Ire­lande, eſtoit a la diſpoſition des Commiſſaires des deux Royaumes d' Angleterre et d'Eſcoſſe, Et l'exercice de leurs pouvoirs dans les trois Royaumes y eſtoit confondu. 5Dans les Propoſitions en voyées a Newcaſtel, le pouvoir de la Milice, tant par mer, que par terre, demeuroit diſtinct aux Parlemens des deux Royaumes d'Angleterre & d'E­ſcoſſe, pour en eſtre diſpoſè, & pour eſtre mis en execution ſelon qu'ils en ordonneroyent de temps en temps, Et ce toutes fois avec un pouvoir exprés de joindre les forces des deux Royaumes pour le bien commun, ſur l'advis & reque­ſte des deux Royaumes reſpectivement, & non autrement, eſtant auſſy donné pouvoir a des Commiſſaires pour la conſervation de la Paix des deux Royaumes, d'agn ſelon le pouvoir exprimé a ce regard es Articles du Grand Trai­cté, & non pas autrement.

Es Propoſitions en voyées a Oxford, on avoit deſiré que la Guerre d'Irelande fuſt conduicte par l'advis commun des deux Royaumes; En celles qui furent envoyces a New­caſtel; il eſtoit dict, Que la Guerre d'Irlande ſe feroit par les deux Maiſons du Parlement d'Angleterre. Es Propoſi­tions, que l'on envoya a Oxford, il y en avoit une tou­chant l'Education & Mariage des Enfans du Roy, & des Enfans de ſes Heretiers & Succeſſeurs qu'on y pouvoiroit de l'Advis & Conſentement des Parlemens des deux Royau­mes, ou es intervales de Parlemens par leurs Commiſſaires: Et une autre Propoſition, Que toute concluſion de Paix, ou de Guerre avec les Princes, ou Eſtats Eſtrangers, ſe feroit par le meſme Advis. Il y avoir auſſy une autre Pro­poſition pour paſſer un Acte d'Oubliance par les Parlemens des deux Royaumes reſpecticement: Comme auſſy une quatrieme Propoſition, Que les Armées ſeroyent de ban­dées en tel temps, & en telle maniere, qu'il en ſeroit con­venu par les Parlemens des deux Royaumes, ou par ceux qui ſeroyent authoriſés d'eux pour cet effect.

Ces quatre dernieres Propoſitions eſtoyent obmiſes en6 celles qui furent envoycées a Newcaſtel; la derniere eſtant une dependance de la Milice, & les autres, des matieres, qui les deux Maiſons avoyent trouvé bon de prendre en plus grande conſideration: De ſorte qu'il eſt tres apparent, que ces Changemens tendent Seulement a prevenir la Confu­ſion, qui pourroit arriver du meſlange des Droicts parti­culiers de chaſque Royaume; Laquelle diſtinction entre Union & Confuſion eſt le melleur, voire le ſeul moyen de prevenir une pire Diviſion, & de preſerver l'Union Fra­ternelle, que l'on entretient pour des fins communes, ſans confondre les Droicts & Intereſt particuliers.

Quand a ces mots, Paſſans par deſsus ce qui pourroit faire pour l'Intereſt particulier du Royaume d'Eſcoſſe: Nous ne les avons jamais prié de paſſer par deſſus aucune choſe de cette nature; Mais s'ils ont entendu, que joüir de quelque Intereſt dans le Royaume d' Angleterre ſoit un intereſt du Royaume d'Eſcoſſe, Ils ont cedé ce qu'ils nont jamais eu, et que nous ne leur accorderons jamais, & qu ils ne peuvent auſſy demander ſans rompre le Convenant.

Et touchant ce qu'ils diſent, Qu'ils avoyent juſte Sujet d'eſtre peu ſatisfaicts de pluſieurs choſes contenues es Propoſitions envoyées a Newcaſtel: Nous declaraſmes en meſme temps, qu'ils avoyent grand Sujet d'y trouver leur ſatisfaction, Et nous n'avions pas moins de cauſe de croire, qu'ils approuvoyent d'autant plus nos raiſons, qu'ils avoy­ent conſenty a l'envoy dicelles. Nous n'avons peu encore juſques icy ſuppoſer, qu'ils ayent jamais voulu conſentir a des choſes, qu'ils ont eſtimé contraires a leur ſerment de Fidelité, & Convenant, Et nous ne l'aurions pas dict deux: Mais nous ne pouvons, que nous ne cemarquions a preſent, Que dans ces Eſcrits ils font quelques unes des choſes, auf­quellos ils conſentirent alors, eſtre maintenant contraires7 au Serment de Fidelité & au Convenant, comme il pa­roiſt clairement de leurs paroles, qui ſuivent cy aprés, ou ils diſputent contre les Propoſitions touchant la Miltee & les Tiltres d'Honneur, au ſquelles choſes ils ont cy de: aut conſenty: Voicy leurs termes,

Que apres la Religion, ce en quoy nous ſommes de jugement different ſur les Propoſitions, c'eſt touchant l'Intereſt & le Pouvoir de la Couronne: Nous ſommes oblligés par noſtre Convenant, ſerment de Fidelité & Devoir de Subjects; non ſeulement de ne diminuer en aucune ſorte, mais de maintenir le juſte prouvoir & la grandeur du Roy: De ſorté que la queſtion eſt, En quoy conſiſte l'Authorité & le juſte Pouvoir, de ſa Majeſté, Et nous affermons, & ſperons qu'on ne le pour­ra nier, que le Pouvoir & l'Authorité du Roy conſiſte prin­cipalement, a faire & eſtablir des Loix, & a defendre & proteger ſes Subjects, chſes qui ſent de l'eſſence & de l'eſtre de tous les Roys; Et l'adminiſtration de ce Pouvoir fait les principales parties & devoirs de leur Office & Fonction Roy­ale; Et le Sceptre, & l'Eſpée ſont les Marques de ce Pou­voir, Quand a celuy de la Milice, nous deſirons & conſenti­rons volontiers, qu'il puiſſe eſtre eſtably en ſorte, que ny le Roy luy meſme,y aucum autre, ne puiſse avoir moyen de troubler, ou enfraindre la Paix que l'on doibt faire: Et nous croyons, que dans ſon Meſſage du Chaſteau de Carisbrook, il a offert aſſés pour ſatisfaire a ce regard; Mais nous nous ſom­mes pas d'advis que le Roy, ſa Poſterite & la Couronne ſoyent pout jamais deſpoüillés de tout pouvoir & droit ſur la Milice; Comment pourrent ils reſiſter a leurs Ennemis & aux Enne­mes du Royaume, proteger leurs Subjects, ou entretenir a­mitie ou correſpondence avec leurs Aliés? Tous Roys ſont obliges par leur Office & parleur ſerment, qu'ils font a loue Couronnement, de maintenir les Loix & proteger8 leurs Subjects; Et pourtant ce ſeroit une choſe eſtran­ge d'exclure de la Couronne pour jamais le pouvoir d'accomplir ce, a quoy les Roys ſont obligés par le Serment, Et ce, a quoy les Subjects jurent obeiſsance par lour Serment de Fi­delité. Pour ce qui eſt de la diſpenſation des Tiltros d Hon­neur, nous deſirons que le Roy, qui en eſt la ſource, ne ſoit pas privé d'une choſe, qui en tous Aages, & en tous Roy­aumes a tousjours eſté tenue & eſtimée une Fleur de la Couronne.

Ce ſont la les propres termes des Commiſſaires d' E­ſcoſse, Et les meſmes termes & Arguments, au moins au meſme effect, deſquels le Roy s'eſt ſervi a meſme diſ­ſeing dans ſes Declarations au commencement de cette Guerre; comme particulierement en ſa Declaration in­titulée, La Reſponſe de ſa Majeſté a un Liure im­primé, dict la Remonſtrance, ou la Declaration des Seigneurs & Communes aſſemblés maintenant en Par­lement, du 26. de May 1642. Pour Reſponſe a une Declaration, faicte au nom de ſa Majeſté touchant l'affaire de Hull, ou il dit,

De plus ſe peut on imaginer, que le Roy ſoit obligé par Serment de paſſer des Loix [Et telle eſt l'Ordonnance de la Milice, qu'ils nous ont apportée,] qui luy oſtaſsent le Pouvoir qui luy a eſté confié, pour le mettre en d'autres mains, Et le deſpouillaſſent & privaſſent de tout pou­voir d'accomplir la principale choſe parteé par ſoa Serment, qui eſt de les proteger, Si nous donnons noſtre Pouvoir a d'autres, ou ſi on nous l'oſte, Nous devenons incapable de proteger aucune Perſonne: Et quelle excuſe poúrions nous pretendre devant Dieu, ou devant les Hommes, quand nos bons Subjects, deſquels Dieu & les Loix nous ont donné9 la charge, feront deſchirés & pillés, de dire, que nous en avons commis d'autres pour les Proteger, c'eſt a dire pour s'acquitter en noſtre place de ce Devoir, qui reſide eſſentiellement, & inſeparablement en noſtre propre Per­ſonne.

Apres ils diſent, Qu'ayant eſté accordé entre les deux Royaumes, que les meſmes Propoſitions ſeroyent encore preſenteés a Sa Majeſté a ſon arriveé a Holdenby, Les deux Maiſons l'ayant differé pluſieurs mois, ils ont at­tendu leur temps auec Patience, Puis que ſoudainement Elles ordonnerent un jour peremptoire, auquel les Propoſi­tions fuſſent preſenteés a ſa Majeſté, & donnerent charge a leurs Commiſſaires, qu'en cas, qu'ils ne ſe trouvaſſent pas ce jour la preciſément a Hampton Court, Ils preſen­taſſent eux ſeuls les Propoſitions au Roy. Ce qui eſt con­traire au Traicté faict entre les deux Royaumes.

Quand a ce, quils diſent, quils ont attendu noſtre temps avec patience, ils devoyent pluſtoſt avoir dict avec ſilence. Car entre la venue du Roy a Holdenby, & le temps qu'on luy preſenta les Propoſitions a Hampton-Court, ils ne firent aucune inſtance pour l'envoy des Pro­poſitions au Roy, comme ils avoyent faict auparavant: Mais les deux Maiſons, apres que le Roy fut venu a Hol­denby, preſſerent ſouvent les Commiſſaires d'Eſcoſſe de ſe joindre a Elles, pour envoyer les Propoſitions a ſa Ma­jeſté, a quoy ils apporterent du retardement, allegans pour raiſon, qu'ils attendoyent certaine perſonnes d'Eſcoſſe, avant la venüe deſquelles, ils ne ſe pouvoyent joindre a­vec nous. Meſmes ou leur a oüy dire, ou du moins a un d'eux [comme nous en avons eſté bien informés.] Qu'ils ne tenoyent pas eſtre a propos, que les Propoſitions fuſ­ſent envoyées au Roy, que premierement l'Armée Com­mandée10 par le Chevalier T. Fairfax ne fuſt desbandée; Certes alors ils euſſent peu amener le Roy a Londres, ſoit que le Parlement l'euſt voulu, ou non, & forcer le Par­lement a traicter Perſonnellement avec luy, en tels termes & a telles conditions, qu'il euſt pleu a ſa Majeſté & a eux. Out peut voir clairement par , de qui, & d'ou eſt venu le retardement en ce temps . Et touchant ce que les Propoſi­tions furent envoyées aprés ſoudainement. Qui euſt penſé qu'aucun temps euſt peu eſtre trop ſoudain a des gens, qui font telle profeſſion deleur conſtante diligence & promp­titude; Et qu'ils attendiſſent ſeulement le temps des Mai­ſons du Parlement, ſur tout lors qu'elles eſtoyent obligeés d'envoyer leſdictes Propoſitions ſans y faire aucun changement? S'il y euſt eu une telle clauſe dans le Traicté, [comme ils pretendent & comme il ſera de­claré en ſon lieu] Qu'il y doibt avoir une Concur­rence de l'advice, & Conſentement des deux Nations es choſes, qui doivent ſervir de fondement a la Paix com­mune; On eſtoit neantmoins convenu de ces Propoſitions entre les deux Royaumes, & qu'elles ſeroyent envoyèes, ſeulement le propre jour qu'elles devoyent eſtre enuoyées n'eſtoit pas nommé determinement, Et l'eſtat de nos affaires en ce temps ne pouvoit ſouffrir de delay, com­me auſſy nous n'eſtions pas obligés d'attendre leur com­moditê en une telle circonſtance. Et ſi preſenter ou preſſer l'effect des Propoſitions deſquelles les deux Roy­aumes eſtoyent d'accord, par l'un deux a part, eſtoit rompre le Traictè, Pourquoy les Commiſſaires d'Eſcoſſe l'ont ils rompu les premiers, faiſans la meſme choſe a Newcaſtel, avant que le Royaume d'Angleterre euſt de­claré, qu'il vouluſt qu'on preſentaſt encore les meſmes11 Propoſitions, beaucomp moins qu'on preſſaſt le Roy de les accorder.

Aprés cela ils ſe prennent aux Maiſons du Parlement, diſans, Qu'ayans par leur Eſcrit du 5. Novembre, deſiré quil ſe peuſt faire un Traicté Perſonnel avec le Roy icy a Londres; & ce aprés avoir receu les nouvelles Propoſiti­ons, qui devoyent eſtre preſentées a sa Majeſté, Ils inſiſte­rent par leur Eſcrit dn 17 Novembre, ſur leur premiere demande d'un Traicté Perſonnel avec ſa Majeſté, Mais ne recevans aucune Reſponſe a l'un ny a l'autre de leurs Eſcrits; Et eſtans requis de donner une Reſponſe poſitive ſur les nouvelles Propoſitions le 23. Novembre, ils reſolu­rent de demander encore une fois Reſponſe a leurs premi­ers Eſcrits, & requirent auſsy d'avoir une Conference a­vec un Committé des deux Maiſons ſur l'advantage, qui pourroit revenir d'un Traicté Perſonnel avec ſa Ma­jeſté, & ſur les Changemens faicts es Propoſitions, afin, que ſuivant de Traicté du 29. Novembre 1643. [com­me ils diſent, a quoy il ſera auſſy reſpondu en ſon lieu] on peuſt de l'advis & Conſentement des deux Nations s'ac­corder promptement ſur ſes choſes, qui doiventeſtre le fon­dement de la Paix commune. A toutes loſquelles cho­ſes les Maiſons n'ont voulu donner aucune Reſponſe, & toutesfois, que ce ne leur eſtoit pas une petite ſatisfa­ction d'avoir tenté tous les moyens de faire un bon Accord, Et que le retardement de l'eſtabliſſement de la Paix des Royaumes ne leur prouvoit eſtre imputé.

