LA DECLARATION DES SEIGNEURS ET COMMUNES ASSEMBLéS EN PARLEMENT, TOUCHANT LES ESCRITS DE COMMISSAIRES D'ESCOSSE.
NOus les Seigneurs et Communes du Parlement d'Angleterre, Conſiderans ſerieuſement la grande et inducible grace, que Dieu a faict aux deux Royaumes d'Angleterre et Eſcoſse, de ruiner et leur ſoubmettre entierement leurs Ennemis Communs; Et remarquans neantmoins la malice indomptable de leurs Eſprits, Et qu'eſtans a preſent deſnués de tout pouvoir d'agir par force ouverte, Ils taſchent par toutes ſortes d'artifices, d'aſtuces et de ſubtilités de miner la puiſſance et troubler la Paix des deux Rovaumes; Comme d'un coſté nous avons grand ſujet d'eſlever nos coeurs vers Dieu en actions de grace; Auſſy avons nous d'autre part grande raiſon de reveiller nos penſeés, et de nous tenir ſur nos gardes, Les ennemis2 Communs de ces Royaumes ayans maintenant pour deſſeing, en les diviſant an dedans d'eux meſmes, et l'un contre l'autre, de les ruiner tous deux, Et ſoubs pretexte de ſatisfaire a tous Intereſts, d'en pourſuivre un ſeul [aſçavoir le leur propre,] qui eſt d'engloutir tous les autres.
Les Commiſſaires d'Eſcoſſe ſe ſont rendus eux meſme de long temps, ou ont eſté faicts par d'autres des inſtruments fort propres pour l'advancement de ce deſſein de l'Ennemy Commun, Quand, oublians les fins pour les quelles ils eſtoyent venus, et le vray Intereſt de ceux qui les avoyent envoyés, Ils ont faict leur affaire Principale, de s'employer par leur Practicques et Eſcrits a deſgouſter les Peuples des deux Royaumes des Procedures du Parlement d'Angleterre; Et en meſme temps a les diſpoſer a ſe joindre au Roy et a ſon Party ſur des termes evidemment ruineux aux deux Royaumes, et a la fin pour laquelle ils ſe ſont engagés a cette Guerre. Ce qui nous fait rappeller en memoire un Paſſage de leurs Eſcrits du 28. Iuillet 1645. ou ils diſent, Qu'ils avoyent raiſon, par ce qu'ils avoyent appris du paſsé, d'apprehender, que certaines Perſonnes ne demeureroyent point en repos, mais agiroyent tous jours ſous main, et entreprendroyent de faire une Paix a leur poſte et a leurs propres fins, au grand prejudice du Publicq, eſloignans de plus en plus le coeur du Roy d'une Paix ſeure et bien eſtablie, et retardans les intentions des deux Royaumes. Nous ſouhaitterions, que les apprehenſions, qu'ils avoyent alors, fondées ſur leur experience du paſſé, les euſſent empeſché de Practicquer eux meſmes la meſme choſe; Car leurs Eſcrits ſemblent tendre fort a cela, ſur tous ceux qu'ils ont depuis peu preſentés aux deux Maiſons du Parlement, et qu'ils ont incontinent aprés, [comme c'eſt leur couſtume,] faict imprimer et publier,3 les intitulans, La Reſponſe des Commiſſaires du Royaume d'Eſcoſſe aux deux Maiſons du Parlement, ſur les nouvelles Propoſitions de Paix, et les quatre**Elles s'appellent Bills en la langue Angloiſe et ſignifient des Actes du Parlement, auſquels le Roy n'apas encore conſenty. Ordonnances, qui doivent eſtre envoyées a ſa Majestè.
Touchant leſquels Eſcrits, Nous avons creu eſtre a propos de faire la preſente Declaration pour deſabuſer les eſprits des Peuples des deux Royaumes; qui autrement peuvent eſtre deceus et ſeduits ſoubs des faulſes repreſentations et aſperſions jettées ſur le Parlement d'Angleterre et leurs Procedures. Et nous voulons qu'on ſçache, Que lors que nous parlons des Commiſſaires d Eſcoſſe, nous n'entendons pas en aucun lieu de cette Declaration le Royaume d'Eſcoſſe, Lequel nous nous aſſeurons, ne voudra pas advoüer ſes Commiſſaires en ces Eſcrits, en leurs Tranſactions en l'Iſle de Wight, ny en pluſieurs autres de leurs Eſcrits et Procedures, quand il ſera bien informé de leurs Actions, & des portements; Mais pluſtoſt que ledict Royaume d'Eſcoſſe ſera touſjours preſt de nous faire droict, et a ſoymeſme. Or nous procederons maintenant a reſpondre par le menu a leur Eſcrits.
Les Commiſſaires d'Eſcoſse diſent, Qu'ils ont faict tont leur poſsible pour l'eſtabliſſement de la Religion, et d'une heureuſe Paix; Et que nous n'avous pas voulu nous joindre avec eux, pour preſenter encore au Roy les Propoſitions qui luy ont eſté premierement envoyées a Oxford, et ſur leſquelles, on a aprés traitté a Uxbridge. Puis ils nous accuſent d'avoir uſé de long delays en les changeant, Et d'avoir en fin faict les plus grands changement es choſes, qui concernoyent l'eſtroicte Ʋnion des Royaumes;4 Et neantmoins, que, par un ardent deſir de Paix, paſſans par deſſus ce qui pourroit faire pour l'interest particulier du Royaume d' Eſcoſſe, Ils ſe ſont joincts avec les Maiſons, pour preſenter des Propoſitions a Sa Majeſtè a Newcaſtel, Encores que, comme ils declarerent alors, ils euſſent juſte Sujet d'eſtre peu ſatisfaicts de pluſieurs choſes contenues en ces Propoſitions là.
Or quand aux Propoſitions envoyées a Oxford, Nous avons en grande raiſon d'y faire quelques changemens en ce qui regarde le Royaume d' Angleterre, dequoy Nous ne ſommes pas obligés de rendre compte aux Commiſſaires d' Eſcoſſe, non plus qu'ils ne nous l'ont rendu, et que nous ne l'avons pas attendu d'eux, des changements qu'ils ont faicts, ou pouvoyent faire plus grands es choſes qui concernent particulierement le Royaume d' Eſcoſſe. Et ſur ce qu'ils nous reprochent nos longueurs, quoy qu'ils entreprennent de cenſurer nos actions, Ils n'ont toutesfois pas leurs ſeances parmy nous, pour eſtre teſmoings de noſtre diligence, et pouvoir eſtre juges de nos delays; Bien eſt il vray qu'ils nous ont ſouvent eſté en empeſchement, en singerant en des choſes, qui ne les concernoyent ancunement. Et pour ce qui eſt des Changemens, qu'ils diſent avoir eſté Principalement faicts en ce qui concerne l eſtroicte Ʋnion des Royaumes; Les principaux Changemens es Propoſitions envoyées a Oxford, qui regardoyent les deux Royaumes, eſtoyent ceux cy; Dans les Propoſitions envoyées a Oxford la Milice par mer et par terre, en tous les trois Royaumes d' Angleterre, Eſcoſse et Irelande, eſtoit a la diſpoſition des Commiſſaires des deux Royaumes d' Angleterre et d'Eſcoſſe, Et l'exercice de leurs pouvoirs dans les trois Royaumes y eſtoit confondu. 5Dans les Propoſitions en voyées a Newcaſtel, le pouvoir de la Milice, tant par mer, que par terre, demeuroit diſtinct aux Parlemens des deux Royaumes d'Angleterre & d'Eſcoſſe, pour en eſtre diſpoſè, & pour eſtre mis en execution ſelon qu'ils en ordonneroyent de temps en temps, Et ce toutes fois avec un pouvoir exprés de joindre les forces des deux Royaumes pour le bien commun, ſur l'advis & requeſte des deux Royaumes reſpectivement, & non autrement, eſtant auſſy donné pouvoir a des Commiſſaires pour la conſervation de la Paix des deux Royaumes, d'agn ſelon le pouvoir exprimé a ce regard es Articles du Grand Traicté, & non pas autrement.
Es Propoſitions en voyées a Oxford, on avoit deſiré que la Guerre d'Irelande fuſt conduicte par l'advis commun des deux Royaumes; En celles qui furent envoyces a Newcaſtel; il eſtoit dict, Que la Guerre d'Irlande ſe feroit par les deux Maiſons du Parlement d'Angleterre. Es Propoſitions, que l'on envoya a Oxford, il y en avoit une touchant l'Education & Mariage des Enfans du Roy, & des Enfans de ſes Heretiers & Succeſſeurs qu'on y pouvoiroit de l'Advis & Conſentement des Parlemens des deux Royaumes, ou es intervales de Parlemens par leurs Commiſſaires: Et une autre Propoſition, Que toute concluſion de Paix, ou de Guerre avec les Princes, ou Eſtats Eſtrangers, ſe feroit par le meſme Advis. Il y avoir auſſy une autre Propoſition pour paſſer un Acte d'Oubliance par les Parlemens des deux Royaumes reſpecticement: Comme auſſy une quatrieme Propoſition, Que les Armées ſeroyent de bandées en tel temps, & en telle maniere, qu'il en ſeroit convenu par les Parlemens des deux Royaumes, ou par ceux qui ſeroyent authoriſés d'eux pour cet effect.
Ces quatre dernieres Propoſitions eſtoyent obmiſes en6 celles qui furent envoycées a Newcaſtel; la derniere eſtant une dependance de la Milice, & les autres, des matieres, qui les deux Maiſons avoyent trouvé bon de prendre en plus grande conſideration: De ſorte qu'il eſt tres apparent, que ces Changemens tendent Seulement a prevenir la Confuſion, qui pourroit arriver du meſlange des Droicts particuliers de chaſque Royaume; Laquelle diſtinction entre Union & Confuſion eſt le melleur, voire le ſeul moyen de prevenir une pire Diviſion, & de preſerver l'Union Fraternelle, que l'on entretient pour des fins communes, ſans confondre les Droicts & Intereſt particuliers.
Quand a ces mots, Paſſans par deſsus ce qui pourroit faire pour l'Intereſt particulier du Royaume d'Eſcoſſe: Nous ne les avons jamais prié de paſſer par deſſus aucune choſe de cette nature; Mais s'ils ont entendu, que joüir de quelque Intereſt dans le Royaume d' Angleterre ſoit un intereſt du Royaume d'Eſcoſſe, Ils ont cedé ce qu'ils nont jamais eu, et que nous ne leur accorderons jamais, & qu ils ne peuvent auſſy demander ſans rompre le Convenant.
Et touchant ce qu'ils diſent, Qu'ils avoyent juſte Sujet d'eſtre peu ſatisfaicts de pluſieurs choſes contenues es Propoſitions envoyées a Newcaſtel: Nous declaraſmes en meſme temps, qu'ils avoyent grand Sujet d'y trouver leur ſatisfaction, Et nous n'avions pas moins de cauſe de croire, qu'ils approuvoyent d'autant plus nos raiſons, qu'ils avoyent conſenty a l'envoy dicelles. Nous n'avons peu encore juſques icy ſuppoſer, qu'ils ayent jamais voulu conſentir a des choſes, qu'ils ont eſtimé contraires a leur ſerment de Fidelité, & Convenant, Et nous ne l'aurions pas dict deux: Mais nous ne pouvons, que nous ne cemarquions a preſent, Que dans ces Eſcrits ils font quelques unes des choſes, aufquellos ils conſentirent alors, eſtre maintenant contraires7 au Serment de Fidelité & au Convenant, comme il paroiſt clairement de leurs paroles, qui ſuivent cy aprés, ou ils diſputent contre les Propoſitions touchant la Miltee & les Tiltres d'Honneur, au ſquelles choſes ils ont cy de: aut conſenty: Voicy leurs termes,
Que apres la Religion, ce en quoy nous ſommes de jugement different ſur les Propoſitions, c'eſt touchant l'Intereſt & le Pouvoir de la Couronne: Nous ſommes oblligés par noſtre Convenant, ſerment de Fidelité & Devoir de Subjects; non ſeulement de ne diminuer en aucune ſorte, mais de maintenir le juſte prouvoir & la grandeur du Roy: De ſorté que la queſtion eſt, En quoy conſiſte l'Authorité & le juſte Pouvoir, de ſa Majeſté, Et nous affermons, & ſperons qu'on ne le pourra nier, que le Pouvoir & l'Authorité du Roy conſiſte principalement, a faire & eſtablir des Loix, & a defendre & proteger ſes Subjects, ch•ſes qui ſent de l'eſſence & de l'eſtre de tous les Roys; Et l'adminiſtration de ce Pouvoir fait les principales parties & devoirs de leur Office & Fonction Royale; Et le Sceptre, & l'Eſpée ſont les Marques de ce Pouvoir, Quand a celuy de la Milice, nous deſirons & conſentirons volontiers, qu'il puiſſe eſtre eſtably en ſorte, que ny le Roy luy meſme,•y aucum autre, ne puiſse avoir moyen de troubler, ou enfraindre la Paix que l'on doibt faire: Et nous croyons, que dans ſon Meſſage du Chaſteau de Carisbrook, il a offert aſſés pour ſatisfaire a ce regard; Mais nous nous ſommes pas d'advis que le Roy, ſa Poſterite & la Couronne ſoyent pout jamais deſpoüillés de tout pouvoir & droit ſur la Milice; Comment pourrent ils reſiſter a leurs Ennemis & aux Ennemes du Royaume, proteger leurs Subjects, ou entretenir amitie ou correſpondence avec leurs Aliés? Tous Roys ſont obliges par leur Office & parleur ſerment, qu'ils font a loue Couronnement, de maintenir les Loix & proteger8 leurs Subjects; Et pourtant ce ſeroit une choſe eſtrange d'exclure de la Couronne pour jamais le pouvoir d'accomplir ce, a quoy les Roys ſont obligés par le Serment, Et ce, a quoy les Subjects jurent obeiſsance par lour Serment de Fidelité. Pour ce qui eſt de la diſpenſation des Tiltros d Honneur, nous deſirons que le Roy, qui en eſt la ſource, ne ſoit pas privé d'une choſe, qui en tous Aages, & en tous Royaumes a tousjours eſté tenue & eſtimée une Fleur de la Couronne.
Ce ſont la les propres termes des Commiſſaires d' Eſcoſse, Et les meſmes termes & Arguments, au moins au meſme effect, deſquels le Roy s'eſt ſervi a meſme diſſeing dans ſes Declarations au commencement de cette Guerre; comme particulierement en ſa Declaration intitulée, La Reſponſe de ſa Majeſté a un Liure imprimé, dict la Remonſtrance, ou la Declaration des Seigneurs & Communes aſſemblés maintenant en Parlement, du 26. de May 1642. Pour Reſponſe a une Declaration, faicte au nom de ſa Majeſté touchant l'affaire de Hull, ou il dit,
De plus ſe peut on imaginer, que le Roy ſoit obligé par Serment de paſſer des Loix [Et telle eſt l'Ordonnance de la Milice, qu'ils nous ont apportée,] qui luy oſtaſsent le Pouvoir qui luy a eſté confié, pour le mettre en d'autres mains, Et le deſpouillaſſent & privaſſent de tout pouvoir d'accomplir la principale choſe parteé par ſoa Serment, qui eſt de les proteger, Si nous donnons noſtre Pouvoir a d'autres, ou ſi on nous l'oſte, Nous devenons incapable de proteger aucune Perſonne: Et quelle excuſe poúrions nous pretendre devant Dieu, ou devant les Hommes, quand nos bons Subjects, deſquels Dieu & les Loix nous ont donné9 la charge, feront deſchirés & pillés, de dire, que nous en avons commis d'autres pour les Proteger, c'eſt a dire pour s'acquitter en noſtre place de ce Devoir, qui reſide eſſentiellement, & inſeparablement en noſtre propre Perſonne.
Apres ils diſent, Qu'ayant eſté accordé entre les deux Royaumes, que les meſmes Propoſitions ſeroyent encore preſenteés a Sa Majeſté a ſon arriveé a Holdenby, Les deux Maiſons l'ayant differé pluſieurs mois, ils ont attendu leur temps auec Patience, Puis que ſoudainement Elles ordonnerent un jour peremptoire, auquel les Propoſitions fuſſent preſenteés a ſa Majeſté, & donnerent charge a leurs Commiſſaires, qu'en cas, qu'ils ne ſe trouvaſſent pas ce jour la preciſément a Hampton Court, Ils preſentaſſent eux ſeuls les Propoſitions au Roy. Ce qui eſt contraire au Traicté faict entre les deux Royaumes.
Quand a ce, quils diſent, quils ont attendu noſtre temps avec patience, ils devoyent pluſtoſt avoir dict avec ſilence. Car entre la venue du Roy a Holdenby, & le temps qu'on luy preſenta les Propoſitions a Hampton-Court, ils ne firent aucune inſtance pour l'envoy des Propoſitions au Roy, comme ils avoyent faict auparavant: Mais les deux Maiſons, apres que le Roy fut venu a Holdenby, preſſerent ſouvent les Commiſſaires d'Eſcoſſe de ſe joindre a Elles, pour envoyer les Propoſitions a ſa Majeſté, a quoy ils apporterent du retardement, allegans pour raiſon, qu'ils attendoyent certaine perſonnes d'Eſcoſſe, avant la venüe deſquelles, ils ne ſe pouvoyent joindre avec nous. Meſmes ou leur a oüy dire, ou du moins a un d'eux [comme nous en avons eſté bien informés.] Qu'ils ne tenoyent pas eſtre a propos, que les Propoſitions fuſſent envoyées au Roy, que premierement l'Armée Commandée10 par le Chevalier T. Fairfax ne fuſt desbandée; Certes alors ils euſſent peu amener le Roy a Londres, ſoit que le Parlement l'euſt voulu, ou non, & forcer le Parlement a traicter Perſonnellement avec luy, en tels termes & a telles conditions, qu'il euſt pleu a ſa Majeſté & a eux. Out peut voir clairement par là, de qui, & d'ou eſt venu le retardement en ce temps là. Et touchant ce que les Propoſitions furent envoyées aprés ſoudainement. Qui euſt penſé qu'aucun temps euſt peu eſtre trop ſoudain a des gens, qui font telle profeſſion deleur conſtante diligence & promptitude; Et qu'ils attendiſſent ſeulement le temps des Maiſons du Parlement, ſur tout lors qu'elles eſtoyent obligeés d'envoyer leſdictes Propoſitions ſans y faire aucun changement? S'il y euſt eu une telle clauſe dans le Traicté, [comme ils pretendent & comme il ſera declaré en ſon lieu] Qu'il y doibt avoir une Concurrence de l'advice, & Conſentement des deux Nations es choſes, qui doivent ſervir de fondement a la Paix commune; On eſtoit neantmoins convenu de ces Propoſitions entre les deux Royaumes, & qu'elles ſeroyent envoyèes, ſeulement le propre jour qu'elles devoyent eſtre enuoyées n'eſtoit pas nommé determinement, Et l'eſtat de nos affaires en ce temps là ne pouvoit ſouffrir de delay, comme auſſy nous n'eſtions pas obligés d'attendre leur commoditê en une telle circonſtance. Et ſi preſenter ou preſſer l'effect des Propoſitions deſquelles les deux Royaumes eſtoyent d'accord, par l'un deux a part, eſtoit rompre le Traictè, Pourquoy les Commiſſaires d'Eſcoſſe l'ont ils rompu les premiers, faiſans la meſme choſe a Newcaſtel, avant que le Royaume d'Angleterre euſt declaré, qu'il vouluſt qu'on preſentaſt encore les meſmes11 Propoſitions, beaucomp moins qu'on preſſaſt le Roy de les accorder.
Aprés cela ils ſe prennent aux Maiſons du Parlement, diſans, Qu'ayans par leur Eſcrit du 5. Novembre, deſiré quil ſe peuſt faire un Traicté Perſonnel avec le Roy icy a Londres; & ce aprés avoir receu les nouvelles Propoſitions, qui devoyent eſtre preſentées a sa Majeſté, Ils inſiſterent par leur Eſcrit dn 17 Novembre, ſur leur premiere demande d'un Traicté Perſonnel avec ſa Majeſté, Mais ne recevans aucune Reſponſe a l'un ny a l'autre de leurs Eſcrits; Et eſtans requis de donner une Reſponſe poſitive ſur les nouvelles Propoſitions le 23. Novembre, ils reſolurent de demander encore une fois Reſponſe a leurs premiers Eſcrits, & requirent auſsy d'avoir une Conference avec un Committé des deux Maiſons ſur l'advantage, qui pourroit revenir d'un Traicté Perſonnel avec ſa Majeſté, & ſur les Changemens faicts es Propoſitions, afin, que ſuivant de Traicté du 29. Novembre 1643. [comme ils diſent, a quoy il ſera auſſy reſpondu en ſon lieu] on peuſt de l'advis & Conſentement des deux Nations s'accorder promptement ſur ſes choſes, qui doiventeſtre le fondement de la Paix commune. A toutes loſquelles choſes les Maiſons n'ont voulu donner aucune Reſponſe, & toutesfois, que ce ne leur eſtoit pas une petite ſatisfaction d'avoir tenté tous les moyens de faire un bon Accord, Et que le retardement de l'eſtabliſſement de la Paix des Royaumes ne leur prouvoit eſtre imputé.
Nous diſons, Que nous avions autant de ſujet d'eſtre peu ſatisfaicts de ſe qu'ils ne nous donnoyent aucune Reſponſe ſur les nouvelles Propoſitions [comme ils les appellent] que nous leur avions envoyées, mais de ce qu'au lieu de le faire ils inſiſtoyent touſ jours ſur leurs Eſcrits,12 & a demander un Traicté: Comme ils diſent l'avoir eſté de nous, de ne leur avoir point rendu de Reſponſe ſur la demande d'un Traicté, avant qu'ils nous euſſent reſpondu ſur leſdictes Propoſitions, que nous leur avions envoyées; Cette façon d'agir par Propoſitions n'ayant jamais eſte deſaprouvée au paravant d'aucun des Royaumes, mais bien celle de Traicter, contre laquelle les Maiſons du Parlement avoyent donné leurs ſuffrages; Et les deux Royaumes ayans conjoinctement declaré ne pouvoir entendre a un Traicté a Londres, [qui eſt, ce qu'ils demandoyent] avant que le Roy euſt donné aucune Satisfaction, ny Seureté a ſes Royaumes; Ce qui pouvoir ſervir de raiſon ſuffiſante aux Maiſons pour ne conſentir point a aucune Conference avec Eux par Committés des deux Maiſons ſur ce ſujet, & beaucoup moins ſur les Changemens des Propoſitions, que nous avions faicts au regard de ce Royaume ſeulement; encores que les Commiſſaires d'Eſcoſſe ne leur-cuſſent pas auparavant donné cauſe ſuffiſante de n'accorder que fort rarement telles Conferences, comme ils la leur donnerent apres la Conference avec les Committés des deux Maiſons en la chambre Peincte, ou il ſe traicta, comme on diſpoſeroit de la Perſonne du Roy; A laquelle Conference les Commiſſaires d'Eſcoſſe ayans engagé nos Committés de ne faire aucun Raport de ſe qui s'y eſtoit paſſé juſques a ce qu'ils euſſent donné leur Reſponſe par eſcrit; avant que nos Committés euſſent donné aucune Reſponſe aux Maiſons, quelques uns d'eux donnerent ordre qu'on imprimaſt Trois mille Copies de la Harangue que leur Chancelier, avoit faicte en cette Conference, leſquelles, comme l'Imprimeur a confeſſé devoyent eſtre publiées le Jeudy 15. d'Octobre, 1646. 13Si on ne les euſt envoyé querrir par Ordre de la Maiſon des Communes le Mercredy 14. du meſme mois; Apres lequel temps, & non pluſtoſt, ils curent charge des Commiſſaires Eſcoſſois de ne les publier pas juſques a nouvel ordre. Leſquelles Harangues furent puis apres publiées & dictes avoir eſte imprimées a Edenbourg.