Nous diſons, Que nous avions autant de ſujet d'eſtre peu ſatisfaicts de ſe qu'ils ne nous donnoyent aucune Re­ſponſe ſur les nouvelles Propoſitions [comme ils les ap­pellent] que nous leur avions envoyées, mais de ce qu'au lieu de le faire ils inſiſtoyent touſ jours ſur leurs Eſ­crits,12 & a demander un Traicté: Comme ils diſent l'avoir eſté de nous, de ne leur avoir point rendu de Re­ſponſe ſur la demande d'un Traicté, avant qu'ils nous euſſent reſpondu ſur leſdictes Propoſitions, que nous leur avions envoyées; Cette façon d'agir par Propoſiti­ons n'ayant jamais eſte deſaprouvée au paravant d'aucun des Royaumes, mais bien celle de Traicter, contre la­quelle les Maiſons du Parlement avoyent donné leurs ſuffrages; Et les deux Royaumes ayans conjoinctement declaré ne pouvoir entendre a un Traicté a Londres, [qui eſt, ce qu'ils demandoyent] avant que le Roy euſt donné aucune Satisfaction, ny Seureté a ſes Royaumes; Ce qui pouvoir ſervir de raiſon ſuffiſante aux Maiſons pour ne conſentir point a aucune Conference avec Eux par Committés des deux Maiſons ſur ce ſujet, & beaucoup moins ſur les Changemens des Propoſitions, que nous avions faicts au regard de ce Royaume ſeulement; enco­res que les Commiſſaires d'Eſcoſſe ne leur-cuſſent pas auparavant donné cauſe ſuffiſante de n'accorder que fort rarement telles Conferences, comme ils la leur don­nerent apres la Conference avec les Committés des deux Maiſons en la chambre Peincte, ou il ſe traicta, comme on diſpoſeroit de la Perſonne du Roy; A la­quelle Conference les Commiſſaires d'Eſcoſſe ayans en­gagé nos Committés de ne faire aucun Raport de ſe qui s'y eſtoit paſſé juſques a ce qu'ils euſſent donné leur Reſponſe par eſcrit; avant que nos Committés euſſent donné aucune Reſponſe aux Maiſons, quelques uns d'eux donnerent ordre qu'on imprimaſt Trois mille Copies de la Harangue que leur Chancelier, avoit faicte en cette Conference, leſquelles, comme l'Imprimeur a confeſſé devoyent eſtre publiées le Jeudy 15. d'Octobre, 1646. 13Si on ne les euſt envoyé querrir par Ordre de la Maiſon des Communes le Mercredy 14. du meſme mois; A­pres lequel temps, & non pluſtoſt, ils curent charge des Commiſſaires Eſcoſſois de ne les publier pas juſques a nouvel ordre. Leſquelles Harangues furent puis apres publiées & dictes avoir eſte imprimées a Edenbourg.

Quand a la Concluſion par la quelle ils finiſſent leur diſcours de la matiere du Faict, Que le retardement de l'eſtabliſſement de la Paix des Royaumes ne leur peut pas eſtre imputé, faiſans reflection du contraire ſur les Mai­ſons du Parlement.

Les Maiſons du Parlement ont ſi ſort advancé la Paix & l'Eſtabliſſement des affaires en pourſuivant la Guerre avec vigueur, qu'ils ont entierement ſupprimé les forces de l'Ennemy, & par ce moyen ont mis fin a la Guerre, [comme les Commiſſaires d'Eſcoſse le recognoiſſent ſouvent dans leurs Eſcrits], Et ſi cela ne ſe peut pas appeller une Paix, c'eſt toutesfois quelque choſe que en approche fort, Et qui promettoit fort l'entier Eſtabliſſement des Royaumes, ſi les Commiſ­ſaires Eſcoſſois n'euſſent par leurs procedures en l'Iſle de Wight, & par ces Eſcrits, jetté les Peuples dans des apprehenſions de Nouveaux troubles; Et pourtant s'ils ont [comme ils diſent,] cy devart contribué quel­que choſe pour l'Eſtabliſſement des affaires, Ils ont par ces dernieres Actions beaucoup plus travaillé pour faire retomber les Royaumes en de nouveau deſordres, comme tout homme d'eſprit le jugera ſans doubte, & ces Roy­aumes [ſi Dieu ne le previent] en pourront ſentir les triſtes effects.

Apres leur Diſcours de la matiere du Faict les Com­miſſaires Eſcoſsois diſtinguent entro certaines choſes,14 qui concernent en propre le Royaume d'Angleterre, ſes Droicts, Loix, & Libertés, & autres mattiers, leſ­quelles, ou de leur propre nature ſont communes aux Royaumes, ou par Convenant ou Traicté concernent les deux Royaumes, Et promettent qu'a l'application de cette Diſtinction, ils ne s'eſtendront pas au delà de leurs limites, les Conditions expreſſes de leur Alliance Solennelles & Convenant, le Devoir de leur Fidelité, ny des Traictés & Declarations faictes entre les Royaumes, qui ſont de ſi fortes Obligations, que tous ceux, qui ont aucun ſentiment d'Honneur & de Conſcience doivent re­cognoiſtre qu'elles ſe doivent obſerver inviolablement.

Nous ne pouvons recevoir au nombre des Conditi­ons expreſſes du Convenant & du Traitté toutes celles que les Commiſsaires d'Eſcoſſe y mettent. Nous a­vons oüy parler de quelques uns, qui ont faict diſtincti­on entre les choſes Spirituelles & les Temporelles, mais qui toutesfois in ordine ad Spiritualia, ſe ſont appro­priés toutes choſes quelconques: Les Commiſſaires Eſcoſſois de la meſme ſorte ſe ſervent ſi dextrement du Convenant, du Traicté & du Serment de Fidelité, qu'ils ne laiſsent preſque rien au Royaume d'Angleterre, qu'ils n'y pretendent quelque Intereſt pour le Royaume d'Eſcoſse: Or nous maintenons que les choſes qui peuvent eſtre eſtimées les plus communes aux deux Roy­aumes, ne ſont pas pourtant tenués d'eux en commun, Et que leurs Intereſts en cela ne ſe doivent par exercer en commun, mais diſtinctement ſelon les divers Droicts & Couſtumes de chaſque Royaume reſpectivement. Et qu'on doibt tendre de meſme, ſelon les divers rangs & voccations de chaſcun, & non autrement, aux fins les plus Communes a tous deux, comme il eſt plus am­plement15 declaré en noſtre Reſponce aux Eſcrits des Commiſſaires d'Eſcoſse du 20: & leur Lettre du 24. d'Octobre 1646. Sur la conſideration, comme on diſ­poſeroit de la Perſonne du Roy.

Ayans poſé & affermy ce fondement de Droict & Juſtice entre les deux Royaume, nous paſſons au reſte de leur Diſcours, ou la Logique de leur Methode nous ſemble un peu eſtrange, de ce qu'ils entrent premiere­ment en conſideration de la Forme que de la Matiere de noſtre Adreſse au Roy; Veu qu'en toute Raiſon la Matiere doibt preceder la Forme, & que de la differente nature d'icelle, la Forme de noſtre Adreſſe peut tomber ſoubs des differences conſiderations, certaines choſes eſtans de telle nature, qu'elles ne peuvent pas tomber ſous un Traicté, & d'autres telles, qu'on en peut Trai­cter. Mais les Commiſſaires d'Eſcoſse tendent touſ­jours conſtamment a leurs fins, leſquelles n'eſtans au­tres, que de plaire au Roy, La premiere choſe qu'ils ont en leurs penſées & en leur Diſcours eſt celle qu'il de­mande avant toute autre, aſçavoir; Un Traicté Perſon­nel a Londres, eſperans comme le Roy fait, que s'ils peuvent premierement gaigner ce poinct ils reduiront par ce moyen làles Propoſitions a tels Termes, qu'il leur plaica, qui eſt a des Termes qui ſoyent plauſibles au Roy; Toutesfois puis que leurs Principes les ont porté a ſe ſer­vir de cet ordre nous les ſuivrons en leur Methode, quoy que nous le le faſſions pas en leurs Principes.

Les Commiſſaires d'Eſcoſſe, diſent, que c'eſt leur Iuge­ment & leur Opinion, Que le moyen le plus eſgal, le plus honnorable, & le plus juſte d'obtenir une Paix aſſeurée, c'est par un Traicté Perſonnel avec le Roy, Et qua cette fin Sa Majeſté ſoit priée de venir a Londres en tout Hon­neur,16 Literte & Scureté. Sur quoy iis offrent de don­ner pluſieurs Raiſons. Mais il faut premierement re­marquer, que comme l'affaire eſt maintenant propoſee, quoy qu'ils n'en faſſent mention dans leur Poſition, tou­tesfois il eſt ſuppoſé, Que ce Traicté ſe devoit faire ſur Toutes les Propoſitions; Car celles qui ſont les plus eſ­ſentielles pour leur ſeureté, ayant eſté preſentées au Roy par les Maiſons en quatre Ordonnances, s'il y euſt donné ſon conſentement, Elles vouloyent bien ad­mettre un Traicté ſur le reſte, Et pas une des Raiſons des Commiſſaires d'Eſcoſſe ne conclud a un Traicté ſur le tout; non plus qu'elles ne concluent pas qu'il ſe faſſe neceſſairement a Londres, Et aucune d'icelles ne couclud pas plus contre l'envoy des Propoſitions, & pour un Traicté, a preſent, que lors que les Propoſition fu­rent envoyées a Newcaſtel, ou quand on fut a pres tombé d'accord entre les deux Royaumes, qu'elles ſeroyent en­voyées au Roy a Holdenby.

Mais maintenant nous examinerons plus particuliere­ment leurs Raiſons particulieres.

A la premiere: Sur ce qu'ils diſent, Que l'envoy des Propoſitions ſans Traicter a ſouvent e­ſté eſſayé ſans ſuccés, Et que les Nouvelles Pro­poſitions ſont moins a l'advantage de la Couronne, que les precedantes, Et pourtant que nous n'avons pas raiſon d'attendre plus de ſatisfaction par ce moyen , que nous n'en avons eu apparavant.

Nous leur demandons, Quelle raiſon avons nous d'attendre plus de ſatisfaction d'un Traicté, que nous n'en avons receu auparavant en cela a Ʋxbridge, ou17 au Traicté Perſonel d'Oxford, ſi nous ne ſommes re­ſolus au prealable d'abandonner par un traicté tout ce pourquoy nous avons combattu & de nous laiſſer oſter par un traicté, ce qu'on ne nous a peu faire perdre par la force de Armes: Ou du moins, que pouvons nous at­tendre d'un Traicté, ſinon que ſoubs pretexte de ſatiſ­faire a tòus Intereſts, un Intereſt ſoit oppoſé a l'autre pour nous diviſer, Et que par ce moyen , [n'ayans auparavant poſé aucun fondement de Seureté] Le Roy puiſſe eſtablir ſon propre Intereſt par deſſus tous les autres. Si le ſuccés & l'advantage de la Couron­ne ſelon l'opinion du Roy doibt eſtre la reigle de nos Reſolutions, Et ſi deſſus lés moyens & les conditions de noſtre Paix nous doivent eſtre preſcrites, ce ſera un auſſy puiſſant Sujet aprés [& peut eſtre cela devoit eſtre le premier pas en ſuitte] de nous faire auſſy bien departir de la matiere, comme de la forme de nos Propoſitions, Le Roy ayant ſi ſouvent & ſi peremptoi­rement declaré ſa Repugnance aux poincts les plus eſ­ſentiels d'icelles, & les reputant ſi prejudiciables a ſa Couronne & a ſa Dignité. Si nous ne pouvons obtenir la paix que ſur ces termes aſçavoir la Volonté du Roy & l'advantage de la Couronne au jugement du Roy; En ce cas nous n'avions pas beſoing de faire aucune Guerre, Ce qui auroit eſté une reſolution d'aurant plus Chreſtienne, & auroit prevenu l'effuſion de beau­coup de ſang, duquel, ſi nous allons ſur tels Principes, que ceux , nous attirons neceſſairement tout le crime ſur nous meſmes; Et de plus, s'il y avoit aucune choſe en ces Propoſitions que le Roy & ſon Party puiſſent concevoir eſtre moins a l'Advantage de la Couronne,18 Il faut qu'elle ſe trouve dans le reſte desdictes Propoſi­tions, & non pas dans les quatre Ordonnances, Car elles eſtoyent les meſmes qu'auparavant [ſi on en ex­cepte ſeulement la Loy Declaratoire touchant**Adjourner le Parlement ſig­fie en la langue Angloiſe le re­mottre a un au­sre temps ou a un autre lieu. l'Ad­journement du Parlement] Tellement, que ces Pro­poſitions la'eſtans ſoubmiſes a un Traicté, il euſt eſté plus ſeant, que cela fuſt venu du Roy, ou de ſes Commiſ­ſaires, de l'avoir allegué en traictant, que de la part des Commiſſaires d'Eſcoſſe, qui s'en ſervent comme d'un Ar­gument pour un Traicté.

A la ſeconde Raiſon, ou ils argumentent ainſy, Que l'es loygnement du Roy de ſon Parlement eſt recognu des Maiſons en diverſes Declarations eſtre la principale cauſe de la Guerre, des Mal­heurs, & Calamités des Royaumes, Et que par conſequent la preſence de ſa Majeſté avec le Par­lement doibt eſtre le meilleur, ſi-non le ſeul remede pour diſſiper nos troubles.

Nous diſons. Que les Commiſſaires Eſcoſſois, ſe mespren­nent, s'ils penſent que la preſence du Roy avec le Parle­ment infere neceſſairement ſa preſence a Londres, ce que Luy & eux deſirent ſi ſort, a fin qu'ils puiſſent avoir l'oc­caſion de Cajoler les Bourgeois. Si ſa preſence avec le Parlement eſtoit neceſſaire, il n'eſt toutesfois pas neceſ­ſaire que le Parlement ſoit a Londres, Et ils ne ſe meſ­prennent pas moins es Declarations du Parlement, s'ils croyent, que ce ſoit l'abſence Locale du Roy de ſon Par­lement, qui y eſt dicte eſtre la principale cauſe de la Guerre, des Malheurs & Calamités des Royaumes au­trement, qu'au regard de ſon eſſoignement d'eux quand a19 ſes Affections, & de ſon oppoſition a leurs Conſeils, Et de ſes efforts pour les deſtruire, Certes ſa Preſence avec ſon Parlement avec des affections & Intentions contraires a celles la, y euſt peu pour la meſme rai­ſon eſtre le meilleur remede pour diſſiper nos troubles; Mais ſon tetour a ſon Parlement avec les meſmes Af­fections & Intentions, c'eſt a dire, de miner & ruiner le pouvoir de ſon Parlement & de renouveller la Guerre contre Eux, peut ſervir de raiſon ſuffiſante pour l'en te­nir eſloigné, comme auparavant ſon abſence du Parle­ment a deſſein de le ruiner & commencer la Guerre contre Eux donnoit alors ſujet de deſirer ſa Preſence. Tels Arguments tirés des Contraires Conſequences des Contraires ſont fort fallacieux par tout, ou les Con­traires ne ſont pas ſemblables en toutes leurs Circon­ſtances au regard de leurs Conſequences: Ce ſeroit mal Argumenter, de dire qu'a cauſe, que c'eſtoit pour noſtre bien que l'Armée Eſcoſsoiſe eſt venue en Angleterre quand nous les y avons appellés & avions beſoin d'Eux, qu'ils en ſont ſorty a noſtre domage quand nous les en avons prié & n'avions plus beſoin d'eux. Tels Sophiſmes que ceux cy ſont plus convenables dans les Eſcholes, que dans un Senat.

A leur troiſieme Raiſon, Que ſans un Trai­, ou bailler des Raiſons pour juſtifier le ſuject qu'on a, de trouver expedient de faire preſenter des Propoſitions au Roy, on les peut eſtimer des Jmpo­ſitions.