Quand a la Concluſion par la quelle ils finiſſent leur diſcours de la matiere du Faict, Que le retardement de l'eſtabliſſement de la Paix des Royaumes ne leur peut pas eſtre imputé, faiſans reflection du contraire ſur les Maiſons du Parlement.
Les Maiſons du Parlement ont ſi ſort advancé la Paix & l'Eſtabliſſement des affaires en pourſuivant la Guerre avec vigueur, qu'ils ont entierement ſupprimé les forces de l'Ennemy, & par ce moyen là ont mis fin a la Guerre, [comme les Commiſſaires d'Eſcoſse le recognoiſſent ſouvent dans leurs Eſcrits], Et ſi cela ne ſe peut pas appeller une Paix, c'eſt toutesfois quelque choſe que en approche fort, Et qui promettoit fort l'entier Eſtabliſſement des Royaumes, ſi les Commiſſaires Eſcoſſois n'euſſent par leurs procedures en l'Iſle de Wight, & par ces Eſcrits, jetté les Peuples dans des apprehenſions de Nouveaux troubles; Et pourtant s'ils ont [comme ils diſent,] cy devart contribué quelque choſe pour l'Eſtabliſſement des affaires, Ils ont par ces dernieres Actions beaucoup plus travaillé pour faire retomber les Royaumes en de nouveau deſordres, comme tout homme d'eſprit le jugera ſans doubte, & ces Royaumes [ſi Dieu ne le previent] en pourront ſentir les triſtes effects.
Apres leur Diſcours de la matiere du Faict les Commiſſaires Eſcoſsois diſtinguent entro certaines choſes,14 qui concernent en propre le Royaume d'Angleterre, ſes Droicts, Loix, & Libertés, & autres mattiers, leſquelles, ou de leur propre nature ſont communes aux Royaumes, ou par Convenant ou Traicté concernent les deux Royaumes, Et promettent qu'a l'application de cette Diſtinction, ils ne s'eſtendront pas au delà de leurs limites, les Conditions expreſſes de leur Alliance Solennelles & Convenant, le Devoir de leur Fidelité, ny des Traictés & Declarations faictes entre les Royaumes, qui ſont de ſi fortes Obligations, que tous ceux, qui ont aucun ſentiment d'Honneur & de Conſcience doivent recognoiſtre qu'elles ſe doivent obſerver inviolablement.
Nous ne pouvons recevoir au nombre des Conditions expreſſes du Convenant & du Traitté toutes celles que les Commiſsaires d'Eſcoſſe y mettent. Nous avons oüy parler de quelques uns, qui ont faict diſtinction entre les choſes Spirituelles & les Temporelles, mais qui toutesfois in ordine ad Spiritualia, ſe ſont appropriés toutes choſes quelconques: Les Commiſſaires Eſcoſſois de la meſme ſorte ſe ſervent ſi dextrement du Convenant, du Traicté & du Serment de Fidelité, qu'ils ne laiſsent preſque rien au Royaume d'Angleterre, qu'ils n'y pretendent quelque Intereſt pour le Royaume d'Eſcoſse: Or nous maintenons que les choſes qui peuvent eſtre eſtimées les plus communes aux deux Royaumes, ne ſont pas pourtant tenués d'eux en commun, Et que leurs Intereſts en cela ne ſe doivent par exercer en commun, mais diſtinctement ſelon les divers Droicts & Couſtumes de chaſque Royaume reſpectivement. Et qu'on doibt tendre de meſme, ſelon les divers rangs & voccations de chaſcun, & non autrement, aux fins les plus Communes a tous deux, comme il eſt plus amplement15 declaré en noſtre Reſponce aux Eſcrits des Commiſſaires d'Eſcoſse du 20: & leur Lettre du 24. d'Octobre 1646. Sur la conſideration, comme on diſpoſeroit de la Perſonne du Roy.
Ayans poſé & affermy ce fondement de Droict & Juſtice entre les deux Royaume, nous paſſons au reſte de leur Diſcours, ou la Logique de leur Methode nous ſemble un peu eſtrange, de ce qu'ils entrent premierement en conſideration de la Forme que de la Matiere de noſtre Adreſse au Roy; Veu qu'en toute Raiſon la Matiere doibt preceder la Forme, & que de la differente nature d'icelle, la Forme de noſtre Adreſſe peut tomber ſoubs des differences conſiderations, certaines choſes eſtans de telle nature, qu'elles ne peuvent pas tomber ſous un Traicté, & d'autres telles, qu'on en peut Traicter. Mais les Commiſſaires d'Eſcoſse tendent touſjours conſtamment a leurs fins, leſquelles n'eſtans autres, que de plaire au Roy, La premiere choſe qu'ils ont en leurs penſées & en leur Diſcours eſt celle qu'il demande avant toute autre, aſçavoir; Un Traicté Perſonnel a Londres, eſperans comme le Roy fait, que s'ils peuvent premierement gaigner ce poinct ils reduiront par ce moyen làles Propoſitions a tels Termes, qu'il leur plaica, qui eſt a des Termes qui ſoyent plauſibles au Roy; Toutesfois puis que leurs Principes les ont porté a ſe ſervir de cet ordre là nous les ſuivrons en leur Methode, quoy que nous le le faſſions pas en leurs Principes.
Les Commiſſaires d'Eſcoſſe, diſent, que c'eſt leur Iugement & leur Opinion, Que le moyen le plus eſgal, le plus honnorable, & le plus juſte d'obtenir une Paix aſſeurée, c'est par un Traicté Perſonnel avec le Roy, Et qua cette fin Sa Majeſté ſoit priée de venir a Londres en tout Honneur,16 Literte & Scureté. Sur quoy iis offrent de donner pluſieurs Raiſons. Mais il faut premierement remarquer, que comme l'affaire eſt maintenant propoſee, quoy qu'ils n'en faſſent mention dans leur Poſition, toutesfois il eſt ſuppoſé, Que ce Traicté ſe devoit faire ſur Toutes les Propoſitions; Car celles qui ſont les plus eſſentielles pour leur ſeureté, ayant eſté preſentées au Roy par les Maiſons en quatre Ordonnances, s'il y euſt donné ſon conſentement, Elles vouloyent bien admettre un Traicté ſur le reſte, Et pas une des Raiſons des Commiſſaires d'Eſcoſſe ne conclud a un Traicté ſur le tout; non plus qu'elles ne concluent pas qu'il ſe faſſe neceſſairement a Londres, Et aucune d'icelles ne couclud pas plus contre l'envoy des Propoſitions, & pour un Traicté, a preſent, que lors que les Propoſition furent envoyées a Newcaſtel, ou quand on fut a pres tombé d'accord entre les deux Royaumes, qu'elles ſeroyent envoyées au Roy a Holdenby.
Mais maintenant nous examinerons plus particulierement leurs Raiſons particulieres.
A la premiere: Sur ce qu'ils diſent, Que l'envoy des Propoſitions ſans Traicter a ſouvent eſté eſſayé ſans ſuccés, Et que les Nouvelles Propoſitions ſont moins a l'advantage de la Couronne, que les precedantes, Et pourtant que nous n'avons pas raiſon d'attendre plus de ſatisfaction par ce moyen là, que nous n'en avons eu apparavant.
Nous leur demandons, Quelle raiſon avons nous d'attendre plus de ſatisfaction d'un Traicté, que nous n'en avons receu auparavant en cela a Ʋxbridge, ou17 au Traicté Perſonel d'Oxford, ſi nous ne ſommes reſolus au prealable d'abandonner par un traicté tout ce pourquoy nous avons combattu & de nous laiſſer oſter par un traicté, ce qu'on ne nous a peu faire perdre par la force de Armes: Ou du moins, que pouvons nous attendre d'un Traicté, ſinon que ſoubs pretexte de ſatiſfaire a tòus Intereſts, un Intereſt ſoit oppoſé a l'autre pour nous diviſer, Et que par ce moyen là, [n'ayans auparavant poſé aucun fondement de Seureté] Le Roy puiſſe eſtablir ſon propre Intereſt par deſſus tous les autres. Si le ſuccés & l'advantage de la Couronne ſelon l'opinion du Roy doibt eſtre la reigle de nos Reſolutions, Et ſi là deſſus lés moyens & les conditions de noſtre Paix nous doivent eſtre preſcrites, ce ſera un auſſy puiſſant Sujet aprés [& peut eſtre cela devoit eſtre le premier pas en ſuitte] de nous faire auſſy bien departir de la matiere, comme de la forme de nos Propoſitions, Le Roy ayant ſi ſouvent & ſi peremptoirement declaré ſa Repugnance aux poincts les plus eſſentiels d'icelles, & les reputant ſi prejudiciables a ſa Couronne & a ſa Dignité. Si nous ne pouvons obtenir la paix que ſur ces termes aſçavoir la Volonté du Roy & l'advantage de la Couronne au jugement du Roy; En ce cas là nous n'avions pas beſoing de faire aucune Guerre, Ce qui auroit eſté une reſolution d'aurant plus Chreſtienne, & auroit prevenu l'effuſion de beaucoup de ſang, duquel, ſi nous allons ſur tels Principes, que ceux lá, nous attirons neceſſairement tout le crime ſur nous meſmes; Et de plus, s'il y avoit aucune choſe en ces Propoſitions que le Roy & ſon Party puiſſent concevoir eſtre moins a l'Advantage de la Couronne,18 Il faut qu'elle ſe trouve dans le reſte desdictes Propoſitions, & non pas dans les quatre Ordonnances, Car elles eſtoyent les meſmes qu'auparavant [ſi on en excepte ſeulement la Loy Declaratoire touchant**Adjourner le Parlement ſigfie en la langue Angloiſe le remottre a un ausre temps ou a un autre lieu. l'Adjournement du Parlement] Tellement, que ces Propoſitions la'eſtans ſoubmiſes a un Traicté, il euſt eſté plus ſeant, que cela fuſt venu du Roy, ou de ſes Commiſſaires, de l'avoir allegué en traictant, que de la part des Commiſſaires d'Eſcoſſe, qui s'en ſervent comme d'un Argument pour un Traicté.
A la ſeconde Raiſon, ou ils argumentent ainſy, Que l'es loygnement du Roy de ſon Parlement eſt recognu des Maiſons en diverſes Declarations eſtre la principale cauſe de la Guerre, des Malheurs, & Calamités des Royaumes, Et que par conſequent la preſence de ſa Majeſté avec le Parlement doibt eſtre le meilleur, ſi-non le ſeul remede pour diſſiper nos troubles.
Nous diſons. Que les Commiſſaires Eſcoſſois, ſe mesprennent, s'ils penſent que la preſence du Roy avec le Parlement infere neceſſairement ſa preſence a Londres, ce que Luy & eux deſirent ſi ſort, a fin qu'ils puiſſent avoir l'occaſion de Cajoler les Bourgeois. Si ſa preſence avec le Parlement eſtoit neceſſaire, il n'eſt toutesfois pas neceſſaire que le Parlement ſoit a Londres, Et ils ne ſe meſprennent pas moins es Declarations du Parlement, s'ils croyent, que ce ſoit l'abſence Locale du Roy de ſon Parlement, qui y eſt dicte eſtre la principale cauſe de la Guerre, des Malheurs & Calamités des Royaumes autrement, qu'au regard de ſon eſſoignement d'eux quand a19 ſes Affections, & de ſon oppoſition a leurs Conſeils, Et de ſes efforts pour les deſtruire, Certes ſa Preſence avec ſon Parlement avec des affections & Intentions contraires a celles la, y euſt peu pour la meſme raiſon eſtre le meilleur remede pour diſſiper nos troubles; Mais ſon tetour a ſon Parlement avec les meſmes Affections & Intentions, c'eſt a dire, de miner & ruiner le pouvoir de ſon Parlement & de renouveller la Guerre contre Eux, peut ſervir de raiſon ſuffiſante pour l'en tenir eſloigné, comme auparavant ſon abſence du Parlement a deſſein de le ruiner & commencer la Guerre contre Eux donnoit alors ſujet de deſirer ſa Preſence. Tels Arguments tirés des Contraires Conſequences des Contraires ſont fort fallacieux par tout, ou les Contraires ne ſont pas ſemblables en toutes leurs Circonſtances au regard de leurs Conſequences: Ce ſeroit mal Argumenter, de dire qu'a cauſe, que c'eſtoit pour noſtre bien que l'Armée Eſcoſsoiſe eſt venue en Angleterre quand nous les y avons appellés & avions beſoin d'Eux, qu'ils en ſont ſorty a noſtre domage quand nous les en avons prié & n'avions plus beſoin d'eux. Tels Sophiſmes que ceux cy ſont plus convenables dans les Eſcholes, que dans un Senat.
A leur troiſieme Raiſon, Que ſans un Traité, ou bailler des Raiſons pour juſtifier le ſuject qu'on a, de trouver expedient de faire preſenter des Propoſitions au Roy, on les peut eſtimer des Jmpoſitions.
Nous diſons que les Committés des Eſtats d'Eſcoſse & le Chancelier de ce Royaume lá donnerent a Newcaſtel en leur nom des Raiſons en faveur des Propoſitions. 20Et qu'ont ils obtenu par là, ou quelles Raiſons ont ils trouvées de puis, qu'ils jugent plus fortes, que celles, qui furent preſſées alors par leur Chancelier, en la Harangue qu'il fit au Roy a Newcaſtel; en laquelle entre autres choſes il dit, Les Amis de voſtre Majeſté & les Commiſſaires d'Eſcoſſe [apres tous leurs debats & conteſtations] ont eſté contraincts de conſentir a l'envoy de ces Propoſitions là, ou auroyent attiré la haine d'un chaſun ſur eux pour avoir empeſché la Paix, & qu'on n'envoyaſt aucunes Propoſitions. Et a preſent, Sire, ſi Ʋoſtre Majeſté [ce quia Dieu ne plaiſe] refuſe d'accorder ces Propoſitions, Vous perdrés tous vos Amis, la Ʋille de Londres & toutes les Provinces, Et toute l'Angleterre s'unira entierement contre vous, Et [quand toutes eſperances de reconciliation ſeront perdues,] il eſt a craindre qu'ils ne faſſent voſtre procés & vous depoſent, & eſtabliſſent une autre forme de Gouvernement; Ils nous preſſeront de liurer Voſtre Majeſté en leurs mains de leur rendre les Garniſons du Nord, & de retirer noſtre Armée d'Angleterre; Et ſi Voſtre Maieſté refuſe les Propoſitions, les deux Royaumes ſeront contraincts [pour leur ſeureté commune] deſtablir la Religion & la Paix ſans Vous;
Ce qui [a noſtre indicible, regret] ſera la ruine de Voſtre Majestè & de vostre Posterité: Et ſi vostre Majeſté rejette noſtre fidele Conſeil [de nous, qui ne deſirons rien plus au Monde que l'affermiſſement du Throſne de Voſtre Majesté] & perd l'Angletetre par ſon opiniaſtré, Nous ne vous permettrons pas de venir ruiner l'Eſcoſse. 21Quelle Raiſon apres toute autre pouvons nous avoir plus forte pout nous, que le jugement des deux Maiſons du Parlement, eſtans la Repreſentation de tout le Royaume? Ou quoy? ſi le Roy ne ſe veut contenter de toutes les Raiſons qu'elles luy peuvent donner. Les Propoſitions, [ſi on y inſiſte,] ne ſeront elles pas touſ-jours des Impoſitions? Voire meſmes ſi toures les Forces ne ſont deſbandées toutes ſes Garniſons & Sa Flotte, [comme il les appelle,] miſes en ſes mains, & ſi l'on ne met encore les Armes es mains de ceux qu'il tient pour ſes Amis, & s'ils ne ſont admis au Parlement & aux Charges de conſequence auſſy bien que les autres, le Roy n'eſtimera-il pas toutes Propoſitions pour Impoſitions? Et ſi la voye de la Raiſon & de la Perſuaſion eſt le ſeul moyen eſgal, honorable & juſte pour obtenir une Paix bien eſtablie (comme ils parlent) il n'y a point de doubte que toutes nos Propoſitions juſques icy n'ayent eſté des Impoſitions & uous aurons tenu juſques a preſent un fort Mauvais chemin, a quoy nous devions avoir penſé, avant que de nous engager & les Royaumes a de ſi grandes Deſpenſes, & a l'effuſion de tant de Sang, qui auront eſté employès non ſeulement inutilement, mais auſſy ſort injuſtement, ſi nous n'avons d'autres moyen de nous en juſtifier que par la Perſuaſion, & ſi toutes choſe demandèes, ou obtenues par d'autres voyes ne ſont que des Impoſitions. Qui ne voit pas que ces Principes ne nous rendent pas ſeulement coulpables de tout le Sang, qui a eſté reſpandu en cette Guerre, mais arrachent les fondements de toute eſperance de jamais faire avec le Roy une Paix, qui ſoit juſte & ſeure, veu que nous ne la pouvons obtenir juſtement, qu'a ſes Termes, qu'aucun homme de ſens ne pourra croire devoir eſtre autres, que22 cèux qui tendent apparemment a la deſtruction des Perſonnes qui ſe ſont engagés en cette Guerre & a nous priver des fins pour leſquelles les deux Royaumes l'ont entrepriſe.
A leur quatrieme & ſixieme Raiſons, Que le Roy peut avoir quelques juſtes Demandes a Propoſer pour la Couronne & pour Luy meſme, Et que toutes choſes contenues es Propoſitiones ne peuvent pas eſtre de telle importance, que ſi elles ſont refuſées cela doive empeſcher la Paix.
Nous diſons que les choſes les plus eſſentielles a noſtre Seureté eſtans accordées parle Roy en conſentant aux quatre Ordonnances qui luy ont eſté envoyées a cette fin, Nous n'avons pas refuſé de Traicter ſur le reſte, & par ce moyen de prendre en conſideration les choſes, dont on eut peu diſpenſer dans les Propoſitions, comme auſſy les Demandes du Roy. Mais il ny avoit point d'apparence que ſelon la Raiſon, ny par le Convenant elles deuſſent aller devant, mais pluſtoſt ſuivre l'eſtabliſſement de noſtre Religion & de nos Libertés.
Quand a leur cinquieme Raiſon par laquelle ils concluent, Qu'un Traicté Perſonnel eſt le meilleur moyen de faire renaiſtre une Confiance mutuelle entre le Roy & ſon Parlement.
Nous reſpondons que la Confiance ſans une Aſſeurance ſuffiſante eſt tous-jours dangereuſe & ſe termine ordinairement en une plus grande defiance, s'il n'arrive pluſtoſt que le party qui ſe confie trop ſoit ſupplanté & en23 ſuitte englouty dans un deſeſpoir. Les Aſſeurances que le Roy pouvoit prendre & attendre du Parlement eſtans reeles, & toutes celles qu'il pourroit accorder aux deux Maiſons par deſſus celles qu'elles peuvent prendre d'elles meſmes, n'eſtans gueres plus que verbales, ſinon en imagination, Elles ont raiſon de demander des paroles auſſy effectives que belles; Et d'amener le Roy a Londres pour y Traicter Perſonnellement avec ſon Parlement, avant que les Principaux poincts, dont ils ſont en queſtion & different ſoyent accordés & aſſeurés, cela ne pourroit ſervir a autre choſe, qu'a fomenter & accroiſtre cette folle & trop confidente humeur d'un Peuple ſeduict & abuſe, qui le tranſporre desja par trop, auparavant qu'il ait fondé ſa Seureté, dequoy il pourroit cy apres & ſa Poſterité avoir tout loiſir de ſe repentir & lamenter, quand il ſeroit trop tard pour y remedier.
Quand a l'Objection qu'ils remarquent eſtre commune, & advouent avoir eſté autresfois, la leur propre auſſy bien que celle du Parlement, Quo la preſence du Roy peut engendrer de la Diviſion, & eſtre cauſe de la continuation de nos troubles, Et que lors que le Roy a deſiré de venir d'Oxford, a Londres avec Liberté & Seureté, on ne l'a pas trouvé a propos, Et que les Maiſons & les Commiſsaires d'Eſcoſſe l'ont refuſé.
Quoy qu'ils s'efforcent d'eluder cette Odjection par la difference des Temps & de l'eſtat des Affaires, ils ne veulent pourtant pas accorder la meſme liberté aux Maiſons du Parlement, pour Reſpondre a ce qu'ils alleguent en la Clauſe qui ſuit immediatement, tirée de leur Declaration du 11 Septembre 1642, encores qu'en ce lieu lá la difference des Temps & la condition des Affaires ſoit tres reele & manifeſte, Et qu'au contraire ce ne ſoit24 icy qu'une pure evaſion, comme il eſt clairement monſtré dans noſtre ſuſdicte Reſponſe aux Eſcrits des Commiſſaires d'Eſcoſſe du 20 & a leur Lettre du 24 Octobre 1646, ou il s'agit de diſpoſer de la Perſonne du Roy Et auquel lieu, quoy que nous ayons pleinement reſpondu a cette evaſion de laquelle ils ſe ſervent, [qui eſt la meſme dont ils avoyent uſé auparavant,] & a leur Argument auſſy tyré de noſtre meſme Declaration du 11. Septembre 1642, toutesfois ils ne remarguent ny l'un ny l'autre; Mais puis qu'ils ſont tant de cas de leur Reſponſe & de leur Argument, nous n'avous pas moins de raiſon de faire eſtat de la Replicque & de la Reſponſe qui y a eſté faicte, laquelle eſtant ſuffiſante, & claire ſur le Point dont il s'agit, nous nous contenterons de la raporter icy en ces mots.
Et ſur ce que vos Seigneuries trouvent de la difference aux Temps auſ-quels les deux Royaumes envoyérent au Roy leur Reſponſe a ſes Letters du 26, & 29, Decembre dernier par les quelles il deſiroit de venir icy, pour ce qu'il avoit alors des Garniſons, & des Forces en Campaigne, qui n'eſtoyent pas reduittes ſoubs noſtre pouvoir, Nous prions vos Seigneuries de ſe reſſouvenir, Qu'encores que ces choſes d'avoir des Garniſons & des Forces fuſſent mentionnées en la Lettre, neantmoins le ſuiet principal ſur lequel on inſiſtoit eſtoit exprimé en ces mots, Nous jugeons Que juſques a ce que vous ayes donné ſatisfaction & Aſſeurance a vos deux Royaumes Voſtre Majeſté ne peut pas convenablement25 venir icy & que nous n'y Pouvons pas conſentir.