Nous diſons que les Committés des Eſtats d'Eſcoſse & le Chancelier de ce Royaume donnerent a Newca­ſtel en leur nom des Raiſons en faveur des Propoſitions. 20Et qu'ont ils obtenu par , ou quelles Raiſons ont ils trouvées de puis, qu'ils jugent plus fortes, que celles, qui furent preſſées alors par leur Chancelier, en la Harangue qu'il fit au Roy a Newcaſtel; en laquelle entre autres choſes il dit, Les Amis de voſtre Majeſté & les Com­miſſaires d'Eſcoſſe [apres tous leurs debats & conteſtati­ons] ont eſté contraincts de conſentir a l'envoy de ces Pro­poſitions , ou auroyent attiré la haine d'un chaſun ſur eux pour avoir empeſché la Paix, & qu'on n'envoyaſt aucu­nes Propoſitions. Et a preſent, Sire, ſi Ʋoſtre Majeſté [ce quia Dieu ne plaiſe] refuſe d'accorder ces Propoſitions, Vous perdrés tous vos Amis, la Ʋille de Londres & tou­tes les Provinces, Et toute l'Angleterre s'unira entiere­ment contre vous, Et [quand toutes eſperances de recon­ciliation ſeront perdues,] il eſt a craindre qu'ils ne faſ­ſent voſtre procés & vous depoſent, & eſtabliſſent une autre forme de Gouvernement; Ils nous preſſeront de liurer Vo­ſtre Majeſté en leurs mains de leur rendre les Garniſons du Nord, & de retirer noſtre Armée d'Angleterre; Et ſi Voſtre Maieſté refuſe les Pro­poſitions, les deux Royaumes ſeront contraincts [pour leur ſeureté com­mune] deſtablir la Religion & la Paix ſans Vous;

Ce qui [a noſtre indicible, regret] ſera la ruine de Voſtre Majestè & de vostre Posterité: Et ſi vostre Ma­jeſté rejette noſtre fidele Conſeil [de nous, qui ne de­ſirons rien plus au Monde que l'affermiſſement du Throſne de Voſtre Majesté] & perd l'Angletetre par ſon opiniaſtré, Nous ne vous permettrons pas de venir ruiner l'Eſcoſse. 21Quelle Raiſon apres toute autre pouvons nous avoir plus forte pout nous, que le jugement des deux Maiſons du Parlement, eſtans la Repreſentation de tout le Royaume? Ou quoy? ſi le Roy ne ſe veut contenter de toutes les Raiſons qu'elles luy peuvent donner. Les Propoſitions, [ſi on y inſiſte,] ne ſeront elles pas touſ-jours des Im­poſitions? Voire meſmes ſi toures les Forces ne ſont deſ­bandées toutes ſes Garniſons & Sa Flotte, [comme il les appelle,] miſes en ſes mains, & ſi l'on ne met encore les Armes es mains de ceux qu'il tient pour ſes Amis, & s'ils ne ſont admis au Parlement & aux Charges de conſequence auſſy bien que les autres, le Roy n'e­ſtimera-il pas toutes Propoſitions pour Impoſitions? Et ſi la voye de la Raiſon & de la Perſuaſion eſt le ſeul moyen eſgal, honorable & juſte pour obtenir une Paix bien eſtablie (comme ils parlent) il n'y a point de doubte que toutes nos Propoſitions juſques icy n'ayent eſté des Impoſitions & uous aurons tenu juſques a preſent un fort Mauvais chemin, a quoy nous devions avoir penſé, avant que de nous engager & les Royaumes a de ſi grandes De­ſpenſes, & a l'effuſion de tant de Sang, qui auront eſté employès non ſeulement inutilement, mais auſſy ſort in­juſtement, ſi nous n'avons d'autres moyen de nous en ju­ſtifier que par la Perſuaſion, & ſi toutes choſe deman­dèes, ou obtenues par d'autres voyes ne ſont que des Im­poſitions. Qui ne voit pas que ces Principes ne nous rendent pas ſeulement coulpables de tout le Sang, qui a eſté reſpandu en cette Guerre, mais arrachent les fon­dements de toute eſperance de jamais faire avec le Roy une Paix, qui ſoit juſte & ſeure, veu que nous ne la pouvons obtenir juſtement, qu'a ſes Termes, qu'aucun homme de ſens ne pourra croire devoir eſtre autres, que22 cèux qui tendent apparemment a la deſtruction des Per­ſonnes qui ſe ſont engagés en cette Guerre & a nous priver des fins pour leſquelles les deux Royaumes l'ont entrepriſe.

A leur quatrieme & ſixieme Raiſons, Que le Roy peut avoir quelques juſtes Demandes a Pro­poſer pour la Couronne & pour Luy meſme, Et que toutes choſes contenues es Propoſitiones ne peuvent pas eſtre de telle importance, que ſi elles ſont refu­ſées cela doive empeſcher la Paix.

Nous diſons que les choſes les plus eſſentielles a no­ſtre Seureté eſtans accordées parle Roy en conſentant aux quatre Ordonnances qui luy ont eſté envoyées a cette fin, Nous n'avons pas refuſé de Traicter ſur le reſte, & par ce moyen de prendre en conſideration les choſes, dont on eut peu diſpenſer dans les Propoſitions, comme auſſy les Demandes du Roy. Mais il ny avoit point d'­apparence que ſelon la Raiſon, ny par le Convenant elles deuſſent aller devant, mais pluſtoſt ſuivre l'eſtabliſſe­ment de noſtre Religion & de nos Libertés.

Quand a leur cinquieme Raiſon par laquelle ils concluent, Qu'un Traicté Perſonnel eſt le meil­leur moyen de faire renaiſtre une Confiance mutuelle entre le Roy & ſon Parlement.

Nous reſpondons que la Confiance ſans une Aſſeurance ſuffiſante eſt tous-jours dangereuſe & ſe termine ordinai­rement en une plus grande defiance, s'il n'arrive plu­ſtoſt que le party qui ſe confie trop ſoit ſupplanté & en23 ſuitte englouty dans un deſeſpoir. Les Aſſeurances que le Roy pouvoit prendre & attendre du Parlement eſtans re­eles, & toutes celles qu'il pourroit accorder aux deux Mai­ſons par deſſus celles qu'elles peuvent prendre d'elles meſ­mes, n'eſtans gueres plus que verbales, ſinon en imagina­tion, Elles ont raiſon de demander des paroles auſſy effe­ctives que belles; Et d'amener le Roy a Londres pour y Traicter Perſonnellement avec ſon Parlement, avant que les Principaux poincts, dont ils ſont en queſtion & diffe­rent ſoyent accordés & aſſeurés, cela ne pourroit ſervir a autre choſe, qu'a fomenter & accroiſtre cette folle & trop confidente humeur d'un Peuple ſeduict & abuſe, qui le tranſporre desja par trop, auparavant qu'il ait fondé ſa Seureté, dequoy il pourroit cy apres & ſa Poſterité avoir tout loiſir de ſe repentir & lamenter, quand il ſeroit trop tard pour y remedier.

Quand a l'Objection qu'ils remarquent eſtre commune, & advouent avoir eſté autresfois, la leur propre auſſy bien que celle du Parlement, Quo la preſence du Roy peut engendrer de la Diviſion, & eſtre cauſe de la conti­nuation de nos troubles, Et que lors que le Roy a deſiré de venir d'Oxford, a Londres avec Liberté & Seureté, on ne l'a pas trouvé a propos, Et que les Maiſons & les Com­miſsaires d'Eſcoſſe l'ont refuſé.

Quoy qu'ils s'efforcent d'eluder cette Odjection par la difference des Temps & de l'eſtat des Affaires, ils ne veulent pourtant pas accorder la meſme liberté aux Mai­ſons du Parlement, pour Reſpondre a ce qu'ils alleguent en la Clauſe qui ſuit immediatement, tirée de leur De­claration du 11 Septembre 1642, encores qu'en ce lieu la difference des Temps & la condition des Affaires ſoit tres reele & manifeſte, Et qu'au contraire ce ne ſoit24 icy qu'une pure evaſion, comme il eſt clairement monſtré dans noſtre ſuſdicte Reſponſe aux Eſcrits des Commiſ­ſaires d'Eſcoſſe du 20 & a leur Lettre du 24 Octobre 1646, ou il s'agit de diſpoſer de la Perſonne du Roy Et auquel lieu, quoy que nous ayons pleinement re­ſpondu a cette evaſion de laquelle ils ſe ſervent, [qui eſt la meſme dont ils avoyent uſé auparavant,] & a leur Argument auſſy tyré de noſtre meſme Declaration du 11. Septembre 1642, toutesfois ils ne remarguent ny l'un ny l'autre; Mais puis qu'ils ſont tant de cas de leur Reſponſe & de leur Argument, nous n'avous pas moins de raiſon de faire eſtat de la Replicque & de la Reſpon­ſe qui y a eſté faicte, laquelle eſtant ſuffiſante, & clai­re ſur le Point dont il s'agit, nous nous contenterons de la raporter icy en ces mots.

Et ſur ce que vos Seigneuries trouvent de la diffe­rence aux Temps auſ-quels les deux Royaumes envoyérent au Roy leur Reſponſe a ſes Letters du 26, & 29, De­cembre dernier par les quelles il deſiroit de venir icy, pour ce qu'il avoit alors des Garniſons, & des Forces en Campaigne, qui n'eſtoyent pas reduittes ſoubs noſtre pou­voir, Nous prions vos Seigneuries de ſe reſſouvenir, Qu'­encores que ces choſes d'avoir des Garniſons & des For­ces fuſſent mentionnées en la Lettre, neantmoins le ſuiet principal ſur lequel on inſiſtoit eſtoit exprimé en ces mots, Nous jugeons Que juſques a ce que vous ayes donné ſatisfaction & Aſſeu­rance a vos deux Royaumes Voſtre Majeſté ne peut pas convenablement25 venir icy & que nous n'y Pouvons pas conſentir.

Ce qui apparoiſt davantage en une autre Lettre en­voyée de la part du Parlement, & de vos Segneuries au mois de Mars dernier pour Reſponſe a une Lettre du Roy du vingt troiſieme du meſme mois, ou les meſmes mots de SATISFACTION & ASSEVRANCE ſont encore expreſsement repetés, Et le Roy n'a rien faict depuis ce temps qui ait en la moindre ſorte donné ſatisfaction, ou Aſseurance a ce Royaume. Mais toutes­fois vos Segneuries ſçavent bien Que le Roy quand il a envoyé ſa derniere Lettre n'avoit ny Forces en Campagne, ni Garniſons, qui ne fuſſent blocquées, Et il a autant de Forces a preſent que vous faictes ces demandes pour luy, qu'il avoit quand a voſtre indecible regret [comme vous dites en vos Eſcrits,] il fit lors la meſme Demande pour luy meſme en ſon Refus de conſentir aux Propoſitions, qui luy eſtoyent envoyées de la part des deux Royaumes. Vos Seigneuries alleguent noſtre Reſponſe au Meſsage de ſae Majeſté de l' 11. Septembre, 1642. A quoy nous n'avons pas beſoing de rien adjouſter. Il y a une tres grande diffe­rence entre ce qui ſe doibt faire pour eſtouffer en ſa naiſ­ſance une Guerre que l'Ennemy Commun avoit commen­cée en eſloignant le Roy de nous, Et ce qui ſe doibt faire apres; quand elle eſt terminée pour affeurer la Paix.

Nous ne pouvons auſſy que nous ne remarquions, Qu'encores que non ſeulement l'Aſſemblée de l'Egliſe d'Eſcoſse en une Declaration envoyée au Roy, l'accuſe d'eſtre coulpable de l'effuſion du ſang de pluſieurs milliers de ſes meilleurs Subjects: Mais auſſy ces meſmes Com­miſſaires joincts aux Maiſons du Parlement en leur26 Reſponſe du 18. Ianvier aux Lettres du Roy du 26, & 29 Decembre, 1646. entre autres choſes font celle cy leur premiere & principale raiſon, de ce qu'ils ne pou­voyent conſentir a la venue du Roy a Londres & a un Traicté Perſonnel, qu'il demandoit, Juſques a ce qu'il euſt au prealable donné ſatisfaction, & Aſſeurance aux deux Royaumes, a cauſe que tant de ſang innocent de ſes bons Subjects avoit eſté reſpandu eu cette Guerre par ſon Commandement & en vertu de ſes Commiſsions, qui ſont leurs propres termes, Toutesfois a preſent avant qu'il ait faict aucune Satisfaction, tant pour l'effuſion de ce ſang, que ſur les autres choſes, pour leſquelles tant de ſang a eſté reſpandu, Ils demandent inſtamment qu'il ſoit invité de venir a Londres avec Honneur, Liberté & Seureté pour Traicter , ſi nous obtiendrons toutes ou quelqu'unes de ces choſes, pour le recouvrement deſ­quelles nous avous combattu, & qui ont couſté tant de Sang.

Apres la maniere & la forme de noſtre Adreſſe, & Application au Roy, ſuivans la Methode des Com­miſſaires d'Eſcoſſe nous paſſerons a la matiere, la­quelle ils diviſent en trois Chefs: a ſçavoir la Religi­on, L'intereſt de la Courone, Et l'Ʋnion des deux Roy­aumes, & ce qui les concerne conjointement: Qui eſt une mauvaiſe Diviſion, ſi le dernier membre n'eſt pas di­ſtingué des deux premiers, Et ſi il l'eſt, ou leur Diviſi­on au commencement de leur Eſcrit entre les choſes, qui concernent les Royaumes en commun, & en particulier a eſté fort mal faicte, ou ils n'ont pas tenu promeſſe de ne s'eſtendre pas au delà de leurs limites '; Pourquoy ne laiſſent ils pas le ſoing de la Religion, entant qu'elle con­cerne ce Royaume a part & diſtinctement, a la con­duitte27 des Maiſons du Parlement; Et pourquoy ne laiſ­ſent ils pas au Roy ou a ſes Commiſſaires CET Inte­reſt de la Conronne, qui n'eſt pour le bien de l'un ny de l'autre Royaume, mais tend a leur Ruine, & a les ren­dre Eſclaves? Mais puis qu'il nous les faut ſuivre en leurs digreſſions, nous commencerons comme ils font, par les Plaintes qu'ils font de nous ſur les choſes qui concernent la Religion.

Sur la Premiére, Que la Religion qui doibt tenir la Premiere place, eſtant [comme ils diſent] le Primum quaerite, & l'Unum neceſſarium, eſt mis au dernier rang des Nouvelles Propoſitions.

Nous leur diſons que le Precieux Evangile & la Foy en Ieſus Chriſt eſt en effect cette Perle & ce Primum quaerite & l' Ʋnum neceſſarium, duquel l'Eſcriture parle, & pour lequel elle demande de droict la premiere place & la plus honnorable, dans les penſées, paroles & reſo­lutions de tous bons Chreſtiens; Mais il ne s'enſuit pas de , que ces Conſeils Evangeliques ſe doivent ap­pliquer a toutes les choſes que les Commiſſaires d'Eſ­coſse appelleront Religion, Et ce qu'ils appellent icy Re­ligion, d'ou ils prennent ſujet de ſe ſcandalizer ſi fort, de ce qu'ils la trouvent placée entre les dernieres des Nouvelles Propoſitions, ce n'eſt rien autre choſe [com­me il peut apparoir du rapport, qu'elle à a cette Propoſi­tion ] que l'eſtabliſſement du Presbytere, faict par authorité de la Loy, Et tant s'en faut que ce ſoit le Primum quaerité & l' Ʋnum neceſſarium, duquel il eſt parlé en l'Eſcriture que nous n'avons encore peu trou­ver qu'il ſoit faict neceſſaire par aucun Droict Divin. La Religion elle meſme priſe en ſa vraye ſignification, quoy qu'elle ſoit la premiere en noſtre Intention, peut28 neantmoins eſtre la derniere en l'Execution, eſtant pre­mierement neceſſaire d'affermir le fondement de noſtre Seureté, a fin que par ce moyen nous puiſſions en ſuitte parvenir a une fin plus eſloignée & plus noble, que nous preferons a la Seureré meſme. Ainſi le Maiſtre dun Navire, s'il y remarque quelque fente & ouverture, quitte­ra tout autre ſoing & s'appliquera avant toute autre affaire a la boucher, Encores qu'il y ait dans ſon Vaiſſeau des Perſonnes & Marchandiſes beaucoup plus precieuſes & de bien plus grande valeur que ſondict Vaiſſeau, la repara­tion duquel eſt la premiere choſe, qui ſé doibt faire & la plus neceſſaire, voire eſt abſoluement requiſe pour la conſervation de ce qui eſt dedans, quoy que [comme nous avous dict] ce ſoyent des choſes beaucop plus precieuſes & plus conſiderables, que le Navire meſme. C'eſt lordre que nous avous ſuivy en envoyant au Roy ces quatre Ordonnances, & deſirant de luy qu'elles fuſ­ſent paſſées & accordées avant toutes autres choſes. pour puis apres venir a un Traicté, tant ſur les malieres de Religion, que les autres: Mais les Commiſſaires d'Eſ­coſse, comme s'ils avoient plus d'eſgard aux formalités & a l'ordre des choſes, qu'aux choſes meſmes, ſemblent pluſtoſt approuver le Meſſage du Roy de ſon Chaſteau de Carisbrook, a cauſe qu'il y a donné le premier lieu a ce qu'ils appellent Religion, quoy que la premiere, choſe par ou il a commencé foit un Refus peremptoire de ce qu'ils y eſtiment de plus Religieux [a ſçavoir] l'A­bolition des Archeveſques, Eveſques, &c. que ce que le Parlement a faicten demandant la meſme abolition, pour ne luy avoir pas donné le premier lieu dans leurs Eſcrits, ce qui s'eſt veritablement faict fortuitement & fans aucun deſſein; Car s'eſtant rencontré en cette Pro­poſition29 plus de difficulté que dans les autres, & y eſtant requis plus de temps pour en Debattre & con­ſulter, il eſt arrive qu'on a eſté plus long temps a la deſ­peſcher que les autres, Et ainſi elle a pour cette rai­ſon eu ſon ordre ſelon le temps qu'elle a eſté finie. Et pourtant cette Reproche de l'avoir mal placée eſt pluſtoſt une Chicanerie qu'ancun juſte ſujet qu'on ait de s'imaginer qu'il y ait eu en cela aucun erreur ou faute de ceux, qui ont eu charge de revoir les Propoſitions, beaucoup moins de penſer que les Maiſons du Parla­ment ſe ſoyent refroidies de leur premier zele.

Pour Reſpondre a la Plainte qu'il font en ſuitte, qu' on a obmis l' Alliance Solennelle & le Convenant dans les dernieres Propoſitions, Comme ill a eſté neceſſaire cy de­vant demonſtrer ce que les Commiſſaires d'Eſceſſe enten­doient par la Religion, Auſſy eſt il maintenant a propos de remarquer en premier lieu ce qu'ils entendent, quand ilt diſent, qu'on a obmis l'Alliance Solennelle & le Cō­venant; ce qui eſtant bien remarqué on deſcouvrira clai­rement par tout leur Fallace priſe du Convenant, par la­quelle les eſprits de pluſieurs, qui ont des bonnes intenti­ons & ſont zelés pour l'obſervation du Convenant, qu'ils ont juré, peuvent eſtre deceus & abuſés, comme ſi les deux Maiſons avoyent deſſeing de renouncer a leur Con­venant & de faulſer leur foy ſi ſolennellement jurée a Dieu & aux Hommes, choſes qu'elles deteſtent, & deſ­quelles la ſeule penſée leur eſt en abomination. Que donques ce qui eſt entendu icy par cetté obmiſſion du Convenant ceſt d'avoir obmis cette Propoſition par la­quelle il eſtoit dicit, Que le Roy jureroit luy meſme le Convenant, & conſentiroit a un Acte de Parlement pour contraindre tous les Subjects des Trois Royaumes de le ju­rer30 dans les deux Royaumes ſoubs telles peines qu'il ſeroit convenu d'un commun advis deſdicts deux Royaumes. Tel­lement que, par l'obmiſſion du Convenant, on n'entend pas l'obmiſſion des choſes, qui y ſon contenues, auſquel­les on a pourveu dans les Propoſitions, mais ſcule­ment l'obmiſſion de cette Propoſition ſuſmentionnée touchant le Convenant, ou la conjonction d'un Royaume avec l'autre pour reſouldre quelles peines ſeront impo­ſées ſur l'autre Royaume, tend a la confuſion de leurs Juriſdictions particulieres en leur pouvoir Legiſlat if re­ſpectivement. Nous avons auſſy a preſent moms de rai­ſon de commander ſoubs aucunes peines, qu'il ſoit juré de toutes perſonnes avant qu'on l'ait eſclaircy de tant d'eſtranges interpretations, qu'on luy a donnée depuis peu, Et perſonne n'en a donné des plus eſtranges que les Au­theurs de ces Eſcrits, au regard de l'intereſt de la Cau­ſe du Roy & pour confondre les intereſts des Roy­aumes reſpectivement, par lequel moyen ils ont jetté des pierres d'achoppement devant pluſieurs Perſonnes, qui avoyent de ſaines intentions & qui ſont & ont tous-jours eſté fort fideles en cette Cauſe de la Religion & de la Liberté: De ſorté que toute la Rethorique dont on s'eſt ſervy en cela pour abuſer les eſprits des Peuples bi­en affectionnés & pour fomenter les mauvaiſes opinions qu'on leur a données des actions du Parlement eut eſté beaucoup mieux employée ailleurs; Car accordant [com­me ils diſent] que le Convenant eſt le vo••le plus ſolen­nel qu'aucune Creature ſur la Terre puiſſe faire a Dieu an Ciel & le plus grand lien entre les Hommes en ce Monde, qui eſt ce qui en offre un ſeul poinct en ſacrifice, ou l'en ſevelit dans les cendres d'Oubliance, [a fin que nous nous ſervious de leurs expreſſions] ſinon ceux qui croyent ne pouvoir de­meurer31 dans les termes de leur Eidelité & Loyanté fans ſacrifier a la volonté & au bon plaiſir du Roy tout ce pourquoy ils ont juſques icy combattu voire ce qu'ils font le principal ſuject pour lequol ils ont combattu a ſçavoir [LE CONVENANT] & ce quils pre­nent ſi fort a coeur & qu'ils trouvent ſi eſtrange qu'il ait eſté obmis dans les Propoſitions; Et touresfois ſi le Roy l'obmet en ſes octroys, ce n'eſt alors [comme ils l'appellent] que ne condeſcendere point a tous nos. Deſirs a cauſe dequoy il ne faut pas refuſer au Roy les ſiens, mais il doibt nonobſtant eſtre receu en tout Honneur, Secreté & Lëberté, & n'y doibt pas eſtre con­ſtrainct par Armes, encores qu'on ait jugé cy devant que c'eſtoit un ſujet, ſuffiſant de prondre les Armes, & de combattre contre luy; Enigme eſtrange, ſi ce qui s'eſt fait & juré auparauant, & a eſté ſeelé de ſang ne doibt pas eſine maintenant de la ſorte couvert ſoubs les Cendres d'Ou­bliance, Et lors qu'il ſera auſſy requis avec inſtance qu'un Acte d'Oubliance [appellé le lien de Paix] ſoit ſans aucune precaution ou Limitation paſsé dans les deux Royaumes par lequel les Delinquents ſeront remis en meſ­me eſtat & Condition que ceux qui ont eſté engages contre eux en cette Cauſe [ce que nous devrons auſsy croire eſtre faict en vertu du quatrieme Article du Con­venant, qui portè expreſsement, que tous les Delin­quens ſeront punis] Et ce a l'exemple du Comte de Tra­quaire, qui a eſté cy devant mis pas les Commiſsai­res d'Eſcoſse tout le premier en la liſte des Delinquens de cette Nation , qu'ils requeroyent eſtre exceptés de tout pardon, mais qui non obſtant cela a eſté dernie­rement employé, comme un inſtrument ſpecial a Ne­gocier avec le Roy dans l'Iſle de Wight; D'ou nous32 pouvons aiſement prevoir a quelle fin nous aurons vain cu nos Ennemis, qui eſt afin, que les premiers & les plus dangereux d'entre eux ſoyent eſtablis ſur nous com­me nos Maiſtres, & pour eſtre les Conſervateurs de no­ſtre Religion & de nos Libertés, quoy qu'ils ayent faict tous leurs plus grands efforts pour ruiner l'une & l'au­tre. Eſt-ce le moyen d'accomplir noſtre Convenant, Et d'obtenir par la [comme ils diſent] la Preſervation & Reformation de la Religion. le vray Honneur, & Bon­heur du Roy, la Paix & Seureté des Trois Royaumes & la defence & protection des Loix & de la Liberté pub­lique de ces Royaumes? Eſt-ce le moyen d'executer ce que les deux Royaumes ont areſté contre les Delin­quens en leur Declaration du 8. Ianvier, 1643?

Et quand a cette Clauſe du Convenant quottée au large par les Autheurs de ces Eſcrits, a ſçavoir, Qu'ils ne ſouffrirent jamais qu'ils ſoyent directement, ou indirecte­ment ſeparés ny deſtournés par aucune Combination, Per­ſuaſion, ou terreur que-ce ſoit de cette heureuſe Ʋnion & Conjonction, pour faire aucune Defection vers le party contraire, ou s'abandonner a une deteſtable Indifference ou Neutralité en cette Cauſe, qui concerne ſi fort le Gloire de Dieu, le bien des Royaumes, & l'honneur du Roy, Mait qu'au contraire ils y perſiſteront toute leur vie avec zelo & conſtance contre toute oppoſition & l'advanceront ſelon leur pouvoir contra tous obſtacles & empeſchements quel­conques, Et qu'ils feront tout cela comme en la preſence de Dieu, Perſonne n'eſt plus obligé a y penſer ſericu­ſement, que ceux meſme qui citent cette Clauſe, Et s'ils veulent comparer ces proteſtations avec leurs propres Actions & Eſcrits, Ils n'ont pas beſoing de demander a d'autres qu'a leurs propres Conſciences ſi le Conve­nant33 eſt desja hors de date, non ſeulement pour ceux, qui l'ont juré mais meſmes pour ceux qui l'ont formé & projecté.

Quelle Cauſe plaident ils par tout en ces Eſcrits, & pluſieurs autres de cy devant, ſinon celle du Roy & de ſon Party? Qui ſont ceux qu'on peut avec plus de ſujet ſoubçonner de FAIRE DEFECTION VERS LE PARTI CONTRAIRE? Seront ce ceux, qui ont faict les Nouvelles Propoſitions, [comme ils les appellent] ou ceux, qui s'y oppoſent, a cauſe qu'elles ſont moins a l'advantage de la Cou­ronne, que les premieres, comme s'ils eſtoyent les Commiſſaires du Roy & non pas du Royaume d'Eſ­coſſe? Ou eſt-ce qu'ils remettent une ſeule fois en me­moire, ou font la moindre mention dans leurs Eſcrits de la punition, des Delinquents du Party du Roy, quoy qu'ils demandent ſi inſtamment un Acte d'Oubliance en leur faveur? Nous n'avons pas beſoing d'aller plus loing pour trouver une Inſtance, qu'en la Clauſe qui ſuit immediatement en leurs Eſcrits, ou ils diſent, que ceux qui ont reveu les Propoſitions en ayant rejettè le Conve­nant par tout ailleurs, il leur eſt heureuſement eſchappé en la ſeptieme qualification de la quatorzieme Propoſiti­on, ou [diſent ils] il eſt faict un Hameçon pour prendre quelques perſonnes ſoubs l'apparence & la Notion de De­linquents. Teſmoignage, Que les Delinquents ſont a pre­ſent tellement en faveur parmy eux, qu'encores qu'il leur faſche fort, que ceux qui ne furent jamais De­linquents, mais ont hereuſement hazardé leurs vies & eſpandu leur ſang pour la Cauſe Commune ne puiſſent paſſer pour tels ſeulement pour ne jurer pas le Conve­nant [ſur le ſujet qu'ils leur ont peut eſtre donné par34 leurs eſtranges gloſſes & interpretations d'en faire Scra­pule] neantmoins ils taſchent d'ailleurs d'accuſer & flaiſtrir d'obliquité les procedures du Parlement, a cauſe qu'il oblige ceux qui de tout temps ont eſté Delinquents, Et dont le crime] quoy qu'ils l'attenuent par ces mots de Notion de Delinquents] n'eſt pas moins que Haulte Trahiſon, a jurer le Convenant, comme une condition de Grace qu'il leur depart, ce qu'il eſtoit libre aux Mai­ſons de faire, ou non, & ſur telles conditions qu'il leur plairoit. Et c'eſt une choſe fort eſtrange que le Conve­nant, que chaſcun ſçcait avoir eſté directement formé & deſtiné contre ce Party la, ſoit eſtimé un HAMEÇON a leur eſgard, au lieu que veritablement les Autheurs de ces Eſcrits le voudroyent bien faire ſervir de CROC & de HAMEÇON pour y prendre pluſieurs Perſonnes d'honneur, contre leſquels on n'avoit jamais eu intenti­on de sen ſervir. On a en effect faict tous efforts pour les ACCROCHER par le moyen du Convenant & pluſieurs autres Artifices & de les Tirer ſoubs la Notion de Delinquents, de tous emplois en l'Eglize au Gouvernement de l'Eſtat & en l'Armée & d'Attirer en leurs places une autre Notion pour eſtré un des Eſtats de ce Royaume & avoir une voix Negative en toutes les choſes qui concernent ſon Gouvernement & ſa conſervation.

Et pour la reſponſe que l'on dit eſtre faicte par quel­ques uns, Que le Convenant est compris en la Confirmation des Traités, Que ceux qui ont faict cette Reſponſe faſſent la Replique. Les Maiſons du Parlement n'auroyent ja­mais trouvé bien ſeant d'introduire le Convenant impli­citement, ou de coſté, s'ils euſſent creu a propos d'a­voir inſeré cette Propoſition entre les autres. Et pour35 ce qui eſt remarqué a la traverſe touchant le Traictê on y reſpondra en ſon lieu, afin d'eviter les Redires.

Quand a cette Objection De la repugnance du Roy au Convenant, de ſorte qu'en deſirer la confirmation ſoit em­peſcher la Paix.

Certe Objection n'eſtant imputée par eux a aucun au­tre, il y a tres grande apparence, que c'eſt une production de leurs propres penſées, veu qu'ils ſemblent par tout en ces Eſcrits prendre pluſtoſt la reigle de leurs deſirs de ce qui peut plaire au Roy, que de ce qui peut faire pour la conſervation des Royaumes. Mais ils n'auront pas be­ſoing de ſe travailler beaucoup pour prouver que les Maiſons du Parlement ne s'accordent pas avec eux, en ce qu'ils ont pour principal but & viſée de ſatisfaire au Roy, Car elles conſiderent pluſtoſt ce qu'il eſt a propos de demander, & neceſſaire d'obtenir pour le Royaume, que ce que le Roy pourroit plus volontiers octroyer, Et ſur ce qu'ils s'eſtonnent que les Maiſons ſoyent ſi libera­les es choſes qui appartiennent a Dieu, & ſi chiches [Il leur euſt eſté plus ſeant de s'exprimer en termes plus civils parlans des Maiſons du Parlement] en ce qui les regar­de es affaires civiles, dequoy on peut beaucoup mieux diſpenſer.