Ce qui apparoiſt davantage en une autre Lettre envoyée de la part du Parlement, & de vos Segneuries au mois de Mars dernier pour Reſponſe a une Lettre du Roy du vingt troiſieme du meſme mois, ou les meſmes mots de SATISFACTION & ASSEVRANCE ſont encore expreſsement repetés, Et le Roy n'a rien faict depuis ce temps là qui ait en la moindre ſorte donné ſatisfaction, ou Aſseurance a ce Royaume. Mais toutesfois vos Segneuries ſçavent bien Que le Roy quand il a envoyé ſa derniere Lettre n'avoit ny Forces en Campagne, ni Garniſons, qui ne fuſſent blocquées, Et il a autant de Forces a preſent que vous faictes ces demandes pour luy, qu'il avoit quand a voſtre indecible regret [comme vous dites en vos Eſcrits,] il fit lors la meſme Demande pour luy meſme en ſon Refus de conſentir aux Propoſitions, qui luy eſtoyent envoyées de la part des deux Royaumes. Vos Seigneuries alleguent noſtre Reſponſe au Meſsage de ſae Majeſté de l' 11. Septembre, 1642. A quoy nous n'avons pas beſoing de rien adjouſter. Il y a une tres grande difference entre ce qui ſe doibt faire pour eſtouffer en ſa naiſſance une Guerre que l'Ennemy Commun avoit commencée en eſloignant le Roy de nous, Et ce qui ſe doibt faire apres; quand elle eſt terminée pour affeurer la Paix.
Nous ne pouvons auſſy que nous ne remarquions, Qu'encores que non ſeulement l'Aſſemblée de l'Egliſe d'Eſcoſse en une Declaration envoyée au Roy, l'accuſe d'eſtre coulpable de l'effuſion du ſang de pluſieurs milliers de ſes meilleurs Subjects: Mais auſſy ces meſmes Commiſſaires joincts aux Maiſons du Parlement en leur26 Reſponſe du 18. Ianvier aux Lettres du Roy du 26, & 29 Decembre, 1646. entre autres choſes font celle cy leur premiere & principale raiſon, de ce qu'ils ne pouvoyent conſentir a la venue du Roy a Londres & a un Traicté Perſonnel, qu'il demandoit, Juſques a ce qu'il euſt au prealable donné ſatisfaction, & Aſſeurance aux deux Royaumes, a cauſe que tant de ſang innocent de ſes bons Subjects avoit eſté reſpandu eu cette Guerre par ſon Commandement & en vertu de ſes Commiſsions, qui ſont leurs propres termes, Toutesfois a preſent avant qu'il ait faict aucune Satisfaction, tant pour l'effuſion de ce ſang, que ſur les autres choſes, pour leſquelles tant de ſang a eſté reſpandu, Ils demandent inſtamment qu'il ſoit invité de venir a Londres avec Honneur, Liberté & Seureté pour Traicter là, ſi nous obtiendrons toutes ou quelqu'unes de ces choſes, pour le recouvrement deſquelles nous avous combattu, & qui ont couſté tant de Sang.
Apres la maniere & la forme de noſtre Adreſſe, & Application au Roy, ſuivans la Methode des Commiſſaires d'Eſcoſſe nous paſſerons a la matiere, laquelle ils diviſent en trois Chefs: a ſçavoir la Religion, L'intereſt de la Courone, Et l'Ʋnion des deux Royaumes, & ce qui les concerne conjointement: Qui eſt une mauvaiſe Diviſion, ſi le dernier membre n'eſt pas diſtingué des deux premiers, Et ſi il l'eſt, ou leur Diviſion au commencement de leur Eſcrit entre les choſes, qui concernent les Royaumes en commun, & en particulier a eſté fort mal faicte, ou ils n'ont pas tenu promeſſe de ne s'eſtendre pas au delà de leurs limites '; Pourquoy ne laiſſent ils pas le ſoing de la Religion, entant qu'elle concerne ce Royaume a part & diſtinctement, a la conduitte27 des Maiſons du Parlement; Et pourquoy ne laiſſent ils pas au Roy ou a ſes Commiſſaires CET Intereſt de la Conronne, qui n'eſt pour le bien de l'un ny de l'autre Royaume, mais tend a leur Ruine, & a les rendre Eſclaves? Mais puis qu'il nous les faut ſuivre en leurs digreſſions, nous commencerons comme ils font, par les Plaintes qu'ils font de nous ſur les choſes qui concernent la Religion.
Sur la Premiére, Que la Religion qui doibt tenir la Premiere place, eſtant [comme ils diſent] le Primum quaerite, & l'Unum neceſſarium, eſt mis au dernier rang des Nouvelles Propoſitions.
Nous leur diſons que le Precieux Evangile & la Foy en Ieſus Chriſt eſt en effect cette Perle & ce Primum quaerite & l' Ʋnum neceſſarium, duquel l'Eſcriture parle, & pour lequel elle demande de droict la premiere place & la plus honnorable, dans les penſées, paroles & reſolutions de tous bons Chreſtiens; Mais il ne s'enſuit pas de là, que ces Conſeils Evangeliques ſe doivent appliquer a toutes les choſes que les Commiſſaires d'Eſcoſse appelleront Religion, Et ce qu'ils appellent icy Religion, d'ou ils prennent ſujet de ſe ſcandalizer ſi fort, de ce qu'ils la trouvent placée entre les dernieres des Nouvelles Propoſitions, ce n'eſt rien autre choſe [comme il peut apparoir du rapport, qu'elle à a cette Propoſition là] que l'eſtabliſſement du Presbytere, faict par authorité de la Loy, Et tant s'en faut que ce ſoit le Primum quaerité & l' Ʋnum neceſſarium, duquel il eſt parlé en l'Eſcriture que nous n'avons encore peu trouver qu'il ſoit faict neceſſaire par aucun Droict Divin. La Religion elle meſme priſe en ſa vraye ſignification, quoy qu'elle ſoit la premiere en noſtre Intention, peut28 neantmoins eſtre la derniere en l'Execution, eſtant premierement neceſſaire d'affermir le fondement de noſtre Seureté, a fin que par ce moyen nous puiſſions en ſuitte parvenir a une fin plus eſloignée & plus noble, que nous preferons a la Seureré meſme. Ainſi le Maiſtre dun Navire, s'il y remarque quelque fente & ouverture, quittera tout autre ſoing & s'appliquera avant toute autre affaire a la boucher, Encores qu'il y ait dans ſon Vaiſſeau des Perſonnes & Marchandiſes beaucoup plus precieuſes & de bien plus grande valeur que ſondict Vaiſſeau, la reparation duquel eſt la premiere choſe, qui ſé doibt faire & la plus neceſſaire, voire eſt abſoluement requiſe pour la conſervation de ce qui eſt dedans, quoy que [comme nous avous dict] ce ſoyent des choſes beaucop plus precieuſes & plus conſiderables, que le Navire meſme. C'eſt là lordre que nous avous ſuivy en envoyant au Roy ces quatre Ordonnances, & deſirant de luy qu'elles fuſſent paſſées & accordées avant toutes autres choſes. pour puis apres venir a un Traicté, tant ſur les malieres de Religion, que les autres: Mais les Commiſſaires d'Eſcoſse, comme s'ils avoient plus d'eſgard aux formalités & a l'ordre des choſes, qu'aux choſes meſmes, ſemblent pluſtoſt approuver le Meſſage du Roy de ſon Chaſteau de Carisbrook, a cauſe qu'il y a donné le premier lieu a ce qu'ils appellent Religion, quoy que la premiere, choſe par ou il a commencé foit un Refus peremptoire de ce qu'ils y eſtiment de plus Religieux [a ſçavoir] l'Abolition des Archeveſques, Eveſques, &c. que ce que le Parlement a faicten demandant la meſme abolition, pour ne luy avoir pas donné le premier lieu dans leurs Eſcrits, ce qui s'eſt veritablement faict fortuitement & fans aucun deſſein; Car s'eſtant rencontré en cette Propoſition29 là plus de difficulté que dans les autres, & y eſtant requis plus de temps pour en Debattre & conſulter, il eſt arrive qu'on a eſté plus long temps a la deſpeſcher que les autres, Et ainſi elle a pour cette raiſon eu ſon ordre ſelon le temps qu'elle a eſté finie. Et pourtant cette Reproche de l'avoir mal placée eſt pluſtoſt une Chicanerie qu'ancun juſte ſujet qu'on ait de s'imaginer qu'il y ait eu en cela aucun erreur ou faute de ceux, qui ont eu charge de revoir les Propoſitions, beaucoup moins de penſer que les Maiſons du Parlament ſe ſoyent refroidies de leur premier zele.
Pour Reſpondre a la Plainte qu'il font en ſuitte, qu' on a obmis l' Alliance Solennelle & le Convenant dans les dernieres Propoſitions, Comme ill a eſté neceſſaire cy devant demonſtrer ce que les Commiſſaires d'Eſceſſe entendoient par la Religion, Auſſy eſt il maintenant a propos de remarquer en premier lieu ce qu'ils entendent, quand ilt diſent, qu'on a obmis l'Alliance Solennelle & le Cōvenant; ce qui eſtant bien remarqué on deſcouvrira clairement par tout leur Fallace priſe du Convenant, par laquelle les eſprits de pluſieurs, qui ont des bonnes intentions & ſont zelés pour l'obſervation du Convenant, qu'ils ont juré, peuvent eſtre deceus & abuſés, comme ſi les deux Maiſons avoyent deſſeing de renouncer a leur Convenant & de faulſer leur foy ſi ſolennellement jurée a Dieu & aux Hommes, choſes qu'elles deteſtent, & deſquelles la ſeule penſée leur eſt en abomination. Que donques ce qui eſt entendu icy par cetté obmiſſion du Convenant ceſt d'avoir obmis cette Propoſition par laquelle il eſtoit dicit, Que le Roy jureroit luy meſme le Convenant, & conſentiroit a un Acte de Parlement pour contraindre tous les Subjects des Trois Royaumes de le jurer30 dans les deux Royaumes ſoubs telles peines qu'il ſeroit convenu d'un commun advis deſdicts deux Royaumes. Tellement que, par l'obmiſſion du Convenant, on n'entend pas l'obmiſſion des choſes, qui y ſon contenues, auſquelles on a pourveu dans les Propoſitions, mais ſculement l'obmiſſion de cette Propoſition ſuſmentionnée touchant le Convenant, ou la conjonction d'un Royaume avec l'autre pour reſouldre quelles peines ſeront impoſées ſur l'autre Royaume, tend a la confuſion de leurs Juriſdictions particulieres en leur pouvoir Legiſlat if reſpectivement. Nous avons auſſy a preſent moms de raiſon de commander ſoubs aucunes peines, qu'il ſoit juré de toutes perſonnes avant qu'on l'ait eſclaircy de tant d'eſtranges interpretations, qu'on luy a donnée depuis peu, Et perſonne n'en a donné des plus eſtranges que les Autheurs de ces Eſcrits, au regard de l'intereſt de la Cauſe du Roy & pour confondre les intereſts des Royaumes reſpectivement, par lequel moyen ils ont jetté des pierres d'achoppement devant pluſieurs Perſonnes, qui avoyent de ſaines intentions & qui ſont & ont tous-jours eſté fort fideles en cette Cauſe de la Religion & de la Liberté: De ſorté que toute la Rethorique dont on s'eſt ſervy en cela pour abuſer les eſprits des Peuples bien affectionnés & pour fomenter les mauvaiſes opinions qu'on leur a données des actions du Parlement eut eſté beaucoup mieux employée ailleurs; Car accordant [comme ils diſent] que le Convenant eſt le vo••le plus ſolennel qu'aucune Creature ſur la Terre puiſſe faire a Dieu an Ciel & le plus grand lien entre les Hommes en ce Monde, qui eſt ce qui en offre un ſeul poinct en ſacrifice, ou l'en ſevelit dans les cendres d'Oubliance, [a fin que nous nous ſervious de leurs expreſſions] ſinon ceux qui croyent ne pouvoir demeurer31 dans les termes de leur Eidelité & Loyanté fans ſacrifier a la volonté & au bon plaiſir du Roy tout ce pourquoy ils ont juſques icy combattu voire ce qu'ils font le principal ſuject pour lequol ils ont combattu a ſçavoir [LE CONVENANT] & ce quils prenent ſi fort a coeur & qu'ils trouvent ſi eſtrange qu'il ait eſté obmis dans les Propoſitions; Et touresfois ſi le Roy l'obmet en ſes octroys, ce n'eſt alors [comme ils l'appellent] que ne condeſcendere point a tous nos. Deſirs a cauſe dequoy il ne faut pas refuſer au Roy les ſiens, mais il doibt nonobſtant eſtre receu en tout Honneur, Secreté & Lëberté, & n'y doibt pas eſtre conſtrainct par Armes, encores qu'on ait jugé cy devant que c'eſtoit un ſujet, ſuffiſant de prondre les Armes, & de combattre contre luy; Enigme eſtrange, ſi ce qui s'eſt fait & juré auparauant, & a eſté ſeelé de ſang ne doibt pas eſine maintenant de la ſorte couvert ſoubs les Cendres d'Oubliance, Et lors qu'il ſera auſſy requis avec inſtance qu'un Acte d'Oubliance [appellé le lien de Paix] ſoit ſans aucune precaution ou Limitation paſsé dans les deux Royaumes par lequel les Delinquents ſeront remis en meſme eſtat & Condition que ceux qui ont eſté engages contre eux en cette Cauſe [ce que nous devrons auſsy croire eſtre faict en vertu du quatrieme Article du Convenant, qui portè expreſsement, que tous les Delinquens ſeront punis] Et ce a l'exemple du Comte de Traquaire, qui a eſté cy devant mis pas les Commiſsaires d'Eſcoſse tout le premier en la liſte des Delinquens de cette Nation là, qu'ils requeroyent eſtre exceptés de tout pardon, mais qui non obſtant cela a eſté dernierement employé, comme un inſtrument ſpecial a Negocier avec le Roy dans l'Iſle de Wight; D'ou nous32 pouvons aiſement prevoir a quelle fin nous aurons vain cu nos Ennemis, qui eſt afin, que les premiers & les plus dangereux d'entre eux ſoyent eſtablis ſur nous comme nos Maiſtres, & pour eſtre les Conſervateurs de noſtre Religion & de nos Libertés, quoy qu'ils ayent faict tous leurs plus grands efforts pour ruiner l'une & l'autre. Eſt-ce là le moyen d'accomplir noſtre Convenant, Et d'obtenir par la [comme ils diſent] la Preſervation & Reformation de la Religion. le vray Honneur, & Bonheur du Roy, la Paix & Seureté des Trois Royaumes & la defence & protection des Loix & de la Liberté publique de ces Royaumes? Eſt-ce là le moyen d'executer ce que les deux Royaumes ont areſté contre les Delinquens en leur Declaration du 8. Ianvier, 1643?
Et quand a cette Clauſe du Convenant quottée au large par les Autheurs de ces Eſcrits, a ſçavoir, Qu'ils ne ſouffrirent jamais qu'ils ſoyent directement, ou indirectement ſeparés ny deſtournés par aucune Combination, Perſuaſion, ou terreur que-ce ſoit de cette heureuſe Ʋnion & Conjonction, pour faire aucune Defection vers le party contraire, ou s'abandonner a une deteſtable Indifference ou Neutralité en cette Cauſe, qui concerne ſi fort le Gloire de Dieu, le bien des Royaumes, & l'honneur du Roy, Mait qu'au contraire ils y perſiſteront toute leur vie avec zelo & conſtance contre toute oppoſition & l'advanceront ſelon leur pouvoir contra tous obſtacles & empeſchements quelconques, Et qu'ils feront tout cela comme en la preſence de Dieu, Perſonne n'eſt plus obligé a y penſer ſericuſement, que ceux là meſme qui citent cette Clauſe, Et s'ils veulent comparer ces proteſtations avec leurs propres Actions & Eſcrits, Ils n'ont pas beſoing de demander a d'autres qu'a leurs propres Conſciences ſi le Convenant33 eſt desja hors de date, non ſeulement pour ceux, qui l'ont juré mais meſmes pour ceux là qui l'ont formé & projecté.
Quelle Cauſe plaident ils par tout en ces Eſcrits, & pluſieurs autres de cy devant, ſinon celle du Roy & de ſon Party? Qui ſont ceux qu'on peut avec plus de ſujet ſoubçonner de FAIRE DEFECTION VERS LE PARTI CONTRAIRE? Seront ce ceux, qui ont faict les Nouvelles Propoſitions, [comme ils les appellent] ou ceux, qui s'y oppoſent, a cauſe qu'elles ſont moins a l'advantage de la Couronne, que les premieres, comme s'ils eſtoyent les Commiſſaires du Roy & non pas du Royaume d'Eſcoſſe? Ou eſt-ce qu'ils remettent une ſeule fois en memoire, ou font la moindre mention dans leurs Eſcrits de la punition, des Delinquents du Party du Roy, quoy qu'ils demandent ſi inſtamment un Acte d'Oubliance en leur faveur? Nous n'avons pas beſoing d'aller plus loing pour trouver une Inſtance, qu'en la Clauſe qui ſuit immediatement en leurs Eſcrits, ou ils diſent, que ceux qui ont reveu les Propoſitions en ayant rejettè le Convenant par tout ailleurs, il leur eſt heureuſement eſchappé en la ſeptieme qualification de la quatorzieme Propoſition, ou [diſent ils] il eſt faict un Hameçon pour prendre quelques perſonnes ſoubs l'apparence & la Notion de Delinquents. Teſmoignage, Que les Delinquents ſont a preſent tellement en faveur parmy eux, qu'encores qu'il leur faſche fort, que ceux qui ne furent jamais Delinquents, mais ont hereuſement hazardé leurs vies & eſpandu leur ſang pour la Cauſe Commune ne puiſſent paſſer pour tels ſeulement pour ne jurer pas le Convenant [ſur le ſujet qu'ils leur ont peut eſtre donné par34 leurs eſtranges gloſſes & interpretations d'en faire Scrapule] neantmoins ils taſchent d'ailleurs d'accuſer & flaiſtrir d'obliquité les procedures du Parlement, a cauſe qu'il oblige ceux qui de tout temps ont eſté Delinquents, Et dont le crime] quoy qu'ils l'attenuent par ces mots de Notion de Delinquents] n'eſt pas moins que Haulte Trahiſon, a jurer le Convenant, comme une condition de Grace qu'il leur depart, ce qu'il eſtoit libre aux Maiſons de faire, ou non, & ſur telles conditions qu'il leur plairoit. Et c'eſt une choſe fort eſtrange que le Convenant, que chaſcun ſçcait avoir eſté directement formé & deſtiné contre ce Party la, ſoit eſtimé un HAMEÇON a leur eſgard, au lieu que veritablement les Autheurs de ces Eſcrits le voudroyent bien faire ſervir de CROC & de HAMEÇON pour y prendre pluſieurs Perſonnes d'honneur, contre leſquels on n'avoit jamais eu intention de sen ſervir. On a en effect faict tous efforts pour les ACCROCHER par le moyen du Convenant & pluſieurs autres Artifices & de les Tirer ſoubs la Notion de Delinquents, de tous emplois en l'Eglize au Gouvernement de l'Eſtat & en l'Armée & d'Attirer en leurs places une autre Notion pour eſtré un des Eſtats de ce Royaume & avoir une voix Negative en toutes les choſes qui concernent ſon Gouvernement & ſa conſervation.
Et pour la reſponſe que l'on dit eſtre faicte par quelques uns, Que le Convenant est compris en la Confirmation des Traités, Que ceux qui ont faict cette Reſponſe faſſent la Replique. Les Maiſons du Parlement n'auroyent jamais trouvé bien ſeant d'introduire le Convenant implicitement, ou de coſté, s'ils euſſent creu a propos d'avoir inſeré cette Propoſition entre les autres. Et pour35 ce qui eſt remarqué a la traverſe touchant le Traictê on y reſpondra en ſon lieu, afin d'eviter les Redires.
Quand a cette Objection De la repugnance du Roy au Convenant, de ſorte qu'en deſirer la confirmation ſoit empeſcher la Paix.
Certe Objection n'eſtant imputée par eux a aucun autre, il y a tres grande apparence, que c'eſt une production de leurs propres penſées, veu qu'ils ſemblent par tout en ces Eſcrits prendre pluſtoſt la reigle de leurs deſirs de ce qui peut plaire au Roy, que de ce qui peut faire pour la conſervation des Royaumes. Mais ils n'auront pas beſoing de ſe travailler beaucoup pour prouver que les Maiſons du Parlement ne s'accordent pas avec eux, en ce qu'ils ont pour principal but & viſée de ſatisfaire au Roy, Car elles conſiderent pluſtoſt ce qu'il eſt a propos de demander, & neceſſaire d'obtenir pour le Royaume, que ce que le Roy pourroit plus volontiers octroyer, Et ſur ce qu'ils s'eſtonnent que les Maiſons ſoyent ſi liberales es choſes qui appartiennent a Dieu, & ſi chiches [Il leur euſt eſté plus ſeant de s'exprimer en termes plus civils parlans des Maiſons du Parlement] en ce qui les regarde es affaires civiles, dequoy on peut beaucoup mieux diſpenſer.
Qu'eſt-ce que ces Commiſſaires appellent les choſes qui appartiennent a Dieu? Sont-ce ces noms ALLIANCE SOLENNELLE ET CONƲENANT, ou les choſes contenües en l'Alliance Solennelle & au Convenant? Si cela eſt; Pourquoy pluſtoſt une choſe que l'autre? Pourquoy les Privileges & l'Authorité des Parlements [qu'on a recognu cy devant d'un commun conſentement eſtre les plus fermes colomnes & defenſes de la Religion,] Et pourquoy auſſy les Droicts & Libertés36 du Royaume qui y ſont compris, ne ſont ils eſtimés des choſes appartenances a Dieu, auſſy bien que le Gouvernement d'Egliſe en telle & en telle forme. Anciennement la Clergé appelloit ſes Temporalités & ſes Poſſeſſions le Patrimoine de Chriſt, & les debats qui eſtoient entre luy & l'Eſtat la Cauſe de Dieu, & matiere de Religion, quoy qu'en effect ce ne fuſt ſeulement qu'une conteſtation de pouvoir & de Seigneurie, ce qu'eſtant bien examiné on trouvera qu'il en eſt de meſme de pluſieurs queſtions qui paſſent aujourd'huy ſoubs le nom & l'apparence de Religion.
Pour Reſpouſe a la force de l'Objection [comme ils diſent] Ils alleguent que le Convenant aeyant pour fin la preſervation & Reformation de la Religion, le vray honneur & bon heur du Roy & de ſa Poſterité, Et la Paix & la conſervation des Royaumes, Encores que le Roy le refuſaſt, toutes-fois ils ſont obligés de faire leur devoir. Qui eſt un bon Principe s'il eſtoit bien affermy & bien ſuivy, S'ils en peuvent tirer, que c'eſt un devoir de le demander, & ne croyent pas apres avoir ſatisfaict a leur devoir de l'avoir demandé quoy que le Royaume n'en ſoit pas plus preſt de l'obtenir, ou de joüir du fruict d'iceluy. Mais certes la force & la priſe de l'Argument conſiſte en cecy. Le Convenant eſtant en fort grande eſtime dans les deux Royaumes; on croit qu'il eſt expedient de leur complaire en cela: D'autre coſté le Roy ny veut conſentir en aucune ſorte, Et on ne veut pas qu'on luy deſplaiſe. Comment Souldra-on cette difficulté? Pour le faire, on a trouvé cet expedient, qu'il faut en effect s'accommoder avec le Roy, Et quand a ceux, qui ont le Convenant en ſi grande eſtime, il leur faut auſſy plaire, ou [pour dire vray] les tromper37 en faiſant ſemblant de s'efforcer d obtenir par des continuelles inſtances, ce que l'on ſçait ne leur devoir jamais eſtre octroyé, ſur tout le demandant en telle ſorte, qu'on faſſe auparavant entendre au Roy & publier par eſcrit, a tout le Monde, qu'il eſt a ſon choix de l'accorder, ou non, Et que cela n'empeſchera point, qu'il ne jouiſſe de ſa liberté de ſa puiſſance, ſa grandeur, ſon Revenu & tout ce qui luy plaira de plus.
Ils diſent que le Coeur du Roy eſt en la main de Dieu, Et que quand il ſera convaincu que nos intentions dans le Convenant, ont eſté & ſont pieuſes & loyales, ils eſperent qu'il ſera porté a y donner ſatisfaction.
Cet Argument tire du Conſeil ſecret & du pouvoir Tout-puiſſant de Dieu, eſt pluſtoſt un ſujet de prier Dieu pour le Roy, que de luy faire une Propoſition de conſentir au Convenant. Et les Commiſſaires d'Eſcoſse ne ſe ſervoyent pas de cet Argument un peu auparavant pour continuer a agir par Propoſitions, pluſtoſt que par un Traicté lequel ils avoyent trouvé inutile & ſans ſuccés. Et quand aux moyens qu'ils propoſent de convaincre le Roy de la juſtice du Convenant, ce ſeroit une bien froide conſolation aux pauvres Peuples des deux Royaumes, s'il leur fallo tattendre l'eſtabliſſement de la Paix juſques a ce qu'on peuſt faire une telle Conviction par ce moyen la, Et ſi l'eſtabliſſement de la Paix n'en depend pas, a quoy ſervira de ſe tant haſter de l'envoyer parmy les Propoſitions de Paix? Mais qui ne voit que les Commiſſaires d'Eſcoſſe [quoy quils pretendent ſouhaitter la Paix] prennent toutesfois le droict chemin de confirmer le Roy en la repugnance qu'il a contre les choſes qui ſont abſolvement neceſſaires pour l'eſtablir & l'aſſeurer? Car au lieu de refuſer aux Maiſons36〈1 page duplicate〉37〈1 page duplicate〉38du Parlement leur conſentement ſur leur dernier Meſſage vers le Roy en l'Iſle de Wight, [ce qu'ils n'ont eu aucune raiſon de faire] s'ils euſſent concourru avec Elles en cela, nous euſſions peu avoir de la une meilleure Reſponſe, que nous n'avous eu & les Royaumes euſſent peu eſtre en meilleur train d'eſtablir les affairés, qu'ils ne ſemblent eſtre a preſent, que les Commiſſaires d'Eſcoſse ſe ſont diviſés d'avec les Maiſons du Parlement.
Finallement, encores qu'ils veuillent forcer toutes ſortes de Perſonnes dans les trois Royaumes de jurer le Convenant, ils prennent neantmoins grand ſoing qu'on n'uſe d'aucune Compulſion envers le Roy pour l'y faire conſentir.
Ils nous diſent apres qu'ils ſe promettoyent aſſeurement quand leur armée retourna en Eſcoſſe ſans laiſſer aucunes forces en ce Royaume, que la noſtre ſeroit, incontinent apres desbandée, Et qu'a preſent que la guerre est finie les Subjects n'en doivent point eſtre chargés.
Nous nous eſtonnons qu'ils ne ſoyent pas pluſtoſt touchés du ſentiment de leur propre incommodité de leurs forces qui ſont encores ſur pied en Eſcoſſe, [dequoy nous n'entreprenons pas de nous meſler,] mais nous rapporterons auſſy cette matiere en ſon lieu, de peur que nous attachans trop eſtroictement a leur Methode nous ne nous engagions a pluſieurs Repetitions inutiles.
Ils nous diſent de plus, Que ſi l'Eſcoſse euſt apprehendé que la moindre injure, ou violence ſe fust commiſe contre la Perſonne Royale de Sa Majeſté, ou contre ſon Gouvernement Monarchique, voire s'ils n'euſsent eſté aſseurés du contraire par les Maiſons, certainement, toutes les menaces & allechemens du monde ne leur euſſent jamais perſuadé de ſe de ſsaiſir de la Perſonne du Roy, juſques a ce que toutes39 les Armées euſient eſté desbandéet, & la Paix des Royaumes eſtablie, Et que ç'a eſté leur confiance fraternelle ſur les Maiſons [qui ſont leurs compaignons en Subjection] & l'aſſeurance qu'elles leur avoyent donnée qui leur a faict remette le Roy en leurs mains. Puis apres ils continuent en nous enſignant de faire noſtre devoir envers le Roy, & de nous acquitter de noſtre foy envers Eux.
Nous ſuppoſions que le Royaume d'Eſcoſse euſt eſté aſſés ſatisfaict touchant noſtre droict de diſpoſer de la Perſonne du Roy, & que la deſſus Elle euſt eſté laiſſée a la diſpoſition des Maiſons du Parlement, Et non pas que, comme ſur une ſuppoſition, que nous peuſſions abuſer de nos droicts, & que l'Armée peuſt contre noſtre gré abuſer, d'eux & de nous, le Royaume d'Eſcoſſe euſt peu pretendre avoir juſte ſujet de diſpoſet de nos droicts a ſon plaiſir: Et quand aux Aſſeurances particulieres dont les Commiſſaires d'Eſcoſse font mention, ils n'en ont eu aucunes des Maiſons du Parlement, qui n'ont jamais jugé eſtre a propos de capituler de leurs propres droicts.
Ce dont les Commiſſaires d'Eſcoſſe ſe plaignent en ſuitte en matiere de Religion eſt, qu'on a obmis les Ordonnances touchant la convocation & continuation d l'Aſſemblée des Miniſtres, & pour la Reformation de la Religion dans l' Angleterre & l' Irelande ſuivant le Convenant & l'eſtabliſſement d'un Ʋnion & Ʋniformité en la Religion entre les Egliſes de Dieu es deux Royaumes ſelon le Convenant, & qu'on vouloit eſtablir au lieu de toutes ces choſes ſeulement une pure ombre de Gouvernement Presbyterial, une forme exterieure de Diſcipline ſans vie ny pouvoir & une liberté entiere pour toutes ſortes de ſervice de Dieu, Et au lieu d'Ʋniformité40 au Convenant a laquelle ou s'eſt toit obligé par ſerment, une vaſte deformité ou multiformité d'Hereſies & Sectes au danger de ruiner la Religion dans les deux Royaumes.
A quoy nous diſons, qu'on avoit ſuffiſamment pourveu dans les Propoſitions ſur ce que l'Aſſemblée des Miniſtres avoit faict, ou devoit faire par l'Authorité & commandement du Parlement, comme auſſy tous autres, ſoit Committés, ou Commiſſaires, qui avoyent faict aucune choſe par la meſme authorité du Parlement, Mais il n'eſtoit pas neceſſaire de demander une Loy perpetuelle pour la continuation de l'Aſſemblée des Miniſtres a preſent, qu'ils ont preſques achevé l'oeuvre pour lequel ils avoient eſté aſſemblés, ſinon qu'ils euſſent eſté convoqués pour continuer leur, Aſſemblée a perpetuité, ce qui certainement n'a point eſté faict a cette fin; Et ceux d'ent'reux qui accauſe de cet employ ſont eſloignés de leurs Troupeaux, deſirent de retourner vers eux pour les inſtruire & fortifier contre les Erreurs, que le malin pendant leur abſence a raſché de ſemer parmy eux. Quand aux deux autres Propoſitions, elles ſont toutes deux disjonctives, ceſt a dire, ce dequoy les Maiſons ſont convenues, ou conviendront en ces matieres, Et pour la premiere partie Elles ont demandé la Confirmation de ces Ordonnances ſur les choſes deſquelles elles ſont desja convenu, Et touchant les autres, Elles n'ont pas encore trouvé a propos de le faire non eſtans pas encore d'accord entre elles meſmes. Les Commiſſaires d'Eſcoſſe ſe plaignent en quelques uns de leurs premiers Eſcrits de l'envoy d'une Propoſition ſi Generale, laquelle ſans aucune limitation comprend tout ce, dont les Maiſons & les Royaumes conviendront entre41 eux. Et a fin que le Roy peuſt mieux prendre ſes meſures ſur ce qu'il doibt conſiderer & octroyer de ce qui luy ſeroit propoſé. Ils diſent, Quils eſt tres neceſſaire de proceder diſtinctement, & avec certitude non ſeulement es Propoſitions, [que l'en rend les plus particulieres que faire ſe peut] mais auſsy & ſpecialement es matieres de Religion, & que c'eſt la façon de faire qu'on avoit approuvie & de laquelle on avoit uſé au Traicté d'Uxbridge, ou fut ſeulement preſenté ce qui avoit eſté preparé & digeré dans ce Temps là pour l'eſtabliſſement de la Religion, Et en leurs Eſcrits du 6. d'Auril, 1646. ils diſent, quils ne pouvoyent trouver aucun moyen de ſatisfaire a leur jugemēnt, ſur ce qu'on envoyoit au Roy une Propoſition generale de Religion.
Quand a cette Propoſition demandée des Maiſons au lieu de toutes ces choſes qu'ils appellent ſeulement une ombre de Gouvernement Presbyterial, & une forme exterieure de Diſcipline ſans vie ny pouvoir.
Nous leur àccordons qu'une forme exterieure de Diſcipline ſans vie ny pouvoir de pieté ne vaut pas beaucoup; Mais ſans doubte ce n'eſt pas là la vie & le pouvoir, dont il eſt icy faict mention, mais le pouvoir des peines & cenſures tant Eccleſiaſtiques [comme ils les nomment] que Civiles, les premierres deſquelles ſont demandées par quelque uns, comme eſtans du droict de Chriſt pour eſtre affectées au Presbytere ſans aucune dependance ou limitation du Magiſtrat; Et pour les derdernieres l'execution en eſt bien permiſe au Magiſtrat ou pluſtoſt requiſe de luy pour ſeconder les premieres aveuglément & comme par devoir, Mais nous ſomnes, par la grace de Dieu, tellement ſorty de l'obſcuté de ces principes de la Papauté & des Prelats que42 nous ne les ſerons plus revivre ſoubs auenne image ny forme, que ce ſoit.
Quand a la liberté qu'on dit eſtre accordée a toutes ſortes de Service de Dieu.
Si par cette liberté de toutes ſortes de ſervice de Dieu on entend une liberté, qui ouvre la porte a l'Atheiſme & a toutes ſortes de Religions & libertinage, & a une vaſte deformité & multiformité d'Hereſies & de Sectes, au danger de ruiner la Religion des deux Royaumes.
Nous nions que nous ayons jamais accordé, ny accordions jamais aucune telle Toleration, Et nous ſommes fort aiſes que cet Argument eſt a preſent reduict a des termes plus particuliers, afin que joignans le cordeau a la reigle,☞ ſent voulu agir candidiment & ingenuement en cette matiere, ils euſ - la verité & la faulſeté, la candeur & la tromperie de cette Aſſertion puiſſe eſtre clairement deſcouverte. Et ſi les Commiſſaires d'Eſcoſſe euſſent adjouſté les particularités de cette Propoſition avec toutes les precautions & limitations neceſſaires ſur ce ſujet. S'ils l'avoyent faict, le monde euſt peu juger ſi les conſequences & inferences, qu'ils en tirent ont aucune apparence de verité ou de raiſon, Mais nous ſupplerons ce qu'ils ont obmis.
Venons maintenant aux Objections & Plaintes particulieres qu'ils font contre la Propoſition, qui ſuit.
Que le Roy ſoit requis de donner ſon conſentement a un Acte, ou tels Actes du Parlement, qui luy ſeront preſentés pour l'eſtabliſſement du Gouvernement Presbyterial & du Directoirs en Angleterre & Irelande ſuivant les Ordonnances, qui en ont eſté paſſées dans les Maiſons depuis la tenue de ce Parlement, & qui luy ſont envoyées ae preſent icy joinctes, lequel Acte, ou Actes doivent demeu•er en leur force & vigneur juſques a la fin de la Prochaine43 Seſsion du Parlement apres la ſin de la preſente Seſsion.
Que perſonne, qui que ce ſoit, ne ſera ſubject a aucune recherche ou peine, pour ne ſe conformer pas a cette forme de Gouvernement, & ſervice Divin, portée paer ces Ordonnances, Et que toutes perſonnes qui ne ſe conformeront pas a cette forme de Gouvernement & ſervice Divin, auront la liberté de s' Aſſembler pour ſervir Dieu & vacquer a l'exercice de leurs Devoirs de Pieté & Ordennances en toutes places propres & convenables, a condition toutes-fois, qu'ils ne faſſent rien qui puiſſe troubler la Paix du Royaume.
Que toures Diſmes & autre entretien appartenans a aucune Egliſe ou Chapelle qui appartiennent a preſent aux Miniſtres de telles Eglizes ou Chapelles, ſeront employés a l'uſage & profit des Miniſtres, qui ſe conformerent au Gouvernement eſtably par les ſuſdictes. Ordonnances, & de nul autre, ſi ce n'eſt du conſentement de celuy qui en eſt a preſent en Poſſeſsion.
Que rien de ce qui eſt de cette Proviſion ne s'eſtendra a aucune Tolleration de la Religion Papiſte, ny ne pourra ſervir pour exempter aucun Papiſte Refuſant des peines, qui luy ſont impoſées pour l'exerciſe d'icelle.
Que cette Indulgence ne s'eſtendra pas juſques a tolerer qu'on imprime, publie, ou preſche aucune choſe contraire aux Principes de la Religion Chreſtienne, comme ils ſont contenus au 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. Articles de l' Egliſe d'Angleterre, ſelon le vray ſens & intention diceux, & ſelon qu'ils ont eſté explicqués & defendus par l'Aſſemblée des Miniſtres tenue a preſent a Weſtminſter, uy aucune choſe contraire a ces poincts de Foy, pour l'ignorance deſquels, on doibt eſtre44 retranché du Sacrement de la Cene du Seigneur, comme ils ſont contenus es Reigles & Directions paſſeés, es deux Maiſons pour cet effect le 20. d'Octobre 1645.
Qu'il ſoit auſſy pourveu que cette Indulgence ne s'estendra point a exempter aucune perſonne, ou perſonnes d'aucune peine impoſée par la Loy, ou qui leur pourra eſtre impoſée pour s'abſenter le Dimanche de l'oüye de la Parole de Dieu, ſinon qui'ls puiſſent donner quelque excuſe recevable de leur abſence. ou qu'ils ayent esté oüir ailleurs la predication & expoſition de la Parole, pourveu que cette predication & expoſition ne ſe ſoit faicte par aucun des Ministres ſequestrés & non reſtablis.
Que cette Indulgence ne ſe pourra eſtendre juſques a tolerer l'uſage du Liure des Prieres Communes en aucun lieu quelconque.
Qu'on donner a liberté a tous Miniſtres de l'Euangile, encores qu'ils ne ſe puiſſent conformer en toutes choſes au Gouvernement preſent, n'eſtans pas ſequeſtrés, ny ſequeſtrables de preſcher toute Lecture, ou Lectures en toute Eglize & Chapelle, ou les Habitans du lieu le deſireront, pourveu que ce ne ſoit pas aux heures, que le Ministre de cette Paroiſse là preſche ordinairement luy meſme. Et recevront les appoinctements & l'entretien, qui ſont ou ſeront affectés a cela.
Quand a la premiere Objection qui ſemble vouloir imputer a abſurdité aux Maiſons du Parlement de deſirer une Loy pour l'eſtabliſſement du Gouvernement Presbyterial, & toutesfois requerir dans le meſme Acte, que perſonne ne ſoit obligé d'obeir a cette Loy, que ceux qui le voudront faire: Il eſt bien vray, que comme ils repreſentent cette Propoſition, elle peut ſembler un peu abſurde, Mais ils en corrompent l'ordre & le ſens. Cette Propoſition ne demande pas de diſpenſation pour aucune perſonne de deſobeir45 a la Loy, Mais la Loy accorde une diſpenſation de n'eſtre pas Subject au Gouvernement Presbyterial a toutes perſonnes, qui ne s'y ſoubmettent pas volontiers; Mais par tout, ou la Loy requiert obeiſſance, il n'eſt pas libre a qui que ce ſoit d'y deſobeir,
Comme pour exemple. L'exercice de certe forme la de Gouvernement eſtant approuvé & authorizé par là Loy, il ne ſera pas libre a aucune perſonne de moleſter, ny troubler ceux qui en font profeſſion, ny s'y oppoſer en aucune ſorte. De plus ſi cette Loy n'euſt eſté faicte, perſonne n'euſt peu eſtre conſtraint de laiſſer ceux qui ſuivent cette forme de Presbytere avoir l'uſage de leurs Eglizes & Chapelles & payer-leurs Diſmes a leurs Miniſtres, & les autres devoirs auſquels ils peuvent eſtre obligés par cette Loy, & auſquels il n'eſt pas a leur volonté d'obeir ou deſobeir, De meſmes ſi on paſſoit un Acte de Parlement pour authorizer une Contribution volontaire pour l'Irelande, ou pour quelque autre fin par tout le Royaume, Cet Acte ſe pourroit il appeller Abſurde, a cauſe que perſonne ne ſeroit contrainct de donner, s'il ne luy plaiſoit? Si on faiſoit auſſy une Loy pour la fondation de quelque Eſchole, College ou Vniverſité avec l'octroy de certains Gages, Salaires & Privileges, cette Loy là ſeroit elle abſurde, a cauſe que perſonne ne ſeroit forcé d'envoier ſon fils s'il ne vouloit, a cette Eſchole, College, ou Vniverſité?
Ce qui a desja eſté dict fournit de Reſponſe ſuffiſante a la ſeconde Objection, Que quoy qu'on pretende touchant le Gouvernément Presbyterial, toutesfois ce qu'on deſire en cela ne revient pas a d'avantage, qu'a une Toleration d'iceluy? N'appellés vous l'advover & le maintenir qu'une ſimple Toleration? Luy aſſigner l'entretien ordinaire &46 les lieux publics pour y en faire l'exercice n'en eſt-ce qu'une Toleration?
A la troiſieme, ſur ce qu'ils diſent, que cet eſtabliſſement [qu'ils appellent avec meſpris une ſimple Toleration du Gouvernement Presbyterial] eſt limité en pluſieurs fàçons, comme premierement quand au temps, ne devant durer que juſques a la fin de la prochaine Seſsion du Parlement, qui peut eſtre ſera dans ſix mois.
Nous diſons, que toute ſemblable Loy, qui introduit une nouvelle forme de Gouvernement [comme ceſtuy là eſt une choſe ſi nouvelle a ce Royaume qu'il n'a jamais rien eſprouvé de telle nature] n'eſt ordinairement faicte que Tentative & pour ſervir d'eſſay juſques aux prochaines Seſſions de Parlement, comme ceux qui ſont verſés dans les couſtumes & procedures des Parlements le ſçavent bien. Et les Commiſſaires d'Eſcoſse ont moins de raiſon de ſe formalizer de ce qui ſe practique en ce regard, pource qu'ils ſe plaignent que cette Loy là eſt fort defectueuſe, en l'Eſtat qu'elle eſt a preſent, & pourtant qu'elle n'eſt pas encore aſſés parfaicte pour eſtre rendue perpetuelle. Quand a leur autre Plainte, Que les Miniſtres & Anciens ont charge par Ordonnance du Parlement de retrancher de la communion du Sacrement ces Perſonnes là ſeulement, que les Maiſons ont jugé le meriter & point d'autres, encores qu'ils le faſſent contre leur conſciences, Et qu'ils ſont limités en leurs Aſsemblées par pluſieurs reſtrictions & qu'on ne leur permet pas l'uſage & l'exercice de toutes les Ordonnances portées par la parole de Dieu, de ſorte qu'on leur refuſe cette liberté de conſcience qu'on donne a d'autres.
Il y en a en effect, qui deſirent avoir un pouvoir Independant & non limité, qui ne derivaſt ſon commencement,47 ny n'euſt ſes limites du Magiſtrat, ce que nous ne pouvons pas accorder, & nous n'avons cognoiſſance d'aucune Ordonnance portée par la parole de Dieu, de laquelle nous ayons refuſé le libre exercice a aucune perſonne. Et pour cette particularité touchant le Sacrement. Les Magiſtrats n'ont ils pas leurs conſcience, auſſy bien que les Miniſtres & Anciens? Penſent ils qu'il ſoit hors de raiſon, que les Miniſtres & Anciens ayent ſeulement la puiſſance deretrancher du Sacrement ceux la & non autres, leſquels les Maiſons du Parlement croyent le meriter, en cores qu'ils faſſent conſcience de le faire; Et s'imaginent ils qu'il ſoit raiſonnable qu'on leur donne l'authorite d'en retrancher ceux qu'ils croi•ont en eſtre indignes, quoy que ce ſoit contre la conſcience du Magiſtrat? Et en effect quel homme de conſcience peut donner par une foy implicite une authorité arbitraire a certaines Perſonnes de retrancher du Sacrement ceux qu'ils voudront, ſans leur donner quelques reigles en cela?
Veulent ils requerir la protection & authorité du Magiſtrat, & ne voudront ils pas auſſy recevoir ſes ordres & ſa direction? Veulent ils qu'il cenſure & condamne, ou d'autres par ſon authorité [ce qui revient a la meſme choſe] & ne luy voudront ils pas accorder d'en cognoiſtre & juger? Veulent ils requerir ſa main pour frapper, & ne luy accorderont ils pas des yeux pour voir?
Mais ſur ce qu'ils diſent, Qu'on leur refuſe la liberté qu'on donne a d'autres. Les autres n'ont pas la protection, l'authorité, ny l'entretien du Magiſtrat pour ce qu'ils font, comme ils l'ont, & pourtant ce n'eſt pas merveille, qu'ils ſoyent auſſy obligés de recevoir leurs ordres & Reiglemeuts du meſme Magiſtrat, quoy que les autres ne le ſoyent pas. S'ils ſe veulent mettre en la condition des autres, ils pourront joüir de la libertó qu'ils leur envient. 48Mais pour dire la verité, il y a des gens qui nefont point de conſcience d'appeller les autres Sectaires & de les reputer tels, ſeulement a cauſe qu'ils ne ſe conforment pas au jugement du Magiſtrat en ce qui eſt du Gouvernement de l'Egliſe, & neantmoins voudroyent avoir eux meſme la liberté de s'eſloigner autant & plus d'un autre coſté du ſentiment du Magiſtrat, & avoir cependant ſa protection & ſon authorité, commo s'ils luy eſtoyent entierement uniformes en opinion. Ils ne ſe veulent pas exclure eux meſmes de l'entretien du Magiſtrat, & neantmoins le veulent exclu•e du pouvoir de les Gonverner. Ils veulent intereſſer le Magiſtrat en leurs Affaires & Actions, & veulent toutesfois faire ſans luy ce qu'il leur plait. Et ſur ce qu'ils diſent Que tous les Sectaires de ce temps [comme il leur plait de les appeller] joü•ſsent d une Toleration non limitée pour la durée du temps, la matiere de leur ſervice Divin, & l'exercice de toutes Ordonnances.
La Propoſition convainc d'elle meſme cette Aſſertion de calomnie. Car la durée de l'Indulgence n'eſt pas pour plus, long temps, que pendant l'eſtabliſſement du Preſbytere, n'eſtant inſerée dans le meſme Acte, que pour y ſervir d'une precaution, & devant auſſy commencer & finir avec luy, dont il ſe plaignent aux paroles precedentes, qu'il eſt limité a un temps ſi court, de ſorte qu'ils ſe contrediſent en cela. Et de meſme quand a la matiere de leur ſervice Divin, & l'exercice de leurs Ordonnances elles ſont reſtrainctes par pluſieurs precautions & limitations contre le Papiſme, & contre toute autre choſe qui peut eſtre contraire aux Principes de la Religion, ou du Gouvernement, comme il apparoiſtra des particularités, car c'eſt là que la verité ſe cognoiſt plus clairement par l'eſpreuve.