Qu'eſt-ce que ces Commiſſaires appellent les choſes qui appartiennent a Dieu? Sont-ce ces noms ALLI­ANCE SOLENNELLE ET CONƲENANT, ou les choſes contenües en l'Alliance Solennelle & au Convenant? Si cela eſt; Pourquoy pluſtoſt une choſe que l'autre? Pourquoy les Privileges & l'Authorité des Par­lements [qu'on a recognu cy devant d'un commun con­ſentement eſtre les plus fermes colomnes & defenſes de la Religion,] Et pourquoy auſſy les Droicts & Libertés36 du Royaume qui y ſont compris, ne ſont ils eſtimés des choſes appartenances a Dieu, auſſy bien que le Gouver­nement d'Egliſe en telle & en telle forme. Ancienne­ment la Clergé appelloit ſes Temporalités & ſes Poſſeſ­ſions le Patrimoine de Chriſt, & les debats qui eſtoient entre luy & l'Eſtat la Cauſe de Dieu, & matiere de Re­ligion, quoy qu'en effect ce ne fuſt ſeulement qu'une con­teſtation de pouvoir & de Seigneurie, ce qu'eſtant bien examiné on trouvera qu'il en eſt de meſme de pluſieurs queſtions qui paſſent aujourd'huy ſoubs le nom & l'ap­parence de Religion.

Pour Reſpouſe a la force de l'Objection [comme ils di­ſent] Ils alleguent que le Convenant aeyant pour fin la pre­ſervation & Reformation de la Religion, le vray honneur & bon heur du Roy & de ſa Poſterité, Et la Paix & la conſervation des Royaumes, Encores que le Roy le refu­ſaſt, toutes-fois ils ſont obligés de faire leur devoir. Qui eſt un bon Principe s'il eſtoit bien affermy & bien ſuivy, S'ils en peuvent tirer, que c'eſt un devoir de le deman­der, & ne croyent pas apres avoir ſatisfaict a leur devoir de l'avoir demandé quoy que le Royaume n'en ſoit pas plus preſt de l'obtenir, ou de joüir du fruict d'iceluy. Mais certes la force & la priſe de l'Argument conſiſte en cecy. Le Convenant eſtant en fort grande eſtime dans les deux Royaumes; on croit qu'il eſt expedient de leur complaire en cela: D'autre coſté le Roy ny veut conſentir en aucune ſorte, Et on ne veut pas qu'on luy deſplaiſe. Comment Souldra-on cette diffi­culté? Pour le faire, on a trouvé cet expedient, qu'il faut en effect s'accommoder avec le Roy, Et quand a ceux, qui ont le Convenant en ſi grande eſtime, il leur faut auſſy plaire, ou [pour dire vray] les tromper37 en faiſant ſemblant de s'efforcer d obtenir par des conti­nuelles inſtances, ce que l'on ſçait ne leur devoir jamais eſtre octroyé, ſur tout le demandant en telle ſorte, qu'on faſſe auparavant entendre au Roy & publier par eſcrit, a tout le Monde, qu'il eſt a ſon choix de l'accor­der, ou non, Et que cela n'empeſchera point, qu'il ne jouiſſe de ſa liberté de ſa puiſſance, ſa grandeur, ſon Re­venu & tout ce qui luy plaira de plus.

Ils diſent que le Coeur du Roy eſt en la main de Dieu, Et que quand il ſera convaincu que nos intentions dans le Convenant, ont eſté & ſont pieuſes & loyales, ils eſpe­rent qu'il ſera porté a y donner ſatisfaction.

Cet Argument tire du Conſeil ſecret & du pouvoir Tout-puiſſant de Dieu, eſt pluſtoſt un ſujet de prier Dieu pour le Roy, que de luy faire une Propoſition de conſentir au Convenant. Et les Commiſſaires d'Eſ­coſse ne ſe ſervoyent pas de cet Argument un peu aupa­ravant pour continuer a agir par Propoſitions, pluſtoſt que par un Traicté lequel ils avoyent trouvé inutile & ſans ſuccés. Et quand aux moyens qu'ils propoſent de convaincre le Roy de la juſtice du Convenant, ce ſeroit une bien froide conſolation aux pauvres Peuples des deux Royaumes, s'il leur fallo tattendre l'eſtabliſſement de la Paix juſques a ce qu'on peuſt faire une telle Con­viction par ce moyen la, Et ſi l'eſtabliſſement de la Paix n'en depend pas, a quoy ſervira de ſe tant haſter de l'en­voyer parmy les Propoſitions de Paix? Mais qui ne voit que les Commiſſaires d'Eſcoſſe [quoy quils preten­dent ſouhaitter la Paix] prennent toutesfois le droict chemin de confirmer le Roy en la repugnance qu'il a contre les choſes qui ſont abſolvement neceſſaires pour l'eſtablir & l'aſſeurer? Car au lieu de refuſer aux Mai­ſons36〈1 page duplicate〉37〈1 page duplicate〉38du Parlement leur conſentement ſur leur dernier Meſſage vers le Roy en l'Iſle de Wight, [ce qu'ils n'ont eu aucune raiſon de faire] s'ils euſſent concourru avec Elles en cela, nous euſſions peu avoir de la une meilleure Reſponſe, que nous n'avous eu & les Royaumes euſſent peu eſtre en meilleur train d'eſtablir les affairés, qu'ils ne ſemblent eſtre a preſent, que les Commiſſaires d'Eſcoſse ſe ſont diviſés d'avec les Maiſons du Parlement.

Finallement, encores qu'ils veuillent forcer toutes ſor­tes de Perſonnes dans les trois Royaumes de jurer le Convenant, ils prennent neantmoins grand ſoing qu'on n'uſe d'aucune Compulſion envers le Roy pour l'y faire conſentir.

Ils nous diſent apres qu'ils ſe promettoyent aſſeurement quand leur armée retourna en Eſcoſſe ſans laiſſer aucunes forces en ce Royaume, que la noſtre ſeroit, incontinent a­pres desbandée, Et qu'a preſent que la guerre est finie les Subjects n'en doivent point eſtre chargés.

Nous nous eſtonnons qu'ils ne ſoyent pas pluſtoſt touchés du ſentiment de leur propre incommodité de leurs forces qui ſont encores ſur pied en Eſcoſſe, [dequoy nous n'entreprenons pas de nous meſler,] mais nous rap­porterons auſſy cette matiere en ſon lieu, de peur que nous attachans trop eſtroictement a leur Methode nous ne nous engagions a pluſieurs Repetitions inutiles.

Ils nous diſent de plus, Que ſi l'Eſcoſse euſt apprehendé que la moindre injure, ou violence ſe fust commiſe contre la Perſonne Royale de Sa Majeſté, ou contre ſon Gouverne­ment Monarchique, voire s'ils n'euſsent eſté aſseurés du contraire par les Maiſons, certainement, toutes les menaces & allechemens du monde ne leur euſſent jamais perſuadé de ſe de ſsaiſir de la Perſonne du Roy, juſques a ce que toutes39 les Armées euſient eſté desbandéet, & la Paix des Royau­mes eſtablie, Et que ç'a eſté leur confiance fraternelle ſur les Maiſons [qui ſont leurs compaignons en Subjection] & l'aſſeurance qu'elles leur avoyent donnée qui leur a faict remette le Roy en leurs mains. Puis apres ils continu­ent en nous enſignant de faire noſtre devoir envers le Roy, & de nous acquitter de noſtre foy envers Eux.

Nous ſuppoſions que le Royaume d'Eſcoſse euſt eſté aſſés ſatisfaict touchant noſtre droict de diſpoſer de la Perſonne du Roy, & que la deſſus Elle euſt eſté laiſſée a la diſpoſition des Maiſons du Parlement, Et non pas que, comme ſur une ſuppoſition, que nous peuſſions abuſer de nos droicts, & que l'Armée peuſt contre noſtre gré abuſer, d'eux & de nous, le Royaume d'Eſcoſſe euſt peu pretendre avoir juſte ſujet de diſpoſet de nos droicts a ſon plaiſir: Et quand aux Aſſeurances particulieres dont les Commiſſaires d'Eſcoſse font men­tion, ils n'en ont eu aucunes des Maiſons du Parle­ment, qui n'ont jamais jugé eſtre a propos de capituler de leurs propres droicts.

Ce dont les Commiſſaires d'Eſcoſſe ſe plaignent en ſuitte en matiere de Religion eſt, qu'on a obmis les Or­donnances touchant la convocation & continuation d l'Aſ­ſemblée des Miniſtres, & pour la Reformation de la Religion dans l' Angleterre & l' Irelande ſui­vant le Convenant & l'eſtabliſſement d'un Ʋnion & Ʋniformité en la Religion entre les Egliſes de Dieu es deux Royaumes ſelon le Convenant, & qu'on vouloit eſta­blir au lieu de toutes ces choſes ſeulement une pure ombre de Gouvernement Presbyterial, une forme exterieure de Diſcipline ſans vie ny pouvoir & une liberté entiere pour toutes ſortes de ſervice de Dieu, Et au lieu d'Ʋniformi­40 au Convenant a laquelle ou s'eſt toit obligé par ſerment, une vaſte deformité ou multiformité d'Hereſies & Sectes au danger de ruiner la Religion dans les deux Royau­mes.

A quoy nous diſons, qu'on avoit ſuffiſamment pour­veu dans les Propoſitions ſur ce que l'Aſſemblée des Mi­niſtres avoit faict, ou devoit faire par l'Authorité & commandement du Parlement, comme auſſy tous autres, ſoit Committés, ou Commiſſaires, qui avoyent faict aucune choſe par la meſme authorité du Parlement, Mais il n'eſtoit pas neceſſaire de demander une Loy perpetuelle pour la continuation de l'Aſſemblée des Mi­niſtres a preſent, qu'ils ont preſques achevé l'oeuvre pour lequel ils avoient eſté aſſemblés, ſinon qu'ils euſſent eſté convoqués pour continuer leur, Aſſemblée a per­petuité, ce qui certainement n'a point eſté faict a cette fin; Et ceux d'ent'reux qui accauſe de cet employ ſont eſloignés de leurs Troupeaux, deſirent de re­tourner vers eux pour les inſtruire & fortifier contre les Erreurs, que le malin pendant leur abſence a raſché de ſe­mer parmy eux. Quand aux deux autres Propoſitions, elles ſont toutes deux disjonctives, ceſt a dire, ce dequoy les Maiſons ſont convenues, ou conviendront en ces ma­tieres, Et pour la premiere partie Elles ont demandé la Confirmation de ces Ordonnances ſur les choſes deſ­quelles elles ſont desja convenu, Et touchant les autres, Elles n'ont pas encore trouvé a propos de le faire non eſtans pas encore d'accord entre elles meſmes. Les Com­miſſaires d'Eſcoſſe ſe plaignent en quelques uns de leurs premiers Eſcrits de l'envoy d'une Propoſition ſi Genera­le, laquelle ſans aucune limitation comprend tout ce, dont les Maiſons & les Royaumes conviendront entre41 eux. Et a fin que le Roy peuſt mieux prendre ſes me­ſures ſur ce qu'il doibt conſiderer & octroyer de ce qui luy ſeroit propoſé. Ils diſent, Quils eſt tres neceſſaire de proceder diſtinctement, & avec certitude non ſeulement es Propoſitions, [que l'en rend les plus particulieres que faire ſe peut] mais auſsy & ſpecialement es matieres de Religion, & que c'eſt la façon de faire qu'on avoit approu­vie & de laquelle on avoit uſé au Traicté d'Uxbridge, ou fut ſeulement preſenté ce qui avoit eſté preparé & digeré dans ce Temps pour l'eſtabliſſement de la Religion, Et en leurs Eſcrits du 6. d'Auril, 1646. ils diſent, quils ne pouvoyent trouver aucun moyen de ſatisfaire a leur ju­gemēnt, ſur ce qu'on envoyoit au Roy une Propoſition gene­rale de Religion.

Quand a cette Propoſition demandée des Maiſons au lieu de toutes ces choſes qu'ils appellent ſeulement une ombre de Gouvernement Presbyterial, & une forme exteri­eure de Diſcipline ſans vie ny pouvoir.

Nous leur àccordons qu'une forme exterieure de Di­ſcipline ſans vie ny pouvoir de pieté ne vaut pas beau­coup; Mais ſans doubte ce n'eſt pas la vie & le pou­voir, dont il eſt icy faict mention, mais le pouvoir des peines & cenſures tant Eccleſiaſtiques [comme ils les nomment] que Civiles, les premierres deſquelles ſont demandées par quelque uns, comme eſtans du droict de Chriſt pour eſtre affectées au Presbytere ſans aucune dependance ou limitation du Magiſtrat; Et pour les der­dernieres l'execution en eſt bien permiſe au Magiſtrat ou pluſtoſt requiſe de luy pour ſeconder les premieres aveuglément & comme par devoir, Mais nous ſomnes, par la grace de Dieu, tellement ſorty de l'obſcu­ de ces principes de la Papauté & des Prelats que42 nous ne les ſerons plus revivre ſoubs auenne image ny forme, que ce ſoit.

Quand a la liberté qu'on dit eſtre accordée a toutes ſortes de Service de Dieu.

Si par cette liberté de toutes ſortes de ſervice de Di­eu on entend une liberté, qui ouvre la porte a l'Atheiſme & a toutes ſortes de Religions & libertinage, & a une vaſte deformité & multiformité d'Hereſies & de Sectes, au danger de ruiner la Religion des deux Royaumes.

Nous nions que nous ayons jamais accordé, ny ac­cordions jamais aucune telle Toleration, Et nous ſom­mes fort aiſes que cet Argument eſt a preſent reduict a des termes plus particuliers, afin que joignans le cordeau a la reigle, ſent voulu a­gir candidi­ment & in­genuement en cette ma­tiere, ils euſ - la verité & la faulſeté, la candeur & la tromperie de cette Aſſertion puiſſe eſtre claire­ment deſcouverte. Et ſi les Commiſſaires d'Eſcoſſe euſ­ſent adjouſté les particularités de cette Propoſition avec toutes les precautions & limitations neceſſaires ſur ce ſujet. S'ils l'avoyent faict, le monde euſt peu juger ſi les conſequences & inferences, qu'ils en tirent ont aucune apparence de verité ou de raiſon, Mais nous ſupplerons ce qu'ils ont obmis.

Venons maintenant aux Objections & Plaintes par­ticulieres qu'ils font contre la Propoſition, qui ſuit.

Que le Roy ſoit requis de donner ſon conſentement a un Acte, ou tels Actes du Parlement, qui luy ſeront preſen­tés pour l'eſtabliſſement du Gouvernement Presbyterial & du Directoirs en Angleterre & Irelande ſuivant les Ordonnances, qui en ont eſté paſſées dans les Maiſons de­puis la tenue de ce Parlement, & qui luy ſont envoyées ae preſent icy joinctes, lequel Acte, ou Actes doivent demeu­er en leur force & vigneur juſques a la fin de la Pro­chaine43 Seſsion du Parlement apres la ſin de la preſente Seſsion.

Que perſonne, qui que ce ſoit, ne ſera ſubject a aucune recherche ou peine, pour ne ſe conformer pas a cette for­me de Gouvernement, & ſervice Divin, portée paer ces Ordonnances, Et que toutes perſonnes qui ne ſe conforme­ront pas a cette forme de Gouvernement & ſervice Divin, auront la liberté de s' Aſſembler pour ſervir Dieu & vac­quer a l'exercice de leurs Devoirs de Pieté & Ordennan­ces en toutes places propres & convenables, a condition tou­tes-fois, qu'ils ne faſſent rien qui puiſſe troubler la Paix du Royaume.