49Premierement ils font inſtance ſur les Anabaptiſtes, lequel nom a veritablement attiré ſur ſoy beaucoup de Haine acauſe des opinions & practiques extravagantes de quelques uns, ainſy appellés en Allemagne, tendans a troubler le Gouvernement & la Paix de tous les Eſtats; Leſquelles opinions & practiques nous abhorrous & deteſtons & pourtant nous avons pourveu contre elles par une precaution expreſſe en la Propoſition, [a ſçavoir] Que tien ne ſe faſſe qui puiſſe troubler la Paix du Royaume. Mais quand a léur opinion contré le Bapteſme des Enfans, C'eſt ſeulement un Different ſur une Circonſtance de temps en l'adminiſtration d'une Ordonnance, En quoy les Doctes ont differé en leurs opinions & en leur practique es premiers ſiecles auſſy bien qu'a preſent: Et encores que nous ſouhaitterions fort qu'un chaſcun peuſt eſtre ſatisfaict, & ſe joindre a nous en noſtre jugement & practique en ce poinct: toutes-fois nous avons creu, qu'il eſt plus a propos de convaincre les hommes en cecy par la parole de Dieu avec douceur & par raiſon, que de les forcer par violenc de desmordre de cette opinion là.
La ſeconde ſorte quils nomment ſont les Antinomiens, Leſquels, ſi on ne diſpute pas des mots [comme c'eſt l'opinion de quelques uns] & ſi par les Antino miens on entend ceux, qui nient tout uſage de la Loy Morale depuis Chriſt, on y a pourven expreſſement en l'Article ſeptieme de l'Eglize d'Angleterre, auquel on ſe raporte en la Propoſition: Ce ſont icy les mots de l'Article, Encores que la Loy baillée de Dieu par Moyſe en ce qui regarde les Ceremonies & Couſtumes n'oblige pas les Chr eſtiens, ny les Commandements civils donnés par Moyſe, tels que ceux qui eſtoyent particulierement appropriés50 a la Republicque des Iuifs, ne portent accune neceſsité de les recevoir en aucune Republique, toutes-fois aucun Chreſtien, qui qu'il ſoit, n'eſt exempt de l'obeiſſance des Commandemens de la Loy Morale. Far, la Loy Morale nous entendons tous les dix Commandemens pris en toute leur eſtendue. Par lequel Article on a auſſy pourveu contre les Libertins entre leſquels & les Antinomiens il n'eſtoit pas beſoing [ſelon noſtre jugement] de faire aucune diſtinction, non plus qu'entre les Browniſtes & Separatiſtes, mais on accumule a deſſein & par maxime quantité de noms ſans beſoing, pour s'en ſervir comme d'autant d'Eſpouventaux pour faire peur au pauvre Peuple.
Quand aux Arminions, qui ſuyvent aprés en leur rang, on a auſſy pourveu contre leurs Erreurs au neufvieme & dixieme Article de l'Eglize d'Angleterre en ces mots, Encores qu'il n'y ait point de condemnation en ceux qui ſont Regenerés & qui croyent, Toutesfois l' Apoſtre confeſſe que la Concupiſcence & Convoitiſe eſt veritablement & proprement peché. Et apres au dixieme Article, La condition de l'homme apres la cheute d'Adam eſt telle qu'il ne ſe peut pas convertir, ny ſe diſpoſer de luy meſme par ſes propres forces naturelles & bonnes oeuvres a la foy & a l'invocation de Dieu, Et pourtant nous n'avons aucun pouvoir de faire des bonnes oeuvres plaiſantes & acceptables a Dieu ſans ſa Grace par Chriſt, nous prevenante a ce que nous puiſsions avoir la volonte bonne & operante ſi effectivement en nous qu'elle determine, noſtre volonté a ce qui eſt bon, Et & cooperante auſſy avec nous quand nous anons cette volonté au bien.
Apres viennent les Familiſtes par lequel nom nous ne ſçavons, qui ils entendent, s'ils veulent dire Ceux, qui51 tiennent qu'il y a une perfection en cette vie & un eſtat exempt de tout peché, on a pourven contre eux en termes exprés, en l'Article quinzienne de l'Eglize d'Angleterre, qui ſont, Chriſt quand a la verité de noſtre nature a eſté faict ſemblable a nous en toutes choſes, hormis le paché, duquel il a eſté entierement exempt, tant en ſa chair, qu'en ſon, Eſprit. Il eſt ven•pour eſtre l'Agneau ſans macule, lequel par le ſacrifice de ſoy meſme, une fois faict, devoit oſter les pechés du Monde, Et peché [comme Sr. Iean dit,] ne s'est point trouvi en luy. Mais tout le reste de nous, quoy que baptizés & regenerés toutesfois nous pechons en beaucoup de choſes, Et fi nous diſons, que nous n'avons point de peché nous nous ſeduiſons nous meſmes, & verité n'eſt point en nous.
Et pour ce qui eſt des Eraſtiens, quand les Commiſſaires d'Eſcoſſe nous diront, qui ſont ceux qu'ils entendent par ce nom là, & quelles ſont leurs opinions, nous ſçaurons ce que nous y devrons reſpondre.
Pour les Browniſtes, Separatiſtes, & Independent, nous avons fort peu oüy parler des Browniſtes & Separatiſtes que l'on appelle proprement ainſy, depuis qu'on a mis a bas les Prelats & la Liturgie, qui en avoyent eſté l'occaſion, encores qu'ils s'eſcartent trop vers lautre extreme. Et pour ceux qu'ils appellent Independens qui tiennent qu'une Aſſemblée particuliere n'eſt pas par aucune ordonnance de Dieu dependante quand a l'authorité & pouvoir coercif d'un Synode Provincial, ny Aſſemblée Nationale, ou Oecumenique, ſe trouvans pluſieurs Perſonnes religieuſes & doctes, qui ont donné des preuves de leur integrité & fidelité envers l'Eſtat qui ſont de cette opinion, nous ne voyons point de raiſon pour quoy on ne leur puiſſe accorder quelque indulgence en cela.
52Quand aux Seekers, ou Chercheurs, s'ils entendent ceux qui nient l'uſage de toutes Ordonnances de la Parole & des Sacremens; on a auſſy pourveu contre eux, particulierement dans les reigles & directions touchant la ſuſpenſion de la Cene du Seigneur en cas dignorance, [a quoy la Propoſition ſe rapporte] en ces mots, Que Chriſt & ſes benefices ſont appliqués ſeulement par Foy, Que la Foy eſt le don de Dieu, & que nous ne l'avons pas de nous meſmes, mais qu'elle s'engendre en nous par la Parole & l'Eſprit de Dieu. Que les Sacremens ſont ſeaux de l' Alliance de Grace au ſang de Chriſt, Que les Sacremens du Nouveau Teſtament ſont le Baptiſme & la Cene du Seigneur, &c.
Et pour les Shakers, ou Trembleurs, nous ne ſçavons pas, qui ils entendent par là, ny ce qu'ils ſont.
Quand a la cinquieme Plainte qu ils font, Que la Toleration, qu'on veut accorder est d'une telle eſtendue & latitude, quelle peut admettre pluſieurs vilains & groſsiers Erreurs, qui ont este condamnés & rejettés de l'Eglize au temps paſſé, & ſe pourront par là renouveller en Angleterre: Elle eſt ſi Generale qu'elle ne reçoit qu'une Reſponſe generale, Et quand ils nous diront quels ſon ces vtlains & groſsiers Erreurs, qui ont eſté condamnés & rejettés de l'Eglize au temps paſſé, Nous nous faiſons forts, qu'il apparoiſtra, que cette Indulgence n'eſt pas d'une telle eſtendue & latitude, que de les admettre, comme nous avons des-ja clairément conſuté leurs Aſſerſions ſur les choſes qu'ils y ont particularizé.
Pour la Plainte qu'ils font en ſixeme lieu, Que cette Toleration n'eſt pas ſeulement accordée aux Perſonnes particulieres des Sectaires [comme ils les appellent] & a leurs families, mais auſſy qu'on leurdonne pleine liberté d'eſtablir leur profeſsion en tous lieux, qu ils trouveront propres &53 convenables. Nous diſons que ſi nous croyons que la libertté que nous accordons fuſt illicite, nous ne la donnerions pas a une famille, ny meſmes a une ſeule perſonne, mais la tenans licite, nous ne la pouvons pas plus refuſer a pluſieurs famalles, qu'a une ſeule perſonne.
A leur ſeptieme Plainte, ſur ce qu'ils diſent, Qu'encores qu'il ſemble, qu'ily ait une proviſion contre les Anti-Trinitaires, Arriens & Anti-Scripturiſtes; toutesfois on ne les a aſſubjectis a aucune peine, Et quoy qu'on leust faict, ils ont neantmoins la liberté de diſputer en leur particulier, qu'il n'y a point de Dieu & que Chriſt est un impoſteur. Nous diſons que ce n'a point eſté le but, ny le ſujet de cette Propoſition, de declarer quelles peines meritent par la Loy desja en vigueur ceux, qui commettent une telle offenſe, ou quelle autre punition en oultre on a a leur impoſer. Mais ce que nous avons a preſent a faire voir, c'eſt que cette Propoſition ne donne aucune occaſion de faire cette Plainte, & qu'elle eſt en effect tres malfondée, car tant s'en faut qu'elle eſtabliſſe une telle Toleration, qu'au contraire elle pourvoit expreſſement contre icelle, a ſcavoir aux 1. 2. 5. & 6. Articles de l'Eglize d'Angleterre; Et quand a ce qu ils diſent, qu'on peut en particulier publier ce qu'on veut, on y peut en telle ſorte raiſonner ſur les poincts les plus haults de la foy pour plus grande confirmation de la verité, ou pour ſe fortifier contre les temptations, que cela puiſſe eſtre permis, Mais ſi aucun entreprenoit de le faire de la façon que les Commiſſaires d'Eſcoſſe expriment, en blafphemant a plaiſir & ſeduiſant les autres a ſes opinions, Encores que cela n'arrivaſt qu'a deux ou trois, voire meſmes qu'a un ſeul, il doibt paſſer pour une publication de leurs blaſphemes &54 hereſies, contre quoy ces Articles pourvoyent expreſſement.
Quand a la huictieme & derniere de leurs Plaintes, Que tous profanes & meſchans ont parcette Toleration la liberté de faire, ce qu'il leur plaiſt, pour ce qu'ils ne ſont pas obligés de i'aſſubjectir a aucune Diſcipline, ou Gouvernement; Et ainſy aucuns des devoirs de la premiere, ny de la Seconde Table de la Loy de Dieu ne ſeront obſervés, mais toutes ſortes d'impietés & oeuvres de tenebres ſe multiplieront. Nous avons desja donné ordre & pourvoirons encore, que la Diſcipline Eccleſiaſtique ne ſoit defectueuſe en aucune choſe, qui puiſſe ſervir a reſtraindre le libertinage & la prophanation; Mais les Commiſſaires d'Eſcoſſe croyent ils, qu'il n'y ait point d'autre Gouvernement que celuy qu'ils appellent le Gouvernement de l'Eglize? Ou voudroyent ils aſſubjectir toute Iuriſdiction civile ſoubs le Gouvernement de l'Eglize? Les conſciences doivent eſtre amolies & preparées par l'efficace de la predication de la Parole avant qu'elles puiſſent eſtré capables de la Diſcipline Eccleſiaſtique Et juſques a ce que cette preparation ſoit faicte il n'y a point d'autre moyen de les retenir & refrener des vices & de l'impieté, que par le pouvoir du Magiſtrat Armé de Loix ſalutaires pour cet effect, & par la puiſſance de la predication de la Parole, ce que nous deſirons ardemment, & nous efforçons d'advancer par tout le Royaume. Et ſur ce qu'ils diſent, que ceux qui ont en haine le pur ſervice de Dieu en l'Egliſe, feront par tout ailleurs des Aſsemblées illicites & dangereuſes ſoubs pretextes de faire profeſsion d'Exercices & ordonnances de pieté. Nous ne ſçavons que trop bien, l'ayans appris par une deplorable experience, que ceux qui55 ont eu en haine la pureté & la puiſſance de la Religion en ceux qui en font vrayement profeſſion, ont ſupprimé pluſieurs Saincts & divins exercices & puny pluſieurs bons Chreſtiens ſoubs le nom de Conventicules: Mais les Maiſons du Parlement [auſquelles il appartient de droict de juger de leurs propres Loix] euſſent bien ſceu faire diſtinction entre des Exercices, ou Ordonnances de Pieté & des Aſſemblées illicites & prophanes, encores qu'elles neuſſent pas [comme elles ont faict] pourveu par leurs limitations contenues en cette Propoſition, a l'encontre de toutes choſes, qui, ou par leur impieté envers Dieu, ou pour troubler la Paix publique euſſent avec ſujet rendu une Aſſemblée meſchante & illicite ſoubs quelque apparence de Profeſſion, ou autre pretexte que ce fuſt. Nous pourrions apporter pluſieurs autres juſtifications de ce que nous avons faict en cette Propoſition, Mais nous eſperons que ce quia desja eſté dict ſuffira pour donner ſatisfaction a toute perſonne indifferente & non partiale, qui com parera lesparticularités de cette Propoſition avec les Aſſertions des Commiſſaires d'Eſcoſſe pour recognoiſtre combien ces faulſes aſperſions, qu'ils veulent jetter ſur nous a cet eſgard, ſont ſans cauſe, ny fondement.
Nous venons maintenant aux Paſſages de nos Declarations allegués par les Commiſſaires d'Eſcoſſe, Car pour ce qu'ils citent de la Remonſtrance des Eſtats du Royaume du 15 Decembre 1642. ou les Maiſons declarent Qu'elles n'entendent par de laiſſer le ſervice Divin au jugement & a la fantaiſie de chaſcun, Et qu'elles n'ont aucun deſſein, ny volonté d'abandonner les reines d'or de la Diſcipline & du Gouvernement de l'Eglize, ny de permettre a des Perſonnes ou Congregations particulieres de choiſir56 une telle formo de ſervice Divin qu'il leur plaira, pour en faire profeſſion, Et qu'elles tiennent qu'il eſt neceſſaire qu'il y ait par tout le Royaume une Conformité a l'ordre que la Loy enjoinct, SELON LA PAROLE DE DIEV. Ce ſont certes choſes bien differentes d'abandonner ſans Loy un chaſcun a ſon propre jugement & a ſa fantaiſie en ce qui eſt du ſervice Divin, Et d'accorder par la Loy aux prieres de quelques uns la liberté de faire des choſes, qui ne ſont pas illicites de leur nature, quoy qu'elles ſoyent differentes de celles, qu'on a creu a propos d'eſtablir par tout le Royaume. Il y a bien de la difference entre commander une conformité a une Loy, qui eſt des ja faicte, Selon la Parole de Dieu & ſur des claires evidences, & faire un Loy qui exige de toutes Perſonnes une conformité en toutes, choſes quoy qu'elle ne ſoit fondée ſur aucune evidence manifeſte de l'Eſcriture, et qui n'a que la prudence pour fondement, en quoy le Magiſtrat a autant de pouvoir de diſpenſer & de remettre que d'enjoyndre & de commander. Il y a bien de la difference entre ce le que Magiſtrat trouve bon de declarer eſtre neceſſaire, voire meſme de maintenir & d'y encourager par recompenſe & autres moyens, & entre ce qu'il trouve bon de commander ſi expreſſement, qu'on y ſoit conſtrainct & & forcé, ſur tout s'il arrive que pluſieurs Perſonnes ſoyent de contraire opinion & ſentiment. Finalement il faut remarquer que comme il y a des reines d'or de Diſcipline & de Gouvernement, auſſy y a-il une Mediocrité d'or. Il y a de la difference entre requerir une Conformité a toutes les parties Subſtantielles du ſervice de Dieu, pour laquelle on a pourveu en cette Propoſition [comme il a eſté dict] & entre obliger ſoubs des peines a une exacte Conformité a toutes les Circonſtances dudict ſervice,57 Et de cette nature ſeulement ſont les choſes eſquelles les Maiſons ont donné liberté; Et ſy elles ne l'euſſent faict elles euſſent manifeſtement contredict a leurs diverſes et conſtantes Declaratiōs, dans leſquelles elles ont promis d'avois le ſoing & esgard neceſſaire des Conſciences tendres, qui eſt une des moindres graces & faveurs qu'elles ont merité d'elles, pour s'eſtre monſtré ſi affectionnées & ſi fideles envers elles en la Cauſe Commune conobſtant toutes differences de jugement & d'opinion.
La clauſe qu'ils alleguent en ſuitte de nos Declarations eſt tirée de noſtre Reſponſe aux Seigneurs du Conſcil Secret de ſa Majeſté en Eſcoſse, & a l'Aſſemblée Eccleſiaſtique de ce Royaume la en l'an 1642. ou le but de leur diſcours eſt de prouver que les Maiſons du Parlement ont declaré, Qu elles eſperoyent [avec l'aſsiſtance de Dieu] de reformer en telle ſorte les ab us de l'Eglize d'Angleterre, qu'elles en iejetteroyent tout ce qui port eroit a offencer Dieu, ou qui donneroit IVSTE ſujet de meſcontentement a toutes les Eglizes voiſines, Et s'accorderoyent juſques là avec nos Freres d'Eſcoſse & les autres Eglizes Reformées en toutes les parties SƲBSTAN CIELLES de la Doctrine du Service divin & de la Diſcipline, que nous puiſsions & eux auſſy joüir des advantages & commodités deſquels ils font mention en cette leur Reſponſe: Et que pour obtenir l'effect de cette Declaration, il y a plus de quatre ans que les peines & le travail de pluſieurs perſonnes Doctes & pieux Miniſtres ordon•és pour cela ont eſté employés a former un Directoire du Service Divin, [qui avoit eſté il y a leng temps approuvé & receu es deux Royaumes,] une Confesſion de Foy, une Forme de Gouvernement & de Catechiſer, leſquels ont tous eſté preſentés aux deux Maiſons & qu'ony avoit faict quelque progrés pour l'eſtabl•ſſement d'iceux58 juſques a ce que depuis peu on en a quitté tout le ſoing. Nous n'avons pas [comme ils diſent] plus quitte le ſoing de ces choſes là, que cy devant, mais on y a continué comme auparavant avec autant de diligence, que l'exigence & la condition des affaires la peu permettre: Et l'on delibere encore a preſent ſur la Confeſſion de Foy; Elle eſt de grande eſtendue & de grand poids & requiere une ſerieuſe deliberation.
Et quand nous conſiderons ce que quelques Miniſtres qui font profeſſion du Presbytere ont eſcrit en leur livre intitulé Smectymnus dedié au Parlement l'an 1621. de la Liturgie, qui eſtoit lors eſtablie par authorité de la Loy, Qu elle n'avoit jamais eſté eſtablie pour eſtre ſi ponctuellement obſervée, & commandée ſi eſtroictement & avec tant do rigueur, que tous ceux qui en feroyent ſcrupule, ou d'aucune choſe qui y est contenue en fuſſent rejettés; Nous avons raiſon de bien conſiderer tout ce que nous ſeelons du ſeau d'authorité: Car ſi cette Vniformité au Directoire, Gouvernement de l'Eglize, Confeſſion de Foy, & Catechiſme leur devoit produire une ſi rigoreuſe Conformité, il ſeroit mal aiſé de prevoir tous les malheurs & incouveniens qu'elle pourroit enfanter; quoy que nous puiſſions aiſement concevoir par ce que nous avons reſſenty en meſmes choſes, qu'ils ne ſcroyent pas petits.
A prés cela ils alleguent l'Ordonnance du Icusne ordonné le 10. Mars dernier pour recourer a Dieu afin d'avoir ſa direction & ſon aſsiſtance pour prevenir & ſupprimer la naiſſance des Erreurs, Hereſies, & Blaſphemes, qui ſe multiplioyent, ſurquoy Nous diſons que par les paroles de l'Ordonnance ces Erreurs là, ces Hereſies & Blaſphemes ſont declarés eſtre ceux, qui tendent a la ſubverſion de la Foy, & le meſpris du Ministere & des Ordonnances de Ieſus59 Chriſt; Mais le Parlement n'en a permis, ny n'en veut tolerer aucuns de cette nature là: Encores que ce ne ſoit pas choſe ſi eſtrange, que les Commiſſaires Eſcoſſois la voudroyent faire, de ſe ſervir des armes du Icuſne & des Prieres contre ces choſes là, contre leſquelles c'eſt une voye moins Chreſtienne d'uſer de force & violence. Et ſur ce qu'ils demandent par deſdain & par mocquerie, Si ce ſont là les expediens & moyens dont les Maiſons du Parlement ſe ſont adviſées pour ſupprimer les Erreurs les Hereſies & Blaſpheſmes, de deſirer qu'on en confirme la Toleration par authorité de la Loy. Que les Maiſons du Parlement deſirent une Toleration des Blaſphemes, Hereſies ou d'aucun Errêur condamné, [nous entendons condamné entre les hommes religieux et doctes] il appert qu'il en eſt aut rement de ce qui a desja eſté dict. Et nous pourrions icy repouſſer & rejetter contre eux toutes leur aigres & ameres paroles & injures, mais nous nous en abſtenons, comme nous avons touſjours jugé a propos de le faire en pluſieurs autres endroicts de leurs Eſcrits.
Sur ce qu'ils continuent a demander ſi on accordera cette Toleration a tous ceux qui par leur pernicieuſes doctrines & actions entreprennent d'effencer & outrager la Perſonne du Roy & ſon Authorité, les Droicts & Privileges du Parlement, & violent haultement chaſque Article de l'Alliance Solemnelle & du Convenant; Nous diſons qu'on ne demande aucune Toleration pour tous ceux là, ny pour aucun d'eux. Mais qui eſt-ce qui mine le plus la ſeureté de la Perſonne du Roy & ſon Authorité, que ceux qui empeſchent une heureuſe reconciliation entre luy & ſon Peuple, en s'oppoſant ſans ſujet aux Maiſons du Parlement ſur un petit nombre de choſes neceſſaires, qu'elles ont demandées pour ſervir d'acheminement a un60 Traicté ſur tout le reſte; Et qui appuyent le Roy en ſes conſeils & reſolutions li apparemment deſtructives a Luy meſme, a ſon Authorité & a ſa Poſterité; Qui eſt-ce qui a ſi haultement enva hy & violé les Privileges du Parlement, tant au regard de ſes Membres en particulier, [comme ont ſaict Cheiſſy, Bayly, Bucanan & autres,] que des Maiſons meſmes, comme les Commiſſaires d'Eſcoſſe par leur Eſcrits & practiques, ne s'ingerans pas ſeulement dans le pouvoir legiſlatif de ce Royaume, mais auſſy entreprenans juſques a luy donner la Loy. De ſorte qu'il ny a pas un Article de l'Alliance Solemnelle & du Convenant, qui n'ait eſte violé par eux ſoubs couleur d'en obſerver un, qu'ils ont mal interpreté & mal appliqué.
Ils pou ſuivent, & diſent que s'oppoſer au Convenant & a la Reformation de la Religion, mettre diviſion entre le Roy & ſon Peuple, ou faire une Faction parmy l•Peuple au contraire de cette Alliance & Convenant, eſtoyent cy devant les marques par leſquelles on a ſcernoit nos Ennemis. Et que tous ceux, qui maintiennent & font ces choſes, quoy qu'ils ſattribu aſſent le nom de Saincts, doivent eſtre neantmoins tenus pour Incendiares, Ennemis Malins, & pernicieux Inſtruments. Ce que nous ne diſons pas moins qu'eux, Mais a qui conviennent ces marques plus proprement & plus a plein, qu'a ceux qui ſoubs le nom du Convenant s'oppoſent en effect au Convenant? Et qui eſt ce qui met ſi viſiblement la diviſion entre le Roy & ſon Peuple, que les Commiſsaire, d'Eſ oſſe l'ont faict par leurs procedures en l'lſle de wight, & en imprimant & publiant tels Eſcrits, que ceux cy, pour faire une faction parmy le Peuple contre l'Alliance Solennelle & le Convenant? Et qui peut eſtre ſi aveuglé, qu'il ne voye61 quelle eſtroite affinité il y a entre leurs derniers Eſcrits & demandes, & celles de ces derniets Traiſtres Conſpirateurs dans la Ville de Londres, Et cette bande tumultueuſe, qui a forcé les portes du Parlement le 26 Iuillet dernier; & a la derniere Reſponſe du Roy, avec laquelle leurs Eſctits s'accordent beaucoup mieux, qu'avec leurs premiers Principes & Propoſitions. Dequoy nous avons un Exemple & une Preuve ſuffiſante en leur Eſcrit du 1. d'Aouſt 1647. pendant l'abſence des Orateurs du Parlement, & de divers Membres des deux Maiſons, cauſée par ce Tumulte & cette violence faicte au Parlement le ſuſdict 26 Iuiller, ſur la fin duquel Eſcrit ſelon le deſir de ces Conſpirateurs & cette bande tumultueuſe ſuſmentionnée, leurs Advant-coureurs, Ils preſsent que le Roy puiſse eſtre invité de venir a Londres, en ces Paroles. Et afin que les Parlements des deux Royaumes ſe puiſſent librement & ſans conſtraincte appliequer a Sa Majeſté. Nous deſirons ardemment que les Honnorables Maiſons invitent Sa Majeſté de venir a Londres & declarent qu'elle ſera icy en Seujeſté Honneur & Liberté, ſans quoy nous ne voyons aucun autre moyen probable pour le preſent d'obtenir une Paix ſeure & bien eſtablie.
Quand a la Proteſtation des Commiſſaires d'Eſcoſſe contre noſtro Toleration [ainſy l'appellent ils] ſi nous y perſiſtons, Nous ne pouvons que nous ne declarions que ces paroles là font la plus grande uſurpation verbale ſur nos Droicts indubitables, & ſonnent la plus haute alarme pour porter a nue rupture entre les deux Royaume [ce qui Dieu ne veuille permettre,] qui ſe puiſſe faire, Et nous avons tous-jours dict & proteſté, diſons & proteſtons, que ny les Commiſſaires d'Eſcoſſe, ny aucun Royaume, ou Eſtat que ce ſoit, n'a rien a pretendre pour conſentir62 ou contredire, atteſter, ou proteſter ſur aucune choſe que nous trouverons bon d'eſtablir pour le Gouvernement de l'Eglize, ou de l'Eſtat de ce Royaume.
Et icy les Commiſſaires d'Eſcoſse euſſent peu taire leur eſtonnement & l'eſmotion de leurs entrailles juſques a ce qu'ils euſsent veu jetter par violence dans les Priſons, & forcer les pauvres Members de Chriſt d'abandonner leurs biens & leurs Pays a l'occaſion de cette rigoureuſe Conformité, Et juſques a ce qu'ils voyent [ſi Dieu ne le previent] les fruicts amers & les deplorables conſequences de leurs dernieres procedures en l'Iſle de Wight par la continuation & renouvellement des Calamités des rrois Royaumes. Et a preſent comme les Commiſſaires d'Eſcoſſe diſent qu'ils nous conjurent, nous conjurons auſſy nos Freres d'Eſcoſſe par l'Alliance Solennelle & le Convenant, & par toutes les Promeſſes, Profeſſions & Declarations en vertu deſquelles nous avons eſté induicts de nous ſervir de la Conjonction & Aſſiſtance de leur Royaume en cette Cauſe, qu'ils ne ſouffrent pas que leur Commiſſaires ſe ſervent de cette Conjonction a aucun autre uſage, & ne l'employent a d'autres fins qu'a celles, auſquelles elle avoit eſté deſtinée, Et qu'ils nous veuillent permettre de juger ſur la terre du Reiglement de nos Affaires, tant de l'Eglize, que de l'Eſtat en ce Royaume ſelon nos Droicts indubitables & fondamentaux, comme nous ne craindrons point d'en rendre compte au grand Iour du Iugement [auquel les Commiſsaires d'Eſcoſse nous citent,] ayans eſté plus ſoigneux de mettre Chriſt en pleine liberté, que deſireux de le rendre captif; Et eſtant plus a propos ſelon noſtre jugement de laiſser agir Dieu contre pluſieurs Erreurs [qui ne ſont pas evidemment condamnés] que d'abuſer de l'authorité de Dieu pour ſupprimer63 une Verité. Et nous nous aſſeurons que toutes Perſonnes non preoccupées & partiales, qui auront peſé avec equité nos raiſons ſur l'Indulgence que nous deſirons accorder, jugeront que l'Aſſertion des Commiſſaires d'Eſcoſse, en la nommant une Toleration impie, eſt une calomnie ſans charité, Et que l'impieté ſe trouve ſeulement en leurs imaginations, & en leurs apprehenſions peu Chreſtiennes, Et qu'ils ont jetté des fauſſes Aſperſions ſur nos legitimes & neceſsaires Reſolutions en cela, d'ou ſi aucune Rupture [telle que celle dont ils parlent, laquelle Dieu veuille empeſcher] arrivoit entre les deux Royaumes, qui ſont unis par tant de liens & Rapports. Tout le Monde jugera ſans doubte que les Commiſſaires d'Eſcoſse auront eſté les principaux Autheurs & Promoteurs de ce malheur.
Les Commiſsaires d'Eſcoſſe paſſent a leurs Arguments pour la defenſe de la Couroune & des Intereſts du Roy.
Et diſent, que nous ſommes obligés par noſtre Convenant Serment de Fidelité & devoir de Subjects de ne diminuer en aucune ſorte, ains pluſtoſt maintenir & appuyer le juſte pouvoir & la grandeur du Roy. Or nous leur demandons ſi le Roy n'eſt pas auſsy obligé par ſon ſerment a ſon Couronnement, & pat le devoir de ſon Office de ne diminuer rien des juſtes Priviledges des Parlemens, ny des Libertés des Subjects. S'il ne la pas faict, pourquoy ſe ſont ils joincts a nous pour combattre contre luy? S'il l'a faict, Comment celuy qui romp ſa haye ſe peut il plaindre qu'on empiette ſur ſa Terre, comme s'il euſt peu faire l'ouverture d'un coſté ſans la faire de tous les deux? Et pour leur diſcours touchant la Monarchie en general, & la practique de tous les Royames, s'ils nous veulent dire ſincerement ce qui ſe practique en cela en leur propre64 Royaume, uous ne doubtons pas, qu'ils ne nous fourniſſent de reſponſe a leurs propres Arguments. On ſçait aſſés ce qui a eſté & qui eſt encores practiqué én Eſcoſse, comme auſsy icy en Angleterre au regard du Pouvoir Legiſlatif & de l'adminiſttation de la Milice ſans & contre le conſentement du Roy, Et que le Royaume d'Eſcoſſe s'eſt engagé avec nous ſur ces Principes là a cette Guerre, meſme que quelques uns de ces Commiſsaires ont eſté des plus actifs pour engager là deſsus les Royaumes a cette Guerre Commune, aux Serments & Convenants, qui ſeroyent impoſés ſur les deux Royaumes, aux taxes & impoſitions pour y lever de l'argent, a rejetter le Livre des Prieres Publicques & eſtablir en ſa place le Directoire, & a pluſieurs autres choſes, eſquelles le plus grand uſage du Pouvoir Legiſlatif conſiſte: Et toutes fois a preſent [ſans faire reſerve d'aucun Cas] ils Declarent que ſi nous practiquons les meſmes choſes, Tout le Monde ne doibt pas faire de nous un jugement plus favourable, que ſi nous arrachions l'Eſpée & le Seeptre des mains du Roy: Que ſa Concurrence pour l'eſtabliſſement des Loix est de l'eſſence & de l'eſtre de tous les Roys, Et que luy oſter ſa voix Negative, eſt contrevenir a la Practique ordinaire de ce Royaume & de tous les Autres. Quand a ces façons de parler deſquelles ils tirent leurs Argumens, a cauſe que les Loix ſont quelques fois appellées les Loix du Roy: Et que les Actes de Parlement commencent quelques-fois par ces mots Conceſsimus ou ſtatuit Rex, ou ſemblables: Ils ne peuvēt pas plus conclure de là la neceſſité du Cōſentement du Roy, que celle de ſon Conſentement a tous les Arreſts & Sentences données es Cours Inferieures, que l'on appelle auſſy Arreſts & Sentences du Roy; Et qui commencent par ce mots, Carolus Dei Gratia, &c. D'ou il65 s'enſuivroit par leur Argument, qu'aucune Loy, ny Iuſtice ne peut eſtre faicte & adminiſtrée dans le Royaume, que ſuivant la volonté & le plaiſir du Roy. Et a leur autre Argument. Que quelquesfois le refus que le Roy fait de conſentir a une Loy peut eſtre pour le bien de la Religion & du Royaume, Et qu'eſtant Roy ſur diverſes Nations il les peut empeſcher de ſe faire tort les unes aux autres & proteger ſes Subjects des injures qu'ils ſe pouroyent faire entre eux meſmes.
Nous reſpondons qu'une telle choſe peut arriver quelquefois, mais que les cas rares ſont des mauvais Principes & Maximes es affaires & Conſtitutions Politiques. Il y a bien plus d'apparence qu'un Roy ſe peut plu ſtoſt meſprendre que le grand Conſeil de ſon Royaume, Et il eſt bien plus croyable qu'un Roy ſe puiſſe plaſtoſt porter a empeſcher ce qui eſt pour le bien de tout le Royaume, que tout le Royaume Repreſenté en Parlement ne vouluſt demander ce qui feroit pour ſon propre domàge. Il eſt beaucoup plus vray ſemblable, que le Roy ſe vouluſt ſervir d'un de ſes Royaumes pour opprimer l'autre, & oppoſer une partie de ſes Subjects a l'aute pour ſe rendre abſolu ſur eux tous, que d'empeſcher qu'un Royaume ne faſſe tort a l'autre, ou que les Subjects d'un Royaume ne ſe fa•ent tort a eux meſmes; Les exemples du dernier ſont rares, s'il s'en trouve aucuns, Mais ceux de la premiere ſorte ſont encores tous frais & tous ſaignans, Et certes le Royaume d'Eſcoſſe ne peut oublier, quoy que ſes Commiſſaires le fiſſent, quels efforts on a faicts les années dernieres pour-engager tantoſt l'un tantoſt l'autre, de ces Royaumes l'un contre l'autre, & pour diviſer les Subjects des deux Royaumes entre eux meſmes66 afin que tous enſemble ils peuſſent eſtre reduiſts a la Condition de vrays Eſclaves.
Quand a ce qu ils alleguent de noſtre Declaration touchant la voix Negative du Roy, qu'ils tiennent eſtre contraire a ce que nous avons Declare en la Preface des dernieres Propoſitions; S ils comparent encore l'un avec l'autre, ils ne trouveront pas, qu'il ait une telle Difference entre ces choſes la. La ſeule Difference qu'on y peut remarquer eſt, qui cy devant nous avions Declare, que c'eſtoit le Devoir du Roy de paſſer les Loix preſentées par les deux Maiſons, qui ſeroyent pour le bien du Royaume, Et qu'une telle ſuppoſition ne ſe pouvoit pas faire, quelles en vouluſſent preſenter aucuues, que celles qui ſeroyent raiſonnables & juſtes: Et en cette Preface nous Declarons que c'eſt le Devoir du Roy de paſſer les Loix, que les deux Maiſons du Parlement jugeront bonnes & utiles pour le Royaume, en ſuppoſant que celles la ſont bonnes, qu elles jugent eſtre telles; Et qui reut ſuppoſer que ces Loix la ne fuſſent bonnes pour le Royaume, leſquelles le Parlement juge oſtre pour ſon bien, quoy que le Roy ſuivant ſon jugement particulier en jugeaſt antrement. Mais quand les Commiſſaires d'Eſcoſſe diſent, Qu'on ne peut pas oſter au Roy le pouvoir de faire pes Loix, Et le requerit de donner ſon•••ſentement a toutes les Loix que les Maiſons trouveront bonnes. Ils decouvren bien fort la contrarie e de leur D•ſcours, car declarer que c'eſt le Devoir du Roy de paſſer telles Loix, cela ne nie pas, mais affirme pluſtoſt, qu'il en a le pouvoir, qui ne luy a jrmais eſté reſuſé quand on y a procedé en la forme ordinaire. Mais toutes fois quand il ne pent pas, ou ne veut pas faire ſon Devoir, & par là le Royaume ſe67 trouve en Danger Les maiſons du Parlement y doivent ſuppléer, & les Subjects ſont obligés d'y obeir; ce que le Royaume d'Eſcoſse auſſy bien que nous, a conſtamment declare & practiqué & s'eſt engage là deſſus avec nous en cette Guerre. 〈…〉Voire meſmes les Commiſſaires d'Eſcoſse l'ont receu & approuvé cy devant, comme dans leur Eſcrit contenants des raiſons touchant la Milice, ou parmy leurs raiſons concluantes a ce que le Roy doibt avoir part a la Milice avec les deux Maiſons ils uſent auparavant de cette Preface, Qu ils ne parlent pas des cas extraordinaires & Dangers du Royaume, quand les remedes ordinaires ſont refuſés comme au temps & au cas de cette Guerre, en quel cas le Parlement doibt pourvoir a la Seureté du Royaume.
Quand a la Milice, encores que ce ſoit le fondement de noſtre Seureté & de celle de noſtre Poſterité, Et que ce ſoit le ſujet principal & immediate de noſtre querelle pour par ce moyen preſerver la Religion & les juſtes Droicts & Libertés du Peuple, Et que les Commiſſaires d'Eſcoſse ſe ſoyent ſouvent accordés là d'eſſus avec nous, Et que le Royaume d'Eſcoſſe ait combattu conjoinctement avec nous per cela meſme & ſur ces principes. Toutesfois ils s'oppoſent a ce que nous n'en joüiſſions de l'effect comme ſi c'eſtoit choſe contraire au Convenant & au ſerment de Fidelité.
Ils entreprennent de juger de noſtre Seureté & Declarent, Qu'ils croyent que ce que le Roy offre en ſon Meſſage du Chaſteau de Carisbrooke donne aſſés de ſatisfaction, Et toutes fois ils ne nous permettent pas puis apres d'en joüir en repos, mais ils veulent que tout auſsy toft nous mettions bas toutes nos Armes, afin que tout incontinent apres, nous nous expoſions, Er tout le bons Subjects68 du Royaume, qui ont adheré a cette Cauſe a noſtre ruine & tuerie manifeſte. Avons nous combattu tout ce temps cy contre le Roy, pour obtenir la Milice, afin de la remettre al'arbitrage des Commiſsaites d'Eſcoſſe? Et qui ne voit comme ils〈…〉? Ils diſent a preſent que c'est une choſe contraire a leur jugement & au Serment de Fidelité de deſpeüiller la Couronne, le Roy & ſa Poſterité du Droict & Pouvoir de la Milice, & confirment leur opinion par les meſmes Argumens & preſque les meſmes paroles deſquelles le Roy a uſé au commencement de cette Guerre dans ſes Declarations; Et neantmoins ils ſçcavent bien que les deux Royaumes eſtoyent demeurés d'accord des Propoſitions qui ont eſté envoyées a Oxford ſur leſquelles on a aprés traicté a Ʋxbridge, dans leſquelles le Roy & ſa Poſterité ſont entierement deſpoüillés de ce pouvoir pour en reveſtir les Cōmiſſaires des deux Royaumes. N'eſtoit-ce pas un Droict du Roy - & de a Poſterité, ny une rupture du Serment de Fidelité quand les Commiſsaires des deux Royaumes en devoyent eſtre reveſtus; Et I'eſt-ce a preſent que la Milice d'Angleterre doibt eſtre miſe a la diſpoſition des deux Maiſons du Parlement? Ils ſçavent bien auſsv qu'eſtant accordé que la Milice ſeroit adminiſtrée diſtinctement & ſeparement par chaſcun des Royaumes, ils y conſentirent es meſmes termes qu'a preſent, quand les Propoſitions furent envoyées a Newcastel; Et qu'ils dirent apres, Que ce leur eſtoit un deſplaiſir indicible, que le Roy ue les vouluſt point accorder. Le Chancelier d'Eſcoſſe ne preſsa-il pas le Roy de la ſorte & avec des telles raiſons que nous avons rapportées cy devant en la Harangue qu'il luy fit a Newcaſtel pour l'obliger a paſſer les Propoſitions, qui luy furent envoyées là, Et la Milice69 n'en eſtoit elle pas une? Ces meſmes Commiſſaires n'offrent ils pas en leur Reſponſe aux Reſolutions des Maiſons du 24 Septembre touchant ce qu'on feroit de la Perſonne du Roy, Que ſi les Maiſons vouloyent encore une fois envoyer leurs Commiſſaires a Sa Majeſté au Nom des deux Royaumes avec pouvoir d'entendre ſes Demandes, & pour taſcher a luy ſatisfaire ſur ſes Doubtes & Scrupules [ſans faire mention d'aucun pouvoir de changer aucune choſe] elles leur devoit auſſy donuer pouvoir de luy faire entendre QVE SI SA MAIESTÉ NE DON NOIT SATISFACTION SVR LES PROPOSITIONS, [Deſquelles la Milice eſtoit une & une des Principales] Les deux Royaumes ſans s'appliquer d'avantage a Elle Deliberoyont & reſouldroyent enſemble depreudre un autre chemin pour pourvoir a leur Aſſeurance & Seureté.
Pour ce defendre ils ont recours a leurs expreſſions & debats de parole & a leurs Eſcrits par leſquels, ils ont teſmoigné n'eſtre pas bien ſatisfaicts ſur pluſieurs particularités continues en ces Propoſitions là, Et parlent d'une precaution qu'ils ont apportée en donnant leur conſentement ſur la Milice, que ce ſeroit ſans prejudice du droict & de l'Interest de la Couronne
Y avoit il une telle Precation dans les Propoſitions? Les Maiſons du Parlement ont elles conſenty a aucune de ces expreſſions la de parole ou autrement deſquelles ils parlent? Ne s'accorderent ils pas finalement avec les Maiſons que les Propoſitions ſeroyent envoyées en ces termes qu'elles le furent? N'accorderent ils pas en leurs Eſcrits concernans la Milice, deſquels nous avons parle70 cy devant, tous autant au regard de la Milice que nous demandions maintenant? Comment peuvent les Commiſſaires d'Eſcoſſe en une choſe ſi claire, que celle cy pretendre ſe pouvoir cacher ſoubs des feuilles de leurs expreſſions verballes, & de leur diſcours de choſes, deſquelles eux meſmes s'eſtoyent deſpartis? Et encores que nous tenions qu'il eſt hors de ſaiſon de renouveller la diſpute de la Milice, de laquelle, on a ſi long temps & ſi malheureuſemént debattu en Lettres noires & rouges, Dieu en ayant jugé luy meſme en nous donnant gain de cauſe: Toutes-fois nous repreſenterons a la conſiderarion de tous vrais Anglois, que quelque ſatisfaction qu'ils ayent de leur Grande Chartre, de leurs Cours de Iuſtice, & de leur Haute Cour de Parlement, Et de ce que leurs vies, liberté, & leurs biens, & fortunes ne ſont pas a la diſpoſition & volonté d'un ſeul homme, & que le Roy ne peut faire aucunes Loix, ny lever ancun argent ſur eux ſans leur conſentement es Parlements, Et que tous ceux qui commettront quelque offence contre leurs Loix & Libertés doivent eſtre amenés & punis en Iuſtice en une Cour, ou en l'autre, ou du moins en la Haute Cour de Parlement; Tout cecy, quelque ſpecieux qu'il ſoit, ne ſert de Rien ſi la Milice par mer & par terre eſt en la diſpoſition d'un ſeul homme, ils ſont de vrais Eſclaves, & en une condition d'autant plus miſerable que s'imaginans joüir de leur Liberté, cette opinion la leur tourne en piege. Combien ridicules ſont ces Loix là qui peuvent eſtre violées par la forcé, Et ne ſe peuvent pas defendre par la force? Quelle ridicule authorité ſera celle des Cours de Juſtice, & de la Haute Cour du Parlement elle meſme, ſi elle n'eſt accompagnée du pouvoir de l'Eſpée, quand on ſy oppoſera par le meſme pouvoir quand on l'affrontera & on luy reſiſtera,71 ſes commandemens ſeront meſpriſé; & ſes Meſſagers repouſſés a coups de pied par les rues, & ſes Arreſts & jugemens tournes en mocquerie, Sans doubte ces Peuples n'ont qu'une liberté imaginaire, deſquels la liberté n'a point d'autres murailles que de Papier & de Parchemin pour la defendre. Et quand a cette imagination de partager le pouvoir de l'Eſpée entre le Roy & le Royaume ſans excepter en cas de danger, queſt-ce autre choſe, que de donner pouvoir au Roy, encores que ce ne ſoit pas de le faire luy meſme, du moins de tenir ſes Peuples ſaiſis pendant que par un ſecret commandement, qu'il aura donné, on leur pourra couper la gorge, s'il peut ſoubs main faire un party dans le Royaume, ou y appeller l'Eſtranger [comme le Roy Iean fit,] pour l'aider a a opprimer ſes Subjects & a les deſpoüiller de tous leurs droicts & libertés, (Et comme auſſy ce Roy-cy a eu deſſein de faire, par des forces Allemandes) les empeſchant ſoubs des beaux & ſpecieux pretextes de faire aucuns preparatifs pour y reſiſter juſques a ce qu'il ſoit trop tard pour y pourvoir. Si c'eſt a bonne intention de n'entreprendre point ſur les vrais Droicts des Peuples que nul Loy ne ſe puiſſe faire, ny aucune levée d'argent pour entretenir la Milice ſans leur conſentement en Parlement, cela ne peut pas en effect donner moyen au Roy de faire TOUT SEUL aucun bien au Royaume, mais le peut bien rendre capable de luy faire du mal TOUT SEUL.