Que toures Diſmes & autre entretien appartenans a aucune Egliſe ou Chapelle qui appartiennent a preſent aux Miniſtres de telles Eglizes ou Chapelles, ſeront employés a l'uſage & profit des Miniſtres, qui ſe conformerent au Gouvernement eſtably par les ſuſdictes. Ordonnances, & de nul autre, ſi ce n'eſt du conſentement de celuy qui en eſt a preſent en Poſſeſsion.

Que rien de ce qui eſt de cette Proviſion ne s'eſtendra a aucune Tolleration de la Religion Papiſte, ny ne pourra ſervir pour exempter aucun Papiſte Refuſant des peines, qui luy ſont impoſées pour l'exerciſe d'icelle.

Que cette Indulgence ne s'eſtendra pas juſques a tolerer qu'on imprime, publie, ou preſche aucune choſe contraire aux Principes de la Religion Chreſtienne, comme ils ſont contenus au 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. Articles de l' Egliſe d'Angleterre, ſelon le vray ſens & intention diceux, & ſelon qu'ils ont eſté explicqués & defendus par l'Aſſemblée des Miniſtres te­nue a preſent a Weſtminſter, uy aucune choſe contraire a ces poincts de Foy, pour l'ignorance deſquels, on doibt eſtre44 retranché du Sacrement de la Cene du Seigneur, comme ils ſont contenus es Reigles & Directions paſſeés, es deux Maiſons pour cet effect le 20. d'Octobre 1645.

Qu'il ſoit auſſy pourveu que cette Indulgence ne s'esten­dra point a exempter aucune perſonne, ou perſonnes d'aucu­ne peine impoſée par la Loy, ou qui leur pourra eſtre impoſée pour s'abſenter le Dimanche de l'oüye de la Parole de Dieu, ſinon qui'ls puiſſent donner quelque excuſe recevable de leur abſence. ou qu'ils ayent esté oüir ailleurs la predication & expoſition de la Parole, pourveu que cette predication & expoſition ne ſe ſoit faicte par aucun des Ministres ſeque­strés & non reſtablis.

Que cette Indulgence ne ſe pourra eſtendre juſques a tole­rer l'uſage du Liure des Prieres Communes en aucun lieu quelconque.

Qu'on donner a liberté a tous Miniſtres de l'Euangile, encores qu'ils ne ſe puiſſent conformer en toutes choſes au Gouvernement preſent, n'eſtans pas ſequeſtrés, ny ſequeſtra­bles de preſcher toute Lecture, ou Lectures en toute Eglize & Chapelle, ou les Habitans du lieu le deſireront, pourveu que ce ne ſoit pas aux heures, que le Ministre de cette Pa­roiſse preſche ordinairement luy meſme. Et recevront les appoinctements & l'entretien, qui ſont ou ſeront affectés a cela.

Quand a la premiere Objection qui ſemble vouloir im­puter a abſurdité aux Maiſons du Parlement de deſirer u­ne Loy pour l'eſtabliſſement du Gouvernement Presbyterial, & toutesfois requerir dans le meſme Acte, que perſonne ne ſoit obligé d'obeir a cette Loy, que ceux qui le voudront faire: Il eſt bien vray, que comme ils repreſentent cette Propoſition, elle peut ſembler un peu abſurde, Mais ils en corrompent l'ordre & le ſens. Cette Propoſition ne de­mande pas de diſpenſation pour aucune perſonne de deſo­beir45 a la Loy, Mais la Loy accorde une diſpenſation de n'eſtre pas Subject au Gouvernement Presbyterial a tou­tes perſonnes, qui ne s'y ſoubmettent pas volontiers; Mais par tout, ou la Loy requiert obeiſſance, il n'eſt pas libre a qui que ce ſoit d'y deſobeir,

Comme pour exemple. L'exercice de certe forme la de Gouvernement eſtant approuvé & authorizé par Loy, il ne ſera pas libre a aucune perſonne de moleſter, ny troubler ceux qui en font profeſſion, ny s'y oppoſer en aucune ſorte. De plus ſi cette Loy n'euſt eſté faicte, per­ſonne n'euſt peu eſtre conſtraint de laiſſer ceux qui ſui­vent cette forme de Presbytere avoir l'uſage de leurs E­glizes & Chapelles & payer-leurs Diſmes a leurs Mini­ſtres, & les autres devoirs auſquels ils peuvent eſtre obli­gés par cette Loy, & auſquels il n'eſt pas a leur volonté d'obeir ou deſobeir, De meſmes ſi on paſſoit un Acte de Parlement pour authorizer une Contribution volontai­re pour l'Irelande, ou pour quelque autre fin par tout le Royaume, Cet Acte ſe pourroit il appeller Abſurde, a cauſe que perſonne ne ſeroit contrainct de donner, s'il ne luy plaiſoit? Si on faiſoit auſſy une Loy pour la fon­dation de quelque Eſchole, College ou Vniverſité avec l'octroy de certains Gages, Salaires & Privileges, cette Loy ſeroit elle abſurde, a cauſe que perſonne ne ſeroit forcé d'envoier ſon fils s'il ne vouloit, a cette Eſchole, College, ou Vniverſité?

Ce qui a desja eſté dict fournit de Reſponſe ſuffiſante a la ſeconde Objection, Que quoy qu'on pretende touchant le Gouvernément Presbyterial, toutesfois ce qu'on deſire en cela ne revient pas a d'avantage, qu'a une Toleration d'iceluy? N'appellés vous l'advover & le maintenir qu'une ſimple Toleration? Luy aſſigner l'entretien ordinaire &46 les lieux publics pour y en faire l'exercice n'en eſt-ce qu'une Toleration?

A la troiſieme, ſur ce qu'ils diſent, que cet eſtabliſſe­ment [qu'ils appellent avec meſpris une ſimple Tole­ration du Gouvernement Presbyterial] eſt limité en pluſi­eurs fàçons, comme premierement quand au temps, ne devant durer que juſques a la fin de la prochaine Seſsion du Parle­ment, qui peut eſtre ſera dans ſix mois.

Nous diſons, que toute ſemblable Loy, qui introduit une nouvelle forme de Gouvernement [comme ceſtuy eſt une choſe ſi nouvelle a ce Royaume qu'il n'a ja­mais rien eſprouvé de telle nature] n'eſt ordinairement faicte que Tentative & pour ſervir d'eſſay juſques aux prochaines Seſſions de Parlement, comme ceux qui ſont verſés dans les couſtumes & procedures des Parlements le ſçavent bien. Et les Commiſſaires d'Eſcoſse ont moins de raiſon de ſe formalizer de ce qui ſe practique en ce re­gard, pource qu'ils ſe plaignent que cette Loy eſt fort defectueuſe, en l'Eſtat qu'elle eſt a preſent, & pourtant qu'elle n'eſt pas encore aſſés parfaicte pour eſtre rendue perpetuelle. Quand a leur autre Plainte, Que les Mini­ſtres & Anciens ont charge par Ordonnance du Parlement de retrancher de la communion du Sacrement ces Perſonnes ſeulement, que les Maiſons ont jugé le meriter & point d'autres, encores qu'ils le faſſent contre leur conſciences, Et qu'ils ſont limités en leurs Aſsemblées par pluſieurs reſtri­ctions & qu'on ne leur permet pas l'uſage & l'exercice de toutes les Ordonnances portées par la parole de Dieu, de ſorte qu'on leur refuſe cette liberté de conſcience qu'on donne a d'autres.

Il y en a en effect, qui deſirent avoir un pouvoir In­dependant & non limité, qui ne derivaſt ſon commen­cement,47 ny n'euſt ſes limites du Magiſtrat, ce que nous ne pouvons pas accorder, & nous n'avons cognoiſſance d'au­cune Ordonnance portée par la parole de Dieu, de laquel­le nous ayons refuſé le libre exercice a aucune perſonne. Et pour cette particularité touchant le Sacrement. Les Magiſtrats n'ont ils pas leurs conſcience, auſſy bien que les Miniſtres & Anciens? Penſent ils qu'il ſoit hors de raiſon, que les Miniſtres & Anciens ayent ſeulement la pu­iſſance deretrancher du Sacrement ceux la & non autres, leſquels les Maiſons du Parlement croyent le meriter, en cores qu'ils faſſent conſcience de le faire; Et s'imaginent ils qu'il ſoit raiſonnable qu'on leur donne l'authorite d'en retrancher ceux qu'ils croiont en eſtre indignes, quoy que ce ſoit contre la conſcience du Magiſtrat? Et en effect quel homme de conſcience peut donner par une foy implicite une authorité arbitraire a certaines Per­ſonnes de retrancher du Sacrement ceux qu'ils voudront, ſans leur donner quelques reigles en cela?

Veulent ils requerir la protection & authorité du Ma­giſtrat, & ne voudront ils pas auſſy recevoir ſes ordres & ſa direction? Veulent ils qu'il cenſure & condamne, ou d'autres par ſon authorité [ce qui revient a la meſme cho­ſe] & ne luy voudront ils pas accorder d'en cognoiſtre & juger? Veulent ils requerir ſa main pour frapper, & ne luy accorderont ils pas des yeux pour voir?

Mais ſur ce qu'ils diſent, Qu'on leur refuſe la liberté qu'on donne a d'autres. Les autres n'ont pas la protecti­on, l'authorité, ny l'entretien du Magiſtrat pour ce qu'ils font, comme ils l'ont, & pourtant ce n'eſt pas merveille, qu'ils ſoyent auſſy obligés de recevoir leurs ordres & Reiglemeuts du meſme Magiſtrat, quoy que les autres ne le ſoyent pas. S'ils ſe veulent mettre en la condition des autres, ils pourront joüir de la libertó qu'ils leur envient. 48Mais pour dire la verité, il y a des gens qui nefont point de conſcience d'appeller les autres Sectaires & de les re­puter tels, ſeulement a cauſe qu'ils ne ſe conforment pas au jugement du Magiſtrat en ce qui eſt du Gouverne­ment de l'Egliſe, & neantmoins voudroyent avoir eux meſme la liberté de s'eſloigner autant & plus d'un autre coſté du ſentiment du Magiſtrat, & avoir cependant ſa protection & ſon authorité, commo s'ils luy eſtoyent entierement uniformes en opinion. Ils ne ſe veulent pas exclure eux meſmes de l'entretien du Magiſtrat, & ne­antmoins le veulent exclue du pouvoir de les Gonver­ner. Ils veulent intereſſer le Magiſtrat en leurs Affaires & Actions, & veulent toutesfois faire ſans luy ce qu'il leur plait. Et ſur ce qu'ils diſent Que tous les Sectaires de ce temps [comme il leur plait de les appeller] joüſsent d u­ne Toleration non limitée pour la durée du temps, la matiere de leur ſervice Divin, & l'exercice de toutes Ordonnances.

La Propoſition convainc d'elle meſme cette Aſſertion de calomnie. Car la durée de l'Indulgence n'eſt pas pour plus, long temps, que pendant l'eſtabliſſement du Preſ­bytere, n'eſtant inſerée dans le meſme Acte, que pour y ſervir d'une precaution, & devant auſſy commencer & finir avec luy, dont il ſe plaignent aux paroles preceden­tes, qu'il eſt limité a un temps ſi court, de ſorte qu'ils ſe contrediſent en cela. Et de meſme quand a la matiere de leur ſervice Divin, & l'exercice de leurs Ordonnan­ces elles ſont reſtrainctes par pluſieurs precautions & limitations contre le Papiſme, & contre toute autre choſe qui peut eſtre contraire aux Principes de la Reli­gion, ou du Gouvernement, comme il apparoiſtra des particularités, car c'eſt que la verité ſe cognoiſt plus clairement par l'eſpreuve.

49

Premierement ils font inſtance ſur les Anabaptiſtes, lequel nom a veritablement attiré ſur ſoy beaucoup de Haine acauſe des opinions & practiques extravagantes de quelques uns, ainſy appellés en Allemagne, tendans a troubler le Gouvernement & la Paix de tous les E­ſtats; Leſquelles opinions & practiques nous abhor­rous & deteſtons & pourtant nous avons pourveu contre elles par une precaution expreſſe en la Propoſition, [a ſçavoir] Que tien ne ſe faſſe qui puiſſe troubler la Paix du Royaume. Mais quand a léur opinion contré le Bapteſme des Enfans, C'eſt ſeulement un Different ſur une Circonſtance de temps en l'adminiſtration d'une Ordonnance, En quoy les Doctes ont differé en leurs opinions & en leur practique es premiers ſiecles auſſy bien qu'a preſent: Et encores que nous ſouhaitterions fort qu'un chaſcun peuſt eſtre ſatisfaict, & ſe joindre a nous en noſtre jugement & practique en ce poinct: toutes-fois nous avons creu, qu'il eſt plus a propos de convaincre les hommes en cecy par la parole de Dieu a­vec douceur & par raiſon, que de les forcer par violenc de desmordre de cette opinion .

La ſeconde ſorte quils nomment ſont les Antinomi­ens, Leſquels, ſi on ne diſpute pas des mots [comme c'eſt l'opinion de quelques uns] & ſi par les Antino miens on entend ceux, qui nient tout uſage de la Loy Morale depuis Chriſt, on y a pourven expreſſement en l'Article ſeptieme de l'Eglize d'Angleterre, auquel on ſe raporte en la Propoſition: Ce ſont icy les mots de l'Ar­ticle, Encores que la Loy baillée de Dieu par Moyſe en ce qui regarde les Ceremonies & Couſtumes n'oblige pas les Chr eſtiens, ny les Commandements civils donnés par Moyſe, tels que ceux qui eſtoyent particulierement ap­propriés50 a la Republicque des Iuifs, ne portent accune ne­ceſsité de les recevoir en aucune Republique, toutes-fois au­cun Chreſtien, qui qu'il ſoit, n'eſt exempt de l'obeiſſance des Commandemens de la Loy Morale. Far, la Loy Mo­rale nous entendons tous les dix Commandemens pris en toute leur eſtendue. Par lequel Article on a auſſy pour­veu contre les Libertins entre leſquels & les Antinomi­ens il n'eſtoit pas beſoing [ſelon noſtre jugement] de faire aucune diſtinction, non plus qu'entre les Browniſtes & Separatiſtes, mais on accumule a deſſein & par ma­xime quantité de noms ſans beſoing, pour s'en ſervir comme d'autant d'Eſpouventaux pour faire peur au pau­vre Peuple.

Quand aux Arminions, qui ſuyvent aprés en leur rang, on a auſſy pourveu contre leurs Erreurs au neuf­vieme & dixieme Article de l'Eglize d'Angleterre en ces mots, Encores qu'il n'y ait point de condemnation en ceux qui ſont Regenerés & qui croyent, Toutesfois l' A­poſtre confeſſe que la Concupiſcence & Convoitiſe eſt veri­tablement & proprement peché. Et apres au dixieme Ar­ticle, La condition de l'homme apres la cheute d'Adam eſt telle qu'il ne ſe peut pas convertir, ny ſe diſpoſer de luy meſme par ſes propres forces naturelles & bonnes oeu­vres a la foy & a l'invocation de Dieu, Et pourtant nous n'avons aucun pouvoir de faire des bonnes oeuvres plai­ſantes & acceptables a Dieu ſans ſa Grace par Chriſt, nous prevenante a ce que nous puiſsions avoir la volonte bonne & operante ſi effectivement en nous qu'elle determine, noſtre volonté a ce qui eſt bon, Et & cooperante auſſy avec nous quand nous anons cette volonté au bien.

Apres viennent les Familiſtes par lequel nom nous ne ſçavons, qui ils entendent, s'ils veulent dire Ceux, qui51 tiennent qu'il y a une perfection en cette vie & un eſtat exempt de tout peché, on a pourven contre eux en ter­mes exprés, en l'Article quinzienne de l'Eglize d'Angle­terre, qui ſont, Chriſt quand a la verité de noſtre natu­re a eſté faict ſemblable a nous en toutes choſes, hormis le pa­ché, duquel il a eſté entierement exempt, tant en ſa chair, qu'en ſon, Eſprit. Il eſt venpour eſtre l'Agneau ſans macule, lequel par le ſacrifice de ſoy meſme, une fois faict, devoit oſter les pechés du Monde, Et peché [comme Sr. Iean dit,] ne s'est point trouvi en luy. Mais tout le reste de nous, quoy que baptizés & regenerés toutesfois nous pechons en beaucoup de choſes, Et fi nous diſons, que nous n'avons point de peché nous nous ſeduiſons nous meſmes, & verité n'eſt point en nous.

Et pour ce qui eſt des Eraſtiens, quand les Commiſ­ſaires d'Eſcoſſe nous diront, qui ſont ceux qu'ils enten­dent par ce nom , & quelles ſont leurs opinions, nous ſçaurons ce que nous y devrons reſpondre.

Pour les Browniſtes, Separatiſtes, & Independent, nous avons fort peu oüy parler des Browniſtes & Separati­ſtes que l'on appelle proprement ainſy, depuis qu'on a mis a bas les Prelats & la Liturgie, qui en avoyent eſté l'occaſion, encores qu'ils s'eſcartent trop vers lautre extreme. Et pour ceux qu'ils appellent Independens qui tiennent qu'une Aſſemblée particuliere n'eſt pas par aucune ordonnance de Dieu dependante quand a l'au­thorité & pouvoir coercif d'un Synode Provincial, ny Aſſemblée Nationale, ou Oecumenique, ſe trouvans plu­ſieurs Perſonnes religieuſes & doctes, qui ont donné des preuves de leur integrité & fidelité envers l'Eſtat qui ſont de cette opinion, nous ne voyons point de raiſon pour quoy on ne leur puiſſe accorder quelque indulgence en cela.

52

Quand aux Seekers, ou Chercheurs, s'ils entendent ceux qui nient l'uſage de toutes Ordonnances de la Parole & des Sacremens; on a auſſy pourveu contre eux, particu­lierement dans les reigles & directions touchant la ſuſ­penſion de la Cene du Seigneur en cas dignorance, [a quoy la Propoſition ſe rapporte] en ces mots, Que Chriſt & ſes benefices ſont appliqués ſeulement par Foy, Que la Foy eſt le don de Dieu, & que nous ne l'avons pas de nous meſmes, mais qu'elle s'engendre en nous par la Parole & l'Eſprit de Dieu. Que les Sacremens ſont ſeaux de l' Alliance de Grace au ſang de Chriſt, Que les Sacremens du Nouveau Teſta­ment ſont le Baptiſme & la Cene du Seigneur, &c.

Et pour les Shakers, ou Trembleurs, nous ne ſçavons pas, qui ils entendent par , ny ce qu'ils ſont.

Quand a la cinquieme Plainte qu ils font, Que la Tole­ration, qu'on veut accorder est d'une telle eſtendue & la­titude, quelle peut admettre pluſieurs vilains & groſsiers Erreurs, qui ont este condamnés & rejettés de l'Eglize au temps paſſé, & ſe pourront par renouveller en Angleterre: Elle eſt ſi Generale qu'elle ne reçoit qu'une Reſponſe generale, Et quand ils nous diront quels ſon ces vtlains & groſsiers Erreurs, qui ont eſté condamnés & rejettés de l'Eglize au temps paſſé, Nous nous faiſons forts, qu'il ap­paroiſtra, que cette Indulgence n'eſt pas d'une telle eſten­due & latitude, que de les admettre, comme nous avons des-ja clairément conſuté leurs Aſſerſions ſur les choſes qu'ils y ont particularizé.

Pour la Plainte qu'ils font en ſixeme lieu, Que cette Toleration n'eſt pas ſeulement accordée aux Perſonnes parti­culieres des Sectaires [comme ils les appellent] & a leurs families, mais auſſy qu'on leurdonne pleine liberté d'eſtablir leur profeſsion en tous lieux, qu ils trouveront propres &53 convenables. Nous diſons que ſi nous croyons que la li­bertté que nous accordons fuſt illicite, nous ne la donne­rions pas a une famille, ny meſmes a une ſeule perſon­ne, mais la tenans licite, nous ne la pouvons pas plus re­fuſer a pluſieurs famalles, qu'a une ſeule perſonne.

A leur ſeptieme Plainte, ſur ce qu'ils diſent, Qu'encores qu'il ſemble, qu'ily ait une proviſion contre les Anti-Trinitaires, Arriens & Anti-Scripturiſtes; toutesfois on ne les a aſſubjectis a aucune peine, Et quoy qu'on leust faict, ils ont neantmoins la liberté de diſputer en leur particulier, qu'il n'y a point de Dieu & que Chriſt est un impoſteur. Nous diſons que ce n'a point eſté le but, ny le ſujet de cette Propoſition, de declarer quelles peines meritent par la Loy desja en vigueur ceux, qui commettent une telle offenſe, ou quelle autre punition en oultre on a a leur impoſer. Mais ce que nous avons a preſent a faire voir, c'eſt que cette Propoſition ne donne aucune occaſi­on de faire cette Plainte, & qu'elle eſt en effect tres mal­fondée, car tant s'en faut qu'elle eſtabliſſe une telle Tole­ration, qu'au contraire elle pourvoit expreſſement contre icelle, a ſcavoir aux 1. 2. 5. & 6. Articles de l'Eglize d'Angleterre; Et quand a ce qu ils diſent, qu'on peut en particulier publier ce qu'on veut, on y peut en telle ſorte raiſonner ſur les poincts les plus haults de la foy pour plus grande confirmation de la verité, ou pour ſe fortifier contre les temptations, que cela puiſſe eſtre permis, Mais ſi aucun entreprenoit de le faire de la façon que les Com­miſſaires d'Eſcoſſe expriment, en blafphemant a plaiſir & ſeduiſant les autres a ſes opinions, Encores que cela n'ar­rivaſt qu'a deux ou trois, voire meſmes qu'a un ſeul, il doibt paſſer pour une publication de leurs blaſphemes &54 hereſies, contre quoy ces Articles pourvoyent expreſſe­ment.

Quand a la huictieme & derniere de leurs Plaintes, Que tous profanes & meſchans ont parcette Toleration la liberté de faire, ce qu'il leur plaiſt, pour ce qu'ils ne ſont pas obligés de i'aſſubjectir a aucune Diſcipline, ou Gouverne­ment; Et ainſy aucuns des devoirs de la premiere, ny de la Seconde Table de la Loy de Dieu ne ſeront obſervés, mais toutes ſortes d'impietés & oeuvres de tenebres ſe multiplie­ront. Nous avons desja donné ordre & pourvoirons en­core, que la Diſcipline Eccleſiaſtique ne ſoit defectueuſe en aucune choſe, qui puiſſe ſervir a reſtraindre le liberti­nage & la prophanation; Mais les Commiſſaires d'E­ſcoſſe croyent ils, qu'il n'y ait point d'autre Gouvernement que celuy qu'ils appellent le Gouvernement de l'Eglize? Ou voudroyent ils aſſubjectir toute Iuriſdiction civile ſoubs le Gouvernement de l'Eglize? Les conſciences doivent eſtre amolies & preparées par l'efficace de la pre­dication de la Parole avant qu'elles puiſſent eſtré capables de la Diſcipline Eccleſiaſtique Et juſques a ce que cette preparation ſoit faicte il n'y a point d'autre moyen de les retenir & refrener des vices & de l'impieté, que par le pouvoir du Magiſtrat Armé de Loix ſalutaires pour cet effect, & par la puiſſance de la predication de la Parole, ce que nous deſirons ardemment, & nous efforçons d'ad­vancer par tout le Royaume. Et ſur ce qu'ils diſent, que ceux qui ont en haine le pur ſervice de Dieu en l'Egliſe, feront par tout ailleurs des Aſsemblées illicites & dange­reuſes ſoubs pretextes de faire profeſsion d'Exercices & or­donnances de pieté. Nous ne ſçavons que trop bien, l'ay­ans appris par une deplorable experience, que ceux qui55 ont eu en haine la pureté & la puiſſance de la Religion en ceux qui en font vrayement profeſſion, ont ſupprimé pluſieurs Saincts & divins exercices & puny pluſieurs bons Chreſtiens ſoubs le nom de Conventicules: Mais les Maiſons du Parlement [auſquelles il appartient de droict de juger de leurs propres Loix] euſſent bien ſceu faire diſtinction entre des Exercices, ou Ordonnances de Pieté & des Aſſemblées illicites & prophanes, encores qu'elles neuſſent pas [comme elles ont faict] pourveu par leurs limitations contenues en cette Propoſition, a l'encontre de toutes choſes, qui, ou par leur impieté en­vers Dieu, ou pour troubler la Paix publique euſſent a­vec ſujet rendu une Aſſemblée meſchante & illicite ſoubs quelque apparence de Profeſſion, ou autre pretexte que ce fuſt. Nous pourrions apporter pluſieurs autres juſti­fications de ce que nous avons faict en cette Propoſition, Mais nous eſperons que ce quia desja eſté dict ſuffira pour donner ſatisfaction a toute perſonne indifferente & non partiale, qui com parera lesparticularités de cette Propoſition avec les Aſſertions des Commiſſaires d'E­ſcoſſe pour recognoiſtre combien ces faulſes aſperſions, qu'ils veulent jetter ſur nous a cet eſgard, ſont ſans cauſe, ny fondement.

Nous venons maintenant aux Paſſages de nos Decla­rations allegués par les Commiſſaires d'Eſcoſſe, Car pour ce qu'ils citent de la Remonſtrance des Eſtats du Royaume du 15 Decembre 1642. ou les Maiſons decla­rent Qu'elles n'entendent par de laiſſer le ſervice Divin au jugement & a la fantaiſie de chaſcun, Et qu'elles n'ont au­cun deſſein, ny volonté d'abandonner les reines d'or de la Diſcipline & du Gouvernement de l'Eglize, ny de permet­tre a des Perſonnes ou Congregations particulieres de choi­ſir56 une telle formo de ſervice Divin qu'il leur plaira, pour en faire profeſſion, Et qu'elles tiennent qu'il eſt neceſſaire qu'il y ait par tout le Royaume une Conformité a l'ordre que la Loy enjoinct, SELON LA PAROLE DE DIEV. Ce ſont certes choſes bien differentes d'abandonner ſans Loy un chaſcun a ſon propre jugement & a ſa fantaiſie en ce qui eſt du ſervice Divin, Et d'accorder par la Loy aux prieres de quelques uns la liberté de faire des choſes, qui ne ſont pas illicites de leur nature, quoy qu'elles ſoy­ent differentes de celles, qu'on a creu a propos d'eſtablir par tout le Royaume. Il y a bien de la difference entre commander une conformité a une Loy, qui eſt des ja faicte, Selon la Parole de Dieu & ſur des claires eviden­ces, & faire un Loy qui exige de toutes Perſonnes une conformité en toutes, choſes quoy qu'elle ne ſoit fondée ſur aucune evidence manifeſte de l'Eſcriture, et qui n'a que la prudence pour fondement, en quoy le Magiſtrat a au­tant de pouvoir de diſpenſer & de remettre que d'enjoyn­dre & de commander. Il y a bien de la difference entre ce le que Magiſtrat trouve bon de declarer eſtre neceſſaire, voire meſme de maintenir & d'y encourager par recom­penſe & autres moyens, & entre ce qu'il trouve bon de commander ſi expreſſement, qu'on y ſoit conſtrainct & & forcé, ſur tout s'il arrive que pluſieurs Perſonnes ſoy­ent de contraire opinion & ſentiment. Finalement il faut remarquer que comme il y a des reines d'or de Diſ­cipline & de Gouvernement, auſſy y a-il une Mediocrité d'or. Il y a de la difference entre requerir une Conformi­ a toutes les parties Subſtantielles du ſervice de Dieu, pour laquelle on a pourveu en cette Propoſition [comme il a eſté dict] & entre obliger ſoubs des peines a une ex­acte Conformité a toutes les Circonſtances dudict ſer­vice,57 Et de cette nature ſeulement ſont les choſes eſquel­les les Maiſons ont donné liberté; Et ſy elles ne l'euſſent faict elles euſſent manifeſtement contredict a leurs diver­ſes et conſtantes Declaratiōs, dans leſquelles elles ont pro­mis d'avois le ſoing & esgard neceſſaire des Conſciences tendres, qui eſt une des moindres graces & faveurs qu'el­les ont merité d'elles, pour s'eſtre monſtré ſi affectionnées & ſi fideles envers elles en la Cauſe Commune conob­ſtant toutes differences de jugement & d'opinion.

La clauſe qu'ils alleguent en ſuitte de nos Declarations eſt tirée de noſtre Reſponſe aux Seigneurs du Conſcil Secret de ſa Majeſté en Eſcoſse, & a l'Aſſemblée Eccleſi­aſtique de ce Royaume la en l'an 1642. ou le but de leur diſcours eſt de prouver que les Maiſons du Parlement ont declaré, Qu elles eſperoyent [avec l'aſsiſtance de Dieu] de re­former en telle ſorte les ab us de l'Eglize d'Angleterre, qu'el­les en iejetteroyent tout ce qui port eroit a offencer Dieu, ou qui donneroit IVSTE ſujet de meſcontentement a toutes les Eglizes voiſines, Et s'accorderoyent juſques avec nos Freres d'Eſcoſse & les autres Eglizes Reformées en toutes les parties SƲBSTAN CIELLES de la Doctrine du Service divin & de la Diſcipline, que nous puiſsions & eux auſſy joüir des advantages & commodités deſquels ils font mention en cette leur Reſponſe: Et que pour obtenir l'effect de cette Declaration, il y a plus de quatre ans que les peines & le travail de pluſieurs perſonnes Doctes & pieux Miniſtres ordonés pour cela ont eſté employés a former un Directoire du Service Divin, [qui avoit eſté il y a leng temps approuvé & receu es deux Royaumes,] une Con­fesſion de Foy, une Forme de Gouvernement & de Catechi­ſer, leſquels ont tous eſté preſentés aux deux Maiſons & qu'ony avoit faict quelque progrés pour l'eſtablſſement d'i­ceux58 juſques a ce que depuis peu on en a quitté tout le ſoing. Nous n'avons pas [comme ils diſent] plus quitte le ſoing de ces choſes , que cy devant, mais on y a continué comme auparavant avec autant de diligence, que l'exi­gence & la condition des affaires la peu permettre: Et l'on delibere encore a preſent ſur la Confeſſion de Foy; Elle eſt de grande eſtendue & de grand poids & requiere une ſerieuſe deliberation.