Les Commiſſaires d'Eſcoſſe nous avoyent promis au commercement de leur Eſcrit, Qu'ils ne s'eſtendroyent pas au delà de leurs liusites, ny des conditions expreſſes du Convenant & du Traicté, Mais en quel endroict dans leurs limites ſe trouve le reiglement & diſpoſition de noſtre Armée icy en Angleterre? Par quelle condition du72 Convenant, ou du Traicté, [ou chaſcun eſt obligé d'agir Seulement on ſa propre place & vocation,] ſont ils authoriſés pour nous dire quand nous desbanderons noſtre Armée, & quelles & combien de Forces nous retiendrons ſur pied icy en Angleterre? Ils diſent que nous ne devons pas garder nos Forces ſur pied pour rendre le Roy Eſclave; Mais quand nous aurons desbandé nos Forces, qui nous aſſeurera, que le Roy & ſon Party ne leveront pas eux meſmes des Forces pour ſurcharger le Royaume & le rendre Eſclave? Ils diſent que quand leur Armée est retournée en Eſcoſse, ont s'attendoit avec confiance que les Maiſons debanderoyent promptement la leur. Peut eſtre s'attendoit on que cette Armée qui eſt ſoubs le commandement du Chevalier T. Fairfax ſeroit desbandée, mais on ne s'attendoit pas moins, & on s'eſtoit reſolu que bien prés d'autant de Forces compoſées de Perſonnes qui fuſſent a leur approbation ſeroyent entretenues ſur pied, ce qui n'auroit en rien ſoulagé le Royaume Nous voulons croire, que ceux qui ſont ſemblant d'eſtre ſi fort ſenſibles des ſouffrancés de ce Royaume pour les Forces qu'on y entretient, n'ont pas deſſein par leurs ſiniſtres rapports d'y ammener encore une autre Armée d'Eſcoſſe pour le ſurcharger & luy faire porter double charge pluſtoſt que de le ſoulager. S'ils ne nous creent de nouveaux troubles nous en ſerons plus capables de diminuer noſtre charge & de desbander un tel nombre de nos Forces, que noſtre Seureté nous pourra permettre, & ce ſans qu'il ſoit beſoin de faire aucune Propoſition au Roy ſurce ſujet, comme nous les avons levées ſans luyen faire aucune. Et toutesfois en noſtre derniere Ordonnance pour la Milice, on avoit expreſſement pourveu au pouvoir de desbander73 toutes Forces, auſſy bien que de les lever, quand les Maiſons du Parlement trouveroyent bon & ſeur de le faire, mais non pas a la volonté des Commiſſaires d'Eſcoſſe, Ils diſent, Que les Armées avoyent esté levées pour la defenſe de la Religion, de la Perſonne & Authorité du Roy, les Privileges des Parlements & la liberté des Subjects; Et lors qu'elles ne ſont plus utiles a ces fins & que les Maiſons peuvent conſulter librement & agir en ſeureté ſans aucune hoſtilité, & oppoſition de l'Ennemy, il eſt bien temps de les desbander afin que les Loix du Royaume puiſſent reprendre leur place. Icy nous ne pouvons que nous ne remarquions, Que, [comme ils font ordinairement,] quand ils parlent de la defenſe de la Perſonne & de l'Authorité du Roy ils obmettent cette Clauſe du Convenant, EN LA PRESERVATION DE LA VRAYE RELIGION, ET DE LA LIBERTE DES ROYAVMES. A laquelle de ces autre fins là eſt on des-ja parvenu? Ils diſent que la Religion ne fut jamais en plus grand danger; Et Nous diſons, que les privileges des Parlemens & la liberté des Subjects, comme auſſy la Religion Proteſtante n'ont jamais eſté en plus grand danger qu'ils ſont. Et quand a ce que le Parlement conſulte librement & agit en ſeureté, afin que nous le puiſſions tous-jours faire il eſt neceſſaire [comme il l'a tous jours eſté des ruis cette Guerre] de tenir des Forces ſur pied, Car ſi elles eſtoyent desbandées comme ils le deſirent ſi inſtamment, nous ne conſulterions pas long temps librement, & n'agirions pas long temps en ſeureté. Mais au contraire tantoſt par une ſemblable populace tumultueuſe, que celle qui força le Parlement le 26 Iuillet dernier, & par ces Traiſtres Conſpirateurs, & ceux, qui vouloyent dernierement ſuſciter74 une nouvelle Guerre dans la ville de Londres d'un coſté: tantoſt d'un autre par ceux, qui ſont appellés Levelers ou Eſgalleurs [qui vouloyent ſubvertir le Gouvenement preſent & introduire un Anarchie & confuſion,] les Loix du Royaume ſeroyent foulées aux pieds, Et aucune Court de Iuſtice n'auroit ſon cours libre. Mais nous eſperons qu'aucun de la Nation Angloiſe ne croira que les Commiſſaires d'Eſcoſſe ayent des plus tendres reſſentiments que le Parlement d'Angleterre pour le repos, & pour la liberté du Peuple d'Angleterre, leſquelles nous [qui y avons noſtre part] tiendrons autant & plus cheres que nos propres vies, & l'avons tousjours faict durant cette longue & ſanglante Guerre. Et nous nous promettons auſſy que tout homme de jugement conſiderera, qu'il vaut beaucoup mieux faire un peu de deſpenſe & endurer quelque incommodité pour un temps pour aſſeurer & achever l'ouvrage commencé, qu'eu nous haſtans trop de nous deſcharger attirer encore ſur nous des nouveaux troubles & dangers, & des plus grandes charges que nous n'avons ſouffert auparavant. Le ſage Prince d'Orange le Comte Gulliaume de Naſſau ſe plaignoit ordinairement d'une choſe ſemblable au commencement de la Guerre des Pays Bas, qu'auſſy toſt qu'il avoit eu quelque ſuccés, Et qu'on ſe croyoit delivré de l'Ennemy en quelque Province, les Peuples faiſoyent tous-jours grande inſtance pour eſtre deſchargés de ſes Soldats, ſe diſans eſtre aſſés forts d'eux meſmes pour garder leurs villes & Provinces; Et que par cette trop grande ſecurité ils ſe trouvoyent ſouvent expoſés aux machinations & practiques de leurs Ennemis, a pluſieurs ſanglantes ſuppriſes, & a des cruels Maſſacres & Tueries.
Quand a la diſpenſation des Tiltres d'Honneur, nous75 nous eſtonnons que cette fleur de la Couronne, [comme ils l'appellent,] leur-ſoit devenue ſi belle & d'une ſi bonne odeur depuis l'envoy des derniers Propoſitions, ou elle eſtoit & a quoy ils avoyent donné leur conſentement; Et nous ne nous eſton•ons pas moins, qu'aucun de ceux qui ſe ſont engagés avec le Parlement en cette Cauſe puiſſe eſtre ſi fort alteré & ſi haſté deboire de cette fontaine d'honneur [ainſy appellent ils le Roy] que de ne pouvoir attendre qu'elle ſoit eſclaircie & repurgée de la bourbe qui l'a troublée. Nous ne cognoiſſons encore perſonne de noſtre Nation du coſté du Parlement qui en ait gouſté. Mais s'il no ſagiſſoit que de l'honneur en cela & ſi noſtre ſeureté n'en devoit pas dependre il ſeroit plus tolerable, quoy que ce fuſt nous atracher l'oeil droict pour marque d'infamie perpetuelle, mais il y a bien plus de danger, car par là nos Ennemis ſeront faicts nos Iuges & nous donneront la Loy; Par ce moyen la le Roy peut faire de la Maiſon des Seigneurs, ce qu'il voudra, quand il luy plaira; en la rempliſsant de ſes Amis comme il les appelle. Et pourtant nous prious les Commiſsaires d'Eſcoſſe de ſe contenir dans leuts limites, Et de ſe meſler auſſy peu de nos honneurs & charges d'Eſtat, que nous ferons des leurs.
Et quand au changement de la Premiere Propoſition touchant la confirmation des Traictés, ou ils diſent, Qu'au lieu d'une confirmation d'iceux nous demandons ſeulement une approbation de les avoir faicts. Ce que nous demandons eſt ſuffiſant, Et les choſes contenues en ces Traictes làn'eſtans pour la plus grande partie que pour un temps, comme touchant la levée, le reiglement & le payement de l'Armée Eſcoſsoiſe & ſemblable, elles ne76 ſont pas des matieres propres & convenables, pour en faire une Loy conſtante & durable.
Et ſur ce qu'ils diſent, Que generalement par toutes les dernieres Propoſitions on a obmis tous les termes, qui font mention de l'intereſt commun, Et que nous avons changé la couſtume qu'on avoit cy devant de joindre toutes les Propoſitions en un corps, Et auſſy que pour ſeparer les intereſts des Royaumes les Propoſitions, qui concernent l'Angleterre ſont faites a part.
Nous reſpondons que les Intereſts d'Angleterre, comme auſſy le Convenant nous ont convié a en uſer de la ſorte n'eſtant faict dans le Convenant aucune mention de l'intereſt commun, mais fort ſouvent de nos diverſes places & vocations, ce qui ſe voit manifeſtement en noſtre reſponſe mentionnée pluſieurs fois cy deſſus, a leurs Eſcrits du 20 & a leur Lettre du 24. Octobre 1646. Et quand nous avons veu que les Commiſſaires d'Eſcoſse vouloyent confondre les Intereſts & droicts particuliers & reſpectifs des Royaumes, Et qu'ils vouloyent prendre intereſt dans le Gouvernement, afin qu'ils ſe peuſſent inſinuer & leur Amis dans les profits & advantages de ce Royaume, Et quand nous avons recognu que toutes ces uſurpations ſur nos proprietés eſtoyent cauſées de ce que nous nous eſtions donné la main les uns aux autres par une amiable confiance, Et que cela ſe pourroit demander avec le temps comme un droict, [ce qu'on faict desja a preſent,] nous avons creu qu il eſtoit a propos de changer de train de bonne beure, Et que le meilleur moyen de prevenir tous differents c'eſtoit de garder entre nous & eux une diſtance raiſonnable. Et quoy qu'auparavant nous cuſſions envoyé nos Propoſitions a Newcaſtel on cette façon de faire77 noſtre application conjoinctement, nous envoyaſmes toutesfois une Declaration aux Commiſſaires d'Eſcoſſe pour prevenir toutes telles demandes de leur part de laquelle ayans eu communication, ils n'y firent jamais aucune reſponſe, cette Declaration fuit en ces mots.
Les Seigneurs & Communs Aſſemblés au Parlement d'Angleterre, au nom & de la part des Royaumes d'Angleterre, & d'Irlande, Et les Commiſſaires du Parlement dEſcoſſe au nom & de la part du Royaume d'Eſcoſſe, ayans trouvé a propos d'envoyer au Roy les humbles Demandes & Propoſitions pour une paix ſeure & bien eſtablie, dont les Parlements des deux Royaumes ſont convenu reſpectivement, Les Seigneurs & Communes du Parlement d'Angleterre Declarent, Que ce n'eſt pas leur Intention, qu'aucune telle Conſtruction ſe puiſſe faire ſur icelles, comme ſi l'un des Royaumes avoit quelque intereſt es matieres des Propoſitions de l'autre, ou au pouvoir Legiſlatif de l'autre touchant aucune de ces Propoſitions, mais qu'il demeure diſtinct en chaſcun Royaume reſpectivement. En que nonobſtant toutes Procedures faites en cōmun ſur leſdictes d'Propoſitious, chaſque Royaume a pouvoir de ſoy meſme de continuer, rappeller, ou changer toute Loy, qui ſera faicte ſur ces meſmes Propoſitions pour le Bien & Gouvernement d'un chaſcun des Royaumes reſpectivement: Et il est auſſy par là Declaré Que les deux Maiſons ſont entierement reſolües de matutenir & preſerver inviolablement l' Alliance ſolennelle & le Convenant, & les Traicte's faicts entre les Royaumes d'Angleterre & d'Eſcoſſe.
Pour cette Clauſe que eſt alleguée du 8 Article du Traicté il y ſera reſpondu en ſon lieu, Encores que cela & les paſſages qu'ils quottent de noſtre Declaration aux Seigneurs les Eſtats Generaux des Provinces Unies des78 Pays-Bas, eſtans allegués par eux a meſme fin en leurs Eſcrits touchant ce qu'on feroit de la Perſonne du Roy, nous y avons pleinement ſatisfaict en noſtre Reſponſe ſuſmentionnée auſdicts Eſcrits, a quoy nous nous raporterons. Mais quand a la Concluſion par laquelle ils finiſſent leur Diſcours, Qu'ayans auparavant Declaré que nous ne pouvions recevoir la mediation des Ambaſsadeurs des Provinces Ʋnies pour la Paix ſans le conſentement du Royaume d'Eſcoſſe, Ils ſont extremement marris, que les Maiſons du Parlement n'ayent pas ſeulement permis, mais auſſy approuvé, que l'Armée ſe m'eſlaſt de l'eſtabliſſement de la Paix du Royaume, & qu'elles ayent auſsy authoriſé des Commiſſaires pour traicter avec ladicte Armée ſur les Propoſitions de Paix, Ce qui [diſent ils] ſe ſeroit mieax accordé au Traicté & a la profeſſion & procedure du Paſſé, ſi on en fuſt convenu de l'advis & conſentement des deux Royaumes: Et en paſſant ils poſent que la raiſon de cela eſt, Que ces Propoſitions s'accordent en beaucoup de choſes avec celles que l' Armée a Propoſées particularierement es matieres de Religion.
Sur quoy nous diſons qu'ils ſe fuſſent bien paſſés de rechercher la raiſon d'une telles choſe juſques a ce qu'on leur euſt accordé la matiere du Faict. Quiconque comparera ces Propoſitions avec les choſes que l'Armée a Propoſées & avec les Propoſitions precedentes envoyées a Newcaſtel, il trouvera qu'elles s'accordent davantage entre elles, voire meſmes es matieres de Religion, qu'avec ce que l'Armée a Propoſé.
Mais quand au ſujet principal de leur plainte, Ils ſe ſont fort trompés, ou voudroyent que le monde le fuſt, en diſant Que les Maiſons du Parlement ont authorizé des Commiſſaires pour Traicter avec l'Armée ſur les Propoſitions79 de Paix, ou que l'Armée a faict l'office de Mediatrice entre le Roy & le Parlement pour la Paix de la ſorte que les Ambaſſadeurs des Provinces Unies l'euſſent voulu faire, Le Parlement envoya ſeulement un Committé dans l'Armée, pour en entendre les Demandes, comme de Gens qui s'addreſſoyent au Parlement ſeulement en la façon que tous Subjects le peuvent faire, ſur des matieres qui les concernoyent comme Soldats, ou Subjects du Royaume, deſquelles ils ont touſ-jours remis le jugement au Parlement. Quand aux Officiers de l'Armée du Chevalier T. Fairfax, qui ont entrepris ſans eſtre authoriſés des Maiſons de preſenter des Articles au Roy pour l'eſtabliſſement de la Paix, nous n'en cognoiſſons aucuns.
Et pour le Conſeil qu'ils nous donnerent, lors que nous formaſmes cette Armée, de faire Choix de ces Officiers là ſeulement, qui eſtoyent de leur opinion, & qu'ils appelloyent perſonnes zelées pour la Reformation & l'uniformité de la Religion, & de rejetter de l Armée tous ceux qui feroyent Scrupule du Convenant, comme ils l'a voyent Paraphraſé & Gloſſé, ce qui, a ce qu'ils penſent, auroit prevenu une infinité d'Inconvenients & de maux, Nous ne ſommes point de leur advis en cela, & ne nous repentons point du Choix que nous fiſmes alors. Mais ſi nous euſſions ſuivy le Conſeil de ces Commiſſaires, nous euſſions peu [afin de nous ſervir de leur propres termes] faire de la Guerre un Meſtier, & une Profeſſion.
Et a preſent que les Commiſſaires d'Eſcoſſe ont achevé de parler de leur Intereſt commun, nous pouvions bien attendre qu'ils donneroyent quelque lieu a ce membre de leur Diſtinction, qui ſe rapporte aux choſes qui concernent en propre le Royaume d'Angleterre. Mais80 ſelon leur opinion il ne faut pas que nous Ordonnions de la Milice, ou du Gouvernement de la ville de Londres, ny determinions la proportion ne la recompenſe pour la Cour de la Guarde Noble des Enfans Mineurs, ou des Terres des Forreſts, ny de diſpoſions des Terres des Doyens & Chapitres, que de leur advis et conſentement. Le Royaume d'Angleterre gaignera beaucoup d'eſtre hors de la Tutelle du Roy s'il faut qu'il ten•re en celle des Commiſſaires d'Eſcoſse. Dans peu de temps nous ne Gouvernerons pas nos propres Biens, ny nos Familles, nous n'achepterons ny ne vendrons rien ſans avoir l advis & conſentement des Commiſſaires d'Eſcoſse. La premiere choſe qu'ils nous diront en ſuitte, ce ne ſera pas ſeulement, ce que nous baillerons au Roy pour ſon Revenu, mais ce qu'il nous donnera & a Eux; Et qu'elles Charges poſſedera la Nation Angloiſe, Et qu'elles ſeront celles des Eſcoſsois; Et nous ne nous pouvons pas aſſeurer qu'ils ſe veuillent contenter du•iers des Charges de ce Royaume, comme ils l'ont cy devant propoſé en quelques uns de leurs Eſcrits en ces mots. Sur des ſemblables cauſes & raiſons, nous prions les Ho•norables Maiſons de ſe joindre a nous pour faire une Demande a Sa Majeſté Que dans toutes les Charges de Confiance & Offices a l'entour du Roy de la Reyne, le Prince & le reſte de Sa Lignée Royalle, l' Eſgalle moitié, ou du moins la troiſieme partie puiſse eſtre de la Nation Eſcoſsoiſſe. Et pourquoy n'ont ils pas uſe de la meſme Precaution pour l'entretien du Miniſtere, quand les Terres des Eveſques devoyent eſtre vendues pour payer leur Armée? Qui ne voit pas quils ſe meſſent hors de leurs places & vocations, du Gouvernement de la ville de Londres, du Revenu du Roy & de l'entretien des Miniſtres icy en Angleterre,81 pour-gaigner ces trois partis, Celuy du Roy, la ville de Londres & les Miniſtres, & par ce moyen eſmouvoir des Factions parmy le Peuple, ce qui eſt entierement contraire a leur Alliance Solennelle & au Convenant.
Ayans reſpondu au Grand Eſcrit des Commiſſaires d'Eſcoſſe qui concernoit nos dernieres Propoſitions, Nous reſpondrons brievement a l'autre de leurs Eſcrits, qui eſt touchant les quatre Ordonnances que nous avons envoyées au Roy en l'Iſle de Wight pour y avoir ſon conſentement, Et les Inſtructions données au Committé des deux Maiſons, qui a eu ordre de les porter.
Les Commiſſaires d'Eſcoſſe diſent en cet Eſcrit, Qu ils ne peuvent pas s'accorder a cette façon de faire, de demander le conſentement de Sa Majeſté a ces quatre Ordonnances avant aucun Traicté avec Sa Majeſté ſur les autres Propoſitions, ayans conceu'en leurs jugemens, que ce n'est ny pour le bien de la Religion, ny du Roy, ny des Royaumes.
Nous avons deſ-ja reſpondu pleinement & clairement a tout ce qui concerne la Religion. Et quand a ce qu'ils diſent, Que les Maiſons du Parlement ſont en moins de danger a preſent qu'elles n'eſtoyent cy devant, eu eſgard a leur Seureté, a cauſe qu'elles ont une puiſſante Armée & que le Rey n'en a point, Et qu'elles ſont en un plus grand danger au regard de la Religion, veu que des hommes Armés demandens une Toleration de toutes ſortes de Religions, excepté le Papiſme. Et qu'on ne peut attendre aucun bien d'un Traicté ſur la Religion, Et qu'il n'y a aucune eſperance de la pouvoir eſtablir felon le Convenant, quand on aurrae confirmé par l'authorité de la Loy la continuation d'une Armée compoſée de telles Perſonnes.
Par ce diſcours il ſemble qu'ils veulent donner la preference82 a une Propoſition pour desbander cette Armée avant celle de la Religion, Et neantmoins il ne ſera pas permis aux Maiſons du Parlement de donner le premier lieu a une Propoſition ſur laquelle ils eſtiment que leur Seureté eſt fondée avant celle de la Religion, encores que ce ſoit en leurs jugements pour tendre a la preſervation de la Religion, elle meſme. Or, [comme nous avons dict auparavant] l'Ordonnance de la Milice ne conclud pas a tenir cette Armée ſur pied, ny aucune autre plus long temps que les Maiſons du Parlement ne le trouveront a propos; Mais qui ne voit pas que cet Argument icy conclud auſſy fortement a l'encontre d'un Traicté ſur toutes les Propoſitions, [qui eſt, ce qu'ils deſirent,] tant que l'Armée ſera ſur pied. Et encores que la Religion fuſt miſe au premier rang, qu'en ſeroyent ils plus advancés pour cela ſuivant leurs Principes, ſi l'Armée n'eſt deſbandée? Et s'il eſt vray, comme ils diſent, que des hommes Armés demandent une plus ample Toleration en la Religion qu'il n'eſt convenable, Eſt ce en leur jugement le moyen de preſerver la Religion de danger, de monter en un tel temps la corde trop hault a l'autre extremité en preſſant une Conformité trop eſtroicte en toutes choſes? Mais nous aurons bien toſt l'occaſion de parler plus amplement de l'Armée & de ſes Principes.
Aprés cela leur Aſſertion eſtoit, Que ce n'eſt point pour le bien du Roy, Mais leur preuve conclud ſeulement que cela n'eſt point agreable a la volonté du Roy; De ſorte que les Royaumes ſe ſeront fort meſpris juſques icy, ſi ce qui eſt veritablement pour le bien du Roy, & ce qui luy eſt agreable ſont des termes convertibles, & la meſme choſe, Il faut qu'il ſe faſſe une plus grande converſion en luy avant que nous puiſſons accorder cela. Et83 quand a ce qu'ils penſent que les Maiſons du Parlement requierrent une trop exceſſive confiance de la part du Roy, quand elles luy demandent, qu il accorde ces Ordōnances, qui ſont d'une telle importance, ſans luy donner reciproquement aucune aſſurance de ſatisfaction en quoy que ce ſoit, ce qui eſt accompagné de leur coſté d'une ſi grande defiance qu'ils ne veulent pas conſentir qu'il vienne a Londres ſur aucuns termes pour y Traicter.
Nous diſons que le Roy ayant reſiſté juſques a l'extremiré & eſtant reduict a la condition en laquelle il eſt; Les Maiſons l'ayans ſi ſouvent recherché d'accommodement, Et apres tout cela luy faifant un tel offre, que leur ayant accordé ce peu de choſes neceſſaires, [deſquelles elles ne peuvent ſe deſpartir ſur aucuns termes, ny par aucun Traicté,] elles traicteront ſur le reſte, le Roy a de là un plus grand & plus ſolide ſujet d'aſſeurance de leur part, qu'aucune choſe qu'il peuſt faire pour le Parlement ne leur en peut donner de la ſienne. Car que leur peut il accorder que ce qu'elles ont des-ja? Et encores que le Roy leur euſt accordé toutes les Loix & aſſeurances de parole qu'elles pourroyent demander, toutes-fois conſiderans le peu de fruict qu'elles en ont receüilly, & comme elles ont eſté traictées cy devant ſur la Requeſte de Droict, & en ſuitte de ſa promeſſe faicte ſeulement un jour devant qu'il vint pour prendre par force & violence dans la Maiſon des Communes les cinq Membres du Parlement, quoy qu'il leur euſt donné ſa parole en ces mots, Et nous vous engageons Solennellement la parole d'un Roy que nous avons, & aurons tous-jours autant de ſeing de vous aſseurer, & un chaſcun de vous, contre toute violence, que de noſtre propre preſervation & de celle de nos Enfans: Et ſe roſſouvenant auſſy comme leurs Freres84 d'Eſcoſſe ont eſté traictes apres la paix faicte a Barwick, Et qu'il a pluſieurs fois manqué de foy en ſes promeſſes données en des ſemblables occaſions, elles croyent avoir preſenté un beaucoup plus grand ſujet d'aſſeurance au Roy par l'offre qu'elles luy ont faict en l'Iſle de Wight, qu'il ne leur en auroit donné s il l'euſt accepté. Et nous ne pouvons que nous ne remarquions icy combien les Commiſſaires d'Eſcoſſe ſe ſont trouvé trompés en l'eſperance qu'ils avoyent conceüe de la bonne inclination du Roy a conſentir a cette Propoſition, qui concerne l'Irelande, & au reſte des autres Propoſitions, de laquelle le Marquis d'Argyle, comme celuy qui avoir charge de porter la parole de leur part s'eſtoit faict fort en une Harangue, qu'il fit en une Conference d'un Committé des deux Maiſons le 25 Iuin 1646. ſur le ſujet de la Copie d'une lettre du Roy au Comte d'Ormond, par la quelle il luy oſtoit le pouvoir de ſe meſler davantage de farre aucun Traicté avec les Rebelles d'Irelande, Et laquelle Copie de Lettre fuſt delivrée par le Marquis d'Argyle encette Conference au nom des Commiſſaires d'Eſcoſſe avec ces paroles, Et je preſente auſſy a vos Seigneuries la Copie de la Lettre de Sa Majeſté au Comte d'Ormond, luy offant tout pouvoir de ſe meſler davantage de faire aucun Traicté avec les Rebelles en Irlande, l'eſpere que d'est un teſmoignage que Sa Majeſté veut condeſcendre en ſuitte a l'eſtabliſſement de la Propoſition, qui concerne l'Irelande, & du reſte des autris Propoſitions, qui luy doivent a preſent eſtre envojóes. Nous ferons voir icy la Copie de cette Lettre & ce qui s'en eſt en ſuivy.