Et quand nous conſiderons ce que quelques Miniſtres qui font profeſſion du Presbytere ont eſcrit en leur livre intitulé Smectymnus dedié au Parlement l'an 1621. de la Liturgie, qui eſtoit lors eſtablie par authorité de la Loy, Qu elle n'avoit jamais eſté eſtablie pour eſtre ſi ponctuelle­ment obſervée, & commandée ſi eſtroictement & avec tant do rigueur, que tous ceux qui en feroyent ſcrupule, ou d'aucu­ne choſe qui y est contenue en fuſſent rejettés; Nous avons raiſon de bien conſiderer tout ce que nous ſeelons du ſeau d'authorité: Car ſi cette Vniformité au Directoire, Gouvernement de l'Eglize, Confeſſion de Foy, & Cate­chiſme leur devoit produire une ſi rigoreuſe Conformi­, il ſeroit mal aiſé de prevoir tous les malheurs & in­couveniens qu'elle pourroit enfanter; quoy que nous puiſ­ſions aiſement concevoir par ce que nous avons reſſen­ty en meſmes choſes, qu'ils ne ſcroyent pas petits.

A prés cela ils alleguent l'Ordonnance du Icusne or­donné le 10. Mars dernier pour recourer a Dieu afin d'a­voir ſa direction & ſon aſsiſtance pour prevenir & ſuppri­mer la naiſſance des Erreurs, Hereſies, & Blaſphemes, qui ſe multiplioyent, ſurquoy Nous diſons que par les paroles de l'Ordonnance ces Erreurs , ces Hereſies & Blaſphemes ſont declarés eſtre ceux, qui tendent a la ſubverſion de la Foy, & le meſpris du Ministere & des Ordonnances de Ie­ſus59 Chriſt; Mais le Parlement n'en a permis, ny n'en veut tolerer aucuns de cette nature : Encores que ce ne ſoit pas choſe ſi eſtrange, que les Commiſſaires Eſcoſſois la voudroyent faire, de ſe ſervir des armes du Icuſne & des Prieres contre ces choſes , contre leſquelles c'eſt une voye moins Chreſtienne d'uſer de force & violence. Et ſur ce qu'ils demandent par deſdain & par mocquerie, Si ce ſont les expediens & moyens dont les Maiſons du Parlement ſe ſont adviſées pour ſupprimer les Erreurs les Hereſies & Blaſpheſmes, de deſirer qu'on en confirme la To­leration par authorité de la Loy. Que les Maiſons du Par­lement deſirent une Toleration des Blaſphemes, Hereſi­es ou d'aucun Errêur condamné, [nous entendons con­damné entre les hommes religieux et doctes] il appert qu'il en eſt aut rement de ce qui a desja eſté dict. Et nous pourrions icy repouſſer & rejetter contre eux toutes leur aigres & ameres paroles & injures, mais nous nous en abſtenons, comme nous avons touſjours jugé a propos de le faire en pluſieurs autres endroicts de leurs Eſcrits.

Sur ce qu'ils continuent a demander ſi on accordera cette Toleration a tous ceux qui par leur pernicieuſes do­ctrines & actions entreprennent d'effencer & outrager la Perſonne du Roy & ſon Authorité, les Droicts & Privi­leges du Parlement, & violent haultement chaſque Arti­cle de l'Alliance Solemnelle & du Convenant; Nous diſons qu'on ne demande aucune Toleration pour tous ceux , ny pour aucun d'eux. Mais qui eſt-ce qui mine le plus la ſeureté de la Perſonne du Roy & ſon Authorité, que ceux qui empeſchent une heureuſe reconciliation entre luy & ſon Peuple, en s'oppoſant ſans ſujet aux Maiſons du Parlement ſur un petit nombre de choſes neceſſaires, qu'elles ont demandées pour ſervir d'acheminement a un60 Traicté ſur tout le reſte; Et qui appuyent le Roy en ſes conſeils & reſolutions li apparemment deſtructives a Luy meſme, a ſon Authorité & a ſa Poſterité; Qui eſt-ce qui a ſi haultement enva hy & violé les Privileges du Parlement, tant au regard de ſes Membres en particu­lier, [comme ont ſaict Cheiſſy, Bayly, Bucanan & au­tres,] que des Maiſons meſmes, comme les Commiſſai­res d'Eſcoſſe par leur Eſcrits & practiques, ne s'ingerans pas ſeulement dans le pouvoir legiſlatif de ce Royaume, mais auſſy entreprenans juſques a luy donner la Loy. De ſorte qu'il ny a pas un Article de l'Alliance Solemnelle & du Convenant, qui n'ait eſte violé par eux ſoubs couleur d'en obſerver un, qu'ils ont mal interpreté & mal ap­pliqué.

Ils pou ſuivent, & diſent que s'oppoſer au Convenant & a la Reformation de la Religion, mettre diviſion entre le Roy & ſon Peuple, ou faire une Faction parmy lPeuple au contraire de cette Alliance & Convenant, eſtoyent cy de­vant les marques par leſquelles on a ſcernoit nos Ennemis. Et que tous ceux, qui maintiennent & font ces choſes, quoy qu'ils ſattribu aſſent le nom de Saincts, doivent eſtre neant­moins tenus pour Incendiares, Ennemis Malins, & perni­cieux Inſtruments. Ce que nous ne diſons pas moins qu'eux, Mais a qui conviennent ces marques plus proprement & plus a plein, qu'a ceux qui ſoubs le nom du Convenant s'oppoſent en effect au Convenant? Et qui eſt ce qui met ſi viſiblement la diviſion entre le Roy & ſon Peuple, que les Commiſsaire, d'Eſ oſſe l'ont faict par leurs procedures en l'lſle de wight, & en impri­mant & publiant tels Eſcrits, que ceux cy, pour faire une faction parmy le Peuple contre l'Alliance Solennelle & le Convenant? Et qui peut eſtre ſi aveuglé, qu'il ne voye61 quelle eſtroite affinité il y a entre leurs derniers Eſcrits & demandes, & celles de ces derniets Traiſtres Conſpi­rateurs dans la Ville de Londres, Et cette bande tumul­tueuſe, qui a forcé les portes du Parlement le 26 Iuillet dernier; & a la derniere Reſponſe du Roy, avec laquelle leurs Eſctits s'accordent beaucoup mieux, qu'avec leurs premiers Principes & Propoſitions. Dequoy nous avons un Exemple & une Preuve ſuffiſante en leur Eſcrit du 1. d'Aouſt 1647. pendant l'abſence des Orateurs du Parle­ment, & de divers Membres des deux Maiſons, cauſée par ce Tumulte & cette violence faicte au Parlement le ſuſ­dict 26 Iuiller, ſur la fin duquel Eſcrit ſelon le deſir de ces Conſpirateurs & cette bande tumultueuſe ſuſmentionnée, leurs Advant-coureurs, Ils preſsent que le Roy puiſse eſtre invité de venir a Londres, en ces Paroles. Et afin que les Parlements des deux Royaumes ſe puiſſent librement & ſans conſtraincte appliequer a Sa Majeſté. Nous deſirons ardemment que les Honnorables Maiſons invitent Sa Ma­jeſté de venir a Londres & declarent qu'elle ſera icy en Seu­jeſté Honneur & Liberté, ſans quoy nous ne voyons aucun autre moyen probable pour le preſent d'obtenir une Paix ſeu­re & bien eſtablie.

Quand a la Proteſtation des Commiſſaires d'Eſcoſſe contre noſtro Toleration [ainſy l'appellent ils] ſi nous y perſiſtons, Nous ne pouvons que nous ne declarions que ces paroles font la plus grande uſurpation verbale ſur nos Droicts indubitables, & ſonnent la plus haute a­larme pour porter a nue rupture entre les deux Royaume [ce qui Dieu ne veuille permettre,] qui ſe puiſſe faire, Et nous avons tous-jours dict & proteſté, diſons & prote­ſtons, que ny les Commiſſaires d'Eſcoſſe, ny aucun Roy­aume, ou Eſtat que ce ſoit, n'a rien a pretendre pour con­ſentir62 ou contredire, atteſter, ou proteſter ſur aucune choſe que nous trouverons bon d'eſtablir pour le Gouverne­ment de l'Eglize, ou de l'Eſtat de ce Royaume.

Et icy les Commiſſaires d'Eſcoſse euſſent peu taire leur eſtonnement & l'eſmotion de leurs entrailles juſques a ce qu'ils euſsent veu jetter par violence dans les Priſons, & forcer les pauvres Members de Chriſt d'abandonner leurs biens & leurs Pays a l'occaſion de cette rigoureuſe Conformité, Et juſques a ce qu'ils voyent [ſi Dieu ne le previent] les fruicts amers & les deplorables conſequen­ces de leurs dernieres procedures en l'Iſle de Wight par la continuation & renouvellement des Calamités des rrois Royaumes. Et a preſent comme les Commiſſaires d'Eſ­coſſe diſent qu'ils nous conjurent, nous conjurons auſſy nos Freres d'Eſcoſſe par l'Alliance Solennelle & le Con­venant, & par toutes les Promeſſes, Profeſſions & De­clarations en vertu deſquelles nous avons eſté induicts de nous ſervir de la Conjonction & Aſſiſtance de leur Roy­aume en cette Cauſe, qu'ils ne ſouffrent pas que leur Commiſſaires ſe ſervent de cette Conjonction a aucun autre uſage, & ne l'employent a d'autres fins qu'a celles, auſquelles elle avoit eſté deſtinée, Et qu'ils nous veuillent permettre de juger ſur la terre du Reiglement de nos Af­faires, tant de l'Eglize, que de l'Eſtat en ce Royaume ſe­lon nos Droicts indubitables & fondamentaux, comme nous ne craindrons point d'en rendre compte au grand Iour du Iugement [auquel les Commiſsaires d'Eſcoſse nous citent,] ayans eſté plus ſoigneux de mettre Chriſt en pleine liberté, que deſireux de le rendre captif; Et eſtant plus a propos ſelon noſtre jugement de laiſser agir Dieu contre pluſieurs Erreurs [qui ne ſont pas evidemment condamnés] que d'abuſer de l'authorité de Dieu pour ſup­primer63 une Verité. Et nous nous aſſeurons que tou­tes Perſonnes non preoccupées & partiales, qui au­ront peſé avec equité nos raiſons ſur l'Indulgence que nous deſirons accorder, jugeront que l'Aſſertion des Commiſſaires d'Eſcoſse, en la nommant une Toleration impie, eſt une calomnie ſans charité, Et que l'impieté ſe trouve ſeulement en leurs imaginations, & en leurs ap­prehenſions peu Chreſtiennes, Et qu'ils ont jetté des fauſ­ſes Aſperſions ſur nos legitimes & neceſsaires Reſoluti­ons en cela, d'ou ſi aucune Rupture [telle que celle dont ils parlent, laquelle Dieu veuille empeſcher] arrivoit en­tre les deux Royaumes, qui ſont unis par tant de liens & Rapports. Tout le Monde jugera ſans doubte que les Commiſſaires d'Eſcoſse auront eſté les principaux Au­theurs & Promoteurs de ce malheur.

Les Commiſsaires d'Eſcoſſe paſſent a leurs Arguments pour la defenſe de la Couroune & des Intereſts du Roy.

Et diſent, que nous ſommes obligés par noſtre Convenant Serment de Fidelité & devoir de Subjects de ne diminuer en aucune ſorte, ains pluſtoſt maintenir & appuyer le juſte pouvoir & la grandeur du Roy. Or nous leur demandons ſi le Roy n'eſt pas auſsy obligé par ſon ſerment a ſon Couronnement, & pat le devoir de ſon Office de ne dimi­nuer rien des juſtes Priviledges des Parlemens, ny des Li­bertés des Subjects. S'il ne la pas faict, pourquoy ſe ſont ils joincts a nous pour combattre contre luy? S'il l'a faict, Comment celuy qui romp ſa haye ſe peut il plaindre qu'on empiette ſur ſa Terre, comme s'il euſt peu faire l'ouverture d'un coſté ſans la faire de tous les deux? Et pour leur diſcours touchant la Monarchie en general, & la practique de tous les Royames, s'ils nous veulent dire ſincerement ce qui ſe practique en cela en leur propre64 Royaume, uous ne doubtons pas, qu'ils ne nous fourniſ­ſent de reſponſe a leurs propres Arguments. On ſçait aſ­ſés ce qui a eſté & qui eſt encores practiqué én Eſcoſse, comme auſsy icy en Angleterre au regard du Pouvoir Legiſlatif & de l'adminiſttation de la Milice ſans & con­tre le conſentement du Roy, Et que le Royaume d'Eſcoſ­ſe s'eſt engagé avec nous ſur ces Principes a cette Guer­re, meſme que quelques uns de ces Commiſsaires ont eſté des plus actifs pour engager deſsus les Royaumes a cette Guerre Commune, aux Serments & Convenants, qui ſe­royent impoſés ſur les deux Royaumes, aux taxes & im­poſitions pour y lever de l'argent, a rejetter le Livre des Prieres Publicques & eſtablir en ſa place le Directoire, & a pluſieurs autres choſes, eſquelles le plus grand uſage du Pouvoir Legiſlatif conſiſte: Et toutes fois a preſent [ſans faire reſerve d'aucun Cas] ils Declarent que ſi nous prac­tiquons les meſmes choſes, Tout le Monde ne doibt pas faire de nous un jugement plus favourable, que ſi nous arra­chions l'Eſpée & le Seeptre des mains du Roy: Que ſa Concurrence pour l'eſtabliſſement des Loix est de l'eſſence & de l'eſtre de tous les Roys, Et que luy oſter ſa voix Nega­tive, eſt contrevenir a la Practique ordinaire de ce Roy­aume & de tous les Autres. Quand a ces façons de parler deſquelles ils tirent leurs Argumens, a cauſe que les Loix ſont quelques fois appellées les Loix du Roy: Et que les Actes de Parlement commencent quelques-fois par ces mots Conceſsimus ou ſtatuit Rex, ou ſemblables: Ils ne peuvēt pas plus conclure de la neceſſité du Cōſentement du Roy, que celle de ſon Conſentement a tous les Ar­reſts & Sentences données es Cours Inferieures, que l'on appelle auſſy Arreſts & Sentences du Roy; Et qui com­mencent par ce mots, Carolus Dei Gratia, &c. D'ou il65 s'enſuivroit par leur Argument, qu'aucune Loy, ny Iuſti­ce ne peut eſtre faicte & adminiſtrée dans le Royaume, que ſuivant la volonté & le plaiſir du Roy. Et a leur au­tre Argument. Que quelquesfois le refus que le Roy fait de conſentir a une Loy peut eſtre pour le bien de la Religion & du Royaume, Et qu'eſtant Roy ſur diverſes Nations il les peut empeſcher de ſe faire tort les unes aux autres & proteger ſes Subjects des injures qu'ils ſe pouroyent faire entre eux meſmes.

Nous reſpondons qu'une telle choſe peut arriver quel­quefois, mais que les cas rares ſont des mauvais Princi­pes & Maximes es affaires & Conſtitutions Politiques. Il y a bien plus d'apparence qu'un Roy ſe peut plu ſtoſt meſprendre que le grand Conſeil de ſon Royaume, Et il eſt bien plus croyable qu'un Roy ſe puiſſe plaſtoſt porter a empeſcher ce qui eſt pour le bien de tout le Roy­aume, que tout le Royaume Repreſenté en Parle­ment ne vouluſt demander ce qui feroit pour ſon propre domàge. Il eſt beaucoup plus vray ſemblable, que le Roy ſe vouluſt ſervir d'un de ſes Royaumes pour opprimer l'autre, & oppoſer une partie de ſes Subjects a l'aute pour ſe rendre abſolu