TRes-Feal, &c. Ayant long temps avec beaucoup de deſplaiſir regarde la deplorable condition en luquelle 'noſtre Royaume d'Jrelande, a eſté de puis pluſieurs années ex ca par la meſchante & deſeſperée Rebellion, qui s'y est faicte, & les ſanglants effects, qui s'en ſont enſutvis; Nous nous ſerions entieremnet applicqués a y remedier ſi le different d'entre Nous & nos Subjects icy ne nous en avoit diverty & empeſché, Et n'ayans peu [pour ce regard] les reduire par force, Nous avons eſté contrainct pour la conſervation preſente de nos Subjects Proteſtants là, de vous donner pouvoir & authorité de Traicter avec eux, ſur tels pieux, honnorables & ſeurs ſondements que le bien de ce noſtre Royaume requeroit alors; Mais pour pluſieurs raiſons trop longues a deduire en une Lettre, nous avons creu eſtre a propos de vous commander de ne paſſer pas plus avant a un Traicté avec les Rebelles, & de ne Nous engager a aucunes conditions avec eux aprés avoir veu la preſente: Et ayant cy devant trouvé des preuves ſi reeles de voſtre prompte obeiſſance à nos Commandemens, Nous ne doubterons point de voſtre ſeing en cecy, qui concerne ſi fort noſtre ſervice & le bien de nos Subjects Proteſtans en Jrelande.
Do Newcaſtelle 11. de Juin, 1626.
Nonobſtant cette Lettre le Seigneur George Digby alla a Dublin au meſme temps, Et declara au Comte d'Ormond, & au Conſeil là aſſemblé que quoy que cette Lettre là [qu'il diſoit avoir eſté forgée & procurée en cachette] leur defendiſt de continuer le Traicté avec les Rebelles, Il avoit neantmoins en ſes Inſtructions, qu'ils y devoyent pourſuivre & taſcher de faire la Paix avec eux Et qu'encores que ſes inſtructions ne fuſſent pas couchées par eſcrit, Il eſperoit toutes fois qu'aucun homme d'honneur ne refuſeroit de luy donner Creance, eſtant cognu pour Secretaire du Roy & perſonne employee ordinairement pour ſignifier la volonté de ſa Majeſté. Surquoy s'eſtant eſmeu quelque doubte & diſpute dans le Conſeil le Seigneur Dillon [qui en eſtoit, mais s'eſt depuis jetté dans le party des Rebelles] deſira que cela fuſt remis aux ſuffrages, Et que quiconques y donneroit ſa voix negative, il fuſt declaré Traiſtre au Roy. Mais le matin ſuivant le Comte d'Ormond dit, qu'il eſtoit ſatisfaict touchant le bon plaiſir du Roy là deſſus, Et que ſans le remettre aux ſuffrages il pourſuivroit luy meſme a conclure la Paix avec les Rebelles, Et le fit ainſy.
Par là [la principale condition de cette paix du coſté du Roy, eſtant, qu'il auroit l'aſſiſtance de 10000 Rebelles Irelandois, qui luy devoyent eſtre envoyés en ce Royaume] les deux Royaumes peuvent juger quels foibles fondement de confiance ils peuvent avoir des Lettres & Meſſages du Roy, ſur leſquelles choſes les Commiſſaires d'Eſcoſſe croyent qu'il eſt raiſonnable que nous baſtiſſions noſtre Seureté, et pour nous ſervir de leurs propres termes Quo le Roy dans ſon Meſsage du Chasteau de Carisbrook nous a offert aſsés de ſatisfaction. Deplus, quelle laſcheté & deſhonneur auroit-ce eſté aux Maiſons du Parlement87 eſtans en la condition en laquelle elles ſont, de traicter ſoubs le Gibet, ou comme Traiſtres, leur cauſe n'eſtant pas juſtifiée, ny les Declarations que le Roy a publiés contre elles revocquées. Et qu'elle folie euſt-ce eſté, eſtans en poſſeſſion de l'Eſpée ſelon leur Droict de ne l'aſſeurer pas contre ſes pretentions au contraire, entre leurs mains & celles de leur Poſterité, avant de traicter ſur aucune choſe, afin, que, ny elles, ny leur Poſterité ne puiſſent cy aprés eſtre reduicts a cette occaſiō là a recōmēcer un jeu ſi ſanglāt qu'a eſté le leur depuis cette Guerre? Et il faut tousjours remarquer que quand les Commiſſaires d'Eſcoſſe par lent de l'oſtre que le Roy fait du pouvoir de la Milice en ſon Meſſage du Chaſteau de Carisbrooke pour le temps de ſon Reigne, c'eſt a condition, qu'on recognoiſtra tousjours cy apres qu'elle appartient a ſa Poſterité; ce qui ne s'eſt jamais faict par aucun de nos Anceſtres, comme auſſy a condition, que nous accorderons toutes autres choſes & un Traicté perſonnel a Londres pour cet effect, de la conſequence & danger duquel nous avons cy devant parlé.
En dernier lieu ils diſent, Quo ce n'eſt pas icy a leur jugement le moyen de procurer le bien ny la conſervation des Royaumes, qu'une Armée, qui a de tels Principes, que celle cy a, touchant la Religion & au regard de l'establiſſement du Gouvernement & de la Paix des Royaumes, & laquelle ſans aucune authorité du Parlement, qui ait paru, s'est accreue au double de ce que le Parlement avoit ordonné, Et qui dans ſes deruitres Remonſtrances a confeſsé que ſes farces ſurnumeraires eſtoyent bien 20000 hommes, qu'une telle Armée ſoit eſtablie a perpetuité quand il n'y a aucunes, Forces, qui s'oppoſent au Parlement, Et que les Subjects ſoyent contraincts par une Loy faicte pour cet effect,88 de ſe ſubmettre pour jamais au pouvoir des Gent de Guerre & de payer les fommes qui leur ſeront impoſées pour leur intretien.
Nous diſons que l'Ordonnance pour la Milice [comme il a eſté dict] n'eſtablit pas cette Armée, ny aucune autre pour plus long temps que les Maiſons du Parlementne le trouveront neceſſaité pour la conſervation du Royaume, Et que cette Aſſertion, que l'Armée s'eſt accreue au double ſans aucune authorité du Parlement, qui ait paru, nous eſt auſſy incognue. Et nous ne croyons pas que les Commiſſaires d'Eſcoſſe ayent aucun aut•eur de cette Information là, qui ſoit digne de foy, ce qui ſe trouve par le teſmoignage des Premieres Officiers de l'Armée, qui en ſçavent mieux la verité qu'aucun autre, eſtre une faulſe aſperſion contre l'Armée; Et les 20000 ſurnumeraires, dont ils parlent, ſont des forces des Provinces & Garniſons qui ont eſté levées par l'authorité du Parlement, & n'eſtoyent pas cy devant de cette Armée là, mais ont eſté depuis par ordre du Parlement miſes ſoubs le meſme commandement, afin qu'elles ſuffent ſoubs quelque diſcipline juſques a ce qu'elles fuſſent desbandées. Quand aux Principes de l'Armée nous ne ſçavons pas ce qu'ils appellent de tels Principes. Mais il eſt certain que des tels Principes que ceux que nous trouvons es Eſcrits des Commiſſaires d'Eſcoſſe, qui abandonnent la Cauſe pour laquelle nous avons combattu, Et tous ceux qui ont hazarde toutes choſes pour icelle, au bon plaiſir du Roy & de ſon party ne ſont pas des bons Principes, ny au regard de la Religion, ny de l'eſtabliſſement du Gouvernement & de la Paix des Royaumes. D'autre part s'il va aucuns principes dangereux au regard de la Religion & de l'Eſtat en quelques uns de l'Armée, comme dans81 un tel corps il y a ordinairement quelques humeurs extravagantes, on les impute injuſtement a toute l'Armée, de laquelle la partie la plus digne & qui a la direction & le Gouvernement a tousjours cu des tres grand ſcings de purger & ſupprimer telles humeurs malignes, & s'eſt auſſy juſques icy monſtrée a toute occaſion fort conſtante & fidele aux vrais Intereſts des deux Royaumes & de la Cauſe a laquelle elle s'eſt engagée, & de tous autres qui s'y ſont engagés. Et dans le temps des plus grands troubles de nos Freres d'Eſcoſſe, quand ils eſtoyent au plus bas du reflus, & leur armée defaicte par Montroſſe a Kalſith, Les Commandeurs & Officiers de cetre Armée, a laquelle ils imputent de ſi mauvais principes, teſmoignerent leur tendre ſympathie de leurs ſouffrances & leur vraye cordialité envers eux, de quoy les Commiſsaires d'Eſcoſſe, [que nous ſouhaitterions n'eſtre pas emportés d'envie] leur ont faict une ingratte recognoiſſance pour tant d'affection & de tendreur qu'ils teſmoignerent & exprimerent alors envers leur Nation en cette lettre addreſsée a leur Armée, laquelle nous avons tranſcrite, comme il ſenſuit.
Ce qui ſoit agreable a Voſtre Excellence, Et au reſte de nos honnorables Amis, & Freres Bien-aimés.
CE n'a pas eſté ſans beaucoup de deſplaiſir, quo nous avons receu la triſte nouvelle de l'eſtat de vos affaires en Eſcoſſe, & juſques ou il a pleu a Dieu pour ſes meilleures & ſecretes fins de ſouffrir que l'Ennemy prevaluſt là, Et nous [parlans ſans90 ſeintiſe] ne ſommes pas moins ſenſibles as vos, maux, que vous l'avés eſté & l'estes des noſtres, & que nous le ſommes des noſtres propres; & plus nous avons de ſujet de ſympathiſer avec vous, plus nos entrailles s'eſmeuvent au dedans de nous envers vous, a cauſe que tout ce que vous ſouffrés apreſent en voſtre propre Royaume, eſt principalement cauſé, de ce que vous nous avés aſſiſtés dans les noſtres, contre le pouvoir qui s'eſtoit eſlevé contre le Seigneur luy meſme & contre ſes Oincts; Et pourtant nous ne pouvons oublier les ſouffrances que vostre affection a attiré ſurvous, mais avons trouvé bon a preſent voire parmy nos plus grandes affaires de vous faire ſçavoir que quand celles de ce Royeume nous le pourrent permettre [ſi le Parlement approuve que nous vous donnions ſecours & ſi vous l'acceptés,] nous ſerens touſjours fort portés a vous aſſiſter & ſervir fidelement en voſtre Royaume, [s'il en eſt beſoing] & a nous engager nous meſmes a ruiner vos Ennemis & a vous reſtablir en Paix: Cependant nous taſcherons de vous aider par nos Prieres & de l•icter avec Dieu pour obtenir une benediction de luy ſur les deux Nations, entre leſquelles outre pluſieurs fortes relations & engagemens nous eſperons que l'unité de l'eſprit ſera le plus ſeur lien de paix, Ce que nous vous prious de croire nonobſtant toutes ſuggeſtions de Ialouſie au contraire vous aſseurans, que vous trouverés tous jours que c'eſt d'une integrité de coeur que procede ce ſentiment que nous avons de ves ſouffrances & l'entiere reſolution que nous avons priſe de ſuivre toute vocation de Dion pour voſtre ſecours, comme il eſt convenable
- 91
- THOMAS FAIRFAX.
- OLIVER CROMWEL.
- HENRY JRETON.
- Edward Montague.
- Richard Forteſcue.
- Hardreſſe Waller.
- James Gray.
- Robert Hamond.
- Thomas Pride.
- Robert Pye.
- Thomas Rainsborough.
- Thomas Sheffield.
- Charles Fleetwood.
- Ralph Welden.
- Thomas Hammon.
- Richard Ingoldsby.
- John Pickering.
- William Herbert.
- John Raymond.
- Leonard Watſon.
- Arthur Eveling.
- Richard Deane.
- Thomas Jackſon.
- John Desborough.
- Chriſtopher Bethel.
Touchant la pretention des Commiſſaires d'Eſcoſſe d'avoir Intereſt en la matiere de nos Propoſitions de Paix & de nos Ordonnances en vertu du huictieme Article du Traicté, ou il eſt pourveu Que nulle Ceſſation d'armes, ny Pacification, eu accord quelquonque pour la Paix ne ſe fera par l'un des Royaumes, ny par les Armées d'un des Royaumes, D'ou ils concluent que toutes Propoſitions de Paix & toutes Ordennances contenans aucunes des demandes pour la Paix, & le contentement du Roy ſur icelles ſont des Accords de Paix & pourtant que c'est violer le Traicté de les offrer au Roy ſans l'advis & Conſentement du Royaume d' Eſcoſſe, Et qu'ils out deſiré de voir ces quatro Ordonnances, d'autant pluſtoſt, que du Tiltre de l'Ordonnance pour la Milice, ils recognoiſſent qu'elle s'eſtend juſques a92 eſtablir & entretenir des Forces en la Ville de Barwick ce qui est contraire au Grand Traicté d'entre les deux Royaumes: A quoy les Maiſons ont donné leur Reſponſe, Que par le Privilege, Droict & Couſtume du Royaume & Parlement d'Angleterre les Ordonnances paſſées. aux deux Maiſons pour eſtre preſentées au Roy & y avoir ſon conſentement Royal, ne ſe doivent communiquer a aucun autre qui qu'il ſoit, tant au regard de la matiere que la forme, avant que ſa reſponſe y ſoit donnée, Et qu'il n'y a rien en aucun Article du Traicté d'entre les Royaumes, qui ſoit au contraire: Et qu'ils repartirent que les Ordonnances preſentés a Sa Majeſté a Oxford l'an 1644. leur avoyent eſté communiquées avant qu'on les envoyast au Roy.
Sur la derniere partie nous diſons, que c'eſt ſe meſprendre groſſierement en matiere de Faict, Car ces Ordonnances qui leur furent monſtrées avoyent eſté pretenſées au Roy a Oxford & refuſées de luy devant l'année 1644. devant le Traicté ſur le Convenant, & devant la venue de l'Armée d'Eſcoſſe en Angleterre.
Quand a leur plainte touchant Barwick les Habitans de cette Ville là pouvoyent eſtre exercés aux armes quoy qu'il n'y deut avoir aucune Garniſon eſtablie. Et dans les Propoſitions envoyées a Newcaſtel, le pouvoir de la Milice dans Barwick auſſy bien qu'es autres places eſtoit expreſſement remis a la diſpoſition des Maiſons du Parlement, a quoy les Commiſſaires d'Eſcoſſe s'eſtoyent accordés, & toutesfois cela eſtoit ſans prejudice du Traicté, car on entendoit qu'il y avoit ſon raport, Et ainly de meſme es Ordonnances, qui eſtabliſſoyent le pouvoir ſeulement au regard du Roy & du Parlement, en ſorte toutesfois qu'il ne s'exerceroit que ſuivant la93 Condition portée au Traicté, contre lequel s'il ſe fuſt faict ou attempté aucune choſe, il euſt eſté aſſes temps de s'en plaindre: Car il ne s'enſuit en aucune ſorte, qu'en vertu d'un Traicté faict entre deux Eſtats, un Eſtat eſtranger doive avoir cognoiſſance ou donner ſon conſentement ſur des Loix d'une autre Nation, ſoubs pretexte d'empeſcher que rien ne s'y paſſe qui ſoit contraire au Traicté, ce qui, quand il appert eſtre de Faict, il eſt alors temps pour l'Eſtat, qui y eſt intereſſé de s'en plaindre.
Mais quand au principal poinct dont il eſt queſtion, Si le Royaume d'Eſcoſſe a Intereſt en la matiere de nos Propoſitions & des Ordonnances qui contiennent nos deſirs & demandes pour aſſeurer la Paix, en vertu du huictieme Article du Traicté cy devant allegué.
Premietement la Declaration des deux Maiſons du vingtneufieme. Iuin 1646. Suſmentionnée eſt expreſſement contraire a cette Pretention la, laquelle ayant eſté communiquée aux Commiſſaires d'Eſcoſſe, & eux n'y ayant rien repliqué les Maiſons ont eu grand ſujet de là de croire que leur droict ne leur eſtoit point conteſté.
En ſecond lieu perſonne ne peut lire cet Article ſans partialité, quil ne confeſse, qu'il ne pouvoit eſtre plus long temps en force, que pendant que la Guerre duroit, & que les Armées des deux coſtés eſtoyent employées, & qu'il ne prenne fin avec la guerre, Et qu'a preſent il ny a plus d'Ennemy ſur pied, ce que les Commiſſaires d'Eſcoſse ont ſouvent recognu dans leurs Eſcrits. Et pour dire vray quelle Paix peut on faire ou il ny a point de guerre? Et avec qui la feroit on, quand il n'y a plus d'Ennemy? Un Article de cette nature là en94 toute Guerre entrepriſe en commun par des Princes ou Eſtats Alliés contre un Ennemy Commun a lieu quand la guette ſe finit par un Traicté & non pas quand les Ennemis ſont entierement ruinés & ſoubmis; le vray & clair ſens & intention de cet Article fondés ſur l'equité eſtans, que l'un des Alliés ne puiſſe aſſeurer ſa paix par un Traicté avec l'Ennemy en laiſſant l'autre dans le danger, mais il n'engage pas l'un des Eſtate dans les fins & intereſts particuliers de l'autro & ne rend pas l'un Iuge de l'autre en ces choſes là; Comme ſi la France par ſon Aſſociation avec la Hollande pretendoit le droict d'ordonner juſques ou les Hollandois doivent porter les bornes de leur Liberté avec le Roy d'Eſpagne, ou qu'elle Religion ils eſtabliront dans leurs Prouinces.
Ayans reſpondu a toutes les objections & plaintes que les Commiſſaires d'Eſcoſſe ont faictes ſur nos dernieres Propoſitions, & ſur la forme & maniere de noſtre application au Roy en noſtre dernier Meſſage en l'Iſle de Wight. Et les choſes contenues en ces quatre Ordonnances eſtans les meſmes, auſquelles les Commiſſaires d'Eſcoſſe ont ſouvent conſenty auparavant, [ſi on en excepte ſeulement la Loy Declaratoire touchant l'Adjournement du Parlement, en laquelle ils ne peuvent pretendre aucune apparence d'Intereſt,] Et tout le reſte [S'il y euſt eu aucun juſte ſujet d'y contredire,] eſtant ſoubmis a un Traicté, Nous ne nous pouvons imaginer quelle cauſe les Commiſſaires d'Eſcoſſe peuvent avoir eu de s'exprimer en des tels rermes, qu'ils font dans leurs Eſcrits, & d'uſer des procedures deſquelles ils ont uſe eu l'Ille de Wight, au danger de cauſer une rupture & diviſion entre les deux Nations, Ce qui, comme nous95 eſperons, ſera prevenu par la prudence & ſageſſe de nos Freres d'Eſcoſſe & par les ſoings, que nous y apporterons moyennant la benediction de Dieu ſur eux & ſur Nous. La Cauſe n'eſt elle pas la meſme qu'elle eſtoit cy devant au regard du Roy & de ſon Party? Le Roy & ſon Party ne ſont ils pas portés des meſmes paſſions contre cette Cauſe qu'ils ont tous-jours eſté cy devant? En quoy nous ſommes nous eſloignés de nos Principes? En quoy ont ils quitté les leurs, que les affections, & le language des Commiſſaires d'Eſcoſſe ſoyent ſi fort changés a leur regard & au noſtre? L'Union Fraternelle des deux Royaumes n'eſt elle pas auſſy utile & receſſaire a preſent, qu'elle a jamais eſté? La diviſion entre eux ne leur eſt elle pas maintenant auſsy dangereuſe & deſtructive que jamais? N'eſt ce pas icy le ſeul moyen qui reſte a la faction des Papiſtes & Prelats, qui ſont dans les Pays Eſtranges, apres que nous nous ſcrons coupé la Chevelure en laquelle giſt noſtre Force, de refourner ſur nous & reduire nos Pays en deſolation? Quelle Reformation en la Religion, ou en ſon Gouvernement & Diſcipline peuvent attendre nos Freres d'Eſcoſſe du Roy, & de ſon Party pluſtoſt que du Parlement, le Deſſeing formé de cé Party là eſtant de reſtablir le Gouvernement Epiſcopal, qui ramenera les Innovations du Papiſme, & le Papiſme meſme? Comment alors ſeront changées les eſperances & les voeux de toutes les Eglizes Reformées de delà la Mer en Lamentations & defeſpoir? Si l'un des Royaumes ſe laiſſe ſeduire juſque là que d'affiſter le Roy & ſon Party pour luy aider a ruiner l'autre que peut il attendre pounce ſervice là de la part de l'Ennemy, qu'une courtoiſie ſemblable88 a celle, dont uſoit Polyphemus envers ſes Amis, qui eſt d'eſtre devorés les derniers? Et pourtant nous prions tous ceux des deux Royaumes, qui perſiſtent en leur fideliré envers cette Cauſe, de conſiderer ſereuſement ces choſes, & ſouhaittons que Dieu par ſa grace nous donne la prudence de recoignoiſtre ceux qui taſchent a nous diviſer & de remarquer d'ou ils puiſent leurs eaux empoiſonnées, qui ne peut eſtre d'autre lieu que de cette Ancienne ſource & Fontaine de tous nos maux: Eſt ce a preſent le tēps de l'ouvrir & de luy dōner ſon cours libre, avāt qu'elle ſoit netoyée, & purifiée & qu'elle nous produiſe des eaux pures & ſalutaires, au lieu de ces ruiſseaux infectés pour nous enpoiſonner de Diviſions entre nous: A fin que nous Ennemis, qui ont tousjours eu pour deſseing de nous exterminer comme des malfaicteurs & Traiſtres, ayent le paſſetemps de nous voire deſtruire les uns les autres, comme des Inſenſés, Et que nous devenions par ce moyen là en meſme temps le ſujet de leur mocquerie auſsy bien que de leur vengeance & cruauté, Et que nous tournions en opprobre, brocard, & ſifflement a toutes les Nations qui nous environnent